DIXIÈME PARTIE
GUILLAIN. — DE LA BAIE D AMPASmDAVA A CELLE DE SAINT-AUGUSTIN. — CARTE DE 1843
Hu mois de novembre 1841, la corvette La Dordogne, commandée par le capitaine GuJIlain, fut envoyée en stationnement à Nosy Bé.
Cette mission terminée, Guillain devait longer la Gratide-Terre jusqu'à la baie de Saînt-Auffustin pour assurer les populaiions de nos dispositions amicales, reconnaître leur situation politique et leurs ressources commerciales, choses que nous ignorions complètement. Dès qu'il eut achevé la toilette de son navire, Guillain s'efforça de réunir le plus possible de renseignements sur
les pays qu^il devait explorer. Ces éludes préliminaires et ses observations personnelles ont fait la matière d^un bon volume, bien documenté '.
Nosy Bé tient dans ce travail une très petite place.
Cette ilc ayant pour notre pays une importance assez grande, nous demanderons à d^autres voyageurs un complément d^informations.
De i65o à 1775, Nosy Bé a été successivement connue sous les noms de Asada, Nosse, Nucio, Nosy, Nossé Bé '. Encore aujourd'hui, son nom est orthographié différemment sur les cartes. Hausermann (1884) et le Dépôt de la Guerre (188 5) écrivent Nosy-Bé. Leguével de Lacombe, en 1840, écrit Nosse-bé ; Guîllain en 1843, Herland en i85i, Raoul Postel, en 1886, Laiilet et Suberbie, en 1889, Elisée Reclus, aussi en 1889, écrivent Nossi-Bé. Le P. Roblet, en ]883, et le cartographe de la Guerre ( 1 894), Nosy-Bé. Dans son Nouvel atlas colonial, de 1894 ou 1895, Henri Mager revient à Nossi-Bé; c'est probablement par erreur, car dans la légende de sa carte il traduit « Ile » par c Nosy ». Il devait donc pour c Ile Grande » mettre « Nosy Bé ». M. Alfred Grandidier écrit « Nosy Bé » (sans trait d'union) et cette orthographe paraît seule rationnelle.
Le 14 juillet 1840, Tsioumeik, Tsiomecoou Tsiomeka,
I GuiLLAiNp Documents sur Vhistoire^ la géographie et le com~ merce de la partie occidentale de Madagascar ; Paris, imp. Roy,
a Alf. Grandidier, Histoire de la Géographie de Madagascar, Paris, imp. nnt., i885, p. 129.
reine du Boina, cède à la France Nosy Bé, Nosy Kumba et toute la côte occidentale de Madagascar depuis la baie de Passandavajusqu^au cap Saint- Vincent.
Tsiomeco était jeune, très ignorante, chassée de son royaume par les Hovas et nous donnait un bien qu'elle ne pouvait pas conserver. Adulée par son entourage, elle se considérait néanmoins comme une très grande souveraine et croyait bien traiter de puissance à puissance avec Louis-Philippe. Quand, dans la convention, elle vit le nom du roi placé avant le sien, elle se montra très offensée.
Le contre-amiral de Hell, gouverneur de Bourbon, qui avait préparé cette affaire, laisse la jeune reine à ses illusions et lui fait bâtir une belle maison de pierre. Autour de la maison de leur reine, les, Sakalavas bâtissent des cases et l'amiral construit une caserne, un hôpital, des bâtiments d'administration : Nosy Bé est ainsi ornée d'une capitale et cette capitale prend, de son fondateur, le nom de Hellville.
Hellville est située sur un plateau élevé de douze à quinze mètres au-dessus du niveau des plus hautes mers, serrée entre les marais Ampassimenaet Andavakotok ' ; ce plateau laisse peut-être à désirer au point de vue de la salubrité, mais il est séparé de la masse de l'île
I GuiLLAiN, op. clt.j pp. i43-i5i. — H. Capitaine, Nos petites colonies tNossy-Bé et dépendances {L'Exploration, t. IV, pp. 481 et suiv.). — D' A. Léon, Nossy-Bé (i853-i856), dans le Bulletin de la Société de Géographie commerciale de Bordeaux, cahiers de juillet 1894.
par un isthme étroit, facile à défendre, et cette particularité a bien sa valeur.
