ONZIÈME PARTIE
ALFRED CRANDIDIER
Premiers voyages. — De la Poinic-à-Larrûc à la baie d'Anton-Gil,
1857 à 1864. M. Alfred Granidier a rempli diverses missions cientifiques dans les deux Amériques, aux Indes ani^laises, à Cey- [an, à Zanzibar et sur les côtes 1 d'Afrique. Plusieurs fois il a entre- , de loin, les sommets de la grande île de Madagascar.
Il savait que Reinel, d'Après de Mannevillette, Owen, Guillain avaient relevé les contours de cette île ; il savait aussi que l'intérieur, fermé aux explorateurs européens^- -.
en était encore terra incognita^ et que chacun en don* nait, au gré de sa fantaisie, Porographie et P hydrographie. En effet, les uns avaient tracé, du cap d^Ambre au cap Sainte-Marie, une grande chaîne de montagnes qui coupait nie en deux versants à peu près égaux; d^autres parsemaient Pile de pics isolés; d'autres mieux instruits ou mieux inspirés, rapprochaient de la côte orientale la ligne de partage des eaux; d^autres enfin représentaient Madagascar comme un massif montagneux couvert de forêts. En somme, Pexploration scientifique de Pintérieur de Pile restait à faire.
M. Grandidier'résolut de tenter Paventure.
Il fallait tout d'abord détourner Pattention du gouvernement hova. Il pensa y réussir en abordant Pîle par un point éloigné des routes connues. Il espérait qu'une fois dans la place il se tirerait d'affaire, grâce à l'expérience qu'il avait acquise au contact de nombreuses tribus sauvages.
En i865, il prend terre à la Pointe-à-Larrée, en face de Pîle Sainte-Marie. Les gouverneurs de la côte en sont prévenus et le surveillent si étroitement qu'il ne peut faire un simple relevé topographique. Selon son expression, il est c prisonnier » dans les quelques lieues carrées de sable qui forment la Pointe-à-Larrée. Libre à lui toutefois de retourner à Sainte-Marie. Il y retourne, mais pour faire de suite une tentative sur Mananarara, près de la rivière du même nom, à l'entrée de la baie d'Anton-Gil. Il y trouve la même surveillance, les mêmes préventions. Tout ce qu'il peut obtenir des
autorités hovas, c^est de retourner par terre à la Pointe-à- Larrée.
Dans ce parcours d^une cinquantaine de milles, il a relevé la position de dix villages et de l^embouchure des rivières qui se jettent dans la mer. « Triste résultat, dit-il, pour une campagne de six mois ». Cependant il n^a pas perdu ses peines, car il a étudié la langue, les lois, les moeurs, les superstitions, la faune et la flore de la contrée. Ces études lui seront plus tard d^un grand secours.
M. Douliot dit qu^à Madagascar M. Alfred Grandidier marchait nu-pieds comme les indigènes (. C'est un beau dévouement de la part d'un homme qui fut élevé avec tout le soin, tout le confort que permet une grande fortune.
Le cap Sainte-Marie. — Le pays des Antandroys. — Le Mangoka, Les Antanosys émigrés. — Relèvements.
Le II juin 1866, il jette Tancre devant le cap Sainte- Marie. Il espère mieux réussir au sud et à l'ouest qu*à Test. Les Antandroys, les Mahafalys, les Sakalavas sont rapaces et sauvages, mais indépendants des Hovas, et leur pays est presque inconnu.
I HniRi Douliot, Journal • du voyage fait sur la cote Quai de Madagascar (i 891 -1892), dans le Bulletin de la Société de Géographie de Paris, 3e trim. 1893, p. 33a.
Àu Cap Sainte-Marie, les dunes s*élèvem, d^une seule masse, à une altitude d'environ 140 mètres. Dans certaines parties, moins exposées aux vents violents du sudest, elles forment deux étages séparés par un plateau de plusieurs centaines de mètres. Elles sont Toeuvre des vents, mais, de loin, on les prendrait pour des fortifications faites de main d'homme. Elles sont composées de faluns réduits en poussière impalpable et couvertes, par places, d'arbrisseaux épineux dont le feuillage se distingue à peine du sol. Sur les pentes, M. Grandidier a trouvé de nombreux fragments d''yEpjrornis. La côte et le plateau sont presque entièrement privés d'eau douce.
