‹ La Caricature, journal fondé et dirigéChapitre 36 sur 113 · IMPRIMERIE DE CH. DEZAUCHE, RUE DU FAUBOURG-MONTMARTRE, N · texte numérisé non relu

IMPRIMERIE DE CH. DEZAUCHE, RUE DU FAUBOURG-MONTMARTRE, N

— - Numéro 10.—

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Iwliivard Poissonnière , n. 25.

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CAGTIGAT niDENDO MORES.

MORALE, RELIGIEUSE, LITTERAIRE ET SCEMQUE

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COMME QUOI DES DOUANIERS SE LASSERENT DE PRENDRE DES VESSIES POUR... UN ENFANT.

histoire véritable.

Manière de Ramponeau, ils étaient quatre douaniers, aimables, faicux et habillés de vert , comme sont tous les douaniers et commis ■roi, par ordonnance du 16 avril dernier.

Uniment assis sur quatre bornes parallèles, les douaniers

:ii ets'entrcnarraicnt leurs exploits. L'un d'eux, qui lisait le

kdtutionnel le quatrième jour après sa publication, donnait les

■relies politiques. — Et les douaniers admiraient la faconde de

IDopin. Passe une jeune fille , rose et blanche , avec des cheveux

-ïchappiint par boucles, d'un fichu rouge attaché négligem-

■at sur sa tète. — Ses yeux noirs étaient timidement baissés. — Et

pd le plus galant des quatre douaniers lui adresse un compliment,

llkfle enfant rougit et double le pas.

[Wà une jolie fille, dit l'un desdouaniers, mais avez-vous remar- KKn excessif embonpoint et la difficulté de sa démarchePIl est bien ■fceureux que la jeunesse soit ainsi exposée à la séduction. — Cette pme petite a été trompée. — Et voici venir un pensionnaire pour Wtnfans trouvés.

I Etles douaniers moralisèrent. — Cir le douanier est moraliseur par essence.

D'aucuns ont remarqué que les gens qui s'ennuient ont une grande «pension à la morale.

D autres prétendent, au contraire, que la morale ne vient pas de "ennui, ruais que c'est l'ennui qui vient de la morale. Enfin, Uniqu'il en soit, que les sages soient ennuyeux ou ennuyés, les faunien, après avoir long-temps déploré la perversité du genre hu- Biin,s'accordèrentàdire que, /aute de pire 7 le cholera-morbus de-

vrait bien purger la terre, et décimer tous les hommes, à l'exception des douaniers.

Messieurs, dit un autre douanier, je reconnais cette jeune fille. — Je l'ai vue un autre jour passer parla barrière de Belleville, légère et svelte-, sa taille aurait tenu dans les deux mains, et je vous affirme quelle était moins timide qu'aujourd'hui. — Elle avait ses grands yeux noirs bien ouverts et elle ne rougissait pas. ■ — -Messieurs, voyez où mène la perversité. — Jeune et jolie, si elle avait conservé cette belle fleur d'innocence , elle pouvait prétendre au sort le plus brillant, — ■ Peut-être même aurait-elle pu devenir la femme d'un douanier. — Alors, il faisait presque nuit, les allumeurs descendaient les réverbères et les fenêtres des maisons rouges et vertes des marchands de vins s'illuminaient successivement.

Alors aussi, passa à la barrière une jeune fille, rose et blanche, avec des cheveux châtains s'échappant par boucles d'un fichu rouge attaché négligemment sur sa tête. — Ses yeux noirs étaient timidement

Oh! dit un douanier.

Ah ! dit un autre , — et les quatre douaniers s'étonnèrent , car c'était la même ; elle rentrait encore , et ils ne l'avaient pas vu ressortir : les douaniers eurent une idée!

Ils entourèrent la jeune fille aux yeux noirs, et la firent entrer à l'octroi. — La jeune fille était rouge comme le serait une pêche dans un pays où il y aurait du soleil.

Ils la déshabil ièrent avec toute la retenue et la décence dont sont susceptibles des douaniers.

Et l'honneur de la jeune fille fut sauf, car elle était légère et svelte , et sa taille aurait tenue dans les deux mains , après qu'elle eût quitté sa robe et trois énormes vessies pleines d'esprit de vin , attachées autour d'elle.

Alfred Coupretjx,

Croqui*.

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