‹ La carrière (volume 2)Chapitre 22 sur 23 · L'HOMME TATOUE · texte numérisé non relu

L'HOMME TATOUE

La « petite maison » de l'archiduc Paul, à quelques lieues de la Capitale.

Une chambre à coucher, où rien ne trahit la chambre à coucher : le lit est embusqué dans une alcôve absolument close par un rideau, que l'on manœuvre comme le rideau de Bayreuth ; un système de cordons le fronce en biais et l'ouvre en le drapant.

Les tentures, bleu-paon. Les boiseries, blanc et or.

Ameublement bourgeois.

Les sièges : moquette, et bois noir de style français Napoléon III.

Au centre, une table ronde, avec une suspension, comme au temps où Ton passait les soirées en famille.

Vis-à-vis de la cheminée, surmontée d'une glace, une lourde commode, également surmomèe d'une glace.

Sur le marbre de la commode, pêle-mêle, en des cadres à chevalets, toutes les photographies décolletées de la rue de Rivoli. Deux cartes en hauteur se font pendant : Sarah Bernhardt et la Duse. Jean de Reszké est collé sur la glace. Une Léda et un cygne d'albâtre flirtent à l'américaine.

Sur la cheminée, magnifique garniture empire.

C'est la même que dans la chambre d'Yvonne, à l'Ambassade.

C'est la même que dans le salon de la duchesse douairière à Paris :

L'Amour et Psyché faisant pendule, entre deux urnes, avec deux candélabres aux extrémités.

Devant le foyer, un écran aux armes impériales.

Une collation est servie, sur une table volante. Gâteaux, verres, r fausse bouteille de Champagne en cristal à goulot d'or et à

faux bouchon d'or.

,*;., Au mur, quelques cadres. Peintures françaises d'exportation,

J-\ léchées.

A gauche de l'alcôve, un tableau de sainteté: une petite lampe, accrochée à une potence de fer forgé, est allumée devant cette image.

L'archiduc Paul, en veston.

Le comte de Lutzbourg, petite tenue, sans dorures. La veste,

trop courte, exagère l'effet de longueur de ses jambes. Nu-tête. Il tient une énorme botte de fleurs. Il passe une à une ces

fleurs à l'Archiduc, qui s'efforce de les disposer avec art dans

plusieurs vases fort laids.

Paul. — Ici, comte, ce chrysanthème.

Lutzbourg. — Oui, monseigneur. (// obéit.)

Un temps.

Paul. — Cette rose.

Lutzbourg. — Oui, monseigneur.

Paul. — Et pour terminer, cette magnifique branche de mimosa.

Pour juger de l'effet, Paul se recule, Lutzbourg s'avance, heurte et renverse le vase : inondation.

Paul, sans ménagement. — Imbécile !

Lutzbourg, à quatre pattes, épongeant le tapis avec son mouchoir. — C'est un petit malheur, Altesse.

Paul, découragé ', assis. — Je ne m'en tirerai jamais... Ah !que le diable emporte l'Empereur...

? un geste de préservation. — A Dieu ne plaise, monseigneur !

P^vL,powsuiuant. — ... d'avoir envoyé au diable lui-même cette diable de comtesse d'Eschenbach, me serait diablement utile aujourd'hui !

bourg fait une légère inclination devant le tableau de sainté.

jlle u le chic pour les décorations galantes. Elle coup de pouce... Au lieu que vous, Lutzbourg,

is n'y entendez rien. Mon effet de fleurs va être

olument raté.

jutzbourg. — Monseigneur se met en frais bien

tilement. Pense-t-il que cette petite femme...

eune duchesse de Xaintrailles... prendra seule-

nt garde à ces fleurs ? J'imagine que Son Altesse

ïériale ne lui en laissera pas le temps.

'aul. — Ah ! Lutzbourg, vous ne connaissez les Parisiennes... moi non plus, d'ailleurs, et

ît bien là ce qui m'inquiète. Je suis ému comme page à son premier rendez- vous.

jutzbourg. — Pourtant, monseigneur, vous allez

aris tous les ans.

/'àul. — Au Moulin Rouge.

jutzboubg. — Ici, du moins, vous avez distin-

ï toutes les femmes de haute naissance qui en

aient la peine.