Le pays est situé entre les méridiens 42® 3o' et 44<^ 20' et profond de 40 à 5o milles. H est habité par les Antandroys et partagé entre quatre principicules qui sont toujours en guerre entre eux. Leurs sujets n'en sont que plus misérables, manquent de tout, souvent même des végétaux qui composent presque toute leur nourriture.
M. Grandidier a pénétré jusqu'au village du chef Tsifanihy et à quelques lieues plus au nord. Il a trouvé partout la même désolation.
Il a cru voir à l'horizon une ligne de collines. Les indigènes lui ont appris qu'elles limitent un cordon sylvestre assez étendu.
Reprenant le cours de son voyage, il constate que l'embouchure du Mangoka est à 3o milles plus au nord que ne le portent les cartes. Il fixe sur cette côte, encore inexplorée, la position d'une trentaine de villages. Une excursion chez les Antanossys émigrés lui permit de
déterminer la formation géologique des régions sud et ouest. La superstition et la cruauté des indigènes Tont mis en grand danger. Il n*a pu faire que quelques observations méridiennes et il les a perdues dans un incendie. Il reconnaît, en 1868, par des observations méridiennes prises au sextant, que d'Ambahi à Fort-Dauphin les noms des rivières sont mal placés sur les cartes.
M. Grandidier est accusé de sorcellerie. — Découverte de fossiles. — Baies de Saint-Augustin et de Tullear. — Sur rOnilahy. — Lac Tsimanampetsotsa. — Sur le Fiherenana«
Dans les pays Sakalavas, M. Grandidier a été souvent accusé de sorcellerie. Les Sakalavas n'étaient pas sorciers, à coup sûr; c^est justement pour cela qu^ils faisaient mourir, dans les plus affreux supplices, les malheureux qu^ils soupçonnaient de ce crime imaginaire. M. Grandidier a échappé aux juges Sakalavas grâce à la protection d^un roi qu*il avait achetée par le serment du sang et de nombreux cadeaux.
A Ambolisotrana^ il à découvert un gisement d'ossements fossiles et^ parmi ces ossements, ceux d'une nouvelle espèce d'hippopotame, de deux tortues gigantesques et le squelette, presque complet, d'une patte àî'^pyornis maximus.
Il a levé le plan de la baie de Saint-Augustin.
En se servant de la vitesse de la propagation du son,
il a obtenu, pour les relèvements trigonométriques qu^il projetait, une base de onze milles environ.
Il a fait l'hydrographie de TOnilahy jusqu'à Salobé. Son intention était de traverser l'île de part en part et d'atteindre la côte orientale à Tembouchure du lavibola. La guerre a malheureusement éclaté entre les roitelets de ces régions, et tout espoir de passer lui fut interdit. Il revint à TuUear. Son voyage n'avait pas été stérile, car il avait fixé la position de Salobé et pris cinquante-neuf tours d'horizon, qui lui donnèrent mille relèvements.
De retour à Tullear, il est allé visiter le grand lac Tsimanampetsotsa, Le caractère ombrageux des naturels ne lui a pas peripis de s'aventurer avec des instruments; il a seulement pu constater que ce lac est parallèle à la côte, étroit, long d'une vingtaine de milles, salé, stérile, et situé, à peu près, entre 24® et 24** 20' de latitude sud.
Il a ensuite entrepris l'hydrographie du Fiherenana, mais les chefs du pays l'ont arrêté à 1 5 milles de la côte. Bien que faisant ses observations avec discrétion, il ne put empêcher que les naturels ne le vissent, avec épouvante, « regarder les étoiles et causer avec le bon Dieu » , Il a seulement fait 10 tours d'horizon qui lui ont donné un total de i35 relèvements.
A Tullear, sa personne et ses instruments causent moins d'effroi. Il en profite pour déterminer la latitude et la longitude de cette ville, delà baie de Saint- Augustin et des principaux points de la côte.
La mauvaise saison étant proche, il va se reposer à Nosy Bé.
De Majunga à Tananarivo
Au retour du beau temps, M. Grandîdier vient à Majunga, sur la baie de Bombétoke, et nionte en 26 jours à Tananarivo.
Il relève avec soin sa route, mais en prenant mille précautions, en ne se servant que de sa montre. Quant à faire des tours d'horizon en vue du dressement d'une cane, H n^y fallait pas songer. Les huit officiers et les douze soldats hovas qui l'escortaient ne le quittaient ni jour ni nuit. S'ils l'avaient vu braquer un instrument sur les étoiles et « causer avec le bon Dieu », ils auraient eu peur et l'auraient vite ramené à la côte.
