La carte jaune
Six ans après, un homme cheminait seul, le havresac au dos , sur la grande route d'Arles à Tarascon. Le soleil si vanté du midi ne brillait pas, tant s'en fallait. Lemarino, ce vent lourd et chaud
de la Méditerranée , soufflait avec violence et voiturait des nuages noirs qui passaient au ciel rapides comme des cavaliers déniant au galop. Il avait beaucoup plu, et les chemins avec leurs crevasses et leurs flaques d'eau ressemblaient plutôt à des fondrières qu'à des voies praticables pour des voyageurs.
Cet homme portait un bâton noueux à la main, dont il se servait de temps à autre pour faire le moulinet, abattre une branche ou la tête d'une herbe qui venait s'offrir sur son passage; mais cette action était toute machinale; il en avait à peine la conscience.
Presque sous ses yeux passait le Rhône, dont les eaux irritées par l'impétuosité du vent, clapotaient, et balançaient les saules et les fertiles vigères des berges. Dans cette extrémité reculée de
la France, dont le calme est si rarement violé parle voyageur qui ne connaît que la routine des itinéraires et des chemins directs, le lit du fleuve s'élargit, et comme un vaste lac , il pénètre au cœur des plaines de la Provence, terre de rêves et de méditations, sillonnée de canaux, de ruines antiques, de ravins, de coteaux et de marais. Dans l'isolement de ce recoin solitaire surnommé l'Elisée du Rhône , l'âme du voyageur semblait s'ouvrir aux charmes de la nature. Il ne paraissait échapper à la profonde absorption de ses pensées que pour donner parfois un regard contemplateur aux paysages qui se déroulaient devant lui à mesure qu'il avançait sur la route.
Et comme il était à pied , son pantalon sali par la boue , ce qui ne disait
pas l'opulence, avec un habit morne qui eût convenablement habillé un pauvre artiste en voyage , il éveilla l'attention d'une brigade de gendarmerie qui vaguait sur le chemin.
Elle marcha droit à sa rencontre , et fit halte lorsqu'elle fut à portée de lui adresser la parole. Les gendarmes arrêtent toujours les voyageurs à pied.
Quant aux voyageurs en voiture , leur moralité peut être de tout degré , cela ne regarde pas la gendarmerie.
A l'injonction imprévue qu'il reçut d'exhiber ses papiers , son visage changea de couleur. Puis cherchant à se remettre de son émotion, il sourit légèrement ; mais ce sourire était triste comme le ressentiment d'une peine. Après avoir cherché lentement parmi les papiers que renfermait son
tA CARTE JAUNE. 1i
portefeuille, il en tira un qu'il présenta au brigadier. Celui-ci lut, et comme un homme étonné, s'arrêta avant d'avoir achevé sa lecture pour jeter un regard sur le voyageur. Il l'examina, mais avec un de ces regards doux et furtifs qui craignent d'éveiller les susceptibilités \ \Ju malheur. Puis il acheva de parcourir 3&tte bizarre et insolite feuille déroute, 41 rendit et partit.
K\ r". làl Lui aussi voulut se remettre en mar~
\<f.- ,/Yche; mais il sentit ses genoux flageoller sous lui, tant il avait été secoué et bouleversé par cette rencontre. 11 s'assit sur les saillies anguleuses d'une grosse pierre et laissa tomber sa tête entre ses mains, les coudes sur ses genoux, dans l'attitude d'une désolante affliction. Le brigadier qui s'était éloigné , cédant à un sentiment d'intérêt ou de curiosité,
avait retourné la tête et le voyant ainsi :
— Pauvre jeune homme, avait-il dit aux cavaliers qui l'entouraient.
— C'est tout de même bien malheureux, brigadier!
Le voyageur resta quelques instants comme inanimé dans l'attitude où il était tombé et en proie à des pensées convulsives. Peut - être que pendant cette apparente suspension de la vie physique en lui, se posa-t-il une horrible et suprême alternative : — Vivre ou mourir!
