‹ La Caricature, journal fondé et dirigéChapitre 9 sur 113 · CONVENTION DES MORTS · texte numérisé non relu

CONVENTION DES MORTS

Les honnêtes gens du pays s'étant réunis , ils

convinrent de choisir pour leurs représentions les esprits les plus subtils, en quelque situation qu'ils pussent être : classiques ou romantiques, au cercueil ou au berceau, anciens ou modernes. Lassés de tant dessais législatifs, ces bonnes âmes voulaient avoir des hommes de génie tous venus, comme cet ambassadeur qui désirait trouver l'amour tout fait. Ils arrangèrent leurs lois en conséquence , car il s'agissait de fonder un gouvernement-modèle digne d'être exposé au Conservatoire des arts et métiers , un gouvernement doux , point vexatoire , même sans garde nationale , une vertueuse utopie allant sur des roulettes , et fabriquée de manière à prouver au monde entier que laLlBERTÉ était une joyeuse personne, ayant des mœurs, et ne vivant pas eu gourgandine affamée de baisers robustes, affriandée de sang et de cadavres.

Un bien beau spectacle fut , certes , le tableau merveilleux offert

* Nous n'avons pu nous refuser à laisser envahir nos colonnes par cette originale conception, qui, du reste, remplit toutes les conditions de nos divers articles car c'est tout à-la-fois une Charge, une Caricature, un Croquis et une Fantaisie.

[Note du Gérant.)

par cette réunion œcuménique des talens prodigieux dont le monde s'ébahissait depuis l'an I" jusqu'à cette époque assez obscure dans l'histoire !

Il était difficile aux critiques de mordre sur la composition du ministère et de l'assemblée — Les gens de génie fourmillaient. Jeanneci' Arc était ministre de la guerre 5 Samuel-Bernard aux finances, la papesse Jeanne, aux cultes et à l'instruction publique ; Saint-Simon, à l'intérieur ;Socrate, àlajustice; P. Corneille, à la marine; et Jules César, aux affaires étrangères.

La capitale avait élu , pour la représenter, Mahomet, ancien prophète ; Platon , philosophe, Fénélon ; archevêque philantrope ; Kuma- Pompilius, législateur; Rabelais, écrivain (cette élection fut due eu partie à l'influence des charcutiers et des marchands de liqueurs); Tamerlan , général en retraite , et Laurent Sterne, homme de lettres.

La séance devait avoir un intérêt puissant. Les curieux savaient d'avance que saint Marc, ancien banquier, l'un des évanp-élisles les plus distingués, né à Jérusalem, présenterait un rapport sur les comptes antérieurs à l'année 224° . et demanderait une allocation de 2567910950699950007207755 francs 42 centimes pour faire face aux profusions de l'ancien gouvernement et payer les créanciers de l'Etat .

A l'ouverture de la séance , les spectateurs virent avec indignation que la salle était vide. M. de Marmontel , président, occupait le fauteuil. Mardis TulliusCicéron , Diderot, le P. Poréeet Aristote, secré^ taires, attendaient l'arrivée de leurs collègues en devisant sur la meilleure manière d'éternuer.

A trois heures et demie, quelques députés entrèrent. C'étaient ïubalcaïn, manufacturier connu dans la Bible, et saint Éloi, célèbre orfèvre,élu par les villes commerçantes; Noé, capitaine au long cours , choisi par un pays vignoble, et MM. Arlaxercès, Gonzalve de Cordoue, Sylla, Louis XIV, Hobbes, Spinosa et Montesquieu, envoyés par quelques collèges absolutistes.

A minuit, la convention œcuménique fut en nombre pour délibérer. A la lueur des bougies , des becs de gaz et des flambeaux , les spectateurs purent distinguer Borgia, ancien pape, chef de l'opposition royaliste. L'honorable député portait une perruque et avait des bas chinés. Confucius , reconnu pour guide par le centre , était assis

hA CARICATURE.

sur le premier banc après celui des ministres. D'énormes moustaches et Tordre du Saint-Sépulcre, qui brillait sur sa poitrine à coté d'un crachat en diamans , le faisaient remarquer. Le fameux Luther, adopté comme étendard par le côté gauche, .gardait l'altitude sévère d'un magistrat , car il était procureur-général* Platon, commenté par M. Victor Cousin, en t) volumes in-8", commandait la section de gauche où étaient placés les doctrinaires. 11 avaitl'air d'un matamore qui a trop bu.

