Acuerdos de 1812, fos
2. Nous employons, dans nos références, les abréviations : Arch. mun. Barcel. ; Reg. de Acuerdos, où Acuerdos ; Repres. ; Of. exped. ; Of. recib. Vu le classement par années, donner la date des pièces, c’est en donner la référence, comme aux Arch. G.
INTRODUCTION XIX
mairie de Girone. Ces registres sont au complet, depuis décembre 1809 jusqu’à 1814.
2° Des legajos intitulés Correspondencia francesa, et où figurent, outre quelques pièces insignifiantes de juin 1808 (avant le soulèvement de Girone), non seulement les pièces envoyées à la municipalité par le corrégidor afrancesado, par les administrateurs français, par les maréchaux ou généraux, mais aussi des arrêtés de Baraguey d'Hilliers, de Macdonald, de Decaen; et enfin (nous ne savons pourquoi : peut-être les bureaux des Domaines étaient-ils installés dans la Casa consistorial, hôtel de ville) un certain nombre de papiers de l’administration des domaines en Haute-Catalogne pour les années 1810-1811.
3° Enfin des dossiers intitulés Periodicos (journaux) et contenant, à peu près au complet, la collection devenue presque introuvable * de la Gazette de Girone, journal officiel du gouvernement français en Haute-Catalogne, à partir du 1° janvier 1812.
Il ne faut point à coup sûr s’exagérer la valeur des trouvailles que les travailleurs peuvent espérer des recherches dans les Archives municipales espagnoles. La grande majorité des pièces qui y figurent sont de faible portée et roulent sur de menus faits. Toutefois leur ensemble nous donne une idée assez exacte de la nature des relations entre les envahisseurs et les envahis, entre les Français et les afrancesados. Il n’est d’ailleurs pas sans intérêt pour le but que nous poursuivons de se rendre compte du caractère et des transformations de la vie municipale dans les villes occupées. Nous nous permettrons donc d'attirer ici l'attention sur les dépôts d'archives municipales pour l’histoire du régime de l’occupation française en Espagne. Malheureusement les investigations de cette espèce seront toujours rendues difficiles par la durée des démarches nécessaires pour être admis à travailler dans les archives ou les bureaux des municipalités. Nous n’en sommes que plus reconnaissants aux personnes qui ont bien voulu nous accorder ou nous faire accorder les autorisations nécessaires.
4. Dans un article intitulé La Gazette de Girone (Revista de Gerona, t. I, p. 297-310), M. Emilio Grahit déclare n’en connaître qu'une seule collection, ne dépassant pas octobre 1812 (en possession d’un particulier). Mais le premier numéro est du 2 janvier 1812 et non du 25 décembre 1811, comme le dit M. Grahit. (Le 25 décembre est la date de l’arrêté ordonnant la création de ce journal, inséré dans le ne 4, du 2 janvier.) Nous ne saurions trop dire combien on a de peine à se procurer, sur place, les collections de journaux divers.
XX INTRODUCTION
LE
‘Pour donner une idée d’ensemble de ce que la documentation que nous venons de passer en revue représente par rapport à ce qui aété rédigé «administrativement » sur notre sujet, nous sommes obligé d’exposer comment, à notre sens, les documents d'archives de l’époque impériale doivent se classer, non dans les dépôts (cela va sans dire), mais dans l'esprit du travailleur méthodique et patient, soucieux de savoir ce qu’il doit avant tout chercher et découvrir. Le classement que nous allons proposer étonnera peut-être un peu par son caractère inusité!, mais il a l’avantage de correspondre à un grand fait, l’organisation bureaucratique de l’Empire, celui d’englober la presque totalité des documents contenus dans les dépôts d’archives divers, enfin celui d’être le véritable point de départ nécessaire pour donner une idée d'ensemble de ce qui manque à notre information et de ce qui y est compris.
Ce classement résulte de deux questions fondamentales, qu’on peut se poser pour chaque document : à qui était-il destiné en original? Quelle filière a-t-il suivie?
