ILLUSION POPULAIRE
Un panvre diable en guenilles se présente , il y a quelques jours , au Palais-Royal. Déjà il avait franchi tout le grand vestibule, quand un des nombreux valets rouges, chargés de faire la guerre aux mouches et aux solliciteurs, lui demande brusquement où il va.- — Je vais, répond le malheureux, parler au Roi. — Que voulez-vous donc à Sa Majesté, dit le valet en riant aux éclats? — Je veux lui demander une place. Et à ces mots, tous ces messieurs aux larges coutures d'entourer le nouveau venu et de rire plus fort.
En effet, il ne doit y avoir rien de plus plaisant pour des livrées que la naïveté d'un simple citoyen s'imaginant qu'on peut parler librement à un prince. A quoi donc serviraient les laquais.
Enfin arriva M. de Saint-Vincent, lieutenant de la m' légion, qui expliqua avec douceur au pauvre diable , qu'on ne parvient pas ainsi jusqu'au roi Roi-Citoyen, de quoi parut fort surpris cet homme simple, lui qui avait pris à la lettre ces deux mots qui hurlent de se trouver ensemble. — Eh bien ! reprit-il alors , si je ne puis pas monter, priez-le donc de descendre, car j'ai bien besoin d'une place et je voudrais la lui demander.
Cfyarge*.