Il n'eût point hésité devant l'accomplissement d'un suicide, si dans son âme flétrie et dévastée par le malheur toutes les passions avaient été éteintes; mais il n'en était pas ainsi. Cette âme ne connaissait ni le calme ni l'engourdis-
sèment, et s'il choisit la vie plutôt que la mort, c'est qu'au moment de son option il avait sans doute senti palpiter les chairs saignantes de son cœur sous l'impression de quelque irrésistible et puissante image.
Cet homme qui cheminait de la sorte était Gaston de Savi°nv.
Ceux de ses amis des salons de Paris, que lebasard aurait amenés à sa rencontre , eussent passé sans appuyer sur lui un regard pour le reconnaître. C'était pourtant bien les mêmes traits et leur même agencement anatomique, mais plus fortement exprimés. Les fugitives nuances de la grâce et de la finesse avaient été remplacées par une virilité plus caractérisée; une musculature sèche et articulée avait succédé à ses formes sveltes et découplées. En un mot, sa vue
éveillait toujours une impression de beauté, mais plus mâle et plus énergique. A peine si les jeux de la lumière et de l'ombre se saisissaient-ils sur le teint chaud et bronzé de sa peau ; mais une autre chose concourait à modifier l'aspect de cette physionomie sur laquelle six années de douleur se sont appesanties. Ses cheveux naguères longs et soyeux avaient disparu, ils étaient ras et tondus. Sa barbe, autrefois invisible, se nouait épaisse et noire sous son menton, et encadrait l'ovale de son visage qui contrastait avec son chapeau maltais de joncs blancs , bordé d'un ruban noir.
Au premier abord, la puissance voyageuse de la mémoire cherchant à se souvenir en présence de tous ces changements, eût vainement fureté les voies
du passé, rien ne s'y serait trouvé, elles étaient vides. Les yeux seuls n'eussent pas suffi pour reconnaître Gaston ; il aurait fallu l'instinct tout entier du cœur.
Il s'était levé et il avait repris sa route interrompue.
Le mouvement de sa marche s'est ralenti; son bâton traîne; son visage, tout à l'heure si agité, a repris une expression calme. Il longe quelques huttes à la façade lézardée , solitaires habitations de pêcheurs et de moissonneurs de la Camargue, bâties sur le chemin qu'il parcourt. Les chiens , qui avaient aboyé
à son approche, n'attendent pas qu'il ait dépassé la porte pour s'en revenir , déjà las d'avoir aboyé. Les femmes et les vieillards désœuvrés qui causent , interrompent leurs colloques habituels , en le voyant passer, pour lui envoyer un affectueux bonjour. Il rend salut pour salut, politesse pour politesse, mais il ne se sent pénétré d'aucune douce joie à ce témoignage de commune hospitalité. Il n'y voit qu'une formule banale jetée par l'habitude à l'adresse d'un inconnu. Il aime mieuxl'instinctive sympathie de ces chiens qui ne se trompent pas. C'est que, dans le cours de cette dernière période de sa vie, Gaston avait appris à mépriser l'opinion et le jugement des hommes. Après tout , que lui faisait le sourire de ces gens? Il n'était qu'un fait conditionnel. 11 aurait suffi
d'un mot, d'une révélation pour le réprimer aussitôt et le faire disparaître de leurs lèvres.
Où Sra-t-il ainsi ? — Derrière lui est un mystère, devant lui une énigme.
Son voyage , comme son avenir, ressemblent à ces lignes géométriques dont #ine extrémité est tangible , tandis que l'autre se perd dans l'infini. 11 va à Paris. Mais après? Il l'ignore lui-même.
Au delà de ce point où pourtant il ne doit être qu'un instant, il ne distingue rien que d'épaisses ténèbres.