Pour répondre à ces deux questions, nous répartirons d’abord par la pensée les pièces d'archives, existantes ou perdues, en trois classes ou degrés.
Premier degré (l'information impériale). — Cette catégorie comprend : les pièces destinées à renseigner l'Empereur, et, accessoirement, les ordres donnés par l'Empereur aux ministres et assimilés (major général, directeurs généraux, etc.) jouissant de la faculté de correspondance directe.
Les pièces de cette nature ont évidemment une extrême importance, mais plutôt en tant que causes et explications des ordres et actes futurs qu'en tant que moyens de documentation sur les actes et faits passés : si l’on veut, leur intérêt est plus subjectif qu'objectif. Une détermination impériale est évidemment commandée (entre autres motifs) par l’idée que l’'Empereur se fait d'un événement, et à ce titre les rapports des-
4. Nous signalerons pourtant l’analogie, sinon de notre classification, du moins des principes sur lesquels elle repose, avec les principes aujourd’hui adoptés pour le classement des cahiers de 1789. Ici comme là, on tient compte avant tout de la place du document dans une filière déterminée.
INTRODUCTION XXI
tinés à Napoléon sont capitaux: de même, un ordre impérial se répercute dans le domaine des faits et nous intéresse par là. On a beaucoup discuté sur la valeur documentaire de recueils comme la Correspondance de Napoléon (avec ses compléments divers ‘). Je ne crois pas qu’on ait eu le soin de faire nettement la distinction, pourtant essentielle, entre sa valeur comme recueil d'ordres et sa valeur comme recueil de renseignements. Il faut chercher en réalité dans la Correspondance et dans ses suppléments, nôn point des renseignements exacts sur les faits antérieurs aux textes publiés?, mais bien l’explication des faits postérieurs et, par interprétation, la genèse des projets impériaux. Il serait d’une méthode détestable de reconstituer d’après les lettres impériales les faits passés; il est même parfois difficile et délicat de saisir par elles l’idée que Napoléon se faisait des hommes et des événements.
Les rapports des ministres et assimilés ont sans doute beaucoup plus de valeur documentaire, d’autant plus que tout le monde et spécialement les ministres connaissaient le goût de Napoléon pour les détails précis. L'Empereur a probablement été, parmi les souverains modernes, un des mieux renseignés, grâce à la merveilleuse organisation de la machine gouvernementale au point de vue spécial de la transmission des pièces et de l’afflux des informations. Maisenfin ses hauts fonctionnaires lui cachaient ou lui déguisaient (par calcul, par généralisation, par l'emploi du style administratif) une partie des faits précis, des menus détails, des démarches suspectes, etc.*. Napoléon le
4. Les principaux recueils supplémentaires sont ceux de M. Lecestre et de M. de Brotonne (Lettres inédites, Paris, 1898, in-8 ; Dernières lettres inédites, Paris, 1903, 2 vol. in-8) où figurent d’ailleurs des pièces antérieurement publiées, mais qu'il est plus commode d’aller y chercher. Les* études de Du Casse (mêlées de fragments ou pièces inédits) sont également à signaler (Les rois frères de Napoléon, Paris, 1883, in-8 ; Supplément à la Correspondance de Napoléon 1e, Paris, 1887, in-12; cf. Revue historique, 1886-1887, t. XXXI-XXXIV). On trouvera des renseignements et indications beaucoup plus amples dans les préfaces de Lecestre et Brotonne, et dans Kircheisen, Bibliographie Napoléons, Berlin et Leipzig, 1902, in-8, p. 2-6.
2. Au moins en principe. Indiquons qu'accessoirement la Corr. Nap. pourra renseigner sur la date à laquelle Napoléon à connu les événements, et ce genre de renseignements est souvent très utile à avoir.
