LES EMIGRANTS
À Paris, chez la duchesse douairière de Xaintrailles , hôtel Xaintrailles, rue Xaintrailles. (Entre la rue Yaneau et celle de Baby- Ione.)
Décor Empire. Les salons furent restaurés, remeublés, au lendemain de la Révolution, et restèrent depuis, jusqu'à nos jours, tels.
Inventaire :
L'ordre ionique règne. De part et d'autre des panneaux en glace et des baies — portes-fenétres ou fenêtres — également cintrés, s'érigent des pilastres stuqués de jaune.
Les draperies, violettes, de petite soie moHe, point doublée, à franges.
Elles encadrent la vision d'un parc austère, français, parterres
. de Le Nôtre, taillis à l'instar de Malmaison.
À même le luisant parquet, où les objets mirés indiquent par leur renversement la direction des antipodes, un socle nu, simple parallélipipède, ornementé pourtant d'une moulure à la plinthe.
Sur ce dé, une statue, antique, s'ennuie.
En guise de pendant, un lampadaire.
Au centre, un lustre (Percier, Fontaine) :
Parmi des obélisques de cristal, une Victoire de bronze vert, aux ailes éployées, à la robe symétriquement retroussée, est suspendue par de nombreuses chaînettes. Les bougies sont plantées dans les têtes de lions qui terminent les branches disposées en couronne. Du centre de la couronne, et des pieds de la
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Toutes deux passent derrière les vitres, sur le fond de parc, lentement, au pas de la douairière. Un valet de pied (petite livrée) leur ouvre la porte-fenêtre du milieu, et s'efface. Elles entrent. Elles décrivent un huit de chiffre, et vont s'asseoir sur l'ottomane.
Yvonne. — Je suis très contente de m'ètre promenée avec vous... J'espérais que Francis rentrerait avant mon départ. . . Je suis venue pour vous faire une visite... Je venais aussi un peu pour lui. C'est une escapade. Je m'étais mis dans la tête qu'une fois, avant mon mariage, je viendrais, comme cela, voir mon fiancé chez lui... Comme c'est contrariant qu'il ne rentre pas !... Je vais être forcée de vous quitter... Voilà une heure que mademoiselle m'attend... Maman me gronderait.
La Duchesse. — Excusez mon fils, chère enfant, et félicitez- vous d'épouser un homme qui n'est pas un oisif.
Yvonne. — Comme secrétaire d'ambassade, a-t-il beaucoup d'occupations, même quand il est en congé ?
La Duchesse. — Beaucoup d'obligations.
Yvonne. — Je vous demande pardon. Je voudrais... [Elle cherche) regarder l'heure.
La Duchesse lui désigne la borne qui s'interpose entre l'Amour et Psyché.
Yvonne. — Ah ! c'est vrai... Cette pendule est bien belle, mais elle m'impose... Je ne peux pas
fl LA CARR1ÈRK
me figurer qu'elle serve à indiquer l'he simplement.
Six heures et demie.
La Diîchëssë, faisant bouffer les volants c avec les gestes d'il y a un demi-siècle. — ï si pressée?
Yvonne. — Je m'accorde cinq minutes
Yvonne. — J'aime beaucoup les meuble; C'est tellement à la mode 1... Avez-vous n madame, comme des objets semblables nous donner des impressions différentes ?
s'y connaît très bien, a acheté, oh ! pour exorbitants, des meubles tout à fait dan:
de ceux-ci. Nous en avons même de toul tenez un... un... chose comme celui-là...
La Duchesse. — Un somno.
Yvonne. — Un somno... et puis une tabb table est exactement pareille à celle-ci. 1 on l'a vendue à papa comme pièce uniqu< savez s'il a du goût. Il a dirigé lui-même sier, pour que tout soit dans la note. Il a f le portrait de mon arrière-grand- père, qu Louis XV !... Eh bien, ça ne fait pas d même effet qu'ici. Quand je m'assois da nos grands fauteuils, il rue semble qui chez un marchand de curiosités, et qu mets là, bien commodément, pour qu'on
des étoffes. Tandis que chez vous... {Elle s'arrête.)
La Duchesse. — Eh bien ?
Yvonne. — J'ai peur de vous fâcher.
La Duchesse. — Parlez moi donc naïvement, ma chère Yvonne. Je n'ai que le temps d'apprendre à vous connaître. Songez qu'à peine mariée, vous suivrez Francis à l'étranger. Nous ne nous verrons plus que de loin en loin. Et combien de fois ? A mon âge...