Paul. — Je ne sais pas comment elles se con-

304 LA CARRIKRK

«luisent avec les autres : avec moi, elles y mettent moins de façon qu'au Moulin Rouge. Ah î ma destinée n'est pas enviable : je ne saurai jamais quelle différence il y a entre une Altesse et une fille.

Lutzbourg. — Alors, M me la duchesse de Xaintrailles elle-même.,.

Paul. — Une parisienne, mon cher !... Même lorsque leur pudeur cède, qui pourrait répondre de leurs caprices?... Leur malignité déconcerte... Je crains la gaffe, la fâcheuse gaffe... Tel que vous me voyez, je viens de compulser tous les derniers romans français qui traitent de l'adultère. Ils en formulent la théorie aussi clairement que le règlement des troupes d'infanterie formule la théorie du fusil nouveau modèle. Mais apprenez le règlement à une recrue, et mettez-lui un fusil nouveau modèle entre les mains : vous verrez comme elle s'en tirera.

Lutzbourg. — Les inquiétudes de Yotre Altesse Impériale sont chimériques. Qui saurait le monde, sinon vous, monseigneur ?

Paul. — Voilà encore ce qui vous trompe. J'ai remarqué, moi, que la plupart des princes n'ont aucune espèce d'éducation. L'étiquette les sauve. Ils sont comme des acteurs en scène, qui savent leur rôle parfaitement : ils ne peuvent donc point se tromper. Dans la réalité, ils sont des êtres tellement au-dessus des usages qu'ils les ignorent... Alors... passez-moi donc un gardénia, je vous en

prie... Alors, dans les circonstances que l'étiquette n'a pu prévoir, leur rôle devient en général piteux. Je trouve cela humiliant. Je ne veux pas que cette Parisienne rie de moi. Je désire lui montrer que tout en étant archiduc, je suis un homme bien élevé.

Lutzbodrg. — Monseigneur me permettra-t-il de lui exprimer mon opinion, avec la liberté des camps ?

Paul. — Vas-y, mon vieux compagnon d'armes.

Lutzbourg. — Eh bien ! monseigneur, j'ai idée que cette femme, qu'on ne sait par quel bout prendre, sera une mauvaise affaire pour Votre Altesse. Si j'étais de vous, je la planterais là. D'abord, il ne me paraît pas convenable que l'on dépense plus de fleurs pour une passade que pour un enterrement.

Paul. — Parbleu ! J'aimerais mieux qu'elle fût à la coule (c'est une expression de sou pays)... bon enfant... comme ma cousine la princesse de Thessalie, que j'emmenais souper en cabinet particulier avec des cabotins... Te rappelles-tu le jour où ce tragédien anglais en tournée me lança à ia tête une bouteille de Pommery-Greno ?

Lutzbourg. — C'était le bon temps.

Paul. — Nous formerons peut-être la duchesse...

En attendant, il faut bien la prendre comme elle est, et, je te le répète, je tremble. Je me méfie de

306 LA CAHRIÈRK

mes meubles, de mes vêtements. Je mesure mes gestes, je pèse mes mots... Et puis... il y a... il y a la tour Eiffel.

Lutzbourg, surpris. — La tour Eiffel ?

Paul. — Oui... une des curiosités que Ton m'a fait voir lors de mon dernier voyage à Paris, c'est les bas- fonds... Oh ! très intéressant... les bouges, les cabarets, les endroits où se réunissent les voleurs et les assassins.

Lutzbourg. — Est-il possible !

Paul. — Oui... à Paris, tout est si bien organisé... On va dans ces endroits-là comme à l'Exposition. On se fait accompagner d'un fonctionnaire de la*police. Les malfaiteurs, qui sont avertis, se tiennent prêts comme pour une revue. . Depuis que j ai fait cette promenade, on dit couramment, pour parler d'un petit voyage circulaire dans tous les mauvais lieux de la Capitale : la promenade de l'Archiduc.

Lutzbourg. — Je trouve cela touchant.