3. Au cours de 4810, Clarke laisse ainsi ignorer à l'Empereur toutes les nominations de ratés que Macdonald fait en Catalogne, souvent à son instigation. Il faut une demande de l'Empereur à Savary sur l’un d’entre eux (de Luppé) le 46 janvier 4811 (Dern. lettres inéd., éd. de Brotonne, n° 1247) restée sans réponse d’abord, pour qu’enfin Clarke parle de ce personnage, véritable préfet sous un autre nom, imposé à Macdonald par le ministre.
XXII INTRODUCTION
sentait si bien, qu'il avait dressé ses ministres à lui fournir beaucoup de copies de pièces, lesquelles constituaient dans son cabinet beaucoup plus que dans son cerveau quelque chose d’analogue aux fameux « atlas » de Taine. Mais Napoléon avaitille temps de lire toutes ces copies ? C’est bien douteux, surtout à partir de 1808, au fur et à mesure que l'Empire grandit et que la machine se complique. Il ne devait recourir aux annexes des rapports ministériels que quand ces rapports lui révélaient des faits spécialement importants. Donc, si une lettre où Napoléon utilise le contenu d’un ou de plusieurs rapports ne vaut pas, comme document sur le passé, la pièce ou l’ensemble des pièces qui ont renseigné l'Empereur, de même (à un degré moindre) un rapport ministériel ne vaut pas, comme document, les pièces d’après lesquelles le ministre a fait son rapport.
Pour des livres généraux, on ne peut évidemment demander pourtant aux historiens que ce premier degré de documentation; mais ils devront, au moins quand la nature des faits, les obscurités et les contradictions des textes leur indiqueront que l'Empereur et ses ministres ont déformé la réalité ou ne l’ont pas connue, descendre d’un, voire de deux degrés dans leurs recherches. Même avec cette précaution, on n'aura qu’une idée nécessairement faussée des faits étudiés, si généraux soient-ils. Notre ouvrage ne rentre pas dans la catégorie des ouvrages généraux. Nous avons donc tenu à descendre toujours au moins au second degré, et même au troisième degré dans la mesure du possible.
Deuxième degré (l'information ministérielle). — Nous rangerons dans cette classe les pièces rédigées par les hauts fonctionnaires locaux en correspondance régulière et obligatoire avec les ministres (ou assimilés), tenus par conséquent de les
Clarke fait alors à lEmpereur un rapport étrangement tendancieux (12 mars 1811, Arch. nat., AFiv 1297). Les dénonciations envoyées à la fois à Montalivet et à Savary en 1812 et 1813 contre le féroce gouverneur de Lérida par le préfet des Bouches-de-l’Ebre et le commissaire Boucher n’aboutissent à l'Empereur que le 4 mars 1843, et sous une forme très affaiblie, par le bulletin de police (AFrv 1526), alors que Pelet de la Lozère avait attiré sur les faits, signalés dès le 4er septembre par le préfet, l’attention de Savary le 30 septembre, et que le ministère de la Police en avait informé Clarke le 3 novembre. Nous pourrions multiplier les exemples.
1. Sauf pour la filière de la marine, où nous nous sommes contenté des rapports de Decrès : il ne s'agissait pas là de faits dont le détail eût de l'intérêt pour nous (nous avions uniquement à connaître les entrées de convois ou de navires dans Barcelone), et d’ailleurs les rapports sont accompagnés de nombreuses copies de pièces.
INTRODUCTION XXIII
renseigner directement : commandants d’armées ou de corps isolés, commandants de divisions militaires à l’intérieur de l'Empire, et leurs chefs d'état-major! ; ministres plénipotentiaires, ambassadeurs ou chargés d’affaires ?; préfets’; commissaires généraux de police‘; payeurs généraux ou payeurs de corps isolés5; etc. Nous y rangerons également la correspondance interministérielle (si précieuse quand elle émane des ministres dont les moyens d’information nous manquent aujourd’hui); enfin les lettres envoyées par les ministres à leurs subordonnés directs.