Il dit que le Betsiboka est navigable jusqu'à son confluent avec rikopa, que les pirogues remontent Tlkopa de quelques lieues et qu'il faut encore, pour arriver dans rimerina, dix journées de marche à travers un pays stérile et très montagneux.
La route de Majunga à Tananarivo, dit-il, a passe par 1» les pays les plus désolés, les plus stériles et les plus » déserts qu'on puisse imaginer. On marche d'abord pen- » dant sept jours et demi à travers des plaines de forma- > tion secondaire qui sont arides, couvertes d'arbustes » rachitiques et semées seulement, çàetlà, de lataniers et » de petits bois. Dès qu'on atteint la grande chaîne grani- » tique qui s'étend du 22^ degré environ de latitude sud » jusqu'au port de Radama, on ne trouve plus pendant
» tfeîze à quatorze jours qu'une mer de montagnes sail^ » un arbre, sauf quelques rares petits bouquets qui sont » accrochés à des ravins, sans une plante autre qu'une » herbe grossière. Ce pays n'est pas et ne peut pas être » peuplé, ce n'est que depuis la prise de Madzanga » par » les Ovas » qu'on trouve quelques postes de soldats » échelonnés sur celte route pour la facilité des communi- » cations ».
A Tananarivo. — Dressement de cartes de Tlmerina.
A Tananarivo, M. Grand idier trouve un peu de répit aux tracasseries qu'il subit depuis son arrivée à Madagascar. Le premier ministre, Rainilaiarivoni, l'autorise même à dresser la carte de l'Imerina.
Il a pris sept tours d'horizon qui lui ont donné SSj relèvements. La base de ses observations astronomiques mesure 36 milles. Elle s'étend du palais de la reine au pic d'Ankavitra, dans le massif de l' Ankaratra. Le P. Roblet a mesuré au cordeau, puis avec des règles en sapin, une base de 5 Sji mètres entre Ambohy-Mahavoni et lamalaza. Dans son Histoire de la Géographie de Madagascar, p. 72 bis, M. Grandidier donne le canevas de la triangulation faite par lui et par le P. Roblet.
Pour remplir les intervalles du canevas trigonomé-
1 Majunga. ~ 2 Hovas ou Antimerinas.
trique, il a Visité le lac Itasy, le mont d^Andringhitra, ici chutes de Tlkopa, le plateau de TAnkaye jusqu'aux sources du Mangoro, la vallée de TAntsihanaka, le lac Alaotra et beaucoup de localités. Depuis qu'il a quitté Madagascar, le P. Roblet n'a cessé, sur sa demande, de faire de nombreux relevés topographiques et altimétriques.
Les deux savants ont obtenu des résultats suffisamment concordants pour établir une carte de Tlmerina au 1/20 000°, qui sera jointe au volume de Géographie phy* sique de Madagascar,
En attendant, M. Grandidier a publié un Essai d'une carte hypsométrique de la province d'Imerina, au i/5oo ooo«, en douze couleurs, gravée avec la perfection que Fauteur et M. Ehrard, le cartographe, apportent à tous leurs travaux. Le diminuûf Essai, introduit dans le titre, paraît bien modeste, car d'après le canevas irigoriométrique et les travaux de détail qui le complètent, il est facile de voir que cette belle carte est parfaitement exacte et supérieure, comme le dit Elisée Reclus, à celles de certaines régions de l'Europe. Elle a été publiée, avec un texte, par la Société de Géographie de Paris, dans son cahier du deuxième trimestre de i883.
Sur les mêmes données, le P. Roblet a dressé deux cartes au 1/100000° des environs d'Antananarivo pour le P. de la Vaissiére ' et pour le P. Piolet*. Dans la première,
» Histoire de Madagascar, — Ses habitants et ses missionnaires; Paris, V. LecofFre, 1884.
^Madagascar et les Hovas\ Paris, Delagrave, iSgS.
les noms sont en noir^ les cours d^eau en bleu, le relief du sol en bistre; dans la seconde, les noms^ les cours d^eau, les nombreux chiffres d'altitude sont en noir et le relief du sol en pointillé sépia. Elles sont Tune et Tautre d^une belle exécution et font honneur au graveur Hausermann.
Séjour à Ambondro. — Traversée de Madagascar. — Etablissement de la carte des lagunes de TEst. •— Détermination de la position de Tananarivo. — Retour en France.
