‹ La Caricature, journal fondé et dirigéChapitre 19 sur 113 · SO0VEN1K3 HISTORIQUES · texte numérisé non relu

SO0VEN1K3 HISTORIQUES

l'école militaire de saixt-ctr.

>W/«» i ; LemPeTeUr d°U «*««■ aujourd'hui dans Us bois d, e saille A ces mots, recueillis avec avidité et répétés plus vivement quepar lecho, vous eussiez vu toute l'École militaire change de fade les études interrompues, les élèves courant aux armes comme des as s.eges surpris par une tentative vigoureuse de l'ennemi. Si lemn eu," pouvait venir! ce désir dominait tous les esprits ; on coura t tum ,7 mèneront a tontes les fenêtres de la caserne , pour y remp 1 "de"

et IZnoT" C7yait deV°ir lui *" ■»** W» foth ,'c er! eice aie, pour s en fa.re m,eux entendre , puis enfin l'école du canon pour 1 attirer par ce bruit. Espérance souvent trompée car W le n était point de ces hommes à qui l'on suscite des pesées et q ni a! s sent par accidentj! ' ' q aSls"

Quel dévouement , quel enthousiasme , quel esprit militaire animai, onte cette jeunesse guerrière! Et pouvait-il eu Le autrle" fans de la patrie , élevés par elle et pour elle séoarés J '

morts ou combattant encore sur des champ 1 d'L 2et ?a tS"" ' ne connaissions que Napoléon, qui nous avait prisons samte ,' n°US pénale. Nous lui devions tout : bienfaits du nié IT v mfemaveni, Nous le considérions c.^J^ffi "» &™? jamais dit : Mes enfans. L'empereur ne donnai cS L^S de on trône ; tout le reste était sujet ou soldat. ?

LA CAMCATBRE.

classes de recrues, honteuses de leur noviciat, et à sa droite les officiers et sous-officiers attachés à l'Ecole, habiles manœuvriers, excellons serviteurs, mais en général beaucoup moins solides en connaissances littéraires que sur l'ordonnance de 1791. Sous quelques rapports, ils n'échappaient pas à la malignité des élèves , qui, du reste, n'oubliaient jamais à leur égard les convenances respectueuses qu'inspirent d'honorables services et d'utiles travaux.

Par exemple, le capitaine L.... excitait souvent nos plaisanteries et le sourire du général Bellavène, qui n'était pas un rieur très-prononcé, par la rédaction de ses rapports journaliers, où se trouvaient motivées les punitions qu'il avait été dans le cas d'infliger aux élèves de sa compagnie. Cet officier, qui certes n'avait pas , comme M. d'Arlincourt, laprélention de fonder un nouveau style , avait néanmoins précédé l'auteur du Solitaire dans la manie des inversions et des interpositions de mots; et moi, qui trace ces lignes toutes de souvenirs, je me suis vu consigné pendant quatre jours, pour, ayant un rasoir, avoir laissé pousser ma barbe, dans mon sac. Je pourrais multiplier les citations ; mais il me faut suivre l'empereur, qui passe devant le capitaine L...., lui jette un regard affectueux, et semble lui promettre une croix d'or de la Légion-d'Honneur en échange de celle de simple chevalier.

Vient ensuite le capitaine S...., théorie vivante de l'école du soldat et de peloton , qui n'admet pas qu'un homme puisse faire un plus noble usage de ses forces physiques que de s'assurer un beau port d'armes, et de ses facultés intellectuelles, que de chercher à bien connaître le mécanisme d'uu changement de front de bataille ou d'une contre-marche de pied ferme; militaire consommé qui n'eut fait aucun cas des Gros, des David, des Victor Cousin , s'il eût pu penser que ces messieurs confondissent la charge précipitée avec la charge en douze temps. Si vous voulez recommander puissamment un élève au capitaine S...., ne lui dites pas que votre protégé a fait de brillantes études en humanités, en rhétorique , en philosophie; affirmez seulement qu'il n'est pas cagneux et qu'il promet m beau port d'armes , vous aurez touché la fibre sensible , vous êtes certain d'un solide appui. D'ailleurs le capitaine S... a pour doctrine, qu'un peuple est

toujours assez savant quand il sait croiser la baïonnette Il répète

cela devant l'empereur.... Avant un mois, le capitaine S.... sera chef de bataillon.

C'est le tour du sergent d'artillerie V...., qui vase trouver intimidé comme une jeune fille à son premier aveu , comme un saint-simoniste chaudement controversé. V.... est connu pour le plus habile pointeur de l'armée , et il aurait fallu presque un dieu pour réparer les ravages de cet homme. Vigoureusement trempé, aussi dur que le fer, ce vieux soldat nous faisait en plein Champ-de-Mars , et par un froid de dix de- • grés, l'explication d'un affût, sans omettre le plus petit écrou; et toutes les fois que je vois un dessinateur chasser de sa feuille les mies de pain dont il vient de se servir, je me rappelle toujours le sergent

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V.... écartant avec le même abandon, la même indifférence, et du dessus de la main , les trois ou quatre pouces de neige qui recouvraient la pièce de canon dont il nous démontrait si minutieusement toutes les différentes parties.

L'empereur s'arrête devant lui, le regarde avec bienveillance, et lui demande : Es-tu lettré ?

A celte question , V.... reste un instant interdit ; ses nerfs se contractent , ses yeux roulent dans leur orbite ; l'énorme morceau de labac dont sa bouche est constamment ornée, passe dix fois en une seconde , de gauche à droite et de droite à gauche. V.... ne peut proférer un mot.

L'empereur répète sa question : Je te demande si tu es lettré ? — Oui, sire : j'ai le magasin à poudre, la fabrication des cartouches et la théorie....

Le sereent V.... ne sera point officier, mais il aura une dotation , car tous les services sont récompensés, même ceux des artilleurs qui gardent la poudre sans l'avoir inventée.

La revue et les manœuvres ont lieu : dans le court intervalle de repos qui les sépare du défilé, Napoléon s'entretient avec le général Bellavène. On suit avec anxiété tous ses mouvemens , on interprète ses moindres gestes. Selon les uns, il demande cent officiers; selon les autres, cent cinquante; chacun espère, chacun craint, tous voudraient marcher et quitter une existence sans liberté, des fatigues sans gloire et une discipline dont la sévérité, nécessaire sans doute, n'était pas moins qu'excessive.

L'espérance des élèves est surpassée: en quittant l'École, l'empereur a commandé trois cents officiers. Leur équipement sera prêt dans huit jours, et dans dix on partira de Saint-Cyr pour ne faire une première halte que dans la forteresse prussienne de Spandau.

Quel départ! Trente charrettes découvertes , garnies seulement de paille , et attelées en poste , entrent dans la cour de l'École : le général Bellavène appelle chaque nouveau sous-lieutenant , lui remet son brevet , l'embrasse , et reçoit le cri de vive l'empereur ! On distribue des vivres pour quatre jours.

Le signal est donné. Le convoi s'ébranle; l'enthousiasme est au comble; des larmes de regrets et d'envie s'échappent des yeux des jeunes élèves. Ah! sans doute, envoyant passer ces charretés d'épauletles , des hommes prévoyant l'avenir ont dû céder à de tristes pensées et faire de cruels rapprochemens. Tout pour nous était triomphal dans cette scène imposante.

Une année n'était pas écoulée , que les trois cents de la levée de Spandau se trouvaient réduits à onze : encore n'étaient-ce que des débris de combatlans.

L»'GÉn*m, Cu. PHILIPON.

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