Yvonne. — Oh ! madame...
La Duchesse. — Vous disiez...
Yvonne. — Eh «bien, chez vous... c'est tellement de l'époque... Tenez... Toute seule dans le salon, je n'oserais pas faire le plus petit mouvement. Il me semblerait toujours qu'il y a là, cachée dans un coin obscur, une très vieille, très vieille grand'mère, comme était la mienne... Quand elle avait sa migraine, elle ne pouvait pas même supporter le bruit que je faisais en tournant les feuilles d'un livre d'images... Et elle avait sa migraine tous les jours de trois à six... Par exemple, elle supportait bien les aboiements de son petit chien, que je détestais, parce que je trouvais cela trop injuste.
La Duchesse. — Comment? Comment? Moi qui vous croyais une si raisonnable petite fille, si posée, est-ce que, par hasard, vous seriez une garçonnière, qui aime le bruit, le remue-ménage ?
Yvonne. — Oh non t madame, vous save qu'on m'a élevée très sévèrement.
Un peu de confusion. Silence.
Yvonne, tout d 1 un coup. — C'est comme le ja
La Duchesse. — Le jardin?
Yvoxne. — Le jardin, votre jardin... Coi est beau ! Jamais l'idée ne me viendrait c promener pour m'y promener, et sans un v pied qui m'accompagne... Malheureusement cis et moi, ndus ne demeurerons guère ici.
La Duchesse. — Est-ce que vous regrette suivre à l'Ambassade ?
Yvonne. — Oh! non. .. mais.. . cetteambas je ne saurais pas bien vous dire.'., c'est un c'est un peu comme ce salon et le jardin. ..
semble que je serai tout heureuse de m'y tt parce que c'est le milieu qui me convient, c'es monde... Seulement, il y aura toujours... 1 valet de pied. Vous comprenez?...
La Duchesse. — Pas très bien... Vous i peu timide... Assurez-vous. Votre mari, qi aime, vous donnera de la confiance.
Yvonne, avec feu. — N'est-ce pas qu'il m J'en étais sûre, mais...
La Duchesse, surprise. — Mais?
Yvonne. — Mon Dieu ! Que vous allez m vezsotteavec mes comparaisons, que je nesf lement pas exprimer comme il faudrait!
La Duchesse. — Est-ce qu'il est aussi comme ce salon et le jardin ?
Yvonne, bas. — Un peu.
La Duchesse. — Le valet de pied ?
Une porte s'ouvre. Francis, duc de Xaintrailles, entre. Il est très bien, grand, et remarquablement habillé, coiffé savamment. Accent anglais (discrètement). Bagues.
Il marche vers sa mère, en ligne droite, lui baise la main. Il baise ensuite la main d'Yvonne, et reste devant elle longtemps, debout. H sait se tenir et causer debout.
Francis. — Croyez que je regrette vivement d'être rentré si tard.
Yvonne, assise, le regarde de bas en haut. La duchesse se lève.
Francis, un peu inquiet. — Vous nous quittez, ma mère ?
La Duchesse. — Je préviens vos désirs.
Elle sort. Silence.
Yvonne. — Êtes-vous allé à l'Hippique?
Francis. — Un instant.
Yvonne. — Qui montait ?
i Francis. — Des officiers de mon régiment.
! Yvonne. — De votre...?
Francis. — Du régiment où j'ai fait mon volontariat.
Yvonne, convaincue. — Comme cela a dû vous intéresser!... Qui donc ?
\ Francis. — D'Ayguemortes, du Perré, de Chiffre-
ville, de Puymartin... Vous les connaissez?
Yvonne. — Tous !... Bons parcours?
- D'Ayguemortes a louché à la barre reville a pris un bain.
- Vous montez bien ï
- Comme il faut.
Un temps.
- Savez-vous les résultats '!
- De l'Hippique ? Non. Je n'ai pu res- , fin. J'étais convoqué au ministère.
- Ah ! . . . Pour service ?
- Pour prendre le thé.
-Vous étiez nombreux ?
- Le personnel... Plusieurs collègues des, comme moi de passage à Paris.
-Dites-moi des noms !
- Le fils de notre plénipotentiaire à ouraud.
- Qu'il me déplaît! Il a l'accent du iux eh boule de loto, une barbe de , des habillements et une tenue pie peut pas dire deux mots de suite sans nbes et prendre son pied dans sa main.
