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LA GRISETTE

h Ses amours ont dure toute une semaine. »

La Griselle est une fraction trop importantede la société parisienne, comme aussi (le l'existence des jeunes citadins, pour n'être pas examinée sous quelques-unes des faces qui composent son piquant ensemble. Par exemple, sous le litre de Grisette, nous nous permettons de comprendre indifféremment couturières, modistes, fleuristes ou Hngères, enfin tous ces gentils minois en cheveux, chapeaux, bonnets, tabliers à poches et situés en magasins, quoique, entre elles, ces petites industrielles tiennent prodigieusement à une classification distinctive qui inquiète fort peu quiconque n'est point dans la partie.

Je ne me souviens plus où j'ai lu que, dans la bienheureuse Espagne, tous les bâtards étaient gentilshommes par droit de naissance, comme pouvant descendre d'une famille titrée, et que , dans une scrupuleuse incertitude, noblesse leur était duement adjugée. Aussi, comme la plupart des orphelins s'adonnent à la domesticité, rien n'est-il plus commun que de voir de simples roturiers servis par des laquais annoblis. Ce souvenir me revient en mémoire à propos de la gent Grisctte qui, avec sa physionomie originale, forme une catégorie à part des autres classes. En remontant à la source pour en chercher la cause, il me semble qu'on la pourrait trouverdans la probabilité d'une naissance particulière, d'où il résulte quelles seraient toutes annoblies si elles avaient vu le jour dans la Péninsule. Ainsi donc, à part les exceptions, tirées à un aussi grand nombre d'exemplaires que voudra le lecteur, je généraliserai ma supposition pour tout le reste, et dirai que la Grisette me semble être le résultat-médium de; ces rapports passagèrement intimes entre deux presque-extrémités de l'échelle sociale : Tune, raàle et distinguée, l'autre féminine cl seulement piquante, toutes deux séparées par position, mais toutes deux rapprochés pendant un instant de la jeune vie par un besoin commun

celui du plaisir.

Quelque étrange que puisse paraître, au premier abord, cette observation , à cause de sa nouveauté , elle doit trouver cependant des partisans après examen. II suffit, pour la bien apppiécier , de considérer l'existence de ces femmes-chiffons. On en trouve à peu près douze ou quinze dans un magasin de modes, de fleurs ou de coutures. Sur ce nombre, huit ou dix vivent toujours seules, sans parens, sans famille , passant gaiement la vie entre le travail et les plaisirs , l'indigence et les amourettes. Si, dans ce long trajet, traversé par mille encombres, le cielleur envoie des filles, elles les élèvent auprès délies, comme elles , dans leur état , dans leurs principes. Quant à ces dernières , dès que l'âge leur permet, elles suivent pour précepte ce refrain qu'elles ont appris en tirant l'aiguille :

« Tout comme a'faît, :> Tout comme a fait ma mère.... »

Et ainsi se renouvelle sans cesse', par une rotation reproductive, cette classe à part, macédoine sociale, à laquelle appartiennent ces petits êtres gentils à croquer, à l'air fripon , au nez retroussé, à robe courte et à la jambe bien prise, qu'on nomme Grisettes.

Ce qui constitue l'originalité de la Grisette, c'est de n'avoir point de caractère qui lui soit spécialement particulier. Ses manières ne sont qu'un bariolage des habitudes qui distinguent les autres rangs de la société. La Grisette, dans ses courts instans de dignité, sait parfaitement singer la grande dame ;

Exemple : — Monsieur , je ne vous connais pas !

Elle possède toute la câline urbanité de la petite bourgeoise ;

Exemple : — Il est des êtres bien aimables....

Dans ses accès de sublimité, elle s'élève à la hauteur de toutes les sommités en ce genre;

Exemple : ■ — Dieu ! si un homme me battait ! [ !

Enfin , lorsqu'elle se laisse aller à un familierabandon, elle rappelle la classe au-dessus de laquelle elle est cependant .

Exemple : — Faut-il qu'un homme soit — cornichon.

Mais ce qui lui appartient réellement , ce qui forme le cachet dis- I tinctif de sa physionomie , c'est sa grande indépendance dans lexer- I cicc du sentiment, ce qui ne ressemble pas précisément à de la verlu^ \ mais excuse au moins,jusqu'à un certain point, les fréquentes atteintes que cette dernière' peut recevoir. Aucune autre ambition que celle du plaisir ne décide ses caprices. Ainsi , une passion honnête conscien- ; cieusement prouvée; des égards manifestés de temps à autre sous! la forme d'une brioche, d'un billet de spectacle, ou d'une paire de pants ; une certaine dose de patience qui vous permette de prêter parfois votre bras pour la promenade, votre tête pour essayer des bonnets, on vos bas de soie pour danser au Ranelagh; voilà de quoi faire tourner les plus fortes têtes de ces demoiselles, et vous mériter de leur part les surnoms & Adonis l — petit chat ! — mon amour ! — ma poule '. et autres jolies épithètes puisées dans un cours de mythologie appliqué à la tenue du sentiment en partie double.

Vouloir nier l'utilité de la Grisette, ce serait refuser de croire au mouvement. Comment assez louer en effet cette aptitude en tous genres, qui rattache indifféremment le bouton d'une culotte sentimentale , le nœud d'une cravatte ou le ruban d'un bonnet fané ; cette ap- j parence de gentillesse et de gracieuseté qui parfume les rues, embel- j lit les magasins et charme d'humbles réduits. Voilà pour le pittores- J que. Pour l'agréable, toute Grisette sait chanter juste et faire des crê-1 pes. Pour l'utile, elle est rangée quoique friande de distractions , et s'effraie des plaisirs coûteux. On a vu même la bourse d'un étudiant,! grossie des économies prescrites par une jolie compagne de fredaines,! économies qui partaient en bloc, il est vrai , pour l'acquisition d'une! robe ou d'un cachemire français, mais qui néanmoins avaient toujours! été ravies au torrent de la dissipation.

Chaque Griselle réunit ici bas la philosophie, l'épicuréisme , le I courage du travail et de la résignation. Cesvertus, propres aux grands] caractères, lui sont indispensables à elle, pour, en arrivant au monde! sans naissance, ni fortune, ni rang, se créer l'un et l'autre, se suffire! à elle-même, multiplier ses moyens d'industrie -, pour savoir travailler! sans cesse, prendre la fortune comme elle vient, ne faire qu'un passe-l temps de liaisons formées légèrement et rompues plus légèrement en-1 core ; enfin , pour saccader ainsi la vie au milieu d'un rapide tourbil- I Ion de plaisirs et de peines, de sentiment et de volupté, et rester!

toujours Grisette !

Henri B

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-X.-Ju.

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LA CABICATDKE.

Cruflu

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