‹ La captivité de BarceloneChapitre 95 sur 181 · Arrêté du 13 septembre, art · texte numérisé non relu

Arrêté du 13 septembre, art

somme entre les églises et couvents ‘. On ne parut plus, à ce moment, penser à la mise sous séquestre ou à la confiscation des biens monastiques. Toutefois, au début de décembre, on mit la main sur les biens de l’Inquisition. Le commandant d'armes, un commissaire de police et cent cinquante vélites italiens se présentèrent brusquement, à six heures du soir, au palais que ce tribunal occupait à Barcelone *. Il fallut aller chercher les clefs du secrétariat chez le fiscal, et on ne les eut qu’à neuf heures. On se contenta done pour ce jour-là de conduire un des inquisiteurs, le fiscal et le secrétaire dans un couvent, où onles garda jusqu’au lendemain : le doyen du tribunal, inquiet, parvint à se cacher. Le lendemain et les jours suivants, on perquisitionna sans trouver d'abord grand’chose : toutefois on prit à la chapelle quelques objets d’argent, et on fit, paraît-il, un choix de livres curieux pour le général en chef. Enfin on finit par découvrir quelques fonds, qui furent envoyés à un des hôpitaux de la, ville. La perquisition paraît n'avoir eu qu’un intérêt fiscal, et il ne fut même pas, semble-t-1l, pris d'arrêté pour justifier les perquisitions. et la saisie. Lechi se borna à écrire au bout de trois jours. aux mquisiteurs : « Les circonstances actuelles ne permettent pas qu'il y ait en exercice un tribunal, dont on ignore les opérations, et qui peut avoir la plus grande influence sur la tranquillité et l’ordre publics. » Et Lechi ordonnait aux inquisiteurs de se retirer dans leurs familles, et de bien se garder « d’occasionner par leurs conversations le moindre trouble dans la ville » . Le véritable but poursuivi avait évidemment été de s'emparer des ressources du tribunal:

1. Lettre déjà citée du supérieur et des religieux du couvent de la Merced, 25 novembre 1808 ; Résumé historique des opérations ; Mémoire abrégé du général Duhesme.

2, Aujourd’hui Archives de la couronne d'Aragon.

3. Ces faits ne sont connus que par Ferrer, Barcel. caut., &. [er, p. 550- 551, 552-553 (texte de la lettre de Lechi), 578-579, et €. LIL, p. 36.

L'hôtel des Monnaies ne manqua donc point de métaux à mettre en œuvre, d'autant plus que les Barcelonais, privés les uns de leurs salaires ou de leurs bénéfices par la cessation du commerce et de l’industrie, les autres de leurs rentes foncières par l’insurrection, obligés d’ailleurs de financer sans cesse, venaient y porter peu à peu leur argenterie et leurs bijoux, qu’on leur achetait suivant un tarif fixe et à un prix très raisonnable *, L’édit d'organisation rendu le 21 août par Ezpeleta après délibération de la junte, avait spécifié que les monnaies auraient exactement le poids et le titre ordinaires, et auraient cours dans toute la province : on frapperait des pièces d’or de deux et de quatre douros (10 et 20 pesetas), des douros, demi-douros, pesetas et demi-pesetas d'argent, et quatre sortes de monnaie de billon. Les pièces seraient aux armes de la ville, porteraient leur millésime et leur valeur, avec en exergue la mention £n Barcelona. La Monnaie avait commencé la frappe le 18 août 1808 *. Jusqu'en 1812, on n'eut point d’or à mettre en œuvre ; mais Duhesme autorisa dès le principe l'intendant à envoyer à lhôtel des Monnaies une certaine quantité de cuivre et de bronze tirés de l’arsenal, dont on fit de la monnaie de billon ; et on put avec l'argenterie des églises et des particuliers frapper beaucoup de pièces d'argent *. Cette monnaie provinciale fut, semble-t-il, bien acceptée à Barcelone, à cause de sa

1. Rapport sur l’hôtel des Monnaies de Barcelone. adressé à Chauvelin le 29 avril 1812 par le sous-préfet Chevalier, Arch. nat., F'°73 (donne le tarif des achats de métaux, reconnu très honnête par Ferrer, Barcel. caut., t. IL, p. 38-39) : tous les procès-verbaux d'entrée de métaux, de fonte et de frappe des monnaies, sont conservés aux Arch. de la couronne d'Aragon.

