L'ARTISTE ET L'EPICIER
Ile
rîd pour être homme , et devenir épicier '. ( Un Contemporain.)
de minuit. L'épicier, dans son comptoir, fait le relevé des ventes de la journée.
— Un étranger : Meurice hôtel ? — L'épicier: Meurisotol... Connais pas. — L'ét. : Oh ! yes! Meurice hôtel.... hôtel.... hôtel.... Meurice. — L'ép. : Ah ! Maurice... Ah, oui,... oui,... l'hôtel Maurice... J'y suis — L'ép. : Oh ! no ! Meurice hôtel... hôtel. — L'Ép. : J'vous dis qu'eest l'hôtel Maurice ! J'connais hien , qu'elle est pleine d'Anglais, parbleu!... Eh hien, c'est en face le marché des Jacobins. — L'ét. : Oh!
no .' L'ép. : Si, en face le mâché des Jacobins.... Tenez, mieux que
ça.... Ici vous êtes rue de Richelieu, par exemple... Eh bien,... vous descendrez la rue jusqu'à la rue , pas la rue Saint-Honoré , la rue du Rempart, en face la comédie.... Eh ben, que j'ai mon cousin Royer qui y a sa boutique.... Vous prenez donc c'te rue-là , et puis la rue Saint-Honoré jusqu'à deux réverbères à une porte cochère , que c'est ' là l'hôtel Maurice. — L'ét. : Oh ! no ! — L'ép. : Si, que j'vous dis. — L'ét. : Oh! yes ! — L'ép. : Ah! vous êtes Anglais. Tes, j'eomprends... Eh ben , j'vaisvous r'conduire , qu'est-ce que ça fait... {A un garçon:') Tenez, dites donc, jeune homme, montez-moi chercher ma redingote,... la bleue.' — Use voix au judas : Qu'est-ce que vous entendez par votre redingote? — L'ép. : J'entends, ma chère amie , que j'vas jusqu'au bout de la rue mettre un Anglais dans son chemin. ■ — . La voix : Vous n'avez pas besoin de r'conduire les Anglais à des heures
indues. L'ép. : J'me trouverais chez eux , que tu serais bien aise
qu'ils me reconduiraient si je m'étais perdu. — La voix. C'est alors que, si vous faisiez ce beau coup-là!... ce serait un coup de temps pour rester chacun chez nous.... Les Anglais, c'est tous voleurs. {Le judas se referme.) — L'ép. (à l'étranger:) C'est mon épouse;.... C'est rien, allez!... Ça vous est-il égal que j'y aille en veste?.... L'ét. : Oh! no! —L'ép. : Mais que vous êtes ridicule ! Puisque je ne peux pas faire autrement , que mon épouse ne veut pas me donner ma redingote , n'y a pas mauvaise volonté de ma part. D'abord , il est bon que vous sachiez qu'il fait nuit; et dites donc, l'Anglais, comme dit le proverbe: Lanuil, tous les chats.... — L'ét. : Oh! yes! L'ép. ; Ah ! vous l'savez.... Eh ben , y sommes-nous? {A un garçon.) Dites donc, jeune homme, fermez le magasin , et ne montez pas
à votre chambre. Je reviens tout de suite. — L'ét. : Oh! no!< — -L'ép. • Allons, pas de bêtises... Je reviens tout de suite. — L'ét. : Oh ! yes ! L'ép. : Tenez, l'Anglais, voici.... le Palais-Royal.... Ah ! le Palais- Royal, c'est là un fameux endroit,.... fameux.... fameux.... — L'ét.: Oh, ves! — L'ép. : Oui. )1 n'est plus ce qu'il était, heim? Vous les aimiez, vous... les femmes... Ah ! satané Anglais... Va.... farceur,... va,.... satané farceur. ■ — L'ét. : Oh ! no! — L'ép. : Si, si... farceur... On dit que vous ne riez jamais dans vos îles, voyez-vous. — L'ét. : Oh! yes! — L'ép. : Je l'savais bien,... parbleu. Vlà la comédie!... là, c'te maison-là !... C'est là qu'est mort Talma.... Ah ! en v'ià un crâne pour le tragique! Comme il vous enlevait ça, celui-là!... Ah! en v'ià un de solide. Vous ne l'avez pas vu, vous, dans ce qu'il jouait. Que j'ai été à son enterrement. Quel homme pour vous faire dresser les cheveux de dessus la tête ! Il n'y en a pas deux : en avez-vous un de Talma? — L'ét. : Oh! yes ! — L'ép. : Oh ! yes ! oh ! yes ! j'voudrais le voirie vôtre... je l' voudrais ici.... tenez v'ià la rue du Rempart — Ah ! la boutique à mon cousin est fermée.... Oui, c'est qu'apparemment ils sont couchés. — L'ét. : Oh ! no ! — L'ép. : Si , allez à c't'heure-
là C'est probable... Via la rue Nicaise! C'te p'tite rue là , c'est là
que vous autres, les Anglais , vous avez voulu faire sauter l'Empereur, vous... avec votre machine infernale.... que c'est son cocher, qu'avait bu , qui l'a sauvé. — L'ét. : Oh ! yes ! — L'ép. : Vous l'saviez donc? — L'ét. : Oh! no! - — L'ép. : Eh ben! alors, pourquoi ditesvous, oh! yes! puisque vous ne l'saviez pas... Vlà l'passage Delorme , v'ià un joli passage, et bien commode pour aller aux Tuileries.... qu'on évite les crottes. .. en avez-vous un chez vous de passage Delorme pour aller aux Tuileries?... — L'ét. — Oh! yes!.. — -L'ép. : Ah! vous en avez un aussi... Eh ben! on a bien fait, ça vous manquait.... Nous v'ià à Saint-Roch !.. C'est là que Bonaparte , encore enfant , tirait sur le peuple... — L'ét. : Oh! no! — L'ép. : J'vous dis que si.... N'dites donc pas ça puisque c'est avéré par les livres... Tenez , voyezvous les réverbères là-bas , les deux. . . . C'est là votre résidence , vous voyez... voyez-vous? ■ — L'ét. : Oh! no! — L'ép. : Vous n'y voyez donc pas... là bas... Eh ben ! puisque je suis en train , il ne m'en coûtera pas plus... Dites donc?... Votre pays?... Est-ce aussi grand qu'ici?. — L'ét. : Oh! yes! — L'ép. : Ohnon! puisque c'est une île...
Dites donc?.... Y a-t-il beaucoup d'épiciers? — Tït. : Boco.... —
L'ép. : Vous voulez dire beaucoup... — Ahibeaucoup. .C'estpourcela que feommerce va si mal ici ?... Il y en a de trop dans toutes les parties.... Nous v'ià arrivés, vous allez frapper, on vous ouvrira.. — L'ét. :
Oh! no! — L'ép. : Eh bien! si ça vous répugne j'vas frapper...
Allons, adieu. .. . portez-vous bien . . . — L'ét. ( quitlanlsonfaux accent :)
. Adieu épicier. — L'ép. ( interdit : ) AU ! c'est joli.... (long-temps
après .) Adieu, faux Anglais !
Fa'gène MorisseAu.
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Numéro 7
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