Cieéron fit lecture du procès-verbal de la dernière séance au milieu du bruit causé par toutes les conversations particulières. Cincinnalus demandait l'ordre du Saint-Esprit à Jeanne d'Arc , et Diogène remer-r ciail le ministre de l'intérieur de sa nomination d'inspecteur des eaux thermales, espèce de sinécure.

M. de Marmontel donne la parole à Olivier Cromwell, rapporteur du 3e bureau.

— Messieurs , dit-il, le 37,925e collège a régulièrement élu M. Prudhomme de Paris; nous vous proposons d'ajourner son admission jusqu'à ce qu'il ait produit , conformément à la constitution , son acte de décès...

— ■ Je demande la parole!...

Ces mots, prononcés par la voix imposante de M. Prudhomme , attirèrent tous les regards sur ce personnage célèbre. Il marchait d'un pas ferme vers la tribune. Les dames braquèrent leurs doubles lorpnettes sur cet illustre type des bourgeois de Paris , aussi remarquable par l'ampleur de ses mollets que par sa carrure. Ses. breloques et sa chaîne d'or produisirent un léger bruit. 11 est en costume de garde national. Quand il apparaît au-dessus de la tribune, sa figure excite l'hilarité de l'assemblée.

. — Messieurs , dit-il , je m'importe peu des murmures qui s'élèvent, parce qu'en ce moment je suis plus haut que l'approbation ou la désapprobation. (Le:-ilence se rétablit.) Messieurs, reprit-il, car je n'ose vous nommer encore mes collègues, j'ai l'honneur de vous affirmer qu'il est complètement inutile de vous fournirmon acte de décès. Une raison toute simple va vous en convaincre. En effet, je n'ai jamais existé, et mon identité ressemble à celle de vos honorables collègues Tubalcaïn , jNoé, Confueius et autres, tous soumis aux sages investigations de nos savans académiciens, qui nous ont dernièrement prouvé l'existence de Popocambeu XVIII. 11 a plu à M. Henri Monnïer de eréer en moi un représentant des idées saines et justes qui circulent dans le monde sous le nom de lieux communs...

— Assez I assez ! . . .

La tribune est libre!... s'écrie M. Prudhomme d'une voix tonnante et vous n'aurez pas accompli les glorieures, les immortelles, les patriotiques, les étonnantes, j'oserai même dire les sanglantes journées, pour étouffer ici la vérité!... Voulez- vous donc me conférer un de ces titres décernés par la multitude, et qu'on dise V opprimé Prudhomme, comme jadis, dans l'histoire, on a dit : L 'infortune Galotti , le malheureux Chauvet, le vertueux Dupont, le 'vénérable Lafayette, \e féroce Charles X, l'immortel Foy, et qu'on voie mon portrait, comme celui de Manuel, dans tous les mouchoirs?... Eh bien, messieurs, opprimez-moi!... je serai digne de 31ercier , ce garde national qui...

— Assez ! . . . assez ! . . . assez ! . . .

Platon (commenté en 9 voiumes in-8" par M. V. Cousin) : — il y a identité, car l'enléité, la spontanéité et la variété sont les qualités,..

— -Aux voix! aux voix!...

Ces cris, poussés par l'assemblée, étouffent la voix grêle de l'orateur, et les journalistes ne peuvent comprendre un mot des admirables déveioppemens de ce grand maître.

M. Prudhomme est admis. Il siège au centre gauche , à coté de feu Perrault, l'auteur de Peau-d'Ane.

Je suis enchanté, monsieur, lui dit-il, de me trouver en relations avec un homme auquel j'ai d'immenses...

Les voisins font taire M. Prudhomme.

— Messieurs , dit le président, avant d'entendre !e rapporteur de la loi des comptes antérieurs à l'an 224°: il convient d'accorder la parole aux auteurs des diverses propositions dont vous avez décidé la prise en considération. La première est celle faite par M. Abclard sur la nécessité d'abolir l'hérédité des fortunes patrimoniales.

Les huissiers vont chercher Abclard , qui cause dans le couloir avec la Contemporaine.

