‹ La Caricature, journal fondé et dirigéChapitre 84 sur 113 · MAI · texte numérisé non relu

MAI

Enfin j'ai fait mes affaires :

Je suis procureur du Roi ; .l'ai placé deux île mes l'rèrcs,- Mes trois lîls ont de l'emploi.

Pour les autres sessions, J'ai cent invitations ;

Quels dinés Les ministres m'ont donnés !

i nature

communément

N'est pas député qui veut, et cela par trente-six raisons. La première , c'est qu'il n'en peut être nommé que quatre cents et quelques;

La trente-sixième, parce que. comme on ne les mesure ni à la taille, ni à l'esprit , on ne trouve les hommes du bois dont on fait les députés que parmi les citoyens payant certaines impositions fixes. En France, la capacité parlementaire est cotée à 5oo fr. Voilà déjà qui , sur trente-trois millions d'imposés , limite terriblement le nombre des ambitions. Cependant , comme les candidats sont encore assez considérables pour s'entre-chagriner, il faut que chacun fasse l'usage, le plus charmant possible des agrémens dont la l'a doué pour séduire l'instrument de son élévation appelé électeur.

Alors une élection , chose éminemment importante , devient un sujet d'exploitation industrielle comme un autre.

En Angleterre, terre classique du droit naturel, on administre force coups.

En France, pays des demi-mesures, on donne des diners. Dans un seul bourg-pourri , on a compté 1 32,64: coups de points distribués à l'élection de sir O'Connel.

En i83o, ia5 diners, tant monarchiques que libéraux, ont indigestionné une petite ville de l'Alsace.

Il faut voir aussi dans un département tous les contribuables entraînés de tables en tables, balottés entre les caresses des éligibles séduits par leurs viandes succulentes, animés par leurs sauces épicées et enthousiasmés plus ou moins ensuite suivant la qualité du Champagne.— C'est le pays de cocagne sur une nappe , que la table d'un électeur intelligent!

Mais , comme il y en a beaucoup trop , impossible aux électeurs de compter leurs sacrifices culinaires pour des motifs de préférence exclusive. Ils sont tous si délicats, si recherchés, que le choix appartiendrait de droit à chacun des amphytrions!

Il faut donc en revenir à considérer un peu les capacités individuelles. Ici, les festins, quoique perdus, n'ont pas été inutiles, car rien ne dispose l'estomac à une appréciation judicieuse comme un excellent diner.

On remarque alors que M. G. manifeste de très-bons sentimens, il reçoit le Courrier et le National, il fait de l'opposition dans la feuille du département , il en ferait aussi à la Chambre. Et puis cette profession de foi qu'il a glissée entre la poire et le fromage , ce premier toast à la nation et le second au roi constitutionnel. Quelle élu-

eprésente toutes celles de

quenec persuasive ! Ah! avec un habit brodé, il aura tout ce qu'i faut pour faire un bon député, cet homme-là, un excellent député.

Enlevé ; voilà M. G. dont la physionomie re, son département !

Plus d'un conscrit parlementaire partit ainsi jadis cuiras notes, des prières et des réclamations de ses commettans, qu'arrivé à Paris, il se trouvait avoir oublié dans sa redingotte à la propriétaire. '

Comment résister dès-lors, jeté sans boussole dans celte circulation corruptnee. Là aussi il y avait des diners, meilleurs que ceux du département même, et du Champagne donc, ah! délicieux ! Dieu sait si , vus à travers ses vapeurs voluptueuses , les intérêts populaciers paraissaient troubles !

Arrivé à la Chambre, où il avait promis de siéger à gauche, il se met sur les banquettes de gauche en entrant, ce qui fait la droite du côté de la tribune. — Ce n'est pas sa faute aussi , s'il y a deux côtés gauches. A la prochaine session, pour prévenir toute erreur, il se mettra au centre.

Un jour advint où le banquet patriotique détrôna les diners officiels, et où le peuple récompensa alors par l'expression de sa reconnaissance à lui ceux qui s'en étaient rendus dignes.

Un couronne à Lamarque, — un vase d'or à La Fayette, — une adresse à Odilon-Barrot, — l'immortalité à Benjamin Constant.

Ce voyant, certain maître, contrarié d'écouter sans rien entendre à sa louange, se dit: « Pour sûr, ils m'auront oublié, réparons celte erreur. »

Puis ayant préparé une séance solennelle, on entendit sortir ces paroles mémorables de son bonnet carré : — « Messieurs, pour avoir sauvé la pairie nombre de fois depuis sept mois , je me vote des reruerciemens ! »

Alfred Cocdreux.

Smitûm?$.

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