PROLOGUE
Le présent n'est à d'autres fins que de faire savoir à tous qu'il appartiendra, qu'en dépit de mon titre et des préventions défavorables qu'il pourrait inspirer, j'aime la garde nationale comme moi-même, dont je suis susceptible démarcher avec, comme dit M. Mahieux, en ma qualité de caporal; que je l'honore à l'égal démon père et je l'estime comme mon banquier ; et que la morale de mon proverbe la voici : puisque sous tous les gouvernemeus quelconques , il faut nécessairement être arrêté, mieux vaut encore l'être par des concitoyens qui vous incarcèrent en amis, que par les gendarmes qui vous caressent les os des jambes avec des crosses de fusil.
(Le boulevard de la Madeleine.)
i" Patriote : Il faut avouer, messieurs, que nous nous sommes bien amuses.
2" P. : Certainement.... Certainement.... Moi, d'abord, j'ai perdu dix louis.
3' P. : Oui ; mais pour des gens qui sortent de la rue Richepanse, nous avons peu soupe.
4* ?• : Il a raison ; si quelqu'un est d'avis de souper et se met à la tête de cette conspiration gastronomique , je conspire avec lui.
Tors : Moi aussi ! moi aussi !
4' P- : Qu'en pense mon maître?...
Le Domestique kèghe : Moi y pense toujours comme toi.
3» P. : Messieurs ; voici mon plan : je me mets à la tête de la bande, je sais un bon endroit où l'on m'ouvre la nuit comme le jour. Nous demanderons un cabinet particulier et nous ferons tranquillement notre affaire.
4e P. : Ne délibérons donc plus ; le manteau sur le nez, et en avant!
Tous : En avant !
Le Caporal postiche : Louis.... plan.... conspiration.... C'est des conspirateurs. (S efforçant de n'avoir pas peur.)— -Halte là, messieurs, je vous arrête.
Le P. : Nous arrêter ! (
Le C. P. : (A sa troupe.) Messieurs, emp.... saisissez-moi ces hommes là. (Personne ne bouge.)
(Au premier chasseur.) M. Chauvelot faites-moi le plaisir de cerner ces particuliers-là.
i" P. : C'est inutile, messieurs, nous ne refusons pas de vous suivre.... Conduisez-nous au corps-de-garde, et vous verrez....
Le C. P. : C'est bon ! c'est bon !
(Les chasseurs, voyant qu'ils ne font pas de résistance, les entourent aussitôt. La patrouille se met en marche dans le plus profond silence interrompu à chaque instant par ces aimables épithètes : Jésuites.... Carlistes.... turbateurs.
Le C. P. : (Au premier chasseur.) Une conspiration.... deux peutêtre. Quel bonheur s'il pouvait y en avoir deux.... cà va nous valoir quelque chose, c'est bien sûr.... quelque chose d'un peu avantageux. On va peut-être me faire général.... ou bien me donner un débit de tabac... Çà vaut çà , n'est-ce pas, une conspiration.... Tant qu a l'égard de vous, M. Chauvelot , je vous ferai avoir la croix , sovez tranquille. J
Le corps-de-garde*
Le Factionnaire : (Il se promène très-vite, en battant la semelle pour se figurer qu'il s'amuse, qu'il a chaud, et pour nepas penser à sa jemme et à son commis.) Qui vive?
Le C. P. : Une conspiration !
Le F. : Caporal , hors la garde , venez reconnaître conspiration !
(La reconnaissance faite , le caporal postiche entre avec ses ■victimes et quelques hommes de la patrouille; les autres restent à la porte à se chauffer au clair de la lune, qui est très-belle en ce moment. Tous les grenadiers quittent leurs pipes, leurs caries, leurs verres, leurs livres, et viennent se grouper autour des nouveaux arrivés dune manière toute pittoresque.)
L'Officier : (Dans un grand fauteuil à Iras.) Voyons; messieurs, qu est-ce ?
i" P. : Mon lieutenant....
Le C. P. : Laissez donc parler la forcé année. L'O. : C'est à monsieur à parler le premier. Le C. P. : C'est bien çà.... enfoncé le turbateur. L'O. : Caporal , parlez.