Pour ces dernières pièces, il y a à faire la même remarque que pour les lettres de Napoléon : il faut avant tout les envisager (sauf cas spéciaux) comme des ordres et comme des causes, parfois aussi comme faisant connaître non les faits, mais l’idée que le ministre veut en donner à son subordonné, à moins qu'il ne s'agisse, bien entendu, du simple résumé initial par lequel le ministre rappelle le contenu du rapport auquel il répond.
Quant aux pièces reçues par le ministre, leur contenu est ordinairement beaucoup plus étendu, moins frappant peut-être, mais plus précis, plus réel que celui des rapports ministériels à l'Empereur : le fonctionnaire se sent responsable des inexactitudes formelles ; il n’a pas l’excuse que son rôle soit de ramasser et de résumer; il se sait contrôlé souvent par d’autres informations ; on lui reprocherait non seulement ses mensonges, mais aussi ses silences. Et pourtant, il y a encore des réserves à faire. Le fonctionnaire craint parfois de s’attirer des réprimandes s’il
4. En relations régulières avec le ministre de la Guerre (ou le major général).
2. En relations régulières avec le ministre des Relations extérieures.
3. En relations, comme chacun sait, avec tous les minisires, mais tout spécialement avec le ministre de l'Intérieur.
4. En relations régulières avec le ministre de la Police générale et (à partir de 1812 pour la Catalogne) avec un des conseillers d'État chargés de la direction d’un des arrondissements de la Police générale de l'Empire (dans l'espèce le comte Pelet de la Lozère, chargé du 2e arrondissement).
5. En relations régulières avec le ministre du Trésor public.
6. Beaucoup d'ordres ministériels ne sont d’ailleurs destinés qu'à transposer les ordres de Napoléon. Quand ils passent, comme c'est presque tou jours le cas pour nous, par le canal descendant du major général ou du ministre de la Guerre, la transposition consiste souvent en un simple passage du discours indirect au discours direct (chez Berthier), en une paraphrase amollie et allongée (Clarke). Il n°y à guère de changement sérieux dans les termes que pour certains passages trop vifs de l'Empereur, où Clarke adoucit la manifestation du mécontentement impérial; (Berthier atténue beaucoup moins, ou pas du tout).
XXIV INTRODUCTION
dit exactement tout. Il juge parfois habile de ne pas préciser : ambassadeur, craignant que l’avenir ne démente ses pronostics, il donne presque toutes les nouvelles sous réserves, en opposant à chaque renseignement, à chaque fait énoncé, des renseignements et des faits contraires! ; est-il général, il craint, «en présentant les succès comme trop complets, de se faire reprocher leur manque de résultats, de ne pas recevoir de renforts, de vivres, etc.; en ne masquant rien des revers, il s'expose au rappel immédiat; il n’avouera que peu à peu la gravité de l'échec. Après les succès, il aura soin de se plaindre de « manquer de tout ». |
Et, malgré cela, c’est bien de ce degré de documentation que l'historien du premier Empire est le plus souvent obligé de se satisfaire, même s'il tient à serrer la réalité. S'il veut descendre plus bas, il se noiera dans l’effrayante quantité des pièces ; il se verra obligé à des voyages perpétuels de dépôts locaux en dépôts locaux ; il y trouvera souvent, pour l’époque impériale, les pièces non classées, non inventoriées ; parfois on lui en refusera la communication, parce qu’elles sont encore considérées comme documents d'intérêt purement administratif?. Quoi qu’il fasse, dans les conditions les plus favorables, il n’en connaîtra qu'une très faible partie.
On ne peut guère reprocher à personne (quand il s’agit du premier Empire), à moins que le sujet ne soit tout à fait restreint (beaucoup plus encore que le nôtre), de s’être contenté du second degré, du moins pour l’ensemble des faits. A vouloir obliger l'historien contemporain à plus, on le condamnerait en réalité ou à ne Jamais aboutir, ou à se contenter de donner l’impression d’une apparence de recherches, c’est-à-dire à faire la chose
1. Je fais spécialement allusion ici à la correspondance de La Forest, ce diplomate chez qui M. de Grandmaison admire tant la «tradition » de l’ancienne école diplomatique, le style de la grande diplomatie, etc. Entendons en réalité par là que, placé près de Joseph, La Forest insinue tout et affirme peu.
