‹ La carrière (volume 2)Chapitre 23 sur 23 · LES NOMADES · texte numérisé non relu

LES NOMADES

Pour ta dernière fois, le petit salon — de l'Ambassade : plus le petit salon de l'Ambassadrice. Plus de » coins de paravents ni de coussins portant l'empreinte d'u sonnalitè. Chameroy est nommé ambassadeur à Vienm trailles est nommé premier secrétaire à Vienne : ils tout à l'heure pour Paris.

Reste l'ameublement officiel, dans le décor officiel : les canapés, damas jaune, alignés contre le mur, les loui teuils en serre-file.

Rien de vivant que les paquets — un peu partout. A milieu, une malle très pure. On ne douterait point appartînt au Prince de Galles, si elle portait seuler H. R. II. des colis que nous voyons si souvent traîner trottoirs de la place Vendôme. Mais elle n'est chiffrée triple croissant de Diane de Poitiers, ravalé au rang d' Couronne de marquis.

Toutes portes ouvertes. Vue de l'escalier.

Pantomime d'entracte, comme dans les drames de Bi

chais.

Va-et-vient de gens.

Épisode :M. Henry, valet de chambre du duc de Xain

croise M. Jdles, valet de chambre de Chailly-Descom

se regardent. Ils ne se saluent pas. H. Charles, valet de pied de l'Ambassadrice, adresse à i

un sourire d'intelligence.

Ils sortent. La scène reste vide.

M. Jules rentre, ferme les portes, sort.

La scène reste vide.

Entre l'Ambassadrice. Costume de voyage, mais toujours dans la note de son époque préférée. Agile, rajeunie, belliqueuse, elle a l'air d'une héroïne de la Fronde qui va faire tirer le canon. Elle ne craint pas d'ouvrir elle-même la grande malle. Elle y glisse un objet enveloppé de papier de soie. Elle referme, avec la désinvolture d'une bonne maîtresse de maison, qui a le maniement de ses clefs.

Elle s'assoit. Elle exécute la série des gestes communs à toutes les femmes qui sont sur le point de partir en voyage. Elle tâte ses poches, consulte son mouchoir, jette un coup d'œil satisfait sur un petit sac vert pomme à monogramme d'or, qu'elle ne confie jamais à personne et qui d'ailleurs ne lui sert à rien.

Impatience du pied.

La porte, donnant sur la salle des fêtes, s'ouvre.

L'Ambassadrice. — Ah !...

Entre Chailly-Descombes. Jaquette.

Chailly-Descombes, avec plus d humeur quil ne faudrait. — Vraiment ? Vous êtes seule ? Les portes sont fermées? C'est étonnant. Je pensais que nous allions nous faire nos adieux devant les domestiques et les portefaix, ou tout à l'heure sur le quai de la gare, au milieu des compliments officiels.

L'Ambassadrice. — Cela vaudrait mieux à mon sens : le dernier tête-à-tête est toujours de trop.

Chailly-Descombes. — Il est pourtant naturel qu'on souhaite de... causer un peu, au moment de rompre une... amitié qui a duré comme la nôtre.

L'Ambassadrice. — Les scènes de rupture ne

sont jamais que des tentatives désespérées pour ne pas rompre. Or nous avons trop de clairvoyance l'un et l'autre pour nous cramponner. Vous savez aussi bien que moi que tout est fini : le mieux est d'en prendre notre parti sans larmes.

Chailly-Descombes. — Vous le prenez si facilement, parce qu'au fond vous me méprisez de mètre laissé jouer par Xaintrailles. Il n'y a que le succès qui fasse valoir un homme à vos yeux.

L'Ambassadrice. — Comme vous êtes de mauvaise foi ! Puis-je vous en vouloir d'un échec où je suis de moitié ?

Chailly-Descombes. — Vous avez une revanche avec votre mari, qui part d'ici sur un triomphe et obtient le poste que vous souhaitiez. Vous n'en demandez pas davantage.

L'Ambassadrice. — J'arrive à l'âge où une femme honnête ne doit plus jouer que le jeu de son mari. Si vous aviez pour moi un peu de sentiment vrai, cela vous consolerait. Il n'y a que les enfants qui comptent pour quelque chose d'être le premier ou le seul amour d'une femme. Ce qui marque, c'est d'être son dernier amant.

Chailly-Descombes. — Vous avez une façon de me consoler, vous êtes philosophe.

L'Amhassadrice. — J'y ai plus de mérite que vous : j'abdique, moi.

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Chailly-Descombes. — Oh!... des choses auxquelles vous ne teniez guère.

L'Ambassadrice. — On regrette généralement ce qu'on abdique, même si Ton n'y tenait pas.

Chailly-Descombes, lui prenant la main. — Au moins... dites-moi adieu... comme il faut.

L'Ambassadrice, se dégageant. — C'est ce que je fais... Croyez-moi, nous ne sommes plus faits l'un pour l'autre : ce n'est plus d'une éducatrice que vous avez besoin. Recevez pourtant ma dernière leçon : la plus grande qualité d'un diplomate est de ne pas rouvrir les incidents qui sont clos.

Chailly-Descombes. — Étrange liaison que la nôtre! Il suffit, pour nous séparer, d'un décret signé Carnot.

L'Ambassadrice. — Il avait bien suffi, pour nous unir, d'un décret signé Grévy.

Elle se lève et se met à fourrages dans les paquets. Chailly,

désœuvré, en long et en large. Il marche vers la porte. Il hésite.

Il sort, sans que M" 1 * de Chameroy ait seulement tourné la tête. Yvonne entre. Costume tailleur. Elle cherche quelque chose. Elle

ne dit rien à l'Ambassadrice, l'ayant déjà rencontrée vingt fois

depuis le déjeuner.

M™* de Chameroy sort. Yvonne continue à fouiller, mais sans

entrain. Puis elle se dirige vers la grande fenêtre, s'arrête,

regarde dans la cour.

Entre le duc de Xaintrailles. Veston. Il constate que sa femme est seule. Il semble satisfait. Il referme avec soin la porte par où il est entré. Puis il se dirige lentement vers la grande fenêtre, se place à côté d'Yvonne qui ne bouge pas, et rogarde dans la cour.

Silence.

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La comtesse d'Es Puissant ! J'arrive à

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