Tsimiharo, roi de TAutankarana, prétendait aussi à la souveraineté de Nosy Bé, probablement avec plus de raison que la reine Tsiomeco, car, géographiquement, cette île fait partie de l'Antankarana. Comme il la revendiquait pour nous l'offrir, le Gouvernement n'a pas examiné de trop près ses titres, a pris le don et fait au roi fugitif une rente de f 5oo fr. >.
Tenant ainsi l'île des deux compétiteurs, nous pouvions, sans inconvénient, laisser aux historiens de Tavenir le soin de déterminer qui avait raison de Tsiomeco ou de Tsîmiharo.
L'amiral de Hell voyait en Nosy Bé un point de relâche et de ravitaillement pour les navires qui fréquentent le canal de Mozambique. Il supposait que sa proximité des côtes d'Afrique et de Madagascar en ferait un centre commercial important, tout en nous donnant le moyen de surveiller de près la côte occidentale de la Grande- Terre : il a vu juste.
Elle est à l'entrée de la baie d'Ampasindava « Oîi il y a de longues plages de sable », entre les parallèles Sud 1 3« lo' 44'' et 1 30 24' 46" et entre les méridiens Est 46® 4' 34" et 45** 53' 47"'. Ses dimensions les plus grandes sont de 22 kilomètres du Nord au Sud et de 16 de l'Est à l'Ouest. Sa surface est de 29 5oo hectares î.
I GuiLLAiN, op, cit.f p. 157. — H. Capitaine, loc, cit.
a GuiLLAiN, op, cit.f p. i5i. — A. LéoN, loc, cit.
i Elisée Reclus, Nouv, géogr, gén,,t, XIV., p. 116.
Elle est de formation volcanique^ bien articulée, d'aspect séduisant, pour qui ne la voit pas en détail. Vue du large, elle fait Teffet d^un massif de verdure dominé par des monts de 400 à 5oo mètres d'altitude. Vue de près, par certains côtés, elle est encore belle et pittoresque. Désiré Charnay, qui Ta visitée en 1 862, en fait ce tableau : « Avant de quitter Nossi-Bé, nous pûmes jouir, du haut 9 des premières collines qui bordent le rivage, d^un déli« » cieux panorama. Comme premier plan, des cases » malgaches entourées de manguiers, de palmiers et de » bananiers, la petite baie d^Helville, puis la ville elle- • même et la maison du Gouvernement, au milieu de 9 ses jardins; à gauche, la sombre masse du Loukoubé, » la montagne verdoyante ; devant nous, une mer d^un » éclat sans pareil, semée d'îles aux teintes rosées, sil- » lonnée de pirogues aux voiles blanches, et vingt-cinq 9 milles plus loin, la silhouette bleuâtre de Madagascar » et les pointes en aiguilles des sommets des Deux- » Sœurs » 1 .
M. François de Mahy écrivait de Hellville, en i885 : « La rade, le port naturel de Nossi-Bé, fermé presque de » toutes parts par Tîle elle-même et par Nossi-Cumba, 9 la pointe d^Ankify, les rivages de Passandava et de 9 Bavatoubé sont choses remarquables. . . Quant à Tas- 0 pect du pays, je ne peux vous le dépeindre qu^en vous » disant que Nossi-Bé ressemble beaucoup aux Séchelles,
I DésiRé Charnay, Madagascar à vol d* oiseau, dans le Tour du Monde, X, X, p. 228.