Ses travaux terminés à Tananarivo, M. Grandidier se rend, en vingt jours de marche, à Ambondro, à l'embouchure du Morondava, sur la côte occidentale. La partie du Betsileo qu'il traverse ne vaut guère, mais d'innombrables torrents coupent en tous sens ses montagnes granitiques et forment des vallées propres à la culture du riz.
Après trois mois de séjour à Ambondro, M. Grandidier descend au Sud, à la rivière Maitampaka; il remonte dans le Betsileo jusqu'aux sources du Mangoka, descend à Fianarantsoa, dont il relève la position, et arrive à l'Océan indien ensuivant, de sa source à son embouchure, la rivière .Mananjara.
De la bouche du Mananjara, il descend au Sud, au Matitanana, à la recherche de renseignements sur l'histoire du pays. En remontant au Nord, il étudio les lacs et les lagunes de la côte orientale.
La formation de ces lacs et lagunes a deox causes : i» la proximité de la ligne de partage des eaux, la rapidité des pentes, le peu d'imponance de la plupart des rivières ; 2» le'grand courant de TOcéan indien, qui frappe directement la côte entre lô» 52* et 22^ 25\ y accumule jour* nellement du sable et des coquillages et forme un cordon couven d^arbres qui abritent de nombreux villages. Les petites rivières ne peuvent ouvrir ces lidi que momentanément, lors dés grandes crues; leurs eaux s^amassent au pied des monts, forment une chaîne de réservoirs plus ou moins vastes et profonds, toujours tranquilles, ne communiquant avec la mer que par un petit nombre de graus d*accès difficile.
Entre les parallèles 16° 52' et 18° i3', ces lacs sont assez éloignés les uns des autres; mais entre la bouche de rivondrona et celle du Matitanana ils sont nombreux et rapprochés.
Pour les réunir et ouvrir à la navigation côtière un canal de 485 kilomètres, il suffirait de couper les ampanalanas ou isthmes qui les séparent. Radama I*"' a commencé ce travail , il sera repris un jour ou Tautre. Les marais en seront asséchés, le climat assaini et les bateaux à vapeur porteront le commerce et la civilisation sur toute cette côte dépourvue de ports, presque toujours dangereuse.
Le relevé détaillé de ces lagunes s'imposait, pour ainsi dire, à M. Grandidier. Il la fait à la boussole, avec soin, et Ta assuré par 18 observations astronomiques. Ce travail s'étend sur une longueur de 55o kilomètres, de la bouche
de la Soamianina « La belle rivière qui coule doucement it, au Matitanana a La main morte».
Il était tout à cet important travail, quand lui parvînt la nouvelle de la déclaration de guerre de 1870. Il lui restait à visiter les lacs Nosy Vé et Sarobakiny et les chéneaux du 19e au 20« parallèle. En vue de hâter son départ pourla France, ilmontedesuiteàTananarivo. MM. Humblot, Rooke et Liger lui ont heureusement envoyé les renseignements dont il avait besoin pour compléter son tracé.
Sa carte est au i/5oo ooo«, en deux couleurs. Elle donne^ avec une parfaite exactitude, dans tous ses détails, la chaîne lacustre qui s'étend de Tamatave au Matitanana.
La Société de Géographie de Paris Va publiée, avec une notice de M. Grandidier, dans son bulletin du i" trimestre de 1 886.
M. Grandidier remonte de Mahanorô à Tanauarivo à travers des montagnes abruptes, par une route nouvelle.
La position de la capitale des Antimerinas était très incertaine; pourtant il y avait intérêt à la connaître exactement, car c'est de cette ville que rayonnent les itinéraires des explorateurs. En 1869, l^s observations de M. Grandidier ont été empêchées par le mauvais temps. En 1870, ce savant a été plus heureux. Le lendemain de son arrivée, il a pu observer deux occultations d'étoile par la lune, de sorte qu^il a fixé la latitude par cinq séries de hauteurs circumméridiennes, et la longitude par 35 angles horaires et deux occultations d^étoile par la lune.
Cette observation terminait ses études sur l'Imerina et les Hovas. II descendit à Andevoranto par la route ordinaire, et se rendit à la Pointe-à-Larrée pour relier ses derniers travaux à ses relevés de i865.