Solitaire et résigné, il s'avançait dans la direction de Tarascon, dont il apercevait distinctement les clochers immobiles et dentelés. Avant la fin du jour il traversait le pont suspendu qui lie au Languedoc cette limite de la Provence. Dans ce moment le soleil dardait un faisceau de
ses rayons à travers une large décousure de nuages gris-ardoise cIuijC°uvr aient le ciel. Ces rayons lumineux venaient éclairer les lignes anfractueuses de l'ancien château de Beaucaire, qui lui apparaissaient en face , siir le sommet d'un roc élevé, semblables à ^* des fortifications en ruine. 0
Les spectacles de la nature étaient les seuls depuis long-temps que son âme pût comprendre et identifier avec elle.
La nature recelait des beautés pour lui qui échappaient à la compréhension des autres. Elle exhalait des harmonies qu'il percevait, et que d'autresn'entendaient pas. Dans ses ouragans, il y avait des voix, dans ses paysages des accidents et toute une série d'impressions à lui, impuissantes sur d'autres. Pendant la période de six années qui venaient des'ac-
complir, être foudroyé et seul, la vue de L^fier, celle des grèves battues par la lame, le soleil couchant dans un lointain horizon, avaient été pour lui une source inépuisable de consolations. Elles ne lui avaient du moins iamais failli, *> celles-là; il les avait trouvées à son ap- 0 pel toutes les fois qu'il les avait voulues. Aussi peu à peu son esprit s'était accoutumé à se replier sur cette bonne et bienfaisante nature, dès qu'il éprouvait le besoin de tromper ses douleurs ou de rompre le jet de ses amères méditations. Il s'arrêta donc soudainement devant le site qui s'offrait à lui; il s'adossa contre la pile principale du pont, d'où se croisent, en guirlandes de fer, vers les deux rives, les mains qui le suspendent au dessus du fleuve. Là, il laissa ses regards étreindre le vaste horizon qui
se déroulait et qu'encadraient les montagnes capricieusement découpées du Barbantane, de Lubein et des Alpines.
Quand on vient de parcourir la rugueuse Provence , on éprouve un indescriptible charme à regarder le sol du Gomtat, si fécond en paysages. Ce n'est plus cet aspect dont l'aridité fatigue la vue. Plus de garrigues, plus de ces bois ras et tondus. Le visage du pays change et s'embellit. Les arbres sont plus hauts; les haies vertes, vives et compactes, l'herbe est plus savoureuse.
Aux yeux de Gaston le mérite du site qu'il contemplait était de lui rappeler les paysages du Nord, si vaporeux, si chastes , si couverts , et qu'il n'avait point aperçus depuis un si long temps.
Ces longs peupliers dont le panache se courbait au vent, les ormes élevés et
touffus du champ de foire de Beaucaire, dont les racines se désaltèrent incessamment dans les eaux du Rhône, cet archipel d'îles couvertes d'aubes au retroussis d'argent, ces prairies vertes avec leurs troupeaux disséminés. Il n'avait rien vu de semblable depuis un siècle. Il croyait rêver, car tout cela évoquait les souvenirs et les premières sensations de sa vie, les joies naïves et pures de son enfance. C'était exactement qu'ainsi étaient verts les gras pâturages au milieu desquels montent au ciel les flèches de l'abbaye de Jumiéges ; ils étaient gravés de la sorte dans les replis de sa mémoire. C'était sur ces bords enchantés qu'il était entré dans le monde. Sa poitrine se soulevait oppressée à ce souvenir; car les lieux et les noms qui ont accueilli nos premiers pas dans la vie
éveillent toujours en nous des émotions mélancoliques. Le malheureux ou le banni pleure au souvenir du sol natal; mais pour Gaston, pas une larme ne mouillait ses paupières; six années en avaient desséché la source.
Il demeura cloué dans cette contemplation, et il fallut une cause toute physique pour l'en arracher. L'humidité de l'atmosphère l'avait pénétré , lui si fort et si aguerri contre l'inclémence et les rigueurs des saisons. Le frisson abrupte qu'il éprouvait l'enleva vio lemment aux caressantes images de son rêve , et le rejeta dans la réalité de son existence.