Paul. — On me fit admirer, cette nuit-là, un homme tatoué des pieds à la tête. Ce spectacle me frappa vivement. On me présenta un artiste capable d'accommoder de la même façon — en partie du moins — les amateurs. Je dépouillai mon bras et le lui tendis. Il y dessina, à petits coups d'aiguille, un cœur percé d'une flèche, surmonté de la tour

WT

Eiffel, avec la date, et cette légende : Souvenir de Paris.

Lutzbourg. — Votre Altesse Impériale est tatouée ? Mais moi aussi... Tout le monde est tatoué.

Paul. — Non... Tout le monde n'est pas tatoué. Je m'en suis aperçu à Biarritz. Lorsque je me baignais, naturellement on faisait cercle. Et en remontant jusqu'à ma cabine, j ''entendais des chuchotements : « Tiens!... l'Archiduc est tatoué... Oh! que c'est curieux!... » Ça m'a gêné. Je me suis baigné avec un maillot à manches. On a souri; et j'ai fini par ne plus me baigner du tout,

Lutzbourg. — Monseigneur, quand un homme a.. . du cœur au ventre, peu importe qu'il ait un cœur tatoué sur le bras.

Paul, lui frappant sur l'épaule. — Voilà une belle parole de soldat... Mais vois-tu, mon brave Lutzbourg, mon petit dessin me tourmente quand môme... 11 me fait l'effet d'un symbole... Je dois présenter un tas de particularités du même ordre, que je ne sais pas, mais qui ébourifferont peut-être la duchesse... Et j'aurai beau lui cacher mon bras, j'ai bien peur de rester dans son souvenir... l'homme tatoué.

Un temps. Puis l'archiduc pousse vers la porte Lutzbourg, qui se retire à reculons.

Allons, va-t'en, il est l'heure... Mais reste à

30* I.A ïlÀllillÊ

portée de la voix... C'est t servir à rien... et pourtant, de savoir que tu es là.

Lctzbourg. — Je souhaite Altesse Impériale.

Paul. — Mais non, mais heur.

Lu tz bourg disparaît. Le Prince lai

chambre. Il ouvre la croisée, s'acc

A ses pieds, le parc : une véritable 1

La famée blanche de la locomotive,

Cinq n

Bruit d'une voiture.

Le coupé, terme, s'arrête devant la r

Yvounk descend. Robe de drap d'éU

Capote. Voilée, mais sans

Le valet de pied qui a ouv

ordres ayant été d'avance

chambre. Comme on n'e

affectât ii donnés, ■

Paul. — Entrez!...

. (Ilseï

cheminée.)

La duchesse de Xaintraillei salon. Elle s'avance vers aperçoit la pendule de sa

belle-mÊ

Yvonne. — Ah !...

Paul, avec un élan mode?

comme c'est aimable à vous

Yvonne, avec enjouement.

seigneur,

Paul. — Permettez-moi d

LA CARMËRK 309

faites pas qu'obéir à la contrainte de votre serment.

Yvonne. — J'ai peine à me persuader, en effet, que c'est un devoir que je remplis. Un temps.

Paul, après réflexion. — Vous avez fait un bon voyage î

Yvonne, — Il n'était pas si long.

Paul en convient, d'un geste, ensuite : — Asseyez-vous donc, duchesse.

Yvonne. — j'en ai à peine le temps, monseigneur.

Paul, se récriant. — Vous n'allez pas parler de départ au moment où vous arrivez.

Yvonne. — Je sais mon indicateur sur le bout du doigt. J'ai le choix entre deux trains. Le premier quitte la station de bien bonne heure. Mais le deuxième la quitte... bien tard.

Paul. — L'un est omnibus, l'autre express: vous n'avez presque pas d'avantage à prendre le premier.

Yvonme, faiblissant. — C'est juste.

Paul. — D'autant que le matériel des express est beaucoup plus confortable.

Yvonne, presque gouailleuse. — Oh ! monseigneur, il n'est pas de pays en Europe où les chemins de fer soient plus merveilleusement organisés. (Un temps, Paul pianote avec impatience sur

/<? marbre de la cheminée.) Enfin, je cède. {Elle s'assoit.) Paul, pénétré. — Ah! duchesse... (// s'assoit.)