« Il restait encore beaucoup à faire, dit-il, dans ce pays 9 si digne d^intérét à tous les points de vue, mais j'étais » fatigué, les fièvres m^avaient affaibli, et je sentais le » besoin de respirer Tair natal, de revoir la France. Je » quittai Madagascar à la fin d^août 1870, non sans un » vif regret de n'avoir soulevé qu'un coin du voile qui, » depuis si longtemps, cache cette ile curieuse aux yeux » des Européens, mais heureux toutefois d'être parvenu, » tant par mes propres observations que par suite de » renseignements discutés avec soin, à pouvoir rectifier » beaucoup d'opinions erronées.
n» J'espère que les souvenirs que j'ai laissés chez les » Malgaches rendront les voyages plus faciles aux futurs 9 explorateurs. Le premier pas est fait, et lorsque ces » peuples superstitieux auront compris que, loin d'avoir D causé le moindre mal, je leur ai plutôt été utile, peutn» être ne poursuivront-ils pas de leurs persécutions inces- D santés les géographes et les naturalistes qui voudraient » étudier ce pays si curieux ».
Les travaux de M. Alfred Grandidier. — Esquisse de l'orographie de Madagascar. — Les masses forestières.
M. Alfred Grandidier pouvait être content de son œuvre.
Il avait levé topographiquementses itinéraires, qui soni de 2 900 kilomètres dans Pintérieur de Tile (qu*il a traversée trois fois de part en part), de 700 sur la côte Est, de I 35o sur la côte Ouest, soit d^environ 5 000 kilomètres, un huitième du tour du monde, à peu près la distance de Paris à la frontière occidentale de la Mongolie. Il avait pris plus de i 5oo relèvements au théodolite, fixé la latitude de 188 points, dont i85 par des séries de hauteurs circumméridiennes, déterminé la longitude de 24 villes par des distances ou des apozéniths lunaires et de 5 autres par des occultations dMtoiles par la lune. Il avait fait la triangulation de Tlmerina, et dressé pour celte provinceune première carte détaillée au 1/200 ooo« • ; une carte hypso m étriqué au i/5oo 000", qui a été publiée par la Société de Géographie de Paris, ainsi que nous Pavons dit plus haut. Il avait aussi dressé, en 1869, la première carte de TÂntsihanaka et celle des environs de Fianarantsoa. Enfin, il a rapporté des collections considérables qu'il a remises au Muséum .
Ces immenses travaux lui ont permis, entre autres
I Elle a été tirée à 100 exemplaires, chez Becquet, en 1881.
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choses, de substituer, pour le relief du sol, une figuration scientifique aux hypothèses plus ou moins aventurées qui avaient cours jusqu^alors.
Il a reconnu Texistence de cinq chaînes de montagnes qui ont sensiblement la même direction du nord-nord-est au sud*sud-ouesi.
La première, en partant de POuest, s^étend du 21*' au 25"^ parallèle. Elle est anonyme sur toutes les cartes.
La deuxième, nommée Bemaraha, suit, à peu près le méridien 42® 3o^ Est. Elle commence au i6« et finit au 25^ degré de latitude Sud. Etroite au Nord, elle forme avec la première chaîne, à partir du 22*' degré, un plateau large de loo kilomètres.
La troisième, Tlsalo, sur le ^3^ méridien, est comprise entre 21» et 280 3o de latitude sud.
La quatrième s'étend de la baie d^Ampasindava au 22^ degré de latitude, à TEst du 43° 3o de longitude. Elle forme un plateau granitique large de 2 5o kilomètres. Au centre se dresse le massif de T Ankaratra, point culminant de Pile, haut, par endroits, de 2 5oo mètres. Le Tsiafajavona ou « Montagne nuageuse » > atteint 2 Sgo mètres, et même, d'après M. Grandidier, 2 680 mètres ».
Les hauts pitons de ce massif sont des cônes dMruption. Leurs laves ont surtout coulé vers le Sud. Elisée Reclus cite une cheire longue de 40 kilomètres; d'autres, en
> Littéralement : « Qui n*est jamais dégagé des brouillards ». (A. Grandidier).
> Le R. Sibrée dit ayaS mètres.
grand nombre, tigrent de taches noires le rouge éclatant des argiles.
