‹ La Caricature, journal fondé et dirigéChapitre 8 sur 113 · LA RECONNAISSANCE BD GAMIN · texte numérisé non relu

LA RECONNAISSANCE BD GAMIN

Un jeudi gras , vers les trois heures après midi , flânant sur les boulevards de Paris, j'aperçus au coin du faubourg Poissonnière, au milieu de la foule , une de ces petites figures enfantines dont l'artiste peut seul deviner la sauvage poésie. C'était un gamin , mais un vrai gamin de Paris!... Cheveux rougeàtres bien ébouriffés, roulés en boucle d'un côté , aplatis çà et là , blanchis par du plâtre, souillés de boue, et gardant encore l'empreinte des doigts crochus du gamin robuste avec lequel il venait peut-être dese battre...; puis, un nez qui n'avait jamais connu de pacte avec les vanités mondaines du mouchoir, un nez dont les doigts faisaient seuls la police; mais aussi une bouche fraîche et gracieuse, des dents d'une blancheur éblouissante...; sur la peau, des tons de chair vigoureux , blancs et bruns, admirablement nuancés de rouge. Ses yeux, pétillans dans l'occasion , étaient mornes , tristes et fortement cernés .Les paupières, fournies de beaux cils bien recourbés, avaient un charme indéfinissable. . . O enfance!...

Vêtu à la diable, insouciant d'une pluie fine qui tombait, assis sur une borne froide, et laissant pendre ses pieds imparfaitement couverts d'une chaussure découpée comme le panneton d'une clé, il était là, ne criant plus : — A la chianlh ! lit! lit!... reniflant sans cérémonie. Pensif comme une femme trompée, on eût dit qu'il se trouvait là — chez lui. Ses jolies mains, dont les ongles roses étaient bordés de noir, avaient une crasse presque huileuse.... Une chemise brune, dont le col, irrégulièrement tiré, entourait sa tête, comme d'une frange, permettait devoir une poitrine aussi blanche que celle de la danseuse la plus fraîche figurant dans un bal du P-rand monde

11 regardait passer les enfans de son âge ; et toutes les fois qu'un petit bourgeois habillé en lancier, en troubadour, ou vêtu d'une jaquette, se montrait armé de la batte obligée, sur laquelle était un rat de craie... Oh! alors... les yeux du gamin s'allumaientdetousies feux du désir!...

— L'enfance est-elle naïve?... mu disais-jc. Elle ne sait pas taire ses passions vives , ses craintes, ses espérances d'un jour!...

Je m'amusais pendant quelques minutes de la concupiscence du gamin. Oh! oui; c'était bien une latte qu'il souhaitait. Sa journée avait été perdue. - Je vis qu'il gardait l'empreinte de plusieurs rats sur ses habits noirs. — Il avait le cœur gros de vengeance. . . Ah ' comme ses yeux se tournaient avec amour vers la boutique d'un épi c.er dont les sébillcs étaient pleines de fusées , de billes ■ et où derrière les carreaux, se trouvaient deux lattes bien crayeuses n'iacées en sautoir. *

— Pourquoi n'as-tu pas de batte?... lui dis-je

11 me regarda fièrement et me toisa comme M. Cuvier doit mesurer M ..eoffroy-Saint-Hila.requandcelui-ei l'attaque inconsidérément a l Institut.

— Imbécille!... semblait-il me dire, si j'avais deux sous, ne se- "mei6?1!5 ""*' "§ "' ^^ ******' -iaut!....P0urquoi me

J'allai chez l'épicier L'enfant me suivit attiré par mon regard qu, exerça sur lui la plus puissante des fascinations.-Le ,ami frou gissa.t de plaisir, ses yeux s'animaient.... Il eutla batte... "

Alors, ,1 la brandi,; et, pendant que je l'examinais, il m'appliqua

dans le dos d'un habit tout neuf, le premier exemplaire d'un rat, en criant d'une voix railleuse :

■ — A la chianlh!... lit!... lit!...

Je voulus me fâcher.

Use sauva en ameutant les passans par ses clameurs rauques et perçantes... — A la chianlit!... lit, lit.

