‹ La captivité de BarceloneChapitre 61 sur 181 · Duhesme à Berthier, Barcelone, 20 sept. 1808, Arch. G · texte numérisé non relu

Duhesme à Berthier, Barcelone, 20 sept. 1808, Arch. G

laboration entre Duhesme et les autorités espagnoles. Capitaine-général, intendant, junte, Ayuntamiento, étaient réduits au rôle d'agents d'exécution ; l'autorité n’émanait plus que du seul commandant des troupes françaises, représentant de Sa Majesté l'Empereur et Roi; et, aux termes de l’arrêté destituant le comte d'Ezpeleta, c'était pour s’être « déclaré en état de rébellion contre l'autorité de Sa Majesté, que le général en chef représente » que le capitaine-général avait dû cesser ses fonctions *. Duhesme n’entendait d’ailleurs nullement par là établir définitivement l'autorité de l'Empereur en Catalogne encore moins agissait-il sur un ordre venu de Napoléon, comme l’a donné à entendre un historien catalan”. Le général ignorait, au moins officiellement, les visées que son maître avait pu avoir momentanément sur le pays *; et, dans certains des actes postérieurs de Duhesme, allait apparaître le vague souci de réserver les droits du roi

A. Voici les considérants de l’arrêté, pris dans Ferrer, t. Is, p. 390- 391 : « Considérant que le capitaine-général de Catalogne, en refusant de reconnaître l'autorité du général commandant en chef les troupes. de S. M. l'Empereur des Français et Roi d'Italie dans une cité occupée par son armée et environnée par ses ennemis, s’est déclaré en état de rébellion contre l’autorité de S. M., etc., ordonne et arrête ce qui suit... » Au reste, dans son rapport du 20 septembre à Berthier, Duhesme à soin de dire : « C’est au nom de S. M. l'Empereur des Français et Roi d'Italie que je me suis déclaré l'autorité supérieure. » Une fois l'effet produit, Duhesme finit par se laisser fléchir et il laissa sortir Ezpeleta vers le 11 ou le 12 novembre, d’après Ferrer, t. Ier, p. 486.

2. Bofarull, Historia critica de la guerra de la Independencia en Calaluña, t. ler, p. 478-179 et 481, n. 4 : « Duhesme parlait visiblement, dans l'affaire d'Ezpeleta, au nom de l'Empereur et nous avons déjà fait remarquer que, dans cette affaire, il ne se fit jamais la moindre mention de l'autorité du roi Joseph. » Il n’y a aucune trace d’un ordre de cette nature donné par l'Empereur, et Duhesme, qui, dans plusieurs de ses écrits, justifie longuement la mise en état de siège par l'exposé des difficultés matérielles où il se trouvait, n’aurait eu qu'à y alléguer l’ordre impérial, s'il avait existé. Jusqu’en février 1810, l'Empereur ne s’ouvrit guère de ses desseins sur les pays au Nord de l'Ébre, et il ne parut point s’en occuper.

3. Voir chapitre II, section 1. Toutefois Blondel avait peut-être reçu quelque confidence de Champagny à ce sujet (car il effleure dans ses premiers rapports, cités au chapitre I, sections mn el 1v, la question de l'annexion) ; par suite peut-être Duhesme en avait-il quelque soupçon. Mais il ne pouvait paraître au courant.

Joseph ‘. Si le général invoquait seulement le nom de l'Empereur, c'était sans doute parce qu'il ne se croyait point autorisé à représenter le roi, et surtout parce qu’il espérait produire par là une plus forte impression. Il ne tendait point à des fins lointaines, et ne cherchait point à préparer l'avenir : son but était tout immédiat ; 1l s'agissait d'assurer la sûreté de la place et d’en tirer autant de ressources qu'il était possible. « Dès ce moment, les choses commencèrent à marcher », écrivait plus tard le général en parlant de son arrêté du 13 septembre *?. Et en effet tel avait bien été le dessein de Duhesme : faire mar; cher les choses, et rieñ de plus.

Il pensait même agir en homme prudent, en limitant au strict nécessaire les changements dans le personnel et dans les institutions : on lui avait conseillé, paraît-il, des mesures plus radicales ; « on avait proposé au général en chef de former un gouvernement de cinq à six membres ; mais outre que celui-ci trouvait convenable de laisser aux yeux des Espagnols la même apparence de gouvernement, il était bien aise d’y avoir des gens d’une certaine influence sur le peuple et d’une fortune qui donnât une garantie à leur responsabilité ; et certes un gouvernement de cinq à six de nos partisans n'aurait pas rempli ce but °. » Innover sans nécessité eût été maladroit et impolitique : Duhesme attachait de limportance à ne point heurter inutilement l’opinion. « Malgré la différence des opinions,

1. Remarquer que Duhesme avait mentionné le roi dans sa lettre du 23 août; on verra plus loin l'affaire du serment des gardes wallonnes (je ne donne point comme preuve le serment des autorités en avril 1809, parce qu’il fut exigé par Gouvion-Saint-Cyr) ; dans le Résumé historique des opérations (Arch. G., première quinzaine de mars 1809), Duhesme parle ‘plusieurs fois de Joseph, comme devant, plus tard, gouverner réellement la Catalogne, par exemple : « Le général commandant en chef aurait bien voulu conserver le comte d’Ezpeleta à S. M. le roi Joseph » ; plus loin, à propos de Uranx d’Amelin, devenu gouverneur de Barcelone : « aussi s’est-il rendu digne de la bienveillance de $S. M. le roi d'Espagne. »

le général Duhesme avait à cœur de captiver la confiance publique ; c’est toujours un grand point quand celui qui gouverne jouit de l’estime générale’. »

En somme, l'arrêté du 13 septembre 1808 eat officiellement le régime du gouvernement militaire dans la Catalogne occupée : et ce régime, institué à titre provisoire, devait se prolonger longtemps, non sans subir des modifications importantes dans son principe, son organisation, son fonctionnement et son but.

Jusqu'à l’arrivée de Gouvion-Saint-Cyr à Barcelone, le 17 décembre 1808, Duhesme conserva sans partage l’ autorité qu'il s’était attribuée Le 13 septembre. Il avait indiqué, par son arrêté de mise en état de siège, qu’il exercerait cette autorité en qualité de commandant des troupes impériales et au nom de l'Empereur. Mais, pendant les trois mois qui suivirent, il ne demanda à aucun moment aux fonctionnaires maintenus par lui ni serment ni engagement décisif soit vis-à-vis de l'Empereur, soit vis-à-vis du roi Joseph ; il n’exigea que leur soumission à l’état de fait ?. La section criminelle de la Cour de cassation impériale, amenée plus tard à trancher, au point de vue juridique, la question du droit de souveraineté en Catalogne à la fin de 1808, fut sans doute fort embarrassée. Elle se tira d’affaire en rendant, le 6 juin 1811, un arrêt assez singulier : conformément, paraît-il, à des précédents, 1l fallait regarder les fonctionnaires nommés par Duhesme comme des « agents du gouvernement français » agissant « en territoire étranger » et « c'était au nom de l'Empe-

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