- J'ai le regret de vous dire qu'il rochainement un voyage où nous irons. Il séjournera quinze jours à
Il se réjouit de vous être présenté, lu fait, vous connaissez donc Gavio-
Mais oui... Vous aussi?
Francis. — Naturellement. Où l'avez-vous rencontré?
Yvonne. — Partout, jusque dans un monde de financiers où on ne m'a menée qu'une fois. Il valse merveilleusement.
Francis. — C'est un Parisien.
Yvonne. — Mais il n'est pas de la Carrière ?
Francis. — Non... On ne voit pourtant que lui au quai d'Orsay.
Yvonne. — Que fait-il ?
Francis. — Je ne m'en doute pas. Personne ne s'en doute. Il est au mieux avec le Ministre. On fait attendre le Nonce pour lui. Il est toujours le premier à savoir les nouvelles, et je ne connais personne qui ne soit en correspondance confidentielle avec lui.
Un temps.
Yvonne. — Vous avez lu le Figaro ce matin ?
Francis. — Est-ce qu'il y avait quelque nouvelle
importante de l'Etranger?
Yyonne. — Oh ! il y avait...
Francis. — ?
Yvonne. — Un écho sur nous.
Francis. — Ah ! je sais... J'avais chargé Gaviolini de le rédiger... Bien?
Yvonne. — Bien.
La Duchesse rentre. Geste de Francis et d'Yvonne. D'un geste, la douairière s'excuse de les déranger. Elle prend, dans le bonheur-du-jour, quelques papiers.
Francis, « Yvonne. — Vous permettez ?
fiosle. — La duchesse se relire.
Francis. — C'est justement une lettre de bas.
Yvonne. — Ah!...
Francis. — Oui, une... un de mes collègues.
l'Ambassade, m'écrit.
Yvonne. — Ah 1...
Francis. — Il m'adresse de cordiales félicitatic La marquise de Chameroy, l'Ambassadrice, réjouit, paraît-il, de vous posséder. Vous aurez grand succès. (Il s'anime un peu.) Je serai flei vous. (// lui prend la main. Silence.)
Yvonne, résolument. — Francis...
Francis. — ?
Yvonne. — Nous nous marions dans qui jours.
Francis. — Oui.
Yvonne. — Nous partons aussitôt pour un gr voyage à travers l'Europe.
Francis. — Oui.
Yvonne. — Et après cela nous allons nous ins 1er dans cette ville lointaine que je ne connais ] dans ce. pays où on ne parle pas français, d une maison qui ne sera pas la nôtre...
Francis, sévère. — Eh bien ?
¥ TTS
Yvonne. — Eh bien, si au lieu de cela nous reprenions tout bonnement le chemin de Paris ?
Francis, glacial. — Je ne comprends pas.
Yvonne. — Oui, si nous venions nous installer... n'importe où, même ici?
Francis. — Et ma carrière ?
Yvonne. — Oh! votre carrière...
Francis. — Sérieusement, Yvonne, je ne comprends pas... j'oserais même vous dire que je goûte médiocrement cette plaisanterie. Vous m'avez toujours dit que vous rêviez d'épouser un diplomate, comme les enfants rêvent d'être général ou cocher d'omnibus. Pouvez-vous m'expliquer comment vous conciliez ce désir, qui sera prochainement réalisé, avec votre envie intempestive de vous établir à Paris ?
Yvonne. — Oui, j'ai voulu épouser un diplomate. Mais puisque vous Tètes, cela me suffit, pourquoi le rester ?
Francis. — Je vous avoue que je comprends de moins en moins.
Yvonne. — C'est bien simple. Sur dix de mes amies, il y en a bien neuf qui ne veulent entendre parler que d'épouser des militaires. Mais c'est à condition, bien entendu, qu'ils démissionnent.
Francis. — Démissionner?
Yvonne. — Vous ne me feriez pas ce petit sacrifice ?
14 LA UAHRIÈRK
Francis. — Ce petit sacrifice !... Démis D'abord, vous me surprenez, Yvonne, naissez peu les usages du Départemen met en disponibilité quelquefois, nous sionnons jamais.
Yvonne. — Ah ! le mot m'est bien éj Francis. — Ceux qu'effraie le séjoui ger demaadent à faire un stage di reaux.
Yvonne. — Si je vous priais.. , Francis. — Les bureaux !... Yvonne Yvonne. — Eh bien?
