COLORIAGE DES EPREUVES
1) Préparation du papier.
Il existe un assez grand nombre de méthodes permettant de transformer les photographies monochromes en peintures agréables. Les papiers au gélatino-bromure et ceux au platine notamment fournissent des épreuves qui se prêtent admirablement, sans préparation aucune, aux différents genres de peinture.
Pour les autres papiers et notamment ceux à surface très brillante, il suffira de les enduire de Tune des solutions suivantes :
Pour la peinture à Ihuile :
Solution chaude de gélatine blanche (à 3 ^o)- Étendre à Laide dun blaireau très fin. Laisser sécher à Labri de la poussière.
Pour Laquarelle, vaporiser le papier à Taide de la solution suivante :
Gomme laque blanche. ... 60 gr. Alcool 120 gr.
agiter pour faire la dissolution, laisser reposer 24 heures et ajouter encore 120 ce. d'alcool. Pour le pastel, vaporiser avec la solution précédente et poudrer le papier encore humide de pierre ponce très
finement pulvérisée, en alternant : poudre et liquide jusqu'à ce que le pastel morde bien sur la surface sèche.
2) Coloriage.
a) Aquarelle.
Pour peindre une photographie à l'aquarelle, prendre de préféience une épreuve claire, pas trop foncée. Une teinte grise, de couleur noire dans les ombres est meilleure qu\m ton brun chocolat. Il est indispensable, surtout pour les débutants, de choisir une photographie bien imprimée, et, autant que possible, sans défaut. Lorsque Tamateur aura acquis la dextérité et l'habileté nécessaires, il pourra s'attaquer aux épreuves moins bien venues au tirage ou au virage, ce qui lui permettra d'utiliser des images qu'il eut dû jeter sans cela. D'après M. Klary, une photographie doit, pour être peinte suivant les règles de l'art, être traitée comme une miniature, de façon à enlever le plus possible tout aspect ou apparence photographique. Dans une photographie peinte, la couleur est" une condition de ressemblance. Il est donc nécessaire, autant que possible, de copier les couleurs d'après nature.
Le portrait étant plus difficile que le paysage, on ne l'abordera que lorsqu'on se sentira suffisamment maître de son pinceau.
Les couleurs à l'aquarelle sont vendues sous trois formes différentes: en pains, en masses humides ou en tubes. Toutes conviennent pourvu qu'elles soient de bonne qualité.
Employer des pinceaux en martre-zibeline, d'une grosseur moyenne. Xe pas les prendre trop petits.
La plupart des coloristes emploient la gomme ara-
bique qui fait ressortir les couleurs avec lesquelles elle est mêlée. Choisir de la gomme très blanche, de première qualité. On en prend un peu que Ton fait fondre dans de Teau pure. Cette solution doit être un peu épaisse. On y ajoute une cuillerée à café d'alcool et un peu de sucre. Xe pas préparer d'avance une trop grande quantité de cette solution de gomme. Il vaut mieux l'employer fraîche. On trouve également chez les marchands de couleurs du fiel de bœuf épuré et préparé. Cette liqueur est excellente pour la peinture des photographies, notamment pour celles sur albumine et papier brillant.
Enfin, on emploiera avec succès les couleurs à l'albumine. Elles donnent d'excellents résultats, surtout pour les débutants et ceux qui nont que des notions rudimentaires de peinture. On les étend en teintes plates sur l'épreuve ordinaire et on laisse sécher. L'effet, sans être aussi artistique qu'avec l'aquarelle est cependant très satisfaisant ; à noter que l'on a avantage à ne pas vouloir opérer trop rapidement. Il vaut mieux commencer par une teinte très pâle que l'on applique deux ou trois fois, plutôt que de produire, en une seule application, l'intensité suffisante. N'employer que des couleurs transparentes. Les photographies coloriées à bon marché du commerce sont obtenues par cette méthode. Elles ont du succès parce quelles sont claires, agréables et brillantes.
Le matériel nécessaire est fort peu coûteux. On trouve, en effet, chez les marchands de fournitures photographiques des boîtes de couleurs à l'albumine ou des couleurs séparées ^0,75 c. à 3 fr. 50). (Couleurs photographiques Arc-en-ciel, par exemple permettant, à l'aide de teintes plates, de donner une apparence agréable aux photographies.)
b) Peinture à l'huile.
On admet généralement — la chanson en fait foi — que la peinture à Thuile a plus de valeur que l'aquarelle. C'est peut-être excessif, le mérite d'une œuvre peinte ne résidant point dans la qualité des matières employées pour la produire, mais dans lliabileté et le talent déployés, quels que soient les moyens d'exécution.
