‹ La captivité de BarceloneChapitre 60 sur 181 · EU · texte numérisé non relu

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une lettre énergique où il commençait par déclarer, en termes très nets, qu'il était désormais le chef du gouvernement à Barcelone : « Toutes les communications se trouvant interceptées entre la ville de Barcelone et le gouvernement espagnol, le commandant en chef des troupes françaises qui occupent la place et ses forts étant chargé de la conserver au Roi d’Espagne et répondant à Leurs Majestés l'Empereur des Français, Roi d'Italie, et le Roi des Espagnes, de la sécurité des troupes et de la tranquillité des habitants, est ici leur représentant et exerce par conséquent l'autorité supérieure Jusqu'à ce que, les communications étant rétablies, Vos Excellences puissent communiquer avec les ministres de Sa Majesté le Roi des Espagnes. L’intention du général en chef est de n’user de cette autorité supérieure que pour le bien général et d’adoucir dans la mesure du possible les désagréments de la situation présente et toute momentanée. Mais, pour un général en chef, la subsistance et l'entretien de l'armée sont la loi suprême, à laquelle doivent céder toutes les considérations. Donc si, par une mauvaise volonté qu’on ne doit pas attendre de la junte, on ne lui fournit pas les secours qu'il doit demander, il se verra obligé d'assurer lui-même la subsistance et l'entretien de ses troupes. » Puis venait la menace précise de mesures extraordinaires en cas de mauvaise volonté : on recourrait à la saisie, dans la ville et au dehors, des dépôts de grains et autres denrées, on nommerait un fonctionnaire qui recouvrerait au profit de l'armée tous les revenus de l'Etat et de la municipalité, on obligerait l’intendant à rendre compte de son administration passée, on lèverait au besoin une contribution supplémentaire sur les notables, enfin on prendrait des otages. Le moyen pour la junte de montrer sa bonne volonté était de satisfaire les demandes du général, savoir : le versement immédiat de 416.000 pesetas, des vivres pour quatre mois, enfin une somme mensuelle de 50.000

pesetas, sans compter les emprunts remboursables sur Perpignan pour la solde. Le général terminait en annonçant son intention de séquestrer les biens des personnes sorties clandestinement, si elles ne faisaient payer par leurs parents ou fondés de pouvoir une contribution spéciale *,

C'était annoncer toute une nouvelle méthode de gouvernement. Les anciennes autorités n'avaient plus qu’à obéir strictement, sous peine d’être remplacées. Duhesme se mettait à prendre des arrêtés, établissait lui-même une contribution, créait des administrations nouvelles, en organisant une police à la française et en instituant une commission des biens des émigrés ?. Il prenait en fait la direction de l'administration, sans l’avoir d’ailleurs encore notifié aux habitants par aucun acte public. Il traitait maintenant la junte avec la plus grande rudesse ; pour tirer l’intendant de son inertie, qui « semblait tout paralyser », il l'aurait même menacé de le mettre au Monjuich au pain et à l’eau. Les services n'étaient point encore suffisamment assurés, et l'incertitude où l’on était sur la véritable nature du gouvernement conduisait à l « anarchie ». Duhesme se hâta donc « d'organiser un gouvernement et de donner un ordre de choses certain et convenable à l’état de guerre où l’on se trouvait‘ ». Il écrivait quelque temps après à Berthier : « Je ne pus me dissimuler qu’il fallait que je me misse dans le cas d’ordonner et d'être obéi *.»

. 4. Letlre de Duhesme à Ezpeleta, à l’intendant et à la junte, Barcelone, 23 août 1808, Arch. mun. Barcel., of. recib., 1808. Ferrer en donne également le texte, Barcel. caut., t. LE, p. xxxvrI-KL ; comme on le verra par la suite, Duhesme ne prit qu'une partie des mesures annoncées dans sa lettre, qui était évidemment destinée surtout à faire impression.

2. Tableau des contributions levées par ordre du général Duhesme et de leurs emplois, Arch. G. (28 juillet 1810) ; Arrêtés de Duhesme, Barcelone, 28 et 29 août 1808, dans le Diario du 4 septembre et dans celui du 7.

3. Ferrer, t. Ier, p. 375-376 ; cf. Duhesme à Berthier, Barcelone, 20 septembre 1808, Arch. G. (confirme, sinon le fait précis rapporté par Ferrer, du mbins l'emploi fréquent des menaces et de l'intimidation) 4. Résumé historique des opérations.

