‹ La caricature en AngleterreChapitre 16 sur 16 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

à la fois de la faculté d'observation et de la faculté imaginative, mais cette expression si vague, <( le Moyen Age », couvre des périodes bien diSërentes. Le milieu du xiii* siècle et le milieu du xiv* se ressemblent comme Bossuct ressemble à Voltaire; le milieu et la fin du xv" siècle n'ont pas plus de rapports que Chateaubriand et Zola. L'humanité était, alors, moins prompte dans ses transformations, elle faisait un peu moins vite le tour du monde intellectuel; les oscillations de Fart entre ses deux pôles avaient moins d'amplitude, mais elles n'étaient ni moins nettes ni moins régulières; et si la Réforme, à deux reprises, n'en avait détruit presque toutes les œuvres, l'art comique anglais, contemporain des Édouards et des Ilenrys, nous aurait permis de prouver une fois de plus et, peut-ôtro, de préciser cette importante vérité. A partir de la fin du xvn" siècle, nous avons suivi ce double mouvement, aussi nécessaire, semble-t-il, à l'existence d'un genre artistique ou littéraire que la respiration ou la circulation à la vie du corps humain. Emblématique et allégorique, la caricature est devenue réaliste avec Hogarth; elle est restée réaliste avec Rowlandson, tandis qu'elle redevenait fantaisiste et imaginative avec Gillray et Cruikshank. Les artistes venus après eux se sont trouvés en présence de deux traditions et, comme chacune d'elles avait sa raison d'être, comme chacune s'était affirmée par des chefsd'œuvre, ils ont été tentés de les concilier. Le matin on prendra des notes sur la réalité; le soir, avec les éléments ainsi recueilhs, on se risquera à traduire l'idée par le fait, ou le fait par un autre fait d'ordre difl*érent, et c'est là le symbolisme : notre pouvoir de « créer », comme nous disons, ne va pas plus loin.

Rion de plus raisonnable, en apparence, que cel éclectisme. Par malheur, les genres qui s*y adonnent sont tout près de leur fin et il n'est pas de signe plus sûr de la décadence. Car Técleciisme a pour effet de ralentir d*abord et, finalement, d'arrêter l'oscillation dont je viens de parler. Tant que l'artiste observe ou invente par lui-môme, il est, en quelque sorte, obligé par la nature d'exercer une des deux facultés au détriment, sinon à l'exclusion de l'autre. Lorsqu'il les combine et les égalise, c'est qu'il travaille de seconde main sur les matériaux fournis par l'observation et l'imagination des générations précédentes. Or, chaque heure qui s'écoule emporte un peu de vérité à l'une et de nouveauté à l'autre. Ce qui était original devient banal et suranné; ce qui était une sensation vivante devient une réminiscence historique.

En somme, c'est l'instinct qui met l'art au monde et c'est la tradition qui l'enterre. Il est vrai que ces enterrements-là sont très beaux. La critique conduit le deuil, avec beaucoup de discours, d'encens, de musique et d'eau bénite. Mais les morts sont morts, et rien ne les ranime. Mieux vaut le plus humble et le plus obscur baptême que les plus orgueilleuses funérailles.

Ce que j'ai dit de la caricature anglaise ne s'applique-t-il pas aussi aux autres genres artistiques? Je le crois et je pense qu'on découvrira la loi qui préside à l'apparition, à la croissance et au déclin de ces organismes composites et collectifs, la loi de ces oscillations qui sont la condition de leur existence. En écrivant ce livre, j'ai peut-être préparé quelques données, posé quelques jalons sur la route du pcn-* seur qui la formulera. Qu'il vienne, cet homme-là,

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