‹ La captivité de madame la duchesse de Berry à Blaye, 1833Chapitre 1 sur 10 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

On peult couvrir les actions secrettes; mais ae taire ce que tout le monde scait, et les choses qui ont tiré des effects' publics Qt de telle conséquence, c'est un défault inexcusable!

(Montaigne.)

En publiant ces Mémoires, j'accomplis les dernières volontés de mon père, le docteur P. Ménière,

Vers la fin du mois de novembre 1861, je lus le manuscrit de son journal de la captivité de Son Altes!^o Royale M""^ la duchesse de Berry dans la citadelle de Blaye, en 1833.

Quelques jours après, ayant peut-être le pressentiment de sa fin prochaine, il causait avec moi de l'avenir, de la carrière médicale dans

laquelle j'étais entré, et d'une foule de sujets tout à fait intimes.

Il termina Tentretien par ces paroles, qui sont toujours restées présentes à mon esprit :

(c Mon cher enfant, garde précieusement ces (c mémoires qui ne sont connus que de peu de « personnes ; c'est un monuirient historique fort a intéressant. Je te lègue le soin de les faire a paraître après ma mort, mais seulement lorsque (( M""* la duchesse de Berry ne sera plus de ce a îUQncle. J'ai été çn tiutte à d'absurdes attaques, (( mais je les ai dédaignées, car j'ai la conscience a d'avoir rempli mon devoir. » *

I Le D"^ Prosper Ménière est né à Angers, le f 7 juin 1799. Son père était un modeste négociant de cette ville ; à force de patience, de courage et de volonté, il ])arvint à donner à ces six enfants une éducation aussi solide que sérieuse.

Le P' P. Méni^ry fil^ çç^s premières étude? médicsiles 4 Angers avec Ollivier, Bérard, etc. ; puis il vint à Paria, fut nemmé interne des hôpitaux, entra dans le service de Dupuytren et remporta la médaille d'or des hôpitaux en 1826 ; reçu docteur la nf^ôpae animée, il devint chef de clinique de Cl^omelpour qui il conserva un véritable culte. Nommé professeur agrégé en 1832, il reçut la croix de chevalier de la Légion d'honneur ei;! 1835, en récompense de sea services pendant Vépidémie de choléra qui sévit dans le Midi à cette époque. En 1838, il épousa la fllle d'Antoine-César Becquerel, célèbre physicien, membre de l'Institut, mort en 1878, à Tâge de 90 aps.

Eki 1839, le D*^ Ménière devint médecin en chçf des Sourçls- Muets, à la place d'Itard.

II est iBorI le 1 février 1862.

AVANT-PPiOPOS in

L'intérêt de ce mémorial, écrit jour par jour, est tout entier dans les faits racontés simplemeiît et loyalement par ffion père, qui, pendant près de six mois, ne quitta pas Son Altesse Royale et lui fut très dévoue.

Il n'a jamais joué aucuii rôle politique ; ceux qui 1 ont connu savent assez quelle était sa manière de penser à eet égdfd. D'une nature affectueuse et pleine de générosité, optimiste à Textréme avec une teinte de philosophie rdllleuse, mon père redoutait la politique, ses passions, ses luttes et ses excès. Il aimait trop la vie facile et douce, ornée de tous les charmes qu'il savait si bieii y trouver,' pour s'aventurer dan^ cette Voie.

En février 1833, Orfila, Doyen de la Faculté de Médecine, qui avait pour lui une très grande affection, et qui connaissait sa valeur, le désigna au choix des ministres de Louis-Philippe pour être envoyé à Blaye, comme médecin ordinaire de M""* la duchesse de Berry, qui venait d'y être enfermée.

Quel coup.de fortune pour le jeune médecin angevin, mais aussi que de responsabilités dans une pareille situation ! Il n'hésita pas longtemps ;

ly LA CAPTIVITÉ DR LA DUCHESSE DE BERRY

se sachant appuyé par Orfila et Auvity, il accepta et partit ; on verra les difficultés qu'il eut à surmonter. Il avait stipulé avant son départ, que sa mission serait purement médicale, qu'il n'en voulait et n'en accepterait pas d'autre.

M™* la duchesse de Berry l'accueillit d'abord avec une certaine réserve, puis bientôt après avec confiance. Elle daigna, dans la suite, lui témoigner une très grande estime *, et mon père conserva pour Son Altesse Royale un attachement qui ne se démentit jamais.

Pendant ce long séjour auprès de la princesse, il fit tous ses efforts pour conciUer et ses devoirs de médecin envoyé par le Gouvernement, et les intérêts si dignes de respect do sa royale malade.

En mainte occasion, il fut assez heureux pour adoucir les souffrances physiques et morales de

^ M"« la duchesse de Berry donna au D"" Ménière le secrétaire qu'elle avait à Blaye, comme un souvenir de ses bons soins, et un témoignage de sa reconnaissance et do sa confiance.

Je conserve précieusement ce meuble historique.

(Tome II, pages 216-217.)

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