Vis-à-vis l'un de l'autre, à droite et à gauche de la cheminée, lis se taisent.

Yvonne, prenant le dé de la conversation. — Votre Altesse Impériale n'a pas eu de désagréments ?

Paul. — Désagréments ?

Yvonne. — La bombe d'hier...

Paul. — Hein ! quelle bombe ? Encore une bombe ?

Yvonne. — Mais non...

Paul. — Ah!... la bombe que j'ai tirée. Je n'y étais pas. Aucun... Quelle fête charmante !

Yvonne. — N'est-ce pas?

Paul, avec une galanterie un peu surannée. — Vous étiez la plus belle.

Yvonne. — Votre Altesse Impériale me flatte ; mais elle n'a pu me comparer à personne, puisque je suis la seule femme qu'elle ait vue.

Paul, se raccrochant. — Vous étiez la seule que je voulusse voir. J'ai emporté du bonheur pour toute la nuit.

Yvonne. — Elle était déjà bien avancée.

Paul. — Je ne dis pas : « Et pour toute la journée du lendemain », puisque vous m'avez fait la grâce de venir jusqu'ici renouveler ma provision.

LA CÀURIfcUfc: 311

dant pied. — J'avais... j'avais juré. "t. (Piétinement nerveux.) — Nous ours dans le même cercle. — {.4 s avons une grande heure devant [ix dire, une heure... trop courte...

goûter avec moi, n'est-ce pas, duons... retirez vos gants.

C'est bien inutile, monseigneur.

tirez vos gants... je désire... (Faisant

Laissez-moi vous retirer vos gants.

Mais... (Elle n'ose refuser sa main, dégante très maladroitement, et garde tin entre les siennes.) issez de naïveté. — Savez-vous. . . ce vous le mieux... c'est... cette gaieté ^ue chose, hier soir, m'a fait plus de t... plus même que votre promesse...

(oh! te vilain mot !...) C'est quand aconté... si simplement... l'histoire e... qui tirait des bombes comme

vous m'avez presque avoué... par délicate... un sentiment... qui n'est tout à fait aussi vif que je souhaiteii est si nouveau pour moi...

le se lève.) — Cette fenêtre donne sur i à peine vu. Nous allions comme le

vent. Les deux chevaux que Votre Altesse Impériale m'a envoyés sont si vifs...

Paul. — Ce sont d'excellents trotteurs.

Yvonne, au balcon. — Quel calme!

Paul vient près délie. — N'est-ce pas? (// essaie du lieu commun.) Quelle joie d'être ici, deux, seuls!... Vous aimez beaucoup la campagne, duchesse?

Yvonne, avec conviction. — Beaucoup...

Paul. — Je savais bien que ce pavillon vous plairait... C'était jadis un rendez-vous de chasse. J'ai voulu en faire un asile de roman : le roman n'est pas venu. Vous complétez mon rêve pour la première fois.

Elle s'écarte de la fenêtre, s'en va vers la commode. Il la suit. Elle prend une des grandes photographies.

Yvonne. — Tiens I Sarah...

Un temps. Yvonne, par contenance, regarde ça et là, les

meubles, les peintures.

Paul. — Ces bibelots vous... vous intéressent?

Yvonne, par politesse. — Oui... [Elle regarde avec quelque étonnement le tableau de sainteté et la veilleuse.).

Paul. — Je n'ai pas grand'chose... Si peu de place, d'ailleurs. . . Ainsi, il n'y a a cet étage que trois pièces. Au bout, un cabinet de travail... A côté, un cabinet de toilette... Ah! par exemple, le cabinet de toilette est bien.

■ Yvonne, indifférente. — Ah I...

Paul. — Je tiens beaucoup au cabinet de

lette... J'y veux des raffinements... féminins.

Yvonne. — Ah !...

Paul. — Ici... la chambre à coucher.

Yvonne, étourdiment. — Comment? C'est une chambre à coucher?

Paul. — Oui... Cela vous étonne, parce que ^ ne voyez pas le lit... Voilà la question : cher le lit... Eh bien, le lit... il est là. {L'archiduc o, le rideau.)

Yvonne. — Aht...