Dans cet enfantil y a tous les hommes!...

Henri B.

C!jar*je0,

LA CCLIQDE.

Figurez-vous , au sortir de table , un gros curé de canton au teint fleuri court de taille et de col , à large panse, et qui s'est amplemen fourre 1 estomac victime de sa complaisance pour les offres sédtXns que la dame du château lui a faites. Il est 'huit heures du soir le mps est roid et noir. Le salon d'hiver es, situé au premier la'. L escalier de pierre est délabré; il tourne en colimaçon, dans une our étroite. et c'est une grande entreprise pour le pasteur que de le monter même en plein jour. ' que ae

*è« CULe vovt S°n f" r ^t^ ™ fond d'Une ™eI1<— >>er-

Le percepteur de l'arrondissement, second tome du curé sauf quelques variantes ministérielles, car il est grand, de figure rougeaude et veinée de bleu , le percepteur donc , est à côté deTui et ra conte quelque lourde histoire en anounant

H impatiente un jeune artiste , un vieux notaire de campagne un propriétaire estimab.e, trois ou quatre jeunes femmes et d^dlmot

^ D'autres convives chuchottent avec le maître et la maîtresse de la

cabine1.!.'!!5"5 d°n°' ^ ^^ ' <"" M" de Villtle ëtait dans s™

i,WPeSm '""IV0 CUl'é' ^ Y0Ud,'aiS bie" être daDS ™ ^tain cabinet.... mais.... il faut attendre....

Et le curé de regarder le feu , de s'enfoncer dans la bergère et de "/pt COmeU1' ^ S°"Seant " k **** * ^ -K ni

Enfin l'ecclésiastique trop repu, maudissant ses franches linnéc, prend un. résolution digne d'Epaminondas : I, se lève brufqu !

lTcuré'sV V Rnt ", V'Slè,e a" PeraPte-.q- -n interloque,

k cure s a hemme vers la porte, comme s'il se souvenait d'avoir promis a une dévote de la confesser!... Alors il va , Dieu sait où enfilant " COrrrld0^ et P-1- léger d'aise... Quel plaisir ! Il soufflai dan

ressemb Zlr ' "'T*' '" l0in' * lue"r douce 1™ K*

esscmble, certain carreau dépoli à la pleine lune!... Ah ' ce sont de

-bonheurs indescnp.ibles et dont les gourmands ont sluls le se!

Le curé, presque prêt, entrouvre la porte!.... mais il la referme

soudain.

— Excusez, madame.... ,. , .

Il avait apereu la plus jolie personne dans la position la plus equi-

^obeTre^ lelnnet lui avaient suffi; et le chas, pasteur , rengainant son compliment , retourna sur ses pas, hcsitan a descendre°au jardin à travers les marches dangereuses de escaUe. sans lumière.... Mais l'aboiement des chiens errans le fit rentrer précipitamment au salon, car ces pauvres bêtes ne 1 aimaient pas, et .1 était en culotte courte , comme tout bon cure doit être. Il reparut avec un léger frisson , signe de bonne digestion. Le percepteur avait fini son histoire. Or, en voyant rentrer le rubicond ecclésiastique qui souriait pour faire bonne contenance * s'évada légèrement en chantonnant dans le corridor : - I emme sen

" -"ib.! madame!.... s'écria -t-il , et il lira la porte a lui encore plus précipitamment qu'il ne l'avait ouverte.

P En reparaissant au salon , le percepteur regarda le cure d un air s gnificatif. Il n'y a rien comme des souffrances communes pour réunit fes hommes!... . Les deux campagnards attendirent doue silencieusement que la dame rentrât au salon. Les femmes a lare* £-~ deux à deux , selon leur coutume , en sorte que les m&grte, ne sa tent à laquelle des jeunes convives ils devaient s'en prendre de leur

^rSiétaire, qui n'avait pas mal diné, sortit à son tour et revint affaire une trop longue absence. Bref, quatre convives allereTt infructueusement vers ce que les gens de province nomment la

C0ULd;:::P:Z, s'absenta quand son tour U venu , * resta assez de emps pour que les cervelles provinciales pussent -tio-lle-nt préjuger onbonhenr. Quand il reparut, joyeux comme un lende- L n c,e noces , le curé , jouissant par avance d'une "*£^£ se leva, et les plus pressés cédèrent, par honneur, estime et reve

^vr^^rutbientâtdans un état pitoyable. Ses traits

.annonçaient un effroi visible.