Le C P. : Çà y est, mon général , voilà la chose... Nous sommes partis du poste , moi et ces messieurs , à une heure ; nous avons pris la rue M.-Dems , la rue de la Féronnerie, la rue St.-Honoré.... L'O. : Abrégez.
Le C. P. : Oui mon officier, pour abréger, nous l'avons suivie tout du long jusqu'à la Madeleine. Arrivé à la Madeleine, c'était sur le coup de deux heures, j'aperçois cinq particuliers, ces messieurs que v la, qu, étaient entortillés dans des carriks qui avaient des airs trèssmistres. Bon que je dis comme çà à M. Chauvelot , que v'Ià , qu'était le premier chasseur qu'était à côté de moi , si ça pouvait être des malfaiteurs... comme de fait.... Nous nous approchons.... et nous entendons nos particuliers que v'Ià , qui parlaient de conspiration , de plan. . . TocsEEsP. : Ah! ah! ah!
Le C. P. : Oui , riez infâmes turbateurs.... Nous allons voir.... Alors
je me montre. Halte-là, que je leur dis d'une voix ferme Ils n'ont
pas bouge les sans cœur.... Alors je les ai fait arrêter par ces messieurs qui ont eu assez de mal... Us ont été pendant plus de cinq minutes.... ^
2e P. : A se décider, n'est-ce pas.
Le C. P. : On ne vous parle pas à vous, Charliste... Enfin v'Ià que nous les avons amenés ici , et je dis que ce n'est pas être feignant d'être venu en une heure de la rue St.-Louis à la Madeleine et d'avoir pincé une conspiration par-dessus le marché... et voilà.
3- P. : Ah! ah! ah!... Pardon, mon lieutenant.... mais c'est que M. le caporal postiche se laisse entraîner un peu loin par un excès de zèle tres-louable sans doute, mais infiniment trop scrupuleux. Le C. P. : Il a dit caporal postiche.... le jésuite. 4e P- : Nous ne conspirons pas.
Le C. P. : Pourquoi donc aviez-vous des manteaux.... C'était pour rien , n est-ce pas ; je sais bien ça moi , ils ont toujours des manteaux à J ranconi quand ils conspirent.
soirée P" : N°US S°mmCS d'll0nIlêtes cil0Yens qui revenions d'une
Le C. P. : D'une soirée... Il est fameux , par exemple , l'honnête citoyen, dune soirée... à deux heures du matin.
a F. : Et nous complotions tout simplement un souper.
Le C. P. : V'Ià qui se blouse à présent.... un souper.... quand donc déjeunez-vous, si vous soupez à c'te heure ci.... en v'Ià une dure à digérer. Et puis qu'est-ce que c'est que ce mauricaud là.... ca n'est plus clair... tout ça. ' '
Le P. : C'est mon domestique.
Le C. P. : Son domestique! et ben en v'Ià encore une sévère, un domestique qui le tuteje.... c'est par trop fort de café.
Le P. : Mais il parle à peine français.... vous voyez bien qu'il es! noir. J ^
Le C. P. : Je vous dit que c'est une couleur.
L'O. : MM, je vais faire mon rapport sur la feuille.
Le C. P. : C'est ça , mon général , soignez-moi ces scélérats là et
puis ensuite si vous étiez susceptible du moindre érard..
L'O. : Merci caporal... (écrivan,( « deux heures et demie » 1. s'....
LcC. P. : Poupin...
L'O. : « Le sieur Poupin , caporal d'une patrouille de chasseurs de » la légion , »
Le C. P. : Mon commandant , sans vous commander, si vous voulussiez bien mettre caporal par intérine.
L'O. : « A remis entre nos mains cinq individus. »
Le C. P. : C'est ça , c'est bien ça, cinq individus... fameux !
L'O. : Plaît-il!
Le C. P. : Rien. C'est que j'ai dit individus.... fameux!.... non, je dis individus,.... c'est que c'est parbleu bien le mot.... individus.
L'O. : « Lesquels ont déclaré se nommer.