Il passa le pont, et entra dans Beaucaire. Là il se mit à vaguer dans les rues étroites, tortueuses et sales, cherchant un gîte obscur. Quelques heures seulement à couvert , c'était tout ce qu'il voulait.
A Beaucaire , pendant l'époque de la foire, chaque maison devient une hôtellerie où s'entassent pêle-mêle les étrangers. Le reste de l'année, le voyageur qui veut s'abriter ne sait à qui s'adresser.
Le silence succède à la vie bruyante.
Cet entrepôt où, pendant six semaines, viennent se montrer les produits les plus variés de l'industrie manufacturière, ce riche et vaste bazar où toutes les rues, banderolées d'enseignes bleues, jaunes et rouges, présentent un coup d'œil de théâtre, et dégorgent de toutes parts des flots de peuple affairé ; il dort tout le reste de l'année : si ce n'était le mouvement de son canal , sur lequel naviguent quelques barques isolées , on serait, pendant six mois de l'année, tenté de croire que Beaucaire , comme Arles, sa voisine, ou Tarascon, sa sœur, est une ville abandonnée.
Sur les quais qui longent le Rhône, est une petite porte bâtarde, au dessus de laquelle on lit une enseigne : — «Hôtel du Grand Jardin. »
Après de longues et infructueuses
recherches, Gaston découvrit enfin cette porte. Il la poussa et se trouva dans une vaste cour. L'aspect de cette cour reproduisait un de ces tableaux de genre, si fréquents dans les hôtelleries du Midi. D'un côté étaient bâties des granges avec leurs greniers ouverts et chargés de foin, de paille , de pois secs et de mais. A gauche, des magasins avec des tonneaux de vin gerbes sur plusieurs rangs, quelques sacs de café Bourbon , dans leur enveloppe de jonc , des boucauds de poisson salé. Au milieu, des poules coquetaient sur des tas de fumier, une quinzaine de dindons, graves comme un chapitre de chanoines, étaient réunis sous de grosses charrettes. Un platane séculaire, au tronc gigantesque, étalait son branchage au fond de cette cour, dont il était le seul hôte sylvatique. Il
est planté tout près de la porte d'entrée de la maison principale , et il couvre de sa voûte épaisse un égouttoir entouré d'une claire- voie où , pour l'ordinaire , se lave la vaisselle. De la cour on voit les fourneaux de la cuisine , et il est facile à Gaston de distinguer les visages et d'assister aux scènes de cet intérieur.
11 crut remarquer que la pièce n'était occupée que par ses hôtes habituels, les gens de la maison , et il se décida , après une courte hésitation, à entrer.
Au moment où il avait levé le loquet de la porte, les voix qui bourdonnaient se turent en même temps, et les regards de tout le monde se dirigèrent vers lui.
Sa contenance fut calme et assurée; il s'approcha d'une grande et belle femme, au visage et au costume arle-
sien, qui paraissait être la maîtresse du logis. Il lui demanda si elle ne pouvait pas lui faire servir à dîner , et il ajouta aussitôt après, dans le but d'éviter tout interrogatoire indiscret : — Je viens d'Orgon et je vais à Montfrin, dans le voisinage , chez un de mes amis.
Il y avait dans le son et dans les manières de se présenter de Gaston , ce cachet indélébile de l'homme de distinction , qui a fait dire que certaines personnes semblaient venir au monde avec un habit brodé.
Les gens du peuple reconnaissent au premier coup d'œil cette supériorité native, et c'est de toutes les aristocraties celle dont ils subissent le plus facilement la domination.
— Nous ne demandons pas mieux , répondit madame Bonnafous , don-
liez-vous la peine de vous remettre.
On raviva aussitôt le feu del'âtre en y jetant quelques sarments dont la flamme rapide et serviable le salua d'un pétillement hospitalier.
Plusieurs personnes s'étaient rangées autour de la vaste cheminée , et c'était à quisempresserait dans l'assemblée de témoigner des égards au voyageur.