» mais en plus grand, plus beau, plus joli, plus pinores- » que, plus intéressant de toutes façons. Nossi-Bé Tem- » porte sur les Séchelles à tous égards ' * •
Ces descriptiotu s'appliquent au sud de Pile. L^intérieur, souvent aussi très beau, a des coins stériles et des marécages malsains.
Les groupes montagneux, qui donnent au panorama de nie son attrayant aspect, sont au nombre de trois : le Navetzy, le Tanilatsaka et le Lokobé.
Le Navetzy borde la côte occidentale de la presqu'île du Nord, et la rivière Djamaranga le coupe en deux tronçons.
Au centre est leTanilatsaka «D'où la rivière est tombée». Son altitude est de 5oo mètres. Aux environs se trouvent les Amparii « Terres effondrées », lacs circulaires formés dans sept anciens cratères et peuplés de c crocodiles redoutés 0, dit Elisée Reclus.
Le Lokobé « Oti il y a beaucoup de cire », au Sud-Est, à quatre kilomètres de Hellville, est dominé par un piton granitique haut de 600 mètres. II est couvert d'une forêt magnifique, impénétrable, mystérieuse et terrifiante comme les bois sacrés de l'antiquité. Ses arbres les plus beaux, les plus vénérables, palais de milliers d'oiseaux de cris et de plumages divers, sont souvent frappés par la foudre ; mais l'activité de la végétation tropicale a vite fait de réparer les désastres causés par les incendies. Les
I François db Mahy, Autour de Vîle Bourbon et de Madagascar; Parti, Alp. Lemerrc, 1891, p. 3«
indigènes, pour se créer des rizières et des pâturages^ continuaient avec entrain l^œuvre de la foudre. Si l'Administration n'avait pas été plus prévoyante, le Lokobé aurait déjà perdu sa couronne forestière '.
De ces trois groupes montagneux rayonnent un grand nombre de rivières et de ruisseaux, presque toujours alimentés, même pendant la saison sèche, parce que les pluies reçues par les forêts retombent goutte à goutte sur le sol, le pénètrent et s'écoulent doucement vers leurs thalwegs. Souvent le cours des rivières s'attarde dans des dépressions du sol et forme des marais fangeux, rendezvous d'oiseaux aquatiques et repaire de caïmans. Les rivières qui descendent du Lokobè font exception ; elles bondissent en cascades et courent torrentueusement à la mer,
A l'embouchure de ces cours d'eau se forment des plages basses et vaseuses couvertes de palétuviers. Cette ceinture paludéenne, malsaine, est heureusement coupée, de distance en distance, par des roches bordées d'un sable très fin qui portent le nom générique de Passandava, de passa, sable blanc, et à'^andava, plage >.
Autour de Nosy Bé se pressent les îlots stériles de Nosy Fanihy, Nosy Rati, Nosy Sakatia, Nosy Tanga, Nosy Vauro et Nosy Tandraka.
Plus loin se trouvent : au Nord-Est, Nosy Lava « L'île
( Dr A. LéoN,. loc. cit. — DésiRé Charnat, loc» cit. — Raoul PosTEL, oj?. cit., p. 137. — A« Grandioier, Hist» de la géog. de Madagascar, p. lag.
1 Dr Lton^ loc, cit.
longue» et son satellite; à l'Ouest, Nosy Faly < L'île sacrée » ; au Sud-Est, Nosy Komba t L'île aux Maques » ou Ambarîovato « L'île de pierre ». La maison de campagne du gouverneur de Nosy Bé y remplace un ancien sanatorium. Enfin, au Sud, Tany Keli « La petite terre », à huit kilomètres de Hellville. Elle est longue de 700 mètres et large de 400. Elle possède un morne rocheux, une colline ondulée, une vallée minuscule, des ruisselets, une végétation vigoureuse, une colonie de lapins, et donne l'illusion d'une grande terre. Elle était en i856, elle est peut-être encore aujourd'hui, le lieu de chasse préféré des officiers de la garnison de Hellville'.