On ne saurait nier d'ailleurs, et ici la chanson a pleinement raison que l'emploi des couleurs à l'huile ne nécessite un apprentissage assez laborieux. Tandis que la photo-aquarelle à l'aide de couleurs moites transparentes ou de couleurs à l'albumine est d'une très grande simplicité, n'exigeant, en somme, aucune connaissance spéciale, mais seulement un peu de goût pour la composition juste des teintes et un peu de soin dans leur application, il en va tout autrement avec la photo-peinture. Notons que l'on peut combiner les deux méthodes, ce qui simplifie la besogne, malgré la complication apparente. Il existe des boîtes spéciales renfermant des couleurs à l'huile et des couleurs transparentes. Les premières servent à donner du relief, tandis que les secondes sont employées dans les parties difficiles afin de laisser ressortir tous les détails photographiques. Cette méthode mixte offre moins de difficultés que le procédé ordinaire reposant sur l'emploi exclusif des couleurs à l'huile. Si l'on est quelque peu au courant de l'art de peindre, on ne rencontrera pas de difficultés sérieuses.
En général, on applique la peinture à l'huile aux photographies de grandes dimensions, mais on peut fort bien s'en servir pour les petits formats. On exé-
cutera alors le travail avec plus de soin, puisque limage sera destinée à être vue de près.
Le matériel à employer est le même que pour la peinture ordinaire à Thuile. Un mélange par parties égales d'un bain siccatif, de térébenthine et de vernis copal sera excellent pour mélanger les couleurs. Ce mélange sèche bien et il donne un bon lustre aux couleurs.
Deux méthodes distinctes peuvent être employées.
Dans la première, on produit un coloris léger où les couleurs sont étendues largement délayées avec du médium.
Dans la seconde, on exécute une véritable peinture à Ihuile par empâtements et épaisseur de couleur.
Nous ne dirons que quelques mots du premier procédé, le seul qui soit à la portée des amateurs peu entraînés pour la peinture à Thuile.
D'après M. Klary (Peinture des épreuves phot.) on procède comme dans le coloris avec les couleurs à Teau. Soit, par exemple, le cas d'un portrait sur carte postale ou papier de petites dimensions :
Prendre un mélange de terre de Sienne naturelle, de vermillon et de carmin. En variant les proportions, on produit la teinte de chair désirée. Passer cette teinte sur toute la figure, sur les mains... Étendre sur les joues très peu de cette couleur mélangée avec un peu moins de médium. Employer de la terre de Sienne naturelle et du blanc avec une légère touche de rouge de Venise, pour les hautes lumières du front et du nez. Passer une teinte plate sur les cheveux, formée de noir, doutremer et de rouge de Venise, mélangés de telle façon que l'ensemble donne une teinte bleuâtre neutre. Faire ensuite les
demi-teintes avec la couleur correspondant à celle des cheveux : pour les cheveux noirs, du noir; de la sépia pour les cheveux bruns foncés ; brun Van Dyck et rouge de Venise, pour les cheveux châtains; ocre de ru et terre d'ombre brûlée pour les cheveux blonds, et ainsi de suite, en réchauffant les ombres profondes avec un peu de brun et d'orange.
Le fond sera traité de la même manière, avec des couleurs transparentes, si cela est possible : une teinte transparente de terre de Sienne naturelle, par exemple, sera placée sur toute la surface, en réchauffant les ombres de fond avec de la terre de Sienne brûlée. Un bon mélange également pour une couleur de fond est obtenu avec de la terre d'ombre naturelle, du noir d'ivoire et du blanc en proportions convenables pour former une teinte verdâtre pas trop verte cependant ; ajouter un peu de médium à cette teinte.
Ces brèves indications pourront certainement être utiles à l'amateur, mais quelques leçons données par un artiste expérimenté et un travail assidu feront certainement beaucoup plus que la lecture des traités les mieux écrits. Aussi ne saurions-nous trop engager les débutants à avoir recours aux enseignements d'un spécialiste : les professeurs de peinture sont. Dieu merci, assez nombreux.
Signalons, en terminant, quelques méthodes assez intéressantes et qui permettent d'obtenir, sans talent bien accusé, des effets fort agréables. L'une repose, ainsi qu'on l'a dit, sur l'emploi simultané des couleurs à l'huile et à l'aquarelle. On commence à colorier d'abord la photographie à l'aquarelle, puis on encolle deux fois l'épreuve en la faisant flotter sur une solution de gélatine un peu chaude. Lorsque cet
encollage est parfaitement sec, on étend sur toute la surface une couche de médium et Ton continue à peindre^ en se servant, cette fois, de couleurs à riîuile transparentes ou opaques.
Un autre procédé^ des plus simples, repose sur l'emploi dun vernis rendant l'épreuve transparente (chromo-photographie). Quand la couche de vernis est sèche, on procède au coloris en travaillant par derrière, par transparence. Cette méthode, qui rappelle la photominiature, donne des résultats assez agréables.
Comme on lé voit, les ressources dont dispose l'amateur photographe doublé d'un artiste peintre sont fort étendues. Quand est venue la mauvaise saison, dans les journées brumeuses et froides de rhiver, il pourra passer d'agréables journées en compagnie de ses pinceaux. Telle épreuve, mise de côté parce qu'elle était insuffisante, trop grise, par exemple, se transformera en un petit tableau charmant, grâce à la magie des couleurs.