LE GERANT DE LA CARICATURE A SES ABONNES
Le 16e numéro de la Caricature complète le *ïc trimestre de ce journal.
Si le succès a dépassé nos espérances, nous le devons sans doute à la bienveillance du public, et nous en sommes pénétrés de reconnaissance, mais on nous pardonnera de l'attribuer aussi à nos constans efforts pour mériter ses suffrages et pour réaliser les promesses faites dans notre programme.
Aujourd'hui que par des sacrifices considérables et des soins assidus nous avons surmonté tous les obstacles et détruit les préventions sans nombre qui arrêtent l'essor d'une publication nouvelle, l'engagement que nous prenons de ne point nous ralentir est d'une exécution plus facile ; elle sera donc reçue avec autant de confiance.
La Caricature a fait comprendre en France l'influence que les artistes ont acquise depuis long-temps en Angleterre. La puissance de ce genre d'opposition était inconnue avant la révolution de juillet, parce que la censure , abolie pour la presse typographique , existait toujours pour les estampes et les lithographies. Nous avons donc révélé ce pouvoir, en frappant d'une arme jusqu'alors ignorée les ennemis de nos libertés ou les déserteurs et les traînards de notre camp. Nos coups ont frappé fort et juste, mais nous sommes appelés à de hautes destinées, nous serons quelque jour le croque-mitaine des grands enfans qui jouent sous nos yeux au quasi-gouvernement, et aidés de nos bons camarades , soutenus par nos souscripteurs et poussés par les tracasseries du ministère public, nous atteindrons bientôt le but de notre mission , sans nous laisser intimider par les obstacles ni par les menaces anonymes dont on a bien voulu même honorer nos efforts.
Nous croyons donner plus d'importance à notre journal en y ajoutant la collection complète des meilleures caricatures qui seront publiées à Paris. De temps en temps nous résumerons , comme dans le numéro d'aujourd'hui, les principaux dessins parus, soit sur la poli-
tique , soit sur tout autre sujet. Ainsi , la planche de M. Vatier (n° 5a) est un aperçu des nouvelles charges politiques les plus remarquables, M. Jules David s'occupe de rassembler dans un même espace les plus originales plaisanteries sur Mahieux, cette création bizarre de notre révolution.
Dans le courant du mois prochain, nous donnerons à nos abonnés la continuation de la galerie piquante entreprise par notre spirituel ami , M. Grandville. A X enterrement de la Liberté ', il a su lier des scènes plus gaies, et nous préparons les réjouissances à Voccasion de la fête du Roi*
Enfin la Caricature ne cessera pas d'être le miroir fidèle de notre temps de moqueries, de déceptions politiques, de singeries et de parades religieuses, monarchiques ou patriotiques; de ce temps où l'épicier va au bal de la cour, où les carbonari font des lois martiales, où le peuple souverain meurt de faim , où le simple citoyen a 20 millions de revenu , de ce temps de liberté où l'on reçoit des visites domiciliaires....
Pardon ! pardon ! M. Desmortiers, j'oubliais que pour pouvoir causer politique , il faut vous avoir donné 3o,ooo francs.
Bref, dire que les mêmes artistes qui, jusqu'à ce jour, ont travaillé à notre succès , travailleront à le consolider, c'est tout dire. Nous pouvons ajouter qu'il existe parmi nos collaborateurs une émulation qu'a fait naître la faveur du public. C'est sa meilleure garantie de notre application à lui plaire.
Ch, Philipom,
Caricaturer
L'espace ayant manqué pour écrire sur la pierre de M. Vatier les titres de quelques dessins, nous les rétablissons ici.
Au bas de celui qui représente M. Dupin portant sa croix, on lit :
Dmn sauveur, doonez-nous un esprit qui nous fasse aimer votre toute puissance, ma» délivrez-nous des visites domiciliaires, des saisies diaboliques et de l'enfer législatif. Amen!!!
Au bas du dessin représentant la Chambre des députés personnifiée, et après le mot Dissolution, l'original porte :
« On n'en trouvera jamais de plus facile, de moins exigeante, elle s'offre, elle s'est oilértc » constamment j elle demande qu'on aille avec elle , elle accorderait tout ce qu'on voudrait • » elle ne refuse rien, elle oiTre sa dissolution si l'on veut en profiter. {Cris unanimes] oui\ oui\ t 'est bien vrail) — Discours de M. Guizot. —
(Plàmche 5i.) —11 n'y a rien à dire, il n'y a qu'à penser devant ces trois parques en robe de sang, dont l'une essaie vainement de trancher un fil que la Libellé soustrait à son fatal ciseau. Aussi n'aurions-nous point parlé de celte composition de M. Raffet , où respire toute la solennité d'un grand crime, si nous ne devions à cet artiste la justice de faire remarquer, outre le mérite d'une exécution rare, la ressemblance fidèle de MM. Bellart et Marchangy, dont les figures oui été exactement dessinées d'après leurs portraits authentiques.
:'est que cela
J ai mange mon violon 7 ma flûte et mes f
J.SOKi
Cela arrive à tout le monde.
Sans doute , mais ce qui n'arrive pas à tout le monde , m'arrivait pour la troisième fois.
Si bien que mon père, qui tenait à me conserver mon patrimoine, craignant probablement que cela ne dégénérât en monomanie, avait pris le parti extrême de me couper les vivres.
