SAINT-THOMAS DAQUIN
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'Saint-Thomas d'Aquin.
A quelques jours delà, la porte principale de Sailli - Thomas d'Aquin était ouverte. Des voitures aux panneaux armoriés occupaient la petite place solitaire, ainsi que les deux rues adja-
30â LA CARTE JADNE.
centes qui cooduisent à l'église. Des valets, parés de gants blancs, se pavanaient sous de pompeuses livrées. Une foule assez considérable d'oisifs se pressait sur les degrés du perron , et tournait à l'intérieur autour de la nef remplie en entier par une élégante assemblée. Des femmes, de velours et de soie simplement parées, se perdaient dans un nuage de rubans , de croix et de décorations qu'on voyait briller à la boutonnière de la plupart des hommes, A l'autel, les flammes immobiles des chandeliers d'argent s'exhalaient blanches et mates. Des colonnes d'opale que formaient les oscillations de l'encensoir, s'élevaient en dessinant des volutes et des spirales; l'orgue aux voix aériennes poussait par instant ses mélodieux soupirs, et élevait l'âme recueillie de l'au-
ditoire de l'harmonie de la terre à l'harmoDie du ciel, en la faisant passer par les degrés de la prière.
Les regards curieux du public dard aient vers le devant du chœur, où se trouvaient symétriquement placés deux fauteuils à franges et crépines d'or.
G 'était une messe de mariage.
Marie, enveloppée dans les longs plis de son voile , et pieusement agenouillée sur un coussin de satin blanc , est là qui prie. A côté d'elle est le marquis de Greteil , dont la tête noble, mais blanchie par l'âge, contraste avec les tresses soyeuses de sa jeune chevelure.
Le prêtre, dans sa chasuble d'argent et d'or , debout devant eux , s'est avancé grave et solennel. Il prononce la mainte et patriarcale formule : i)eM5 Aùra^
hatn, Deus Isaac et Deus Jacob voblscum sit.
Madame de Boncourt, en éclatante et folle parure, se tenait à quelques pas de sa nièce. Elle est heureuse de toute cette pompe, heureuse des promesses que cette journée renferme. Son contentement est écrit dans sa robe , dans son maintien, dans son langage, dans le nombre et la volubilité de ses paroles.
Louise est là aussi qui pleure et qui
prie alternativement; sa contenance est inquiète ; ses regards ont quitté son livre d'heures, et ils ont été se fixer sous les ogives de la galerie latérale; car là bas, adossé à une colonne, elle a distingué Gaston, et à côté de lui d'IIjbouville.
Une subite appréhension l'a saisie à cette vue. Elle a peur pour Marie.
— Mon Dieu, se demanda-t-elle, que vient-il donc faire ici ?
Au même instant le prêtre laissait entendre ces paroles de l'Evangile selon saint Matthieu :
« En ce temps-là, les Pharisiens s'approchèrent de Jésus pour le tenter, et ils lui dirent: Est-il permis à un homme de quitter sa femme pour quelque cause que ce soit ? »
Et Gaston, immobile et pâle, qui venait, inattendu, de se montrer à elle, lui parut être le Pharisien lui-même mesurant la puissance de Dieu , et la mettant en doute.
Tout son corps frissonna sous cette impression.
Pourtant ce n'était pas le souffle aride de l'impiété qui avait conduit Gaston dans le sanctuaire du temple. Il
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y était venu poussé par l'impérieux et indéfinissable besoin de pressentir sa destinée, de calculer les chances favorables qu'elle lui gardait; il avait voulu deviner cela en présence des scènes qui allaient s'accomplir. 11 espérait lire sur lacouteiiânce de Marie, sur l'expression de son visage, quelle part sa volonté prenait à son holocauste; il voulait interprêter les plus légers incidents et y chercher soit l'abîme où devait s'anéantir sa vie future , ou la nue d'or sur laquelle devaient s'élever ses espérances.