2. Edit d'Ezpeleta, Barcelone, 21 août 1808, dans le Diario de Barcelona du 24, également publié dans le Tratado de las monedas, t. H, appendice, p. 40-%1.

3. Mémoire abrégé du général Duhesme, présenté le 4 août 1810, Arch. G. (28 juillet 1810) ; Résumé historique des opérations ; Etat du nombre et des espèces de pièces frappées annuellement depuis le 18 août1808 jusqu'au 4er avril 1812, dans le Rapport sur l’hôtel des Monnaies de Chevalier (il ne fut frappé en 41808 que du billon, des douros (63.163) et demi-douros (98.957).

loyauté et parce qu’elle était reçue dans les caisses publiques; au reste, l’ancien numéraire était presque entièrement sorti de la ville, et on y acceptait même la monnaie française !. Le succès local de la monnaie barcelonaise permit aux habitants de payer leurs contributions en s’appauvrissant, au gouvernement improvisé de vivre. Mais, en dépit de l’absence de tout signe français ou joséphiste, les douros, demi-douros ou pesetas frappés à Barcelone n'eurent jamais cours dans la province, où on ne voulait accepter que la vieille monnaie ou celle que les insurgés émettaient à l'effigie de Ferdinand VIL. D'ailleurs il s’établit bientôt dans la ville des comptoirs de changeurs, qui faisaient à volonté les échanges de numéraire ?.

Durement exploités par la contribution extraordinaire, les Barcelonais avaient, dès le mois d’août ou de septem-

bre, cessé totalement de payer les anciens impôts, du recouvrement desquels personne d’ailleurs ne semblait . À . . A

plus se soucier : le cadastre industriel et personnel n’eût rien rendu, et le cadastre réel n’eût pu frapper que des gens déjà atteints par la contribution mensuelle ?. En août, au moment où le blocus de la ville s'était dessiné,

‘ Rapport sur Barcelone au 15 décembre 1809, Arch. des Aff. Etr., Mém. et Doc., Esp., vol. 210, fos 305-316 ; Ferrer, Barcel. caut., L. [TL p.38- 39 ; cf. arrêté d’Augereau, Barcelone, 8 avril 4840, Arch. G.; Augercau à Clarke, Barcelone, 9 avril 1810, Arch. G. : « ge n'ai rien changé à la direction de la Monnaie ; elle na paru bien organisée. » {1 fallait en eitet qu'elle le fût pour trouver grâce aux yeux d’Augereau.

* Rapport sur Barcelone au 15 décembre 1809 : Ferrer, Barcel. caut.. &. V, p. 40-41. Le tarif du change était de trois cuartos par douro, à peu près 2 p. 100, le cuarto étant le 1/34 de la peseta.

SUCER Elles (les finances) étaient nulles, il n’y avait plus d’autres revenus que les contributions extraordinaires imposées depuis le mois de septembre »; Résumé historique des opérations. Il est évident qu'on n'eût rien pu tirer du cadastre personnel, destiné à frapper les gens du tiers état (Estado general) : vu la suspension des salaires, il n’eût été payé que par les gens déjà atteints par la contribution mensuelle : le cadastre industriel se percevait nominalement à raison de 8 p. 100 des bénéfices industriels et commerciaux et n’eût par conséquent rien rapporté. Le cadastre réel, qui consistait (théoriquement) en un dixième des revenus fonciers, n’eût atteint efficacement que les propriétaires déjà frappés par la contribution mensuelle. En essayant de tirer quelque chose du cadastre. on eût diminué le produit de la contribution des pudientes.

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Ezpeleta et la junte avaient supprimé avec lassentiment de Duhesme les droits de porte ou d'octroi pour ne pas gêner l’approvisionnement de la ville, déjà très difficile *, Tout commerce ayant à peu près cessé, il ne pouvait plus guère être question de percevoir les autres renfas,'et ce fut à peu près en vain que Duhesme fit, en octobre, un arrêté pour essayer de tirer quelque chose des droits de douane, en mettantsur les exportations un droit de 10 p.100 ad valorem *. A est d'autre part à peu près certain qu’il ne fut attribué que très peu ou point de fonds au service espagnol, c'est-à-dire au budget régulier des dépenses d'État dans la province”. Les dépenses pour l’armée française