2. Rappelons qu'en France les greffes, les Archives des divisions militaires, etc., nous sont en principe fermés. Il y à mieux : en avril 1905, allant en Espagne par Bayonne, je fis un crochet sur Pau pour voir si, par hasard, quelques documents relatifs à la Constitution de Bayonne n'auraient pas échoué aux Archives des Basses-Pyrénées. C'était peu probable, mais il valait mieux s’en assurer. Je me rendis donc à la préfecture : là on m'apprit, aux Archives, que les pièces de l’époque impériale relevaient du cabinet du préfet, et que les démarches déjà faites avaient toujours reçu des réponses négatives, au bout de huit à dix jours. Sentant bien qu'un préfet et ses bureaux ont couramment besoin de papiers vieux d’un siècle, je repris le train pour Bayonne.
INTRODUCTION XXV
la plus anti-historique qu’il y ait. Tout habitué des Archives a remarqué ces travailleurs de génie qui, en un quart d'heure, épuisent un carton garni de cinq cents rapports ministériels ou annexes, où chaque pièce a une moyenne d’au moins deux pages parfois très denses ; en réalité, ces amateurs funestes ont juste le temps de mettre le désordre dans les dossiers, et d’obliger ainsi le travailleur suivant à une bonne demi-heure (ou plus) de reclassement préalable. Maisils ont pris une note de cinqlignes, et leur livre comptera une cote de plus. L’effet en sera grandiose ; et un bon nombre d’erreurs seront mises en circulation pour un demi-siècle.
En réalité, qu'un document ne soit pas utilisé par un travailleur, c'est là un moindre mal. D’autres s’en serviront et compléteront ou rectifieront, s’il y a lieu, les affirmations du prédécesseur ; ils ne seront pas détournés de leurs projets de travaux par l’idée qu’un autre a déjà tout vu. Mais qu'un texte soil mal utilisé, il faudra bien longtemps pour qu'on ose l’étudier à nouveau. Ne nous demandons donc pas trop : « L'auteur a-t-il tout vu ? » mais bien : « L'auteur a-t-il honnêtement vu? » Pour la constitution de l’histoire contemporaine en science véritable, ce qui s'impose avant tout, vu le nombre immense des documents, c’est la division du travail de recherches, comme du travail de rédaction. Voir fous les documents à fond étantimpossible’, il faut se contenter d’en voir beaucoup avec soin, et d'indiquer avec la plus grande sincérité ce qu'on a réellement vu. Ce n’est pas aussi brillant, mais c’est plus honnête et plus utile que l’étalage de milliers de cotes?.
On doit donc, à notre sens, se contenter de demander aux historiens auteurs de travaux d’étendue moyenne l’utilisation parfaitement consciencieuse des documents du second degré. Is ÿ
1. On voudra bien remarquer que nous n'entendons nullement attaquer les vastes synthèses, si nécessaires au public, à l'enseignement, ete., à condition qu’elles se présentent comme des synthèses, c’est-à-dire comme des œuvres qui reposent sur l’utilisation des sources imprimées, des travaux de seconde mair, ou des séries d'archives les plus centrales. Ces travaux ont leur extrême utilité: et, à vrai dire, les auteurs de monographies devraient se considérer essentiellement comme les préparateurs des grands historiens. Mais pour cela ils doivent avant tout leur fournir des travaux clairs et solides (surtout solides) : ils doivent éviter de leur offrir des faits mal établis, et de leur donner à croire qu’un modeste travail épuise l'intérêt et le contenu des documents quand ceux-ci n'ont pas été bien étudiés en réalité.
2. La règle théorique (voir lout et bien) est, je crois, d'application relativement aisée pour l’histoire ancienne et l'histoire du haut moyen âge ; elle est déjà d'application bien difficile aux x1v® el xv° siècles, etc.