— Monsieur est Parisien à coup sûr ?
demanda une femme en s'adressant directement à Gaston. Celle qui posa cette question était une parente de la maîtresse de la maison, brune, vive et accorte comme une vraie Languedocienne.
— Pas tout-à-fait , répondit-il gracieusement, mais j'ai long-temps habité Paris.
— Ça se voit tout de suite aux manières, s'écria la bonne réjouie qui allait
et venait tout en faisant sa besogne. Un moment après, cette même femme s'approcha de Gaston en souriant -9 et lui dit d'un ton mystérieux :
— J'aurais une bien drôle de question à vous adresser, monsieur. Nous venons de faire un pari qui vous concerne.
Gaston la questionna d'un regard où se mêlait une légère anxiété.
— De quoi s'agit-il?
— N'est-ce pas que vous êtes du bon parti? demanda-t-elle brusquement,
* — Excusez-la, monsieur, dit madame tfonnafous en s'avancant vers Gaston , elle perd la tête avec sa politique.
Et madame Bonnafous, en parlant ainsi, souriait elle-même.
— Moi je suis bien sûre que le monsieur est carraliste > continua Antoi-
nette, je l'ai parié. Il est trop gentil pour que ça ne soit pas.
Gaston s'était remis de son émotion.
11 ne put s'empêcher de sourire à son tour de la curiosité de ces gens qui avaient tenu une gageure dont il était l'enjeu, et qui attendaient la solution avec une égale perplexité.
Cette importance donnée à l'opinion politique d'un étranger était fort caractéristique des mœurs et des passions méridionales. Mais lui malheureux arbuste déraciné et enlevé du monde, en quoi pouvait-il encore partager les opinions qui divisent ce monde? Une opinion politique n'est pas autre chose qu'un intérêt, et lui n'en avait plus depuis long-temps. La foudre qui l'avait renversé avait rompu tous ses liens. 11 fut tenté d'abord de répondre ainsi :
3â LA CARTE JAUNE.
— Je voudrais bien vous complaire et je ne le puis , car je n'ai aucune opinion, je n'appartiens à aucun parti; ces choses - là ne nie touchent en rien ; — mais je ne sais quel retour inattendu au culte de ses primitives idées prévalut et lui arracha ces mots : — Je suis noble et ancien garde-du- corps du roi , concluez-vous même.
Mais à peine eut-il parlé qu'il s'en voulut à lui-même d'une révélation politique pour le moins inutile et qui pouvait bien éveiller sur lui une attention dont il n'était guère jaloux.
A peine avait-il dit, que la joyeuse servante , enchanté de sa victoire, se prit à rire de toutes ses forces.
Elle était fière d'une recrue comme celle de Gaston, et elle venait d'augmenter ses économies d'une pièce de vingt
sous. C'était une excellente aubaine.
Dès ce moment, elle prit Gaston ouvertement sous sa protection. Elle dressa son couvert dans une petite salle contiguë à la cuisine, lui donna une nappe plus propre, et quand le dîner fut prêt, elle le lui servit elle-même. Elle avait eu le soin de remplir une brasière de cendre et de charbon, et l'avait placée sous la table, comme c'est l'usage dans le Midi.
On n'était cependant encore qu'en octobre , mais vers la fin du mois, et à cette époque de l'année sur les bords du Rhône , il règne souvent des brouillards fort épais qui font éprouver de subites variations à la température. Il n'est pas rare qu'à Nîmes le temps soit sec et chaud , tandis qu'à Beaucaire on souffre de l'humidité et du froid.
Gaston éprouva un sentiment de bien-
être dont il était comme désaccoutumé, quand il se vit assis à cette table et qu'il ressentit la salutaire influence de sa brasière qui tiédissait ses pieds et la température de la salle.
Tandis qu'il prenait son repas, il se sentait les membres progressivement envahis par ce voluptueux engourdissement qui précède le sommeil, et il n'avait pas encore achevé de manger, que sa tête appesantie était tombée sur la table. 11 s'endormit d'un sommeil profond.