Bien que Guillain ne dise rien de Nosy Mitsio « l'île du Milieu », cette reine du petit archipel des Minow mérite ici une mention.
Elle est en forme de V ou, plus exactement de y, et située au Nord*-Est de Nosy Bé. L'Ankarana, ou Painde-Sucrc, haut de 284 m., qui la termine au Nord, est par 1 2® 49' 1 7" de latitude Sud et par 4.6° 1 7' 20" de longitude Est.
La carte en a été faite par Vidal et Mudge, en 1824; par Jehenne, en 1840 ; par Wood, en 1877. Les Anglais ont donné à la rade de Nosy Mitsio le nom de Diamond bajr *• Nous l'appelons « Grande Passe ».
I Dr A. LéoN, loc. cit, — A. Grandidier, Hist. de la géog. de Madag., p. 129.
a A. Grandidier, Hist, de la géog, de Madag., pp. 61 et 274.
En i85o, Tîle avait a 986 habitants S Sakalavas et Antankaranas.
Au milieu de l'ouverture qui fait face au Nord, s'élève un rocher de forme ronde nommé Ancarca. Sur ce rocher, Tsimiharo, c roi de Nossi Mitsiou » », a bâti sa demeure ?.
En 1841 ou 1842, il apprit que le jésuite Dalmond faisait des merveilles en Nosy Bé et le pria d'apporter à Nosy Mitsio la bonne parole. Dalmond accepte avec empressement. Dès son arrivée, Tsimiharo lui fait bâtir une belle case, puis trois ou quatre fois par jour il va le voir pour apprendre les mystères de la religion, la lecture, récriture, le calcul, la géographie, et pour recevoir des cadeaux. Après avoir beaucoup semé, le jésuite veut récolter. Il réduit les cadeaux peu à peu et finit par les supprimer. Le zèle de Tsimiharo s'affaiblit. L'élève jusqu'alors assidu, respectueux, très intelligent, enthousiaste des doctrines évangéliques, manifeste de moins en moins de goût pour la religion chrétienne. Dalmond parle contre la polygamie; il exhorte son élève à renvoyer ses femmes moins une. Cette exhortation est la goutte d*eau qui fait déborder le vase. Tsimiharo répond en se faisant musulman et en invitant le missionnaire à quitter le pays, sur l'heure, sous peine de mort 4.
» Malte-Brun, Géog, comp. et univ., édit, V.-A. Malte Brun, t. IV, p. Sgy.
2 H. D*EscAHPS, Hist. de la géog. de Madag.; Paris, Firmin- Didot, 1884, p. 349.
} H. Capitaine, loc. cit., t. lU et IV, p. 487.
4 Le P. DE LA VAissiÈRif, IUst . de Madagascar, ses habitants et ses missionnaires ; Paris, Lccoffre, 1884, t. I, p. 36.
Tsimiharo a manqué çle loyauté, mais pour trouver de
Ces gens, qui par une ame à Tinterest soumise, Font de Dévotion mestier et marchandise
est-il nécessaire d'aller chez les rois demi-barbares des îles du canal de Moçambique ?
En 1888^ Tslalana, roi des Antankaranas, successeur de Tsimiharo, prévoit que le gouverneur hova d'Ambohimarina va prendre possession delà côte depuis la pointe d'Ankify jusqu'à la baie du Courrier et lui imposer sa volonté. Pour échapper à celte honte, il se réfugie sur les îles de Nosy Faly etde Nosy Mîtsioetles offre à la France qui les accepte. Son Excellence malgache Rainilaiarivony proteste contre cette interprétation du traité de i885. On lui répond que c'est affaire faite, bien faite, irrévocable, et Son Excellence se le tient pour dit.
Nosy Faly et Nosy Mitsio sont administrées par des résidents français. Tsialana y trouve, quand il veut, une sécurité absolue. Il peut même avoir le plaisir de s'y rencontrer avec Binao, reine des Sakalavas, et Tsiara, roi des Sakalavas d'Ankify ».