Abélard ( à la tribune) : Messieurs , vous êtes des hommes trop supérieurs pour ne pas avoir remarqué où gît le principe de la profonde immoralité qui se trouve au milieu d'une civilisation aussi avancée que l'est la nôtre. Nos pères se glorifiaient de la vapeur, des mouches à

miel, des chemins de fer , du c;dicot à dix sous et des Carcels

Qu'eussent-ils donc pensé, s'ils nous voyaient allant d'ici à Saint- Pétersbourg en deux heures, mangeant en trois minutes pour toute une année, conservant les vieillards dans la glace pendant un temps illimité , et obtenant des populations humaines , comme jadis ils se procuraient des poulets, en simulant, à l'aide de petits fours , l'incubation mystérieuse de la poule ! — Aussi, j'en ai peut-être déjà trop dit, et vous voterez par acclamation les différentes modifications apportées par mon projet, au droit que nos ancêtres accordaient à leurs fils de leur succéder... Du reste, cette législation nouvelle est une conséquence nécessaire de la nomination de la papesse Jeanne au ministère de l'instruction publique, et de M. de Saint-Simon à l'intérieur... La sensation prodigieuse produite par ce discours ne permit pas à l'assemblée de se lever tout-à-coup; mais bientôt, le legs des fortunes devint , suivant la proposition d'Abéîard, facultatif aux individus sociaux.

Le célèbre publiciste reçoit les félicitations de beaucoup de jeunes gens déshérites.

Danton est appelé à la tribune. Les spectateurs ne remarquent pas sans effroi que l'honorable membre est suivi de saint Denis*, et qu'ils portent leurs têtes respectives dans leurs mains gauches; maïs ce sentiment de stupeur fait place à un rire convulsif, quand Désaugiers montre que les deux membres se sont trompés , et que Danton tient la tête de saint Denis , et saint Denis celle de Danton. Caton , l'un des questeurs, s'étant enivré en buvant outre mesure de l'acide prussique, et induit en erreur par les initiales, avait donné la tête de l'un à l'autre. Cet échange s'étant fait rapidement , Danton pose sa tête sur la tribune , et elle parle pendant qu'il gesticule avec feu.

— . . . . Par ces motifs, ajoute la tèle, je demande l'abolition de la peine de mort.

La Chambre adopte.

Un rire effrayant part aussitôt de la loge où sont MM. Cartouche , Rivet , Mandrin , Dautun, Desrues, Ravaiilac et autres , qui sortent et vont immédiatement sur la grande route attendre les membres les plus riches de l'assemblée.

Réron monte à la tribune, et alors un profond silence s'établit.

— Messieurs, dit-il, j'applaudis bien sincèrement à votre détermination. Mes sentimens vous sont connus. (Marques d'approbation.) Mais tout philantropique que puisse paraître ce décret, vous frémirez peut-être des conséquences qui dérivent d'un système de pénalité excluant complètement la peine de mort... Sans vouloir me prononcer encore sur cette grave question , je me permettrai.de vous communiquer une grande nouvelle. Je reçois à l'instant une lettre particulière, où l'on m'annonce la mort de MM. Mozart, Canova, Newton, ftyron, Molière et Raphaël !...... (Sensation. ) Ils ont été assassinés dans une

maison honnête où ils avaient gaiement passé la soirée en gens qui voulaient se délasser de leurs travaux... (Sensation.) Je désirerais

* Il est évident que saint Denis est un des puhlicistes qui ont proteste des premiers contre la peine de mort, puisqu'il est constate qu'il a repris sa tele après sa mort, faisant voir ainsi combien il y tenait....

(Note du Gérant.)

$6uSBk

Ni

savoir si vous donnerez la paix du cloître à leurs meurtriers , gens sans aveu, nullement regrettables, et qui dansent autour de la guillotine pendant dix ans avant d'y venir mourir....

Mahomet : Ces grands hommes sont maintenant heureux !... seuls , sommes à plaindre.

; Sochate, ministre de la justice (de sa place ) : Jolie!... ^

Mahomet , à Socrate : Mais n'est-ce pas vous qui avez mis , le pr

Nous

mier

i'àme à la mode?..

Soceate : J'avais lu le Pentateuque.

Féséloh : Mais les préopinans ne font pas attention que nous ne pouvons pas avoir pour la race humaine le même respect que par le passé? Que nous imporlent les hommes, du moment où nous les fabriquons? (Assentiment général.)

Law (à la tribune) : Messieurs, depuis cent ans environ , vous vous plaignez de l'immoralité de la loterie : en conséquence, je propose de la supprimer, comme constituant un jeu de dupe où le gouvernement joue le rôle d'un fripon.

Homes (de sa place) : La mise est facultative.... J.-.T. Rousseau (à la tribune) : Mais comptez-vous donc pour rien la faiblesse humaine..., la tentation?...