XXVI INTRODUCTION
auront déjà bien des moyens de contrôle, par la confrontation entre elles des affirmations venues par des filières différentes, par le rapprochement des documents émanés du même personnage ou du même service à des époques différentes, par l’attention scrupuleuse aux détails précis de date et de lieu, etc. Moyennant quoi, on aura sans doute des faits, non une représentation parfaite, mais la représentation la plus exacte qu'il soit possible d’en avoir dans les circonstances actuelles, sauf pour les monographies très étroitement limitées.
Troisième degré (l'information des chefs locaux). — A proprement parler, nous ne devrions placer ici que la correspondance échangée entre les plus hauts fonctionnaires locaux et leurs subalternes ou égaux. Mais, pour ne point multiplier les degrés à l'infini, nous rangerons aussi dans cette classe toutes les pièces dont, en principe, les expéditions originales ne doivent pas sortir de la circonscription administrative, même quand elles restent inconnues des hauts fonctionnaires locaux. Nous n’oublierons pas toutefois que ces hauts fonctionnaires ne savent naturellement pas encore tout, et qu'on peut essayer de les tromper sur place, comme ils peuvent essayer de tromper de loin les bureaux ministériels.
Ici il ne peut plus être question, pour l’historien contemporain, de tout voir et de tout dépouiller, sauf au cas où il se borne à l’étude d’un épisode tout local et tout momentané, où il établit une biographie de personnage de rang secondaire, etc. Il ne peut, même pour une étude comme la nôtre, que profiter des circonstances qui lui permettent l'accès de telle ou telle série de documents ; il doit choisir entre les occasions, si elles sont trop nombreuses ; il doit s’estimer heureux d’avoir vu une partie des pièces, faire son possible pour bien discerner ce qui a un intérêt dans les documents vus, et s’en tenir là. Plus ses recherches seront étendues dans ce troisième degré, et mieux cela vaudra sans aucun doute. Nous répétons qu’elles ne sauraient, par définition même, être complètes.
Nous nous sommes donc résigné, non sans quelque inquiétude, à ne pas chercher l’impossible, et avons dû nous tenir pour satisfait d’avoir, par les papiers Duhesme, Reille, Augereau, Macdonald, Decaen?, accessoirement par les pièces des
1. Ou quand il cherche à éclairer les périodes obscures de la vie d’un grand personnage.
2. Car en réalité les papiers de famille des personnages, qui ont eu la
INTRODUCTION XXVII
Archives municipales citées, une partie non négligeable des pièces du troisième degré.
LES FILIÈRES ADMINISTRATIVES. — Pour les deux premiers degrés, où la chose offre un sens, il reste encore à comparer ce qui a existé avec ce qui reste à notre disposition. Pour cela, il faut d’abord indiquer les filières, les « canaux », comme on disait vers 1808, qui ont existé pour la transmission des pièces relatives à la Catalogne : et ici il faut distinguer essentiellement trois périodes chronologiques.
De 1808 à janvier 1810, il y a eu envoi régulier de rapports au ministre de la Guerre et (plus rarement) au major général (véritable ministre pour l’armée que l'Empereur commande en personne);auministre directeur del’administration de laGuerre; au ministre des Relations extérieures; enfin au ministre du Trésor publict. Les autres ministres ont peut-être reçu quelques rapports, mais dans des cas très exceptionnels et pour des affaires qui intéressaient à la fois l’administration de la France et celle de la Catalogne. Ils ont reçu les rapports au titre français, non au titre catalan ?.
En 1810 et 1811, ainsi qu’en janvier 1812, les mêmes filières subsistent, mais il s’y ajoute une filière nouvelle; le ministre de la Police est renseigné sur la Catalogne, par des rapports de Perpignan et de Girone; il peut donc à son tour renseigner l'Empereur.
