II. —— HÉMOSTASE
Nous verrons que les hémorragies par ulcération de la carotide intra-pétreuse offrent des caractères spéciaux que l’on ne retrouve pas dans les hémorragies secondaires des autres vaisseaux ou même de la portion cervicale de la carotide interne. Il se produit généralement une otorragie violente, profuse et qui cependant n’est pas mortelle d'emblée ; au bout de quelques minutes sous l'influence d’un simple tamponnement ou parfois spontanément, le flot de sang s'arrête aussi brusquement qu’il était apparu. Après quelques jours, une nouvelle perte de sang survient qui reproduit le même tableau, et les hémorragies se succèdent ainsi de plus en plus fréquentes jusqu’à la mort du malade.
Cet accident revêt donc une allure vraiment peu commune qui est due à la facilité de l’hémostase contrastant avec l’abondance de l’hémorragie et le calibre important du vaisseau.
Nous retrouverons ce même caractère en étudiant les blessures de la carotide interne au cours des interventions chirurgicales, puisque dans un assez grand nombre de cas le tamponnement a suffi pour arrêter définitivement l’hémorragie.
Comment expliquer cette facilité relative de l’hémostase ?
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Lorsque la paroi d’une artère présente une solution de continuité, à chaque pulsation les bords s’écartent l’un de l’autre. Au contraire l’absence de battements de la carotide intra-pétreuse va permettre la formation rapide d’un caillot puisque l’artère reste immobile.
L'absence de fibres élastiques, qui très probablement conditionne l’absence de battements, agit également d’une autre manière. Les artères, en général, sont douées de deux propriétés : l’élasticité et la contractilité, car leur tunique moyenne contient des fibres élastiques et des fibres musculaires lisses. Ces deux propriétés agissent en sens opposé. Lorsqu'il se produit une plaie au niveau d’une artère, l’élasticité tend à en écarter les lèvres l’une de l’autre, la contractilite tend à les rapprocher. Mais dans le trajet intra-pétreux de là carotide interne la contractilité de l'artère persiste seule et n’est plus contrebalancée par l’action des fibres élastiques qui ont disparu. Elle devient même plus efficace puisque l’épaisseur de la tunique moyenne est restée sensiblement la même que dans la portion cervicale de l'artère.
La facilité de l’hémostase doit donc être attribuée à deux facteurs : l'absence de battements et l’action prédominante du tonus des fibres musculaires qui constituent à peu près la totalité de la tunique moyenne.
Ces deux facteurs sont les plus importants. Mais on peut en invoquer d’autres, en particulier le ralen-
tissement du courant sanguin et la régularisation de
SRE
son débit dans le segment artériel qui nous intéresse.
Le ralentissement du courant est dû à deux causes : la première étant la présence d’un changement de direction au cours du trajet intra-pétreux. Une loi élémentaire de l’hydraulique indique, en effet, que la vitesse d’une veine liquide diminue lorsque celle-ci franchit une portion coudée du conduit qui la contient.
Une deuxième raison de ralentissement, peut-être plus importante, est l'absence de battements. Un vaisseau qui ne bat pas à un débit moindre qu’un vaisseau qui bat. Une expérience classique de Marey tend à le prouver : Deux tubes d’égal diamètre et d’égale longueur, dont l’un est rigide et l’autre élastique sont reliés à un vase contenant de l’eau. On rend lécoulement intermittent en comprimant rythmiquement le tuyau qui relie le vase aux tubes. On note que pendant un temps donné le débit du tube élastique est plus considérable que celui du tube rigide.
En outre, la présence d’une gaine osseuse qui enserre l’artère dans la traversée de la pyramide pétreusé a comme conséquence de transformer son débit jusque-là intermittent en un débit plus continu. Celte idée que nous empruntons au travail dé Richards peut aisément être vérifiée. Si nous imprimons à un tube élastique contenant un liquide qui s'écoule, des saccades rythmées, l'écoulement est intermittent : si nous comprimons avec la main un seg-
ment de ce tube, près de son extrémité, nous obser-
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vons que le débit du liquide en aval de la partie enserrée devient plus régulier et plus continu. Peut-être cette diminution et cette régularisation du débit sont-elles surtout théoriques, mais elles peuvent, dans une certainé mesure, si petite soit-elle, faciliter la formation du caillot et son adhérence aux lèvres de la plaie. Ajoutons que Richards donne de ces deux faits une explication finaliste. Il considère qu’ils permettent de modérer la vitesse du flux sanguin à son arrivée au niveau du cerveau et d'éviter les àcoups dans la circulation d’un organe particulière-
ment délicat.