1. Edit d'Ezpelcta, Barcelone, 25 août 1808, dans le Diario du 27. Dès le début de juin et dans le but de populariser le nouveau régime, on avait, avec l'autorisation de Murat, supprimé pour toute la province les impôts de consommation surles vins et liqueurs et les prélèvements sur les dimes, en décidant de les remplacer par un demi-cadastre additionnel, qui ne fut certainement jamais perçu. Edit de l’intendant Blas d’Azanza, Barcelone, 2 juin 1808, dans le Diario de Barcelona du 3: cf. Mémoire abrégé du sénéral Duhesme : «.... le rétablissement des droits d'entrée, de ceux du fisc, et d’autres droits {ombés en désuétude pendant les événements précédents, ou supprimés par le comte Ezpeleta et la junte ». « Rétablissement » s'applique ici aux réformes de Saint-Cyr, dont nous parlerons un peu plus loin.

2. Arrèté de Duhesme, Barcelone, 8 octobre 1808, dans le Diario du 10 {exception faite pour les cuirs, laines et fers, comme susceptibles de servir aux insurgés) ; l'arrêté fut complété par un autre du 4e novembre (autorisant la sortie des cercles pour futailles), mentionné dans un avis de l’intendant paru au Diario du 3. Les circonstances extérieures étaient défavorables à tout commerce, et s’il sortit alors quelques marchandises. ce fut surtout en fraude (avis publié dans le Diario du $ novembre) : en tout cas Duhesme constate la faiblesse des recettes douanières dans le Résumé historique des opérations : « Les douanes, depuis longtemps, ne faisaient presque plus de recettes... » En effet : 1° d'octobre à décembre 4808, le droit de 10 p. 100 ad valorem Sur les sorties de marchandises ne donna que 2,163 pesetas ; 2 pour toute l’année 1808, le revenu du principal des douanes n’atteignit que le tiers de celui de 1807, savoir 4,397,298 réaux (1,099,324 pes.) contre 13,440,982 (3,360,245 pes.), celui du total des rentes unies que 16,637,953 réaux (#,159,488 pes.) contre #1,908,914 (10,474,228 pes.) en 1807 (Rentes de la principauté de Catalogne. état qui démontre la recette des fonds de janvier 1807 à avril 1809, en annexe au Compterendu par Pelletier, Arch. G., 14 février 1811). Nous n'avons pas d'état mensuel du produit des douanes et rentes pour 1808, comme nous en avons un pour 1809. Mais nous savons qu'il y à eu à peu près quatre mois d'exercice presque normal (janvier-avril), et la crise n’atteignit tous ses effets qu’en août, quand le port fut bloqué.

3. Nous n'avons pas d’état des dépenses de la junte, ce qui fait qu’on

«<absorbaïentles fonds à mesure de leur rentrée ! ». C'était uniquement pour nourrir les soldats impériaux et pour assurer la sûreté de la place que la junte d’abord et Duhesme après elle avaient changé toute l’organisation financière antérieure, el substitué à un système d'impôts multiples, compliqués, souvent peu productifs et très tracassiers, mais en somme relativement légers pour les populations urbaines, quelques contributions beaucoup plus simples quant à leur principe et à leur mode de perception, mais réparties à la hâte,-très lourdes pour les contribuables et recouvrées sans ménagements.

Convaincus que Duhesme était le principal auteur de leurs maux, les Barcelonais conçurent d’abord, paraît-il, en voyant arriver le corps de Gouvion-Saint-Cyr, l'espoir que leurs charges seraient allégées ?; en cela, ils se faisaient illusion. Les besoins du colonel-général n’étaient pas moindres que ceux de Duhesme; et, en se décidant à opérer dans le rayon de Barcelone, Saint-Cyr devait naturellement chercher à tirer de cette grande ville toutes les ressources possibles. D'ailleurs, opérant en rase campagne avec beaucoup plus de troupes que Duhesme n’en avait eu, le commandant du 7° corps allait évidemment tenter de répartir sur une plus grande étendue de pays les charges de la guerre, et de tirer de l’argent d’autres localités que de

ne peut rien affirmer de facon précise. Mais Duhesme ne souffle pas mot, dans son Mémoire abrégé, ni dans son Tableau des contributions levées par ordre du général Duhesme (Arch. G., 28 juillet 1808) de dépenses pour de «service espagnol » en 1808. Comparer d’ailleurs ce que nous avons dit plus haut des propositions d’Augier et de la suite que leur donna Duhesme. Voir enfin l'affirmation de Duhesme qui suit dans notre texte,

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