Lentement elle retourne vers la fenêtre, et de n Paul revient près d'elle et lui prend la main. Ils regarde dehors. Silence.

Paul, après une longue hésitation, bas. — V lez-vous... que je vous laisse?... Voulez-vous permettre... de vous laisser un instant?

Yvonne, sans accent. — Vous êtes le maître.

Paul, avec transport. — Ah!... (Il baise sieurs fois les mains o? Yvonne et sort précipit ment.)

Yvonne, seule. — Oh!... C'est bien fait t < bien fait!... (Un temps.) Il n'y a encore rien fait... (Elle court au lit, ferme les rideaux, rev\ met vivement ses gants. L'archiduc rentre au ment oit elle les boutonne.)

Paul, suffoqué. — Eh bien?

Yvonne. — Je suis désolée de manquer à l'étiquette, mais Votre Altesse Impériale mettrait le comble à ses faveurs si elle daignait me faire sentir que l'audience est levée.

Paul, très prince. — Allons, vous plaisantez.

Yvonne. — Ce serait manquer au respect.

Paul. — Vous ne comptez pas que je vais vous laisser partir ainsi ?

Yvonne. — J'y compte : vous me l'avez juré.

Paul. — Vous n'êtes plus une enfant, vous savez ce que valent ces paroles-là.

Yvonne. — J'ai bien tenu ma promesse, moi.

Paul. — C'était... officieusement, m'autoriser à ne plus me souvenir de la mienne.

Yvonne. — Voilà un biais commode pour vous dégager de vos obligations.

Paul. — Voilà de bien grands mots pour vous justifier de vos coquetteries. Vous pouviez, dès le premier jour, me montrer cette vertu farouche, et c'est une étrange perversité à votre âge, madame, que de venir jusqu'au bord du lit pour s'y refuser.

Yvonne. — Ah! monseigneur, les apparences sont contre moi... vous avez le droit de me juger sévèrement... Et pourtant... il me semble que je ne mérite pas même le reproche de coquetterie... étourderie, tout au plus... Rappelez- vous ce qu'un

LA (IAKHIKIIK

jour vous me disiez vous-même... nous vive cérémonies et de formules... Nous ne ilistir plus bientôt, parmi nos sentiments, nos ac nos gestes, ceux que la nature nous inspire e que l'étiquette nous impose... Nous finisso ne plus prendre garde à rien, parce que ne croyons plus à la réalité de rien qui nous con Nous devenons téméraires, comme des soldf ne croient pas à la mort, et nous poussons j des extrémités invraisemblables, parce que n'en admettons pas les conséquences... I monseigneur, j'ai pour vous une vive amitié le seul atome de vrai qu'il y ait dans notre r Le reste de l'intrigue ne vaut pas plus qu'u vérence de cour. Mais, hélas! je ne m'en sui çue... comme vous l'avez dit si crueller qu'au bord du lit.

Paul. — Toutes ces subtilités sont de vot duchesse; moi, je suis beaucoup plus simple net que vous ne croyez. Et la preuve, c'est n'entends rien à vos raisonnements diploma Nous n'en sommes plus aux phrases. Je v> posé une question à laquelle on répond d'u Répondez.

Yvonne. — Je réponds... non.

Paul. — Prenez garde que c'est la pr fois...

Yvonne. — C'est la première fois peut-êt

L'tf

316 LA CARK1ÈRE

; Votre Altesse Impériale pose celte question à

honnête femme.

Paul. — Bien... H. de Lutzbourg, qui est ici, va vous accompagner jusqu'à la gare.

Yvonne. — Je partirai seule, comme je suis venue.

Paul. — Votre main... (Yvonne lui tend la main. Paul, la retenant:) Eh bien ! non, vous ne partirez pas ainsi... (Souriant.) Ne craignez rien... je veux dire que nous ne devons pas nous quitter brouillés. Ma conduite est assez belle, que diable ! pour que vous m'en récompensiez un peu... Tenezmoi compagnie jusqu'à l'heure du train.

Yvonne. — Je reste.

Paul. — Il ne faut pas que tous mes préparatifs aient été faits pour rien... Vous ne m'avez seulement pas dit un mot de mes fleurs : c'est moi qui les ai arrangées ainsi. (Yvonne, sans dire un mot, casse un bout de mimosa, et le garde.) Ah! voilà une gracieuse pensée... Et ma collation, ma pauvre collation...