Revenons à Nosy Bé.
Diaprés Elisée Reclus, le nombre des habitants de cette île et de ses dépendances ayant « payé leur tête », c^està-dire leur taxe de capitation, était, en i883, d'environ 9 5oo, dont 140 blancs.
Cette population est répartie dans une cinquantaine de
t Martineau, op, cit.f p« 64.
villages et se compose principalement de Sakalavas. Les Betsimîsarakas, les Aniankaranas, les Betsileos, les Bétanimènes y sont représentés, mais les premiers l'emportent par le nombre et par Tinfluence.
Le visage des Sakalavas n*est pas déplaisant, mais les femmes, mères à douze ou quinze ans et ivrognesses, se déforment rapidement et sont caduques à Tâge où nos filles de Normandie, dans Tépanouissementdeleurbeauté, pensent à se marier. Le Sakalava est peu intelligent, lascif, incapable de culture intellectuelle, et paraît poltron. Le Hova vient rarement à Nosy Bé ; cependant il y est l'effroi des indigènes. Dans les circonstances solennelles, le Sakalava invoque en tremblant ce nom redouté: Fanf amni Hova ! « Je jure parle Hova !» Et le Hova, qui n'est pas précisément un foudre de guerre, dit comme le lièvre de la fable :
Il n*est, je le vois bien, si poltron sur la terre, Qui ne puisse trouver un plus poltron que soi.
Le Sakalava rappelle, par sa paresse, le classique lazzarone. Il a le mépris du travail, du progrès, du bien-être, de TefiFort intellectuel, et il l'exprime par deux mots: Addala Vasaha! « Les blancs sont fous! » Dans sa bouche cela veut dire : pourquoi se donner tant de mal, renoncer au doux repos, quant il suffit, pour être heureux, d'avoir une case, une natte, quelques femmes, une poignée de mangues ou de riz ? >
I Dr A. Léon, loc, cit. — Marius Chabaud, Madagascar^ Im," pressions de voyage; Paris, Challamcl, 189'j, p. 25.
A côté de cette race sans vigueur et sans avenir, il y a heureusement les Antalaotras « gens d'outre-mer » (Malgaches croisés de Comoriens et d^ Arabes), des blancs des Mascareignes, des enfants du Moçambique, de Zanzibar, du golfe Persique et de TArabie. En somme, et grâce à ces derniers, les espérances de Tamiral de Hell se réalisent. En i883, le mouvement commercial de Helville a été de 7 800 000 fr. et le mouvement naval dd 32 000 tonnes ».
Et tandis que se développe le commerce et que, peu à peu, à sa suite, pénètre la civilisation, les géographes étudient Tîle. Avant 1840, trois points seulement avaient été déterminés : la pointe de Lokobé, en 1773, par Cordé et d^Egmont; le village de Sakatia a Qui aime à se séparer », en 1775, par Mayeur; le village de Befotaka c Beaucoup de boue », en 1829, par Deforges de Parny. Depuis 1840, Deblenne, Herland, Jehenne, Bonachristave et Mtiller ont relevé 70 points. Nous avons ainsi : 6 points fixés astronomiquement ou trigonométriquement ; 64 dont les coordonnées sont à peu près bonnes ; 3 dont elles sont douteuses.
Ces travaux ont eu pour résultat la construction de cartes; en 1841, par Jehenne; en i85i, par Herland; celles de P Atlas des Colonies ', en 1866, reproduite par Raoul Postel, en 1886 J ; de T Annuaire de Mayotte et dépendances, en 1874; de Henri Capitaine, d'après Herland, en 1878 ; de Deblenne, en ]883 ; d'Elisée Reclus^
I Dr A. LéoN, loc, cit, — Elisée Reclus, op, cit., t. XIV, p. 1 16, — a Publié par Challamel , — J Madagascar,
en 1889'; de Henri Mager, en 1 890 ^ Toutes sont à petits points. La plus grande est celle du docteur Herland, au 1/700 ooo« î.