Francis. — J'attribuais à votre désir d'épouser un diplomate de carrière, d'entrer vous-môme, si j'ose dire, dans la Carrière, j'attribuais, dîs-je, à et désir louable, de nobles motifs, auxquels je corn mence à craindre que vous n'ayez guère pensé. Yvonne. — (Geste.)
Francis. — L'essentiel, ma chère Yvonne, et j'i maginais que vous l'aviez compris, l'essentiel pou nous autres est justement de quitter Paris, d< quitter la France, où il n'y a plus de place pou nous. Les bureaux? Vous plaisantez. Qu'est-ce qu vous voulez que je sois dans un bureau ? Je ne di rai pas gratte-papier, on en gratte si peu... mai laissons cela, c'est l'air même de Paris et de 1 France qui ne peut plus nous convenir. Il n'y plus qu'à l'Étranger qu'on trouve une cour, — vou
LÀ CARRIER E lu
serez présentée, — des gens qui sachent dire Excellence ou Monsieur le Duc, — je suis honteux des miens, qui sont pourtant les mieux stylés que j'aie pu dénicher, — une aristocratie, une étiquette, des pairs : au lieu qu'ici, nous n'avons plus que des inférieurs insolents. Je vous crovais dans ces idéeslà, Yvonne, comme j'y suis moi-môme, et que pour vous comme pour moi, la diplomatie, c'était l'émigration.
Yvonne. — Ne me grondez pas, Francis. Je sens bien que vous avez raison. Je comprends tout de suite les choses, quand vous vous donnez la peine de me les expliquer. Mais vous ne me préparez pas* vous ne me familiarisez pas d'avance avec la société nouvelle où je vais entrer avec vous. Vous...
Francis. — Nouvelle?... Vous connaissez de nom ou de vue tous mes collègues de l'Ambassade. Vous connaissez l'Ambassadeur notamment, le marquis de Chameroy.
Yvonne. — Je l'ai souvent rencontré. Il a des façons exquises. Mais ce n'est que l'extérieur de sa personne que je connais. Je ne sais pas du tout quel homme il est.
Francis. — Il est l'homme qu'il paraît. 11 personnifie le tact, le boti goût. Son caractère se peint sur sa physionomie. C'est un homme souriant et réservé. Il fait la fête quelquefois.
Yvonne. — Mon Dieu !... Et l'Ambassadrice?
La marquise est u cc.cpl.ion du mot.
Mais encore ?
Que vous êtes exige l'analyser comme La 'il n'y a rien de plus i
une grande dame. C iisi qu'on la juge en me disait un jour ihrase comme elle po
Est-ce que vous a' :hiduc?
Je le vois au club, là •us nous trouvons ei s rencontrons fréqi e chemisier...
Parvet... Une grant ais qu'elle est «née fi
Raison de plus : elle 'eille,
Si vous étiez gentil, ! les autres person
ndescendant. — Le mime.) Le premier ux.) Chailly-Descoml
scandaleux... Allié à des députés radicaux. Aucune tradition... Pas de scrupules... Strugforlifer...
Yvonne. — Strug...
Francis, hautain. — Vous ne savez pas l'anglais?
Yvonne. — Mais si... Ah! c'est de l'anglais?... On doit lui faire grise mine à ce Chailly-Descombes ?
Francis. — On le ménage. L'Ambassadrice ellemême est forcée...
Yvonne. — Forcée?...
Francis. — Ma chère Yvonne, je devrai vous initier à certains dessous ; mais j'attends que notre mariage soit un fait accompli.
Yvonne. — Je ne vous demande aucun détail sur le deuxième secrétaire, M. le duc de Xaintrailles, ni sur sa femme...
Francis. — Chère Yvonne...
Velléités de tendresse. Silence, gêne.
Yvonne, dune voix légèrement altérée. — Le troisième?...
Francis. — Le troisième?... Ahl... Frécourt, sang bourgeois, sachant le monde pourtant et ce qu'il nous doit. Un esprit bizarre. Croiriez-vous qu'il s'est épris de la Carrière — je dirais presque pour lui : du Métier, parce qu'il se figure qu'un troisième secrétaire d'ambassade remue le monde et rend dqs services à son pays ! C'est un enthousiaste.
Yvonne. — Ah ! tant mieux. Il doi patbique.
Francis, familier. — Un peu rasant batailler pour des intérêts qui, en somm cernent pas, il nous met à tous propos i' diplomatiques sur les bras. L'Ambass; pour devise : « Toujours plier », se fû de ce F recourt depuis longtemps ; mai?
mode, il fait toute la grosse besogn laisse, cela l'amuse. Enfin nous avon clins, dont un autorisé, un aimable co vous fera la cour, Yvonne. Il est là e en Qirteur. L'autre a des visées lîttére riez-vous?