MuUens et Louis Catat ont vu autour du lac Itasy une quarantaine de cratères grands et petits, et ce sont leurs coulées, dit Elisée Reclus, qui, barrant la route aux eaux de la région, formèrent le lac. Plus au sud, la plaine est parsemée de cônes volcaniques. La légende du Bakoubak, que racontent les Bezanozanos, semble indiquer que leurs ancêtres ont assisté à ces conflagrations. Le docteur Louis Catat compare ce plateau aux vagues subitement figées d^un océan furieux. En réalité, ce chaos est le produit de vagues de feu, de tempêtes plutoniques qui, par des efforts séculaires, ont disloqué la croûte solide et formé le relief actuel du sol. C'est maintenant Tune des contrées oh la population de Madagascar atteint son maximum de densité ; on n^ fait pas quelques centaines de mètres, dit M. Grandidier, sans rencontrer des villages. De 1878 à 1895, sa température a été de + 6* Sà-f-So^S.
D'après M. Grandidier, la cinquième chaîne s'étend de Vohemar à Fort- Dauphin. Nous pensons qu'elle a son origine dans le massif d'Ambre, point de départ de la ligne de partage des eaux. Dans cette partie, les volcans sont nombreux; la pointe terminale, le cap d'Ambre, est elle-même un ancien volcan.
La grande chaîne longitudinale n'est pas continue, comme le montrent les anciennes cartes. C'est une succession de cimes et de plateaux qui rayonnent dans tous les sens. De la baie d'Anton-Gil à Fort-Dauphin, elle est haute de i 5oo mètres à 2 000 mètres, et ponctuée d'une
centaine de cratères éteints. Quand toutes ces bouches d'enfer mugissaient, se couronnaient de panaches de feu, drapaient d^une lave incandescente les flancs de leurs monts et que la mer, bouillonnante, lançait sur la côte des lames furieuses, le spectacle devait être d^une beauté terrifiante; mais il nV avait personne pour le contempler.
Cette crête divise File en deux versants inégaux.
Celui de TEst a 60 à 80 milles de largeur au Nord, et 3o à 40 au Sud. Celui de POuest mesure de 180 à 240 milles. Uîle présente ainsi Taspect d'un toit dont le plan oriental, formé en gradins titaniques, atteint rapidement la merdes Indes, tandis que le plan occidental, hérissé de monts et coupé dans sa longueur de bourrelets, s^incline en pente douce vers le canal de Moçambique.
La zone située au Sud et à POuest des masses granitiques comprend près de la moitié de la surface de Pile et appartient aux teA*ainsde formation secondaire.
M. Grandidiera traversé, sur treize ou quatorze points, la zone forestière. Cette zone commence à 18** 3o' de latitude sud, à l'Est du 43* méridien, entre le Bemaraha et le massif montagneux du centre. Elle prend d'abord une direction nord-est, puis fait tout le tour de Pile pour se tern^er en spirale au cap Saint-André. Au nord du lac Alaoïra s^en détache un tronçon qui longe la côte orientale à une distance qui varie de 12 à 40 milles. Dans le Nord, jusqu'à la baie d'Anton-Gil, la forêt est large de 100 kilomètres et plus; dans le reste de son circuit, sa largeur varie entre une dizaine et une vingtaine de milles. Elle n'est qu'un débris de la forêt qui couvrit Pile
entière, mais ce débris est encore immense; exploité avec méthode, il serait une source de richesse.
Esquisse de la carte de Madagascar . -^ Autres travaux cartographiques de M . Grandidier.
De retour à Paris, M. Grandidier a dressé une esquisse de la carte de Madagascar à I échelle de i/i 85o ooo. A Paide de ses observations astronomiques, de ses relevés trigonométriques et à la boussole, il a pu, lui premier» donner Taspea réel du système montagneux et du système forestier, fixer la position de l'embouchure des fleuvçs, de villes, de villages, de sommets, de lacs.
« Cette esquisse, » dit-il dans un Avertissement, « a s pour but de montrer les divers itinâraires suivis par » M. Alfred Grandidier dans Tîle de Madagascar, ainsi » que les principaux traits de Torographie de ce pays. Les » calculs pour fixer la position absolue des diverses locale lités n^étant même pas encore commencés, elle n^a pu » être dressée que sur des données prises dans le journal » que M. Alfred Grandidier a tenu minute par minute » pendant ses voyages. Les routes qui y sont tracées ne
• sont donc que des routes estimées qui devront, après le
• travail définitif, subir quelques corrections, surtout 1» la partie comprise entre Marouvouaye et Antsahalan-
• kely, et le cours du Saint- Augustin jusqu^à Man- » taoura ».
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