L*Ântankarana.
Guillain a aussi recueilli sur l'Antankarana « le pays rocheux » de nombreux renseignements qui lui permirent d^en faire la géographie.
II applique à ce pays le nom d'Ankara, qui fut cité pour la première fois, en 1792, par Dumaine.
La partie orientale de cette province a été explorée, en 1834, par Bernîer, chirurgien delà marine.
L'Antankarana forme un triangle dont Guillain marque ainsi les angles : au Nord, le cap d'Ambre ; à rOuest, le Sambirano [qu^il nomme Samberanou), à son embouchure dans la baie d'Ampasindava, sur le parallèle sud i3®42'; à TEst, l'embouchure de la Fanambakely c qui n'est pas très profonde «^ par 140 29^ de latitude sud.
Il a commis deux erreurs. Il a pris Fembouchure de la petite rivière Yangoa (la Yungiva de Laillet et Suberbiej pour celle de la Sambirano, et il place à 4^ trop au Nord la limite Sud-Est de TAntankarana. La Sambirano coule
I Nouv. géog. Univ., t. XIV. — a Atlas colonial de Charles Bayle.— 9 A. Grandioier, op, cit.f pp. 82, ia9-i3i, ayS.
bien d^ailleurs, comme ilTindique^du Sud-Est au Nord- Ouest et sépare les Antankaranas (ses Antankares) des Sakalavas du Boina (ses Sakalavesdu Bouéni).
II divise TAntankarana en trois provinces : PAndroumah, TAmbongOuIé, TAnkara.
Les Androumahs, qui avaient soumis les autres tribus,
se déclarèrent caste noble et s'attribuèrent le privilège de fournir de souverains la confédération.
Une sous-tribu, dont le territoire avait au plus quatre ou cinq lieues carrées, mais brave et habile à tirer de l'arc, conserva son indépendance.
Le sol est élevé, formé de monticules et de plateaux en amphithéâtre, sillonné de ravins profonds. Les flancs des monts sont couverts de belles forêts qui produisent des bois propres aux construaions navales. De ces monts sourdent de nombreux cours d'eau qui coulent, par des pentes rapides, vers les deux mers.
Dans son textCi Guillain cite les rivières Ankara, Mahavi et Sambéranou ; les baies « vastes et profondes pouvant recevoir les plus grands navires » Vohemare ', Andravine >, Manguerevi j, Louquez 4, Lingvatou J, An-
t Vohémar qui fut nommé: Maharo dans la carte de Henri II, 1546 ; — BoamarOf par Gysbert, 1599; — Amarago, par Gauche, i65i; lioamaragCf par Sanson, i655; — Vohemaro, par Flacourt, iGb6\ — Veimartf par Le Gentil, 1769.— a Andravina «t où il y a des Ravinai» ». — i Mangerhy « qui rejette du fer » ; Port Lewen d'Owen. — 4 Port Lokia « La baie ». — J Anilambato ou Baie de Rigny,
tombouk ', Ampahassi», Ambavani-Béî, Ansatzé4, Ampougue-Araî.
Sa carte ne donne pas, à beaucoup près, un si grand nombre de renseignements.
Il y représente Torographie par un cône placé au droit du cap Saint-Sébastien, probablement TAmbohura ou massif d^Ambre < Le massif montagneux >, puis par une chenille qui s'étend du Nord au Sud, se tord un peu et ne donne aucune idée du relief du sol.
En fait de cours d^eau, il donne la Samberanou et deux petites rivières anonymes qui se jettent dans la mer en face de Nosy Mitsio et de Nosy Lava.
Sur la côte orientale, il écrit trois noms : baie Diego Soarès ou Am tombouk, Ansinghi (fort hova) et Vohémare. La nomenclature de la côte occidentale se compose également de trois noms: Ampahassi, Ambavanibé, cap Saint-Sébastien ou Andramiza.