Lotus XV (de sa place et nonchalamment) : Mais l'argent perdu a donné d'immenses jouissances; un billet (le loterie, n'est-ce pas de l'opium ? — La perte est un réveil.

; CWucras : L'impôt est immoral par suite de l'inégalité des chances: vous condamneriez un particulier qui tiendrait une maison où l'on, jouerait un tel jeu...

La loterie est abolie à perpétuité.

Rabelais (à la tribune) : Messieurs, j'espère justifier votre confiance en vous présentant mes idées sur l'impôt des boissons. Sans me targuer ici de cognoissances que je n'ai pas , car vous avez tous été à même de reconnaître mon excessive sobriété et la niaiserie de ceux qui cuident juger un auteur d'après ses écrits.... Michel Cervantes : — Vous parlez de vous....

Rabelais continuant : — Biais j'ai heureusement été dans le cas d'étudier le systèmes des boissons physiologiquement et budjétivement, soit par des remarques sur la purée scptcmbrale ; soit par des observations sur le merrain , je cuidais dire le terrain , soit dans le clos de la Devinière.... Dans le temps, des esprits généreux ont parlé de faire déclarer au fisc, par les propriétaires, la contenance de leurs cuviers, et la quantité qu'iceux vignerons récolleraient de cette mirifique eau souveraine.... Mais la commission dont je m'honore' d'être membre m'a chargé de vous présenter les moyens de saisir plus exper-

teraent les trésors de la beuverie ici est, d'avoir les mesures de

tous les gosiers du royaume, comme pourpointiers et chaussetiers ont celles" du corps de leurs pratiques, et de créer des jurés-buveurs

occupés à chercher les gens au moment où ils humeraient le piol ,

•car en ce moment sauraient-ils bien ce que les ribauds en boivent ! . ... Et en cettuy quart-d'heure, ung chascun lascherait l'impôt dû au roi , .sans sourciller, pour ne point retarder sa jouissance....

Cette loi bénigne est seule juste; mais , pour moi, je préfère boire mon vin sans eau, plutôt que de payer un sol.... et j'aimerais donner autre arfent sous couleur détaxe, nommée capitation vineuse... (ceci est capitieux et capiteux, capitep.... capitaines).... plutôt qu'être tourmenté dans ma joie....

M. de Mabmgmtel , président : — La Convention est dans l'usage de faire imprimer les rapports.

Rabelais descend de la tribune aux acclamations de toute l'assemblée et il est reporté en triomphe sur son banc, par ses amis....

La séance est un instant suspendue, ce discours pantagruélique avant donné soif à tous les membres....

"Colbekt (à la tribune) : Messieurs, je ne conteste pas à M. Rabelais ses connaissances œnologiques.... ( Interruptions. ) Mais son rapport est plus littéral que fiscal. 11 y a trois sortes de conclusions : celle de ne rien payer du tout , celle de saisir le vin dans le gosier, ou dans

le pressoir, c'est tout un , et celle d'asseoir autrement l'impôt. Je suis de ce dernier avis , et ce serait signaler notre session que de partager l'impôt entre le producteur- et le consommateur, afin de le rendre plus léger à l'un et à l'autre.

La proposition de M. Colbcrt est adoptée.

Comme elle consacre le principe de la réduction de l'impôt , on entend les propriétaires crier à grand renfort de poumons. Les brocs , les tonneaux, les cuviers, les hottes, les foudres, les pots, les bouteilles et les verres s'entrechoquent, et l'assemblée, intimidée par ce tumulte, suspend la séance.

— C'est une insurrection ! s'écrie Richelieu.

— Ce sont les intérêts matériels de la révolulic clli se réjouissent !.... répond Laurent Sterne.

La séance est reprise à quatre heures du matin. L'huissier appelle M. Pitt et Cobourg à la tribune. — L'honorable membre arrive appuyé sur deux béquilles,

— Messieurs , je viens d'Holy-Rood , et les locataires de cette propriété m'ont entièrement convaincu delanécessité dans laquelle nous sommes d'émanciper la presse périodique Ces honorables personnages ont reconnu leurs fautes. Débarrasser le journalisme des impôts du timbre et de la poste , du cautionnement excessif, c'est le mettre à la portée de tout le monde.... Alors ce ministère sacré, s'exerçant par le premier venu qui se sent l'envie de monter sur une chaise pour donner des gourmades aux passans , il est clair que la presse s'avilit ; d'offensive et dangereuse, elle est amenée à rien.... Ainsi, dans l'intérêt du ministère , je fais la proposition d'abolir le timbre , le cautionnement, le droit de poste, etc. — Par la même occasion, j'aurai l'honneur de réclamer l'abaissement du timbre des cartes, des billets à ordre et du papier, attendu que cet impôt, devenu trop excessif, est éludé, et le fisc perd plus de sommes, parce qu'il ne perçoit pas, qu'il ne gagne par la perception actuelle. ( Applaudissemens. )

