ENCOHS LES BULLES DE SAVON
Oh ! le bon temps pour la caricature que le temps présent ! et combien nous devons être fiers , nous qui vingt fois avons joué notre tête pour amener cet âge d'or !
Voyez ce ministère armé jusqu'aux dents se traîner dans la boue pour obtenir la paix ; cette chambre en décrépitude allaitant un gouvernement fœtus; ce peuple bâillonné, rançonné, ruiné, hébété, qui repousse du pied des croix qu'on lui jette, comme naguère on lui jetait des saucissons ; cette police qui va chercher des conspirateurs en nourrice , quand des bandes vendéennes infestent les grandes routes; cette diplomatie trichant avec toutes les nations et ne gagnant jamais que la honte !
Ces lois qui se croisent, se heuitent, se battent, et broyent dans leur conflit les intérêts , la liberté et la vie des citoyens.
Ces beaux , ces grands principes généraux qui , distillés, décomposés , analysés par le pouvoir, nous donnent toujours , pour résultat , l'impôt et la prison.
Et ce pouvoir, frappant h tour de bras sur ceux qui l'ont créé , les jetant dans des basses-fosses, et pensionnant, caressant ses plus cruels ennemis.
Voyez-le se laissant cracher au visage par des princillons , se laissant menacer, et il a cinq cent mille bons soldats. Voyez! on le brave au midi , on le pille à l'est , on conspire en pleine église sous ses yeux : il craint la haine de quelques voisins; l'amitié des autres lui fait peur. Les grands rouages de la machine constitutionnelle craquent, et le malheureux ne sachant où donner de la tète, s'en prend à Dieu, au diable, à tout le monde qui n'en peut mais; il se rue sur des journaux, sur des brochures, sur des images, et chaque jour le public qui attend avec impatience et inquiétude un acte décisif, la nouvelle d'un parti pris, d'une guerre qui finisse cette indécision
si fatale au commerce, chaque jour le public apprend , quoi?
la i o,rc saisie de la Tribune, celle de la Révolution , celle du Figaro,
la loo- découverte d'une conspiration , ou à l'école mutuelle
1 arrestation de quelques patriotes, ou le procès fait à une caricature.
Hé bien, aujourd'hui, nos abonnés auront leur nouvelle comme tout le monde ; les bulles de savon ont été saisies de nouveau ; la chambre de mise en accusation avait rendu une ordonnance' de non heu , motivée sur un vice de forme, mais cette décision ne nous satisfaisait pas, nous voulions avoir l'honneur de constater les premiers letat de la liberté dont jouit la presse lithographique, et nous avions prévenu le ministère public de notre intention de remettre en vente ce dessin.
Notre lettre était de mercredi, la publication eut lieu le lendemain jeudi, et trois jours s'étant passés sans que l'Autorité eût fait aucune démonstration hostile, nous la croyions revenue au bon sens, et nous nous proposions de faire présent à nos souscripteurs de ce méchant croqu.s, auquel les rigueurs judiciaires avaient donné quelqu'importance , mais nous avions compté sans notre hôte.... M. le commissaire JVoël....
( II. PtHLIPON.
Au moment de mettre sous presse, nous recevons une assignation de M. le Procureur du Roi pour comparaître au parquet.
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