Depuis janvier 1812, il y a possibilité de correspondance hiérarchique avec tous les ministres ou assimilés. Mais l'agent secret de Champagny, devenu gérant du consulat de Barcelone,
correspondance directe avec les ministres et ont centralisé les documents locaux, représentent une sorte de choix entre les documents dont la place normale serait dans les dépôts locaux. Peu importe, pour notre classement des documents par degrés, qu'ils soient versés ou non aux dépôts centraux: Ils sont actuellement (sauf les papiers Decaen) aux Arch. de la Guerre, mais par une dérogation à leur véritable rôle : peu importe à notre point de vue qu'ils y soient mêlés aux pièces du 2 degré (pratiquement parlant, c’est même là une circonstance fort heureuse).
4. À Ciarke et à Berthier, par les généraux commandant en chef ou isolés et par leurs chefs d'état-major; à Dejean, par les ordonnateurs où commissaires des guerres (faisant fonction d’ordonnateurs), accessoirement par les généraux ou chefs d'état-major ; à Champagny, par le vice-consul de France à Barcelone (pièces inutilisables, voir plus haut) et par un agent secret; à Mollien. par les payeurs.
2. Ainsi le ministre des Finances pour les questions douanières (AFrv plaq.) ; le ministre de l'Intérieur (direction du commerce) pour les permis d'exportation de blé (AF1v plaq.), etc.
XXII INTRODUCTION
ne lui envoie plus guère que des « rapports consulaires », donc enfermés aujourd’hui dans le Saint des Saints aux Affaires Étrangères, La plupart des ministres, qui ont été nouvellement investis du droit de correspondre avec la Catalogne pour les affaires de leur département, ne reçoivent en fait qu’un très petit nombre de rapports, et n’abusent pas de leur droit de surveillancet. En réalité, il ne s'ouvre guère que deux correspondances nouvelles, fréquentes ou assez fréquentes : rapports au ministre de l'Intérieur, rapports au ministre des Finances. D'autre part, le nombre des informateurs du ministre de la Police s'accroît, puisqu'il a maintenant des subordonnés dans les quatre chefs-lieux catalans.
DocuUMENTS UTILISÉS; DOCUMENTS DÉTRUITS, ÉGARÉS, SOUSTRAITS AUX RECHERCHES. — Par la Correspondance de Napoléon (et suppléments) et par les pièces de la série AFrv, nous avons certainement presque toutes les pièces du premier degré, à toutes les époques (sauf dans le second semestre de 1812) : nous avons par là une idée sommaire de ce que les différents ministres surent relativement à la Catalogne (sauf dissimulation volontaire; très peu probable dans la majorité des cas).
Mais déjà, dans les pièces du second degré, il y a de graves, d'immenses lacunes; les fonds d’archives des ministères des Finances, du Trésor public, de l'administration de la Guerre ont péri; nos demandes au ministère de la Justice, pourtant suivies de recherches consciencieuses en notre présence, n'ont abouti à aucun résultat?. Au total, c’est précisément pour cette période de 1812-1814, où les Français ont fait le plus de tentatives intéressantes, où il y a eu le plus grand nombre de filières simultanées, que beaucoup de pièces du second degré manquent. Heureusement les filières existantes sont particulièrement riches; spécialement le baron de Gérando, intendant de Haute-Catalogne, qui avait des scribes à employer,
4. Nous le savons par la correspondance interministérielle (Arch. de la G., et F1e 71-75) ; par la correspondance des intendants avec Montalivet (Fie 71-73) et avec Clarke (Arch. G.); ils y rendent compte des rapports envoyés aux ministres de la Justice, des Finances, des Cultes, etc., et des réponses reçues (ou de l’absence de réponses).
2. Et là, à en juger par ce que nous savons du contenu d’un des rapports envoyés par de Gérando (dont fut transmis une sorte de résumé à
Clarke, Arch. Guerre, 10 mai 1812, et à Montalivet, Fe 71), c’est très regrettable. :
INTRODUCTION XXIX
envoyait fréquemment à son « cher et bon ministre » Montalivet, ou même à Clarke, des copies ou des analyses étendues de ses différents rapports.