La proposition est adoptée à la grande majorité. La papesse Jeanne monte à la tribune pour une communication du gouvernement. (Profond silence. )

— Messieurs , sous le règne de Popocambeu XXIII , les instituteurs se plaignaient déjà de la rétribution universitaire. — Le sous-secrétaire-d'état va vous lire le projet de loi portant abolition des droits abusifs qui pesaient sur les écoles depuis le règne de ce fabuleux Napoléon , dont la non-existence a été si judicieusement démentie par l'Institut... J'ai l'honneur de vous annoncer que , suivant les médailles retrouvées dans une maison de la grande ville de Saint-Cloud , ensevelies sous les laves du mont Valérien , l'on a pertinemment établi que l'on avait attribué à ce personnage mythologique les actions d'un certain Bonaparte, homme bien plus remarquable. Le travail sera publié sous les auspices du prince d'Yvetot.

Saint-Marc succède à la papesse Jeanne.

— les comptes sont sur le quai Messieurs , ils consistent

en 3535950910559.7919.3489100070 pièces, contenues en vingt-deux chariots attelés de quatre bœufs chacun... ; toutes ont été vérifiées, et nous devons la somme de dix-huit cent milliards. Aussi, j'ai l'honneur de vous proposer de nous mettre en faillite...

Violentes interruptions, murmures. M. de Marmontel se couvre , et Diderot se découvre. Il monte à la tribune , et saisit Saint-Marc à la gorge.

— Messieurs . voilà les fruits de la tolérance. Votre rapporteur est un jésuite-, et il a, comme un banquier de l'opposition , jeté un mot qui ne tend rien moins qu'à nous déshonorer , à faire baisser les l'entes et monter les têtes

— Fra Paolo (de sa place ) : Tu te blouses , Diderot !

Diderot descend de la tribune, Saint-Marc reparaît, et l'assemblée se dispose à écouter l'honorable rapporteur.

— Messieurs , par des motifs louables, vous avez consacré des principes qui ne sont point en rapport avec la civilisation actuelle

Montesquieu : — Oh! oh I

Loms xiv. — Laissez-Io parler.

— ... En abrogeant les droits successifs vous avez détruit les ressources du domaine ; en supprimant la loterie, vous privez le trésor oe trente millions ; vous avez expérimenté qu'en vous dessaisissant du monopole des tabacs vous perdiez une grande partie de votre revenu • vous avez enfin, toujours enobéissant aux enseignement dueatéchisme et au vœu dune saine morale, tari les ressources du fisc —Vous allez vous trouver devant une dépense de 3279489i5o9oo95oSo 223,09101112,801,78 millions, sans un sou pour les acquitter ■ car a la séance prochaine, les propriétaires réclameront contre l'énormite de 1 impôt foncier , en apercevant qu'ils paient tout seuls.. .

Labeé Terrât. — Eh! eh!

Spikosa : Il est évident que l'honorable rapporteur vient de sauver nos finances d'une ruine complète en nous démontrant qu'il fallait rétablir les sources du revenu public. Je vous propose donc de récompenser 1 honorable membre en décrétant que son immense fortune sera confisquée au profit de l'état. Cette proposition est conforme à la jurisprudence des assemblées. Vous avez lu dans l'histoire qu'autrefois le journalisme ayant sauvé la France, une chambre des députés maintint les lois prohibitives qui ruinaient ce genre de commerce La Convention décrète que la fortune de Saint-Marc est acquise

Heraclite et Démocrite montent en même temps à la tribune. Démocrite : ■ — Citoyens....

Heraclite : — Nigauds ! . . .

Démocrite : — Vous voyez que la corruption

Heraclite : — Vous vous apercevez que la civilisation....

Démocrite : — Est un élément de

Heraclite : — Est une bouffonnerie qui....

Momtaiohe ( resté seul dans la salle ) : Savez-vous bien ce que vous voulez dire ?....

Alf. Cotoreux. —Le Cte Al. de 15. — Hekry B . — E. Morisseau.

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