Vous dire que mon violon y avait passé, c'est vous dire que la disette était grande, car c'était un divin Stradivarius, mon violon, et qui mêlait cher à plus d'un litre. Au physique il ne me revenait pas à moins de mille écus, si je sais bien supputer le prix de première acquisition et les pertes de trois ventes et de deux rachats successifs ; au moral, il m'avait valu phis de dix conquêtes par les delirans accords qu'il rendait sous mon archet passionné.
Comme entre manger et mourir de faim il n'y a pas de jusle milieu, je commençais à m'apercevoir que la philosophie n'est pas un remède à tout.
Je ne pouvais cependant pas me vendre moi-même! quel brocanteur eût voulu de ma personne? Les slupides! aucun n'en eût donné seulement le prix d'un vieil habit!... Quelle idée, ce frac lonélégans, derniers débris de ma nomb; changeais dos ferait à mon ventre, à charge de revanche
panta-
reuse garde-robe, si je les
et qu'un retour Pourquoi pas? c'est un prêt que mon
Et je courus chez un honnête fournisseur, auquel j'avais eu affaire en mainte occasion, homme estimable, habillant et désabillant tourà-tour ses cliens de la tête aux pieds , avec une merveilleuse prestesse prêtant même de l'argent aux fils de famille , dont les parens n'avaient encore payé les dettes que deux fois : malheureusement je crevais d'un point.
Monsieur, me dit le digne industriel, après avoir inspecté scrupuleusement toutes les coutures, comme un officier aux revues, cela n'est pas neuf ( il y avait quinze jours que le tout sortait de chez le tailleur) , mais je n'aime pas à faire marchander l'habillement que
voici et vingt francs de retour. .. c'est pour vous obliger. .. Vingt francs ! depuis que mon père avait fermé les écluses , jamais somme aussi conl
sidérable n'avait traversé mon gousset Oui, mais le costume, je
n'osais le regarder, tant j'avais peur déjà de me voir travesti en garçon perruquier.... Cinq heures sonnèrent iYin
ventre affamé n'a pas d'amour-propre,
□ porte, me dis-je, el je m'approchai bravement
du comnloir.
Mais quel fut mon étonnement en apercevant un habit et un pantalon de couleurs à la mode et dont la coupe eût fait honneur aux ciseaux de Staub, un chapeau aussi léger que brillant , une cravatte de fantaisie tout-à-fait fashionnalile, un col de papierdans le dernier goût et des buttes fort recommandables quant à l'élégance des formes, puis par-dessus le marché un très-joli jonc, que le brave homme ajouta avec une grâce qui me réconcilia complètement avec les brocanteurs. Je m'affublai tout joyetr; , car je venais de résoudre un grand problème, de pourvoir à la satisfaction de l'extérieur et de l'intérieur • j'avais trouvé un habit et un dîner, et j'avais encore l'air d'une personne naturelle. Étais-je sot, pensai-je, de payer si cher mon tailleur,
tandis qu'il est si facile Qu'on dise donc que les folies ne sont
bonnes à rien : sans elles nous n'aurions pas la moindre expérience.
Et mon estomac dirigeant mes jambes , je tirais aux Frères provençaux, car un jeune homme qui a le cœur bien placé et vingt francs seulement dans sa poche doit toujours en dépenser quinze le°premier jour, c'est de rigueur. Je n'avais plus que dix minutes pour arriver, lorsqu'une pluie , telle qu'on n'en voit qu'au Sénégal , vint en moins de rien transformer les rues en canaux : on se fut cru en Hollande ou bien à Venise: moi, cependant, je n'avais pour me mettre à l'abri que ma frêle badine, qui se trouva bientôt plus qu'insuffisante.
Toul-à-coup et par une de ces féeries, comme je n'en avais encore vu qu'à l'Opéra ou aux Funambules, jetant sur moi mes yeux baignés de pluie , je me trouvai métamorphosé de façon méconnaissable: mon col de papier était résolu en pâte, ma cravate, convertie en lavette , était momentanément remplacée par la forme de mon feutre qu'avaient abandonné le fond et les bords, la colle-forte, au moyen de laquelle ils se trouvaient rapportés, étant venue à se dissoudre- mes boites, dont la semelle n'était guère composée que de poix semblaient autour de mes jambes des tuyaux de poêle ; mon jonc lui-même lavé par l'orage ne m'apparaissait plus que sous la forme d'une baguette à battre les habits.
En cet équipage, où je ne devais pas mal ressembler à Chodruc ou bien à un sauvage qui descend de la Courtille par un matin de mercredi des cendres, les gamins du quartier m'entourent en un clind'œil, fesant retentir l'air de leurs vociférations injurieuses; pour leur échapper je veux enjamber un ruisseau , mais une large solution de continuité, dans la partie la plus équivoque du vêtement nécessaire, me découvre à leurs yeux dans l'état de Faublas chez les magnétiseurs, et vient augmenter leur verve de carrefour; enfin j'avise un Omnibus, du bras je fais signe au conducteur : crac! la couture part et ma manche volant à travers l'espace , devient aussitôt la proie de mes bourreaux.
Enfin , furieux , dégouttant d'eau et de sueur, j'arrive chez l'auteur de tant de misères, je jette sur le carreau les débris de son accoutrement, je m'emporte en reproches, je réclame mais hélas! si en
quinze jours les fournitures de mon tailleur avaient perdu plus de
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moitié, celles du brocanteur avaient diminué bien plus rapidement, car en lui remettant toute sa défroque avec son napoléon , à grand' peine me fut-il possible de rayon- seulement mon pantalon primitif.
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