Savez-vous, dit-il au percepteur, qu'il y a là-bas une dame :

— Elle y est encore!.... s'écria le financier.

, „i vomit le eros propriétaire en s ap- Voilà trente-cinq minutes!.... iep.it le gros i i prochant de ses deux camarades d'infortune.... " Monsieur y est cependant allé?.... demanda le notaire au jeune

^.ifoui, monsieur, répondit ce dernier. Il n'y avait plus personne.

Alors le ,ros propriétaire se dirigea vers la porte , en esprit fort qui ne craint rien : il avait lu Mably et Saint-Evremont.

, ,r. ;i h vnlx basse en revenant soudain

— Madame la comtesse... dit-il a voix nasse , eu

ns le salon , il se passe quelque chose d'extraordinaire en ce moment— .

— Qu'est-ce?... demanda la maîtresse de maison, qui commençait à s'inquiéter de la stupeur dans laquelle la société se trouvait plongée, et qui crut à un événement fâcheux.

— H y a dans le cabinet.... Vous savez?.... une personne inamovible ; sans partager l'opinion de ces messieurs qui parlent d'un revenant je vous ferai observer que l'on peut fort bien mour.r d apoplexie dans cette position-là , par suite d'un violent effort et je

crois que nous devrions aller en masse savoir qui est la ?...

A ces mots tous les assistais se comptèrent , et ce ne fut pas sans un mouvement d'effroi qui resserra violemment tous le* sphincters, que touslesconvivesse^reconuurent!...

Il v eut un moment de silence pendant lequel on entendit lessiff emens de la tempête , la voix des dogues et le roulement du cabr.olet dans lequel l'artiste s'enfuyait vers Paris.

-1 Savez-vous, méchant vaurien , dit un soir aux Bouffes Mme la comtesse de... au plus gai de nos peintres , que vous avez fadh nous faire bien du mal?...

— Comment cela?...

— Mais figurez-vous que nous nous sommes rendus processionnellement vers le lieu sacré... Et que jugeant d'après la position du fantôme qu'il était mort... je jetai un cri!... Alors, en voulant saisir cette victime présumée de l'intempérance, M. le curé la fil tomber et elle s'est abîmée dans un gouffre. . . Dieu sait lequel ! ... Il fallut 1 en retirer, car, dans les profondeurs de cet abîme, la victime fit un bruit qui

nous abusa... Ai-je ri!... .

Je ne savais pas, madame , que mon mannequin aurait autant de succès... Mais convenez que vos stupides voisins mavaient assez ennuyé pour que je prisse une revanche.

Et si le curé était mort?...

Ah! bah ! ... Tenez ? voici la Malibran ?

EoGEHE MoMSSEAU.

Le Géraht, Ck. PHILIPON.

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mag.S,n de ™™^*^^Z:r*t^L arcade Piccadii.v, corner of ru. Clermont. A ta»-. £™* Aeiamare, dépositaire de, journaux A Burlington garden. - A s™i!»°""°' Cour „0 A Gmè«, chez llarbezat

B«»x«i.lbs, chez Dr.ra Bêcher, Montagne de la uour, n n et Compagnie, libraires.

. " B ,,Al,r,OUBG-MONTMARTBE, »' H.

1MPRIMEBIE BE CH. DEZAUCB1. , BUE »« »*«

Numéro 5.

Tout ce qui concerne la rédaction doit être adresse , franco , à M. A. Audidert, Rédacteur en chef de la Caricature, boulevard Poissonnière , n. i5.

Les réclamations et envois d'argent doivent être adressés, franco, au grand Magasin de Caricatures d'AuntuT, galerie Veïo-Dodat.

CASTtGAT RIOr.ISDO KIORF-S.

MORALE , RELIGIEUSE , LITTERAIRE ET SCENIQUE

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