‹ La Caricature, journal fondé et dirigéChapitre 29 sur 113 · UNE GARDE · texte numérisé non relu

UNE GARDE

Parctjgraptje Jpatrïottqur.

— Dans les âmes bien ne'es La valeur n'attend pas le nombre des années.

(Un corps de garde, dans la rue aux Ours. — M. Rigolet monte la garde en redingote bourgeoise et bonnet à poil. Son fusil est appuyé contre la muraille ; M. Rigolet bat la semelle en soufflant dans ses doigts. — A l'intérieur, MM. Dagobart, caporal , Mincet y'iWor , Poulard , Buzot. — Ces messieurs font une partie de loto.)

Mincet. Allez donc, père Poulard. — Poulard. 43, 3a, 44, 77. — Mincet. Ah! je l'ai, hi ! hi! hi ! dites-donc , père Poulard, gelé, hi! hi ! hi ! Je la crois un peu bonne celle-là , hi ! hi ! hi .'

Buzot. Qui donc qu'est un peu bonne? — Mincet. Tiens, il ne comprends pas lapologe, qu'est une illusion à l'hiver qu'est froide; oh ! est-il buze, Buzot. Hi ! hi ! en v'ia un autre qu'est pas mal individuel. (Mincet, dans son délire, donne des lapes à tous ses voisins.) — Dagobart. Ce diable de Mincet, je ne sais pas où qu'il prend tout ce qu'il dit en société. A propos, dites-donc, M. Poulard, vous avez été

Uh

demandé aux Pairs, contez-moi donc. ça. — Foulard. Dame, messieurs , je n'en suis point incapable -, dès-lors nous étions tous là sur deux lignes.— Qui ceux-là?— Eh bien, ça va de soi, les citoilliens. Dès lors, nous avons fait des discours sur l'autre gouvernement. — Oui donc l'autre ? — Eh bien , le gouvernement déchu.

Dès-lors il y en a qui ont dit des cboses,ob! des choses dont les cheveux seraient susceptibles de vous dresser de sur la tête à cause des horreurs de ces gredins do l'ex-gavde. — Bah ! *- C'est véridique comme que je suis Foulard et pas d'autre. On n'en a pas d'idée. Dès -lors, il parait même qu'ils ont dévoré des enfans , n'ayant pas de pain pour qu'il leur aurait manqué depuis quatre ou cinq jours. — Dagohart.Mais la révolution na duré que trois jours. — Oh! ça fait rien , vous n'êtes pas sans comprendre que c'était une manière des chefs pour fanatiser les troupes.

M. Rigolet crie de l'extérieur : Caporal! caporal! les autres! arrivez donc, en v'Ià un las dont je ne sais pas qu'est-ce qui sont.

Dagobart. On y va. — Sont-ils pressés! ! Achevez donc de nous conter, caporal. — Dagobart. Dès-lors... — Rigolel. Cré mâtin, caporal, arrivez donc. — Dagobart. Est-il encore intolérable, celui-là. Dagobart sort avec ses trois hommes. Qui vive! — Patrouille. — Avancez à l'ordre. — Le sergent de patrouille : Me v'Ià, Dabobari, qu'est-ce que vous me voulez? — Eh ben ! et vous? — Quoi ? — Moi, je veux rien. — Ni moi. — Vous devez dire le mot d'ordre. — C'est-àdire, c'est vous. — Non, c'est vous. — Eh bien; attendez, c'est

c'est un mot en ie .. ÏSon, non, un mot en are... c'est.... c'est comme valeur. — ■ Bazot. Un mot comme valeur, c'est peut-être courage. — Non, non, ça ressemblerait plutôt h France. Tâchez donc de vous en rappeler, vous autres. — Mincel (fixant le sergent). Mais, tiens ! c'est M. Leblanc, dont je suis sa pratique pour la canelle, qu'il est la mienne pour les bonnets! Eh tiens, c'est aussi M. Lenoir.... Bonjour, M. Lenoir. Madame votre épouse est donc pas accouchée. — ■ Lenoir. Si fait, d'un garçon du sexe masculin. — Mincel. Tiens ! vous voilà un héritier présomptueux. Je vous en fais mon compliment. Mais, ditesdonc caporal, c'est tous des voisins. — Dagobart. Dès-lors, messieurs, on se connaît, on n'est pas fait pour se vexer dans le service. — Mincel (donnant force poignées de main à la patrouille qui se remet en marche). Bonsoir, voisins. — Bonne nuit voisins. — Mincet. Sacredié, bonne nuit, à propos de cela que j'aurais pas mal envie d'aller me coucher. — Bazot. Et moi aussi. — Foulard. Et moi donc? — ■ Rigolet (battant la semelle, les mains dans sa culotte). Allons nous coucher , ■ — Dagobart. Des-lors , messieurs , pas de ça , respeck à la discipline. D'aller se coucher sous les armes, c'est de l'insurrection. — -Mincet. Allons donc, mon petit M. Dagobart, vous voyez bien que le quartier est tranquille, que c'est pas dans la rue aux Ours comme au Luxembourg , que, dès lors, il n'y a rien là dedans qui soye de l'insurrection. ■ — Dagobart. Mais pendant que îa garde nationale se couvre de gloire rue de Tournon , est-il bien de nous aller coucher? — Buzot. Raison de plus. Dès l'instant qu'il y a du tremblement aux Pairs, il ne peut pas y en avoir rue aux Ours , ainsi , allons nous coucher. — Rigolet. Oui. — Malgré les prières et les contorsions du caporal, ces messieurs font, leurs préparatifs de départ. Dagobart ne tarde pas à les imiter. On éteint les lumières du corps-de-garde -, on ferme la porte. — Poulard. Où mettrons-nous la clef? — Chez la fruitière. — Si le capitaine vient? — Mincet. Tenez, les autres, j'ai une idée ! (Tl prend du charbon et écrit sur le mur du corps de garde) : Capitenne, la clai ait chée lajruitiaire dan fasse. On applaudit; ces messieurs se quittent en se souhaitant bonne nuit.

Alfred Coudreux.

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