5. Duhesme à Berthier, Barcelone, 20 septembre 1808, Arch. G.

En conséquence, le 13 septembre 1808, Duhesme prit un long arrêté qui, sous prétexte de proclamer la mise en état de siège de la ville, établissait de façon officielle le régime annoncé depuis trois semaines à la junte et en informait la population. Plusieurs articles marquaient fortement le caractère principalement fiscal et policier de la nouvelle administration. Mais le but essentiel de l'arrêté était de fixer nettement les attributions et le rôle des diverses autorités et de consacrer la transformation accomplie depuis le début de l'insurrection.

Les considérants reproduisent à peu près le début de la lettre adressée à Ezpeleta le 23 août et affirment de plus que l’état de choses antérieur « conduit à l'anarchie et à la violation des propriétés ». Vient ensuite, « au nom de Sa Majesté l'Empereur des Français et Roi d'Italie », la déclaration de l’état de siège, En conséquence, « le général commandant en chef l’armée française est la seule autorité supérieure, à laquelle toutes les autorités espagnoles militaires et civiles qui se trouvent à Barcelone sont immédiatement subordonnées. Dans ses rapports avec elles, il représente le gouvernement ». Le capitaine-général conserve son autorité et ses attributions, et la garnison espagnole restera sous ses ordres ; mais «il rendra compte au général en chef de la même façon qu’il le rendait au gouvernement espagnol : il sera également obligé d’obéir à ses instructions comme aux ordres du gouvernement ». L’intendant conserve aussi ses attributions, mais « rendra compte au général en chef à dates régulières » du recouvrement « des contributions ordinaires et extraordinaires, des impôts directs et indirects », enfin des opérations de l'hôtel des Monnaies. « Il sera obligé, pour tous les objets de sa compétence, de présenter ses comptes comme à l’ancien gouvernement et de montrer la même déférence qu’à celui-ci ». Les tribunaux, lois et usages sont maintenus. La police « sera reconnue comme autorité civile ».

Toute démission de fonctionnaire sera refusée. et considérée comme un acte de mauvaise volonté. « La personne qui persistera dans une demande de cette nature sera considérée comme dangereuse, arrêtée et conduite -en France à la première occasion. » La junte antérieurement organisée est maintenue ; elle continuera à comprendre, sous la présidence du capitaine-général, les membres de l’Audience, de l’Ayuntamiento, quelques députés du clergé, de la noblesse, des propriétaires et des corporations industrielles et commerciales. Elle sera convoquée soit sur l’ordre, soit avec l'autorisation du général en chef et s’occupera, comme par le passé, de trouver les ressources nécessaires à l’armée.

L'arrêté fournit du moins au capitaine-général l’occasion de faire une sortie honorable ; il refusa « avec hauteur » de reconnaître l'autorité que Duhesme s’attribuait publiquement. Il fut aussitôt arrêté, conduit à la citadelle, et remplacé par le plus ancien des lieutenants-généraux en résidence à Barcelone, le marquis Galceran de Vilalba, qui se fût bien passé de cet honneur *. Puis Duhesme rassembla chez lui « toutes les autorités civiles et militaires » et en reçut « les soumissions * ». Duhesme agissait vraiment en souverain provisoire dans la capitale de la Catalogne. Il ne s'agissait plus de discuter, de temporiser, d’éluder, mais d’obéir.

Il n’y avait plus désormais, même en apparence, de col-

4. Arrêté de Duhesme, Barcelone, 13 septembre 1808, dans le Diario de Barcelona du 17. Nous n’analysons pas en détail les articles relatifs aux uestions de police et de finances ; il en sera question ailleurs.

2. Ferrer, t. Ier, p. 389-391 (donne le texte de l'arrêté portant destitution d'Ezpeleta, Barcelone, 15 sept. 1808, qui ne figure pas au Diario) ; . Diario de Barcelona du 22 septembre (Compte-rendu d’une séance de la junte où Duhesme, annonce dans un discours le remplacement d’Ezpeleta par Galceran de Vilalba) ; Résumé historique des opérations politiques et militaires : « Il (Vilalba) voulut en vain s’en excuser ; mais l’article 7 de la mise en état de siège le força d'accepter »; cf. Laffaille, p. 132 ; cf. encore là lettre citée à la note suivante.

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