Yvonne, gaîment. — Eh bien, Monseigneur, je vais goûter avec vous. J'ai faim... parce que j'ai eu peur.

Paul. — Vraiment peur ?

Yvonne, avec un signe de tête. — Oui... d'ailleurs

LA CAIlRIEItE 317

pour moi.., mais vous avez tout de

île.

ez-moi vous verser un peu de votre

ne.

otre Altesse ne veut pas me griser,

est que j'ai la tète faible... (Elle rit.) rquoi riez-vous.

Incore un souvenir qui touchera . un souvenir de famille et d'enire... figurez-vous, il était très gâté, our mener une vie... il rentrait à es. Alors, je lui préparais dans sa >llation comme celle que vous avez noi, afin qu'il pût se restaurer et 1 rentrant. Nos chambres étaient es au dernier étage de l'hôtel. Perlit nous entendre. Souvent, il me je de venir me réveiller, et je me r souper avec lui.

voilà de plus en plus dans l'emploi

nis faisions mille folies. J'allais jusfumer une cigarette... oh ! une

Yvo.nne. — C'est qu'en France, ce n'est pas trop l'usage pour les jeunes filles.

Paul, lui tendant une boite ouverte. — Faitesmoi la grâce... (Brusque?nent, tout pâle.) Duchesse, mez pas la comédie plus longtemps. Je vous . Je vous tiens. {Elle se lève.) 'Onne. — Votre Altesse veut rire ?

cl. — En aî-je l'air?

Elle s'échappe. Va-el-vienl.

■ormE. — Je n'ai pas de feu.

iule sur une chaise et allume sa cigarette à la veilleuse qui brûle devant le tableau de sainteté.

ul, hors de lui. — Descendez... Voulez-vous

:ndre ? Ah ! vous êtes une vraie française,

vraie parisienne, coquette, dépravée, sans ressans religion, sans foi... (Comme Yvonne,

te, hésite, il la saisit par les poignets et brutalela fait sauter à terre.) Sortez, tenez, sortez...

Elis dû vous laissez partir...

rosNE. — Sauvage... (Elle se rajuste et s'enfuit.)

VL,seul. — Tonnerre !... Tonnerre!... l'homme

rès long silence. Puis il ouvre une porte, et appelle :

tzbourg ! . . .

Ensuite, il rouvre les rideaux et se jette sur le lit- %

tzbourg, entrant. — Monseigneur?

Paul. — Reste avec moi.

Lutzbourg s'assoit près du lit.

Silence.

Paul. — Lutzbourg !

Lutzbourg. — Monseigneur ?

Paul. — As-tu d'excellents cigares?

Lutzbourg. — Oui, Monseigneur.

Paul. — Donne.

Lutzbourg présente son porte-cigare au Prince, qui fait son choix,

coupe le havane avec ses dents, allume.

Silence.

Lutzbourg. — Son Altesse Impériale m'excusera de l'interroger... Son Altesse Impériale souffre?

Paul. — Oui.

Lutzbourg. — Cette petite femme... la jeune duchesse de Xaintrailles... n'a pas marché?

Paul. — Non.

Lutzbourg. — Je suis aux regrets pour Votre Altesse Impériale.

Silence prolongé.

Paul. — Lutzbourg !

Lutzbourg. — Monseigneur ?

Paul. — Va faire télégraphier à la mère... chose... qu'elle nous envoie deux plats du jour.

Le comte de Lutzbourg se lève, sort. Au bout de quelques

instants, il rentre.

Lutzbourg. — Monseigneur, c'est fait.

vvw

Paul. — Bien... Maintenant, approche cette table.

Lutzbourg va chercher la table volante où était préparée la collation, et la place contre le lit. 11 se rassoit.

Lutzbourg. — Voilà, monseigneur.

Paul. — Bien... Verse... Bois avec moi.

Lutzbourg. — Son Altesse Impériale désire que je l'entraîne?

Paul. — Oui.

Ils boivent.

Et puis raconte-moi des énormités.

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