Il a tracé en travers, en grosses capitales, le nom Ankara, et il a omis le nom et les limites des trois provinces. Le dessin des côtes est sommaire, comme le reste, et pouvait être fait avec une précision plus grande.
Dans son texte, Guillain décrit un chapelet de monts
I Baie Diego Suare^, — a Ampanasina « qui est salubre » ; baie Jenkînson des Anglais. — ? Ambavatoby ; Port Liverpooî d'Owcn. — 4 Baie des Antsantsa « La baie des Requins », On écrivait primitivement Anésat!{é, — J Ou Ambatou-ara; Baie d* Amponkarana « Qui est entouré de coraux»; Port Chancellor d*Owen. — Toutes ces assimilations sont tirées de M. Alf. Grandi- DiER. — Il va sans dire que nos cartographes ont conservé consciencieusement les noms anglais.
— 3oo —
long de 1 5 à 1 8 milles, dans une direction Nord-Sud, en face de Nosy Mitsio, à i6 ou 17 kilomètres de la côte. Ces monts forment des massifs séparés Tun de Tautre par une vallée au niveau du sol voisin. Ils ont la forme de prismes quadrangulaires et paraissent avoir surgi d'un seul bloc. Celui d'Ambatosahana c Le rocher qui forme barrière », nommé par les Français « Trou de Tsimiharo ' », est situé à peu près par 12° 4^' de latitude Sud et 46° 44' de longitude Est. Il est protégé au Nord par la rivière Ankara. C'est une muraille quadrangulaire, une tour gigantesque dont le vide intérieur a deux milles d'étendue. Le fond de cette tour, on pourrait dire de ce puits, est alimenté par plusieurs sources et très fertile.
On y pénètre par un sentier étroit, périlleux, et par un souterrain naturel, long, tortueux, difficile à franchir.
Les chefs Antankaranas y entretenaient des habitations. En temps de guerre, les indigènes s'y réfugiaient avec leurs familles et leurs troupeaux, y vivaient en sécurité tandis que les guerriers, par des sorties, harcelaient Tennemi.
Aucune carte ne signale cette curiosité géographique; Guillain même, qui la décrit, ne la marque pas.
En 1 840, Tsimiharo, attaqué par les Hovas, vint s'y installer. Il pouvait y rester indéfiniment, sans rien craindre, y attendre, comme ses ancêtres avaient fait plusieurs fois, que l'ennemi, décimé par les flèches de ses
I Guillain écrit : Ambatou^ah', Tsimiare.
— 3oi —
guerriers^ par la disette, par les maladies, ait évacué le pays. Des traîtres ont montré aux ennemis le chemin de cette retraite. Tsimiharo a passé bravement sur le corps des Hovas, mais il était vaincu, à tout jamais dépossédé de son royaume. C'est alors qu'il a obtenu le protectorat de la France. La France devait alors se substituer à lui dans la souveraineté de TAntankarana; mais Louis- Philippe aurait eu trop peur de faire déplaisir à ses bons amis les Anglais. Il laissa donc les Hovas s^installer dans le pays, ce qui leur a permis, lors de la discussion du traité de i8«5, de le réclamer comme leur par droit de conquête et par droit de possession.
L'expédition hova de 1824 avait laissé peu^e traces. L'ennemi parti, on avait relevé les cases et renvoyé les troupeaux dans la plaine. Chaque année TAntankarana exportait à Maurice et à Bourbon 3o 000 bœufs vifs ou sales. Après la guerre de 1 840, les Hovas, gonflés d'orgueil, ont pillé, maltraité les vaincus, monopolisé le commerce et grevé le pays d'impôts excessifs, insupportables. La population a pris la fuite. Maintenant encore, dit M. Alfred Grandidier, il n'y a pas un habitant par deux kilomètres carrés.
ni
Baie d*Ampasindava
Du pont de La Dordogne, le capitaine Guillain voyait les deux pointes qui marquent l'entrée de la baie d'Am-
pasindava : à TEst, Ankify » ; à TOuest, Pouang ou Ampouhana c où éclatent [les vagues] ' •. Il la visita plusieurs fois par amour de Tétude, peut-être par amour de la chasse.
