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SOUVENIRS

Nous étions seuls, devant une fenêtre ouverte, d'où nous regardions un beau ciel , un de ces ciels purs légèrement dorés par le soleil couchant. Les nocturnes dégradations de la lumière rendent si impressionnable que l'on sent tout avec violence. Il semble que la nature, en nous offrant la vague image d'un tranquille bonheur, nous dise d'en jouir ou de le regretter ; et alor? , il est difficile de rester calme ; car la joie enivre ou la douleur accable. La poitrine oppressée a besoin de laisser échapper un soupir : soupir de mélancolie ou de tristesse, soupir de joie même , car il n'est pas toujours un gémissement de 1 ame qui se déchire , c'est souvent aussi trop de bonheur qui cherche à s'exhaler. Le bonheur n'a pas de langage ; plus près de la mélancolie que de la joie , n'est-ce pas à la première qu'il emprunte ses soupirs?

Elle était debout. J 'étais assis près d'elle. Nous parlions... Je ne sais de quoi. Sa main était dans la mienne ; cependant , elle ne me l'avait pas donnée, et je ne me souviens pas non plus de la lui avoir prise. Elle me la laissait sans que cela parût lui déplaire!.... Eh non , sans doute, cela ne lui déplaisait pas, car elle appuyait sa main dans la mienne , elle reposait son coude sur mon épaule , sur ma poitrine. J'éprouvais une de ces émotions si fortes que l'on se sent prêt à s'évanouir. Ma vue était troublée. Un vertige doux et vague s'était emparé de moi, et il ne me restait de mes idées que ce qui pouvait me rappeler qu'elle partageait le délire de mes sensations. La pression de sa main si éloquente, si persuasive, me disait tout sans qu'elle eût besoin de prononcer une seule parole! J'étais heureux! oh! bienheureux!...

Depuis un moment que nous ne disions plus rien , nous regardions tous deux devant nous , et sans doute ainsi que le mien , son regard se portait machinalement sur les choses qui nous entouraient. Je fus tiré de ma rêverie par un mouvement que fit sa main en cherchant à se dégager de la mienne. Alors je m'aperçus de la présence d'une personne qui était survenue. Elle l'avait remarquée avant moi, c'était naturel. Je ne lui témoignai aucun regret de me séparer d'elle : j'avais obtenu beaucoup, mais je craignais de l'en faire apercevoir.

Le lendemain, au même lieu, nous étions plus seuls encore. Nous étions assis l'un près de l'autre. Elle écrivait ; je voulus écrire aussi et je me penchai vers son papier. Elle ne quitta point sa place; cependant ses cheveux touchaient ma joue, mes cheveux touchaient son front, mon cœur battait sur son bras, elle ne s'éloigna pas. Je: tenais la plume sans écrire , elle ne me le fil pas remarquer. Elle observa le même silence que moi , la même immobilité. O magie! quelles

émotions éprouvai-je alors ! Elles étaient si confuses

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