Yvonne. — Est-ce qu'il écrit dans Francis, supérieur. — Pas même journaux.
Yvonne. — Oh !...
Francis, avec le rire de Louis Xi j'oubliais. Mon catalogue présente um Yvonne. — Quelle?
Francis. — Le drogman.
Yvonne, innocemment. — Un drogr eunuque, n'est-ce pas?
Francis. — Non... Figurez-vous que homme, ancien consul, a épousé une e:
bètises-là vous cassent les reins. Pi d'avoir brisé son avenir, sa femme
encore. Au reste, on ne s'en plaint pas. L'attaché littéraire, Musigny, rAmbassadeuivmême, dit-on...
Yvonne. — L'Ambassadeur?
Francis. — Pardon, ce détail est de ceux que je vous dirai plus tard. Mais accoutumez-vous d'avance à Tidée que vous ne fréquenterez guère M me Charlet.
Yvonne. — Quelles seront mes amies ?
Francis, subitement grave. — Je serais heureux de vous voir liée avec mistress Huxley-Stone. C'est la femme du conseiller de l'ambassade anglaise.
11 s'assoit.
Yvonne, un peu ironique. — Est-ce que ce mot dit tout?
Francis, vexé. — En tout cas, ce mot dit beaucoup de choses. (Un temps.) Mistress Huxley-Stone est une femme accomplie, d'une tenue et d'une distinction qui ne laissent rien à désirer. On la consulte quand il y a des doutes sur les préséances. Elle disait un jour à l'Empereur...
Yvonne. — - Si moi, femme du second secrétaire, j'assistais à un diuer de cour, où tout le corps diplomatique serait invité, à côté de qui serais- je placée?
Francis, sans hésitation. — A la gauche de l'archiduc Paul, et à la droite...
Yvonne. — Est-il bien?
Francis. — Qui ?
20 LA (IAUR1KRK
Yvonsë. — L'archiduc.
Francis, froid. —Pardon... N crois, de mistress Huxley-Stone.
Yvonne, confuse. — Je vous d
Francis. — C'est une femme d'e et vous ne sauriez trouver de ineil la difficile épreuve de vos débuts. | il tire de sa poche la lettre qu'il a r<
Yvonne, étourdiment, — Ce n'i moins qui vous écrit?
Francis, digne. — Plalt-il?
Yvonne. — C'est qu'en partant cette lettre. (// remet l'enveloppe Elle est jeune?
Francis, négligemment. — Un p< ans.
Yvonne, avec une moue. — Oh !
Francis. — C'est un âge... parfi nable dans sa situation.
Yvonne. — Vous me trouvez p< jeune ?
Francis. — Je vous trouve cr vous ne sauriez manquer d'être ni mentée, et de bons conseils ne pas.
Yvonne. — Est-elle jolie?
Francis. — Elle a ce je ne sai:
glaises...
Yvonne. — Ah !... Est-ce que?...
Francis. — Est-ce que?...
Yvonne. — Est-ce qu'il y a sur elle de ces choses que vous me direz plus tard, quand nous serons mariés ?
Francis, net. — Absolument rien.
Le valet de pied ouvre la porte-fenêtre. La duchesse douairière entre.
La Duchesse. — Petite masque I Est-ce parce que ma pendule vous impose, que vous ne voyez pas qu'il est tantôt sept heures?...
Yvonne. — Oh î madame, nous causions bien sérieusement.
La Duchesse. — Oui, oui...
Une femme de chambre apporte à M 11 ' de Chaméane son collet.
La Duchesse. — Adieu, mon enfant. {Elle V embrasse.)
Yvonne. , — Adieu, madame... {Effusion soudaine.) Oh ! ma mère, je suis bien heureuse. Francis est une intelligence !
Le duc s'approche. Baisemains. Sortie d'Yvonne. Le duc s'assoit devant le bonheur-du-jour, prend une feuille de papier, une enveloppe.
La Duchesse, de loin. — Votre fiancée me plaît, mon fils.
Francis, distrait. — Charmante... {Sur tenveloppe il écrit, d'une grande écriture renversée : « MISTRESS HUXLEY-STONE... ») Un peu expansive.
LA Ci
ssb. — Avec — Je l'espère
bout de la plum