Nous pouvons résumer ce qui précède par deux petits tableaux ! (pp. xxx et xxx1).
DoGuMENTATION INTERNE ET EXTERNE. — Après tout ce que nous venons d'exposer, il n’y a plus qu'une remarque à faire. C’est qu’un caractère essentiel de notre documentation d'archives est d’être une documentation interne, c’est-à-dire composée de pièces rédigées par les personnes-mêmes dont nous racontons l’histoire. Ce qui manque à notre travail, c’est une documentation externe. Mais où la trouver? Nous avons assez vu des papiers des insurgés pour avoir préféré, en Espagne, ne pas employer notre temps sur eux. Ils ne renseignent guère sur l'administration française, qu’iis ignorent totalement. Des pamphlets et libelles, presque rien à tirer pour nous, sauf très exceptionnellement.
Ce qui supplée un peu à cette lacune, c’est que nous possédons des témoignages non administratifs (Laffaille, Ferrer, quelques lettres privées) et que, parmi les pièces d’archives, il y a des pièces de témoins sans bienveillance, des appréciations de successeurs, etc. Alors que, pour les documents rédigés par les chefs ou administrateurs, il faut faire la part de la tendance apologétique et de l’optimisme de commande, dans les pièces émanées de témoins exempts de toute responsabilité, il faut souvent faire la part de la tendance au dénigrement et à la malveillance ; dans les témoignages émanés d’insurgés, celle de la haine et de l’aveuglement systématiques ; ce. sont alors les passions manifestées qui sont intéressantes, plus que les termes employés ou les faits allégués (rares d’ailleurs).
1. Dans les deux tableaux, les cotes d’archives indiquent ce qui existe encore ; les guillemets, ce qui n’a sûrement jamais existé; le point d'interrogation, ce qui à peul-étre existé, mais n’a pas laissé de traces dans AF1v (peut avoir péri en Russie). Naturellement, nous ne tenons pas plus compte des copies ici que dans tout l’essai de classement logique, qui ne peut s’appliquer qu'aux pièces en minutes ou expéditions originales. Enfin, pour tout AFiv, il faut tenir compte des pertes du 2° semestre de 1812.
Dans le deuxième tableau, nous supprimons la colonne Marine puisque nous n’avons pas cherché les pièces de ce ministère, et nous introduisons la colonne Cultes.
INTRODUCTION
É 3 a *(sagnurm) "8085 AIAV Me ‘9 ‘OI *690F ALTV ; … ['herdargy| = 24 * “YTST-GIS8H ‘eecy <AE |'3687 A1V|'9CT-#097 “berd argv| Perd ar v ‘PI 800 AITV|'2907 AMV] 5 © E Je ‘PI |'SVEF AMV SSIQUE *(saynuru) er EASY :
ares © © © CHISF-OHRST *£ecr S£Sgé ‘997-7097 ‘PI 807 AMV « gsS2é “PI *L68V ALAV S32R em = QUO + Su 2e ä À due SRE ‘U9IY as£ssE * * ‘6087-8087 °9€97 ® ‘969 & Ba | -gegre | ‘9eor®e F09Y AIXV ‘919 UON #09} ATV « « 2 © 6 |509F AMVIFY09F AMV . $ ‘ap1eumor | . Fr "a[eIou98 . *S2MAN9IXT ‘axienr) ‘1819099 eue 291Snf Saoueur y oryqnd AN9TIQAUI,[ ou zofepy 19 er 9P e[ 2P Fe sap J089IL np a ep FU ee a se ep | He ap ———" SHGOIAHd
SHUJSININ SAT UVFd SASSHUGV : HOGUAANA TT V SANILSAG LA AN9OTVIVO VT Y SAILV'IAU S'THIHALSININ SIUOddVU
EEE me ET nu
I AYATEYL
INTRODUCTION