Cependant Timagination toute remplie de la grande idée de Dieu, Gaston avec son enthousiasme religieux s'exhalta peu à peu par les sons animés de l'orgue, les parfums du benjoin embrasé par la poétique pompe du culte catholique, et prosterné devant la grande
image de romnipoteuce divine, il envoya sa prière jusqu'à elle : Dieu boii! s'écria-t-il , accot'dez-knoi Marie ou faites que je ne l'aime plus.
Et il crut l'avenir à lui , le naïf jeune homme, car à peine sa courte invocation était-elle achevée que d'Hybouvillemurmura à ses oreilles ces paroles qui retentirent comme un sifflement du démon.
— Absurde cérémonie que tout cela, serment dérisoire et plus absurde encore ! 11 dispose et aliène un avenir qui n'appartient à personne , la bouche le prononce, et à peine est-il articulé que la fragilité du cœur le dément. Qu'adviendra-t-il de celui-ci dans six mois?
un son qui se sera dissipé dans l'air de cette église.
Gaston avec avidité mordit à ces paroles. Mais presque en même temps la
voix puissante du prêtre achevait l'évangile commencé et prononçait ces paroles :
a Et ils seront deux dans une même chair. Que l'homme donc ne sépare pas ce que Dieu a uni. »
Gaston en les entendant fut étourdi.
Elles avaient soufflé sur lui. 11 souriait à d'Hybouville, et sa lèvre se crispa sous cet aigre souffle.
L'église peu à peu s'était entièrement remplie de monde. Le prêtre allait donner la bénédiction, et une marée de têtes montait vers l'autel afin de mieux voir l'épisode palpitante et les principaux personnages de ce frais poème d'une heure. D'Hybouville et Gaston, emportés tous deux par le courant, se trouvèrent, à leur insu, conduits à la hauteur du prie- dieu sur lequel était appuyée Marie plus blanche qu'un caméliar
Les époux étaient agenouillés; le prêtre s'étant approché de nouveau commençait l'oraison finale :
« O Dieu qui par votre puissance avez créé de rien tout l'univers; qui, dès le commencement du monde, après avoir fait l'homme à votre image, lui avez donné pour être son aide inséparable, la femme que vous avez formée de luimême, afin de nous apprendre qu'il n'est jamais permis de séparer ce qui n'a été qu'unemême chose dans l'institutionque vous en avez fait. 0 Dieu qui avez consacré le mariage par un mystère si excellent que l'alliance nuptiale est la figure de l'union sacrée de Jésus-Christ et de son Eglise »
Et la voix du prêtre continua grave et sonore dans le silence qu'observait l'auditoire recueilli.
?|0, l^ GART? JAUNE-
Qiiarîïl il vint à prononcer ce passage :
* Faites qii'étant uniquement attachée à son mari, elle ne souille le lit nuptial paV ^ucun commerce illégitime ; que ]^9m' soutenir sa faiblesse , ellp s'arme 4e l'exactitude d'une vie réglée , qu'elle ait une pudeur qui n'inspire (jue du respect pour elle. »
Il j eut une grande rumeur parmi l'assemblée. Le monde s'amoncelait à }^ df:oite de l'autel. — De l'air! — de C^Jl*!—- criait-on; puis on vit la foule s'entr'ouvfir pour laisser passer uyi jeune bomiïie qui venait de se trouver mal.
Peu d'instants après, les portes de l'église qui avait été refermées, tournèrent de nouveau sur leurs gonds.
L'pffjce était achevé.
La foule avait cessé de s'occuper di; jeune homme et elle sp ruait confusér
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ment au devant de la mariée. Le visage de Marie était abattu, le contour de ses yeux rouge; elle avait pleuré, et cependant malgré ces signes douloureux, les gens qui se pressaient sur son passage et qui jetaient par-dessus l'épaule des uns des autres un coup d'œil de curiosité , l'accueillirent par un murmure d'admiration. Ils l'accompagnèrent ainsi pendant qu'elle se dirigeait vers sa voiture.
Le valet ferma la portière et donna l'ordre au cocher. Il fouette , on part ; d'autres équipages prirent la même direction , et un moment après les abords de l'église étaient déserts comme à l'ordinaire, la place était vide, tout avait disparu.