3' P. : Vous sentez, monsieur, qu'arrêtés, avec aussi peu de légalité, nous devons user de tous nos droits en ne nous nommant que devant un commissaire.
Le C. P. : le v'ia qui parle de l'égalité, l'aristocrate!
L'O. : MM. qui veut aller chercher le commissaire. ( Personne ne répond.)
Le C. P. : Messieurs, puisque personne ne veut y aller,., il faudra vous résigner à attendre ici que le jour paraisse.
4' P. : Cependant , monsieur, il me semble qu'il ne suffit pas pour retenir ainsi les gens de la volonté d'un... d'un citoyen quelconque.
Le C. P. : Qu'est-ce qu'a dit citoyen quelconque.... apprenez que je ne suis pas un citoyen quelconque , je ne conspire pas, moi , je ne cache pas mon nom, moi, vil turbateur, il est écrit sur ma porte mon nom , je m'appelle Poupin „ entendez-vous , Poupin , épicier, en lettres d'un pied carrées, entendez-vous ça.
L'O. : C'est bien, c'est bien, M. Poupin, votre patrouille vous attend, il faut la reconduire.
Le C. P. : Que je m'en aille , que je m'en aille , et bien et mes conspirateurs qu'est-ce qu'ils deviendront?
L'O. : Nous les garderons.
Le C P. ■ Le plus souvent que je les lâcherai ! ... il est encore bon-la le général,... il croit qu'on va comme ça pincer la conspiration pour son compte à lui, pas du tout, pas du tout, je ne sors pas , ou bien j'emmène mes individus.... car c'est parbleu bien le mot individu, c'est ce que vous avez dit de mieux dans la nuit.
L'Of. : Mais c'est impossible !
Le C. P. : Impossible , ça se peut. ... ça m'est égal à moi , je reste , je reste et ie reste. {H se cramponne à une chaise.)
U» Gresauier Réveillant) : Eh mon Dieu, quel bruit!... mais, que vois-ie? vous ici, Messieurs... vous arrêtés... que diable...
3* P • Parbleu, c'est M. G Prenez donc notre défense, mon
cher, on va nous mettre au violon... Vous entendez la musique que fait déjà M. Poupin, on nous prend pour des conspirateurs.
I e Grekamer : Mon lieutenant, je connais ces Messieurs, ce sont de bons citoyens, gardes nationaux comme nous, incapables de conspirer... Je réponds d'eux comme de moi-même.
L'Of. : Camarade, cela suffit... Messieurs vous pouvez vous retirer.
Le Cap. : Ah ça, il paraît que j'ai fait une bêtise...
3" P. : M. Poupin, vous avez agi en bon... citoyen, en citoyen zélé, mais souvenez-vous une autre fois que l'excès en tout est un défaut. ^
Le Cap. : Enfoncé le débit de tabac... Décidément, c'est moi qui suis un... individu... individu, c'est parbleu bien le mot !
Apres la bonne Chambre des députés, qui se charge toujours d'amuser le public au meilleur marché, n'importe la température et les circonstances , ce sont les journaux qui ont donné à rire la semaine dernière. D'abord, celui qui, en rapportant le premier la capture de M. de Trestaillons , ne se lassait pas d'admirer le sang froid, la bravoure et autres vertus champêtres des deux ou trois cents militaires parvenus à vaincre l'audacieux bandit qui ne craignait pas, seul , de les combattre tous. — Ensuite est arrivé l'estimable Quotidienne, toujours naïve comme une restauration au XIX" siècle, annonçant que le facteur de Ligny à Auxerre, assassiné sur la route , respirait encore quand il a été trouvé mort. — Et puis , le Furet de Paris , dilettante de contrebande, lequel, rendant compte d'une représentation au théâtre Italien , faisait surtout l'éloge de M™ Malibran , éloge d'autant plus mérité, que cette cantatrice ne jouait pas dans le susdit opéra. —Enfin, la maline Silhouette, qui, pour démentir la nouvelle que nous avions charitablement donné de sa résurrection , a jugé à propos de ne point paraître du tout.
Cn. PIIIUPON.
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