REVUE DU CHAMP DE F.1AR
Neuf heures du matin. — Un gendarme municipal : Monsieur, votre cabriolet ne peut pas passer sur le pont'Louis XV. — Et pourquoi donc ? — Parce qu'aucun équipage ne peut prendre ce chemin avant que la voiture du roi soit passée. — -Ah! est-ce que par hasard elle est aujourd'hui plus grosse qu'à l'ordinaire? — -Non, monsieur, mais c'est pour éviter les embarras. Oh ! mon Dieu , avant trois heures d'ici le roi va arriver, et alors !a circulation sera libre. — Merci , municipal. Et, en tournant bride, je trouvai cela fort raisonnable en pensant que le jour où je fus pour voir le Panorama de N avaria , moi et une foule immense nous fûmes impitoyablement renvoyés tout le jour durant, parce que le roi avait fait , le matin, annoncer sa venue. — Champ de Mars: atmosphère diplomatique, ciel grimacier, temps nébuleux , superbe problême mécanique résolu par l'immobilité complète de 55,ooo mouvemens particuliers. — ■ A quoi sert donc s'il vous plaît cette espèce de tente dressée devant l'École-Militaire? ■ — Monsieur, c'est une estrade où va se placer le monarque. Est-ce que vous trouvez cette décoration de papier rayé assez en harmonie avec la circonstance?— Un mouchard : Maisoui, pas mal comme ça, ca ressemble à ces petites nécessités qui ornent le jardin du Palais-Royal. — -Ou bien à un cabinet de lecture. — M, Prudlwm: Messieurs, voici Sa Majesté qui daigne mettre pied à terre en personne ! Voilà maintenant qu'elle distribue les drapeaux à 25 hommes de chaque corps qui ont la plus belle tenue possible. — ■ Pacot: Dites donc , sergent , de quelle mine ça vient-y, ce coke gaulois-là. — Allons , Pacot , point de calembourg sous les armes ! et les yeux à quinze pas de la tète, s'il vous plaît. — M, Prudlwm: Écoutez donc, écoutez donc, citoyens, le monarque qui daigne dire : « Je m'enorgueillis de pouvoir
» vous rappeler que les divers changcmcns de fortune qu'il m'est » tombé en partage de subir dans le cours de ma carrière , n'ont ja- » mais altéré ma fidélité à ma patrie. » — Une voix : Vive le roi ! — Ah! v'ià le roi qui monte à cheval : il parcourt les rangs suivi d'un porte-croix. En voilà encore une fournée deaoo. —Pldlipon, ouvrant son parapluie : Quel fichu temps ! — Mahieux : Dieu de dieu , je ne peux pas apercevoir le monarque, bon dieu ; je ne vois absolument que son chapeau; il est bien aimable, il salue beaucoup. — Madame , voudriez-vous prier M. votre fils de ne pas mettre ses pieds sur mes épaules , vous m'obligerez. — Cagnard, à un Anglais de huit ans: Jeune étranger (car vous me paraissez parfaitement jeune et infiniment étranger), ne voyez-vous pas comme moi avec un juste sentiment de frayeur qu'il y ait ici plus de citoyens que de soldats,
des citoyens oisifs, inoccupés! }es. — Vous voyez comme moi ,
jeune insulaire ! oh ! malheureuse pairie!!! — M. Prudhorn: Un escadron bien luisant est , en temps de paix , un élément de bonheur.: soyons-le donc si l'on peut! — Un aide-de-camp, bride et chapeau l'as : Sire, votre place est prise. — Comment ? comment? — Le peuple vient d'envahir l'estrade d'où Votre Majesté devait faire défiler les troupes. — M. Vivien : Que quinze cavaliers municipaux saisissent les rebelles ! - M. le préfet , les chevaux ne veulent pas absolument monter les marches de l'estrade, — M. Vivien : Quinze jours de salle de police. — Tiens, voilà le monarque qui , pour ne pas déranger le peuple, va se placer devant l'École-Militaire. Que de bonté ! —C'est dommage qu'il n'y ait point de soleil. — Le mouchard: Si c'eût été sous r autre, il en aurait bien fallu du soleil, et il y en aurait eu, du soleil , sous l'autre. — Une dame : Oh ! mon Dieu ! voilà un malheureux dragon renversé par son cheval. — Un monsieur décoré : Il y a toujours des gens malintentionnés qui troublent ainsi les fêtes populaires par de coupables accidens! —Mahieux : Dieu de dieu! dans une solennité pareille, pas le moindre maréchal d'un peu bossu! Brave Luxembourg où es-tu , bon Dieu ! — Oh ! quel beau coup-d'œil que ces 8o bouches à feu lancées au galop ! mais voilà un artilleur envoyé par un cahos à ia pas de son caisson. — Prudhorn : Monsieur, c'est l'heureux résultat du système paternel d'amélioration qui permet aujourd'hui aux artilleurs de s'asseoir sur leurs pièces. —Alors de pareilles victimes sont rares. — Oh ! fort rares, monsieur, une tous les trois quarts d'heure sur un terrain plat. — Pacot : Dites donc , sergent , est-ce que toute cette foule inconsidérée , qu'a rompu les rangs va défiler pêle-mêle avec le 5rr" ? — Le sergent : Ne m'en parle pas , Pacot; quand on a évolutionné comme moi aux parades du Carrou-
sel, où chacun gardait ses distances... C'est plus ça! — Cinq heures du soir: Le roi quitte le Champ-de-Mars : allégresse générale manifestée par un copieux appétit civil et militaire.
Ptfdjafces.
On ignore si le nouveau tableau commandé pour la Chambré des députés scia exécuté. On craint que M. Vivien ne le considère comme une caricature. — M. Vivien a fait saisir un ciloven, parce qu'il avait l'air d'une caricature. Il l'a fait relâcher en apprenant que c'était un personnage. — M. Vivien n'est pas abonné à la Caricature. Les numéros qu'il désirera , il les enverra chercher par le commissaire. —Un artiste qui a fail le portrait de M. Vivien n'a pu trouver aucun éditeur qui ose le publier. — Assistant dernièrement à un diner diplomatique, M. le préfet de police ne voyait partout que des caricatures. Ce que c'est qu'une idée fixe ! — 11 est question de transporter le dépôt de librairie rue de Jérusalem. —Entre certains tableaux d histoire contemporaine et les scènes populaires de M. Vivien le juste milieu, c'est la caricature. — Une caricature est un miroir'. M. Vivien n'en regarde jamais. — M. Vivien ne passe jamais devant le magasin d'Aubert sans fermer les yeux. — M. le Préfet de police a envoyé un commissaire chez M. Conté , avec ordre de saisir tous les crayons à caricatures. — En se voyant dans la glace , M. Vivien est resté saisi.
Cu. PHILII'OX
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La CAMCATcaE donne , par an , cent quatre lithographies exécutées par les Artistes les plus renommes. Chaque numéro, composé d'une feuille de texte et de deux Lithographies, paraît très-exactement le jeudi.
L'Administration ne met pas dans le commerce les Lithographies du Journal. Les Marchands ne pourront les obtenir qu'en s'ahonnant.
tîota.
Les personnes qui recevraient des exemplaires froissés peuvent , au moyen de l'action d'une presse à papier, faire disparaître les plis. 11 faut avoir soin d'exposer préalablement la feuille à l'humidité.
rouit TBOIS MOIS, franc déport 13 fr.
pour six mois, idem. °G
POUR un AN, idem B2
1 franc de plus par trimestre pour L'étranger.
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A Paris, en envoyant, franco, un bon sur la poste ou sur une maison lîe Paris, au "ranci magasin de caricatures d'Aubert, passage Vc'ro-Dodat — A Lyok, chez Baron, libraire, rue Clerraont. — A Londres, chez Dclaporle, Burlingtcn arcade Piccadilly, corner of
Burlington garden. — A Strasbourg, chez Alexandre, dépositaire des journaux. A
Eruxei.les, chez Dero Bccker, Montagne de la Cour, n° 17. — A Gekève, chez Barbezat et Compagnie , libraires.