‹ La Carie Dentaire Chez Les TuberculeuxChapitre 17 sur 18 · OBSERVATION V · texte numérisé non relu

OBSERVATION V

Personnelle. — Prise à l’Infirmerie du 1° Tirailleurs Algériens à Blida, en coliaboration avec M. le médecin-major Molle, chef de service.

Ahmed ben Abdallah, 18 ans, jeune soldat de conscription indi- .&ène. Ce malade est examiné pour la première fois le 18 octobre 1915 ; aspect émacié, état général lamentable. Il est d’ailleurs proposé d'office pour la réforme.

Lésions pulmonaires. — Sommet droit : Il existe une infiltration de la totalité de ce sommet : matité en avant et en arrière ; à l’auscultation, on perçoit une exagération des vibrations thoraciques et une respiration soufflante également en avant et en arrière. Toutefois, c’est au niveau de la fosse sous-clavière que paraissent résider les lésions les plus avancées ; on constate en effet dans cette région :

Râles et craquements humides, surtout confluents dans la partie antéro-externe, ces râles humides ne se retrouvent pas en arrière.

Sommet gauche. — Zone de matité dans la partie juxta-rachidienne des fosses sus et sous-épineuses (zone d’alarme de Sergent). La fosse sous-clavière est normalement sonore. A l’auscultation, le murmure vésiculaire est normal en avant, et l’on perçoit quelques râles en arrière.

Troubles nerveux. — Décubitus latéral : Ce malheureux totalement ahuri est incapable de fournir un renseignement quelconque -sur cette particularité ; toutefois, il existe au niveau de la région trochantérienne gauche une zone cutanée arrondie de la largeur de la paume de la main, laquelle présente une pigmentation spéciale et une rugosité anormale ; il s’agit là, à coup sûr, d’une lésion cutanée superficielle qui s’observe chez les sujets maigres prenant habituellement leur sommeil sur une couche dure, comme c’est d’ailleurs le cas en l’espèce. Cette anomalie étant appréciable, exclusivement dans la région trochantérienne gauche, témoignait certainement du décubitus latéral pris régulièrement et inconsciemment de ce côté.

Une enquête fut menée pendant les quelques jours que ce jeune .soldat passa à l’infirmerie du corps, et cela permit de vérifier lexactitude de cette présomption.

Distribution de l'hyperesthésie musculaire.

Autant qu’il fût possible de le vérifier sur un semblable sujet, les zones rachidienne, iliaque et abdominale étaient sensiblement hypcresthésiées à droîte. Enfin, le pincement du bord libre du grand pectoral déterminait exclusivement à droite une mimique des plus -significatives.

Autres lésions tuberculeuses : Ce sujet présentait, en outre, une tumeur blanche classique du genou droit ; le siège à droite de cette lésion articulaire ajoute un nouvel intérêt à l’observation présente.

Au point de vue dentaire : Une seule dent cariée, la 2° prémolaire supérieure droite ; intégrité des autres dents.

Résumé. — 11 s'agissait donc d’un hémihyperesthésique droit avec lésions pulmonaires orientées suivant les lois de Molle, c’està-dire : la localisation droite antérieure et localisation gauche postérieure ; il présentait, en outre, une tuberculose articulaire à droite et enfin une carie dentaire à droite.

CONCEUSIONS

Nous ne pouvons, à notre grand regret, nous étendre davantage sur notre sujet ; les circonstances actuelles excuseront cette brièveté ; d’ailleurs, à en croire celui qui fut l’inspirateur de ce travail, il eût été facile de multiplier les observations.

Celles que nous venons de reproduire nous paraissent toutefois suffisamment probantes.

On jugera de l’intérêt qu’elles présentent, puisqu'elles confirment de tous points des lois de pathologie générale qui méritent grandement d’attirer attention.

Au point de vue purement pratique, le clinicien ne possédera jamais assez de moyens d'investigation pour vérifier les signes de début de la tuberculose ; à ce point de vue, chez un sujet présentant au niveau de tel ou tel territoire pulmonaire des signes suspects, si l'examen de la bouche décèle des caries dentaires siègeant en des régions appropriées, ce fait constituera une présomption nouvelle que l’observateur ne devra pas dédaigner.

Aussi, estimons-nous que cette seule considération suffirait à justifier ce modeste travail.

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