Comme tous les cartogra]»hes contemporains, moins celui de la Guerre (1894) et Henri Mager, il la nomme Passandava. M. Alfred Grandidier donne le nom d'Ampasindava tant à la baie qu'au village où les navires du xviii^ siècle allaient faire la traite.
Le nom de Passandava signifie : « plage de sable blanc j> ; celui d'Ampasindava : « où il y a beaucoup de plages de sables ». Ce simple rapprochement semble justifier rinterprétation de M. Grandidier.
Sur la plupart des cartes de la seconde moitié du xvn^ siècle et du commencement du xvin«, deux baies sont plus ou moins sommairement tracées sur la côte Nord-Ouest : Ampasîndava et Ambaro (la Chimpayki de Laillet et Suberbie).
La baie d^Ampasindava ) n^est pas comparable à celles
I Pointe nommée successivement : Chiffey, en 1667, par Dupré Eberard ; Antefca, en 1680, par W. Hacke; Enkif, en 1776, par Mayeur.
3 Pouang est le nom donné par Jeh^nne et Guillain, en 1841 et 1842 ; Ampoahana est celui adopté par M. A. Grandidier.
) La baie d'Ampasindava a été nommée : Asada, en i65o, i683 et 1765, par Wilde, Fitzhugh et Bellin ; Fonda, en 1661, par Dundley ; Portus RotunduSj en 1 655, par Sanson; Magahelli, en 1703, par Thornton; Port^Rond ou Vingora^ en 1727, par Robert; Mangaélij en 1773, par Cordé et d'Egmont; Empàsilava, en 1775, par Mayeur. — A. Grandidier, op. cit,, pp. 43, 5o, 127-129,
de Naples et de Rio-de-Janeiro ; elle est néanmoins merveilleusement belle, immense, bordée de sommets boisés aux lignes harmonieuses, bleutés par la distance, découpée de criques nombreuses, bien abritées. Ses bords sont maintenant déserts, mais sous leur sylve tropicale d'imposantes ruines rappellent une occupation portugaise au xvu« siècle K
Guillain parle d'une ancienne colonie arabe à Djoda ou Tsada, sur la pointe Ambolimadiro c au pied du Tamarin ». Il parle d'une autre colonie arabe dans Nosy Mamoko ou Ambariotelo « oîi il ya beaucoup de joncs ». D'après une tradition, cette colonie aurait succombé sous les attaques des Maures du Mozambique '. Mayeur dit que les Arabes (Antalaotra) eurent un comptoir à Tsada, mais qu'il n'existait plus le 21 septembre 1775, lors de son passage ^
Guillain comprend la baie de a Passandava » dans le royaume du a Bouéni ».
La carte de cette baie a été faite par David Inverarity, en i8o3, au i/i85 ooo»; par Vidal et Mudge, en 1827, au 1/180 ooo«; par Boutroux et Lefevre, en 1849,
Guillain ne figure pas sur sa carte les îlots dont il parle. Son tracé est incorrect, surtout pour la partie méridionale de la baie. Sa nom:n:laiurc se réduit au nom de a baie de Passandava ».
« Di'A. LÉON, op, cit., pp. 417, 418. — a Guillain, op. cit., p. 176. — ? Â. Grandidier, op, cit., p. 138. — 4 A. Grandidibr, op, cit., pp. 272-273.
Baie d*Ambavatoby.
Guillain poursuit ses études par la baie de Bavatoubé ou d^Ambavatoubé dont les avantages nautiques et militaires lui semblent mériter attention.
Elle est située au Sud-Ouest de Nosy Bé. Les deux pointes qui marquent son entrée sont nommées Antsiraka « la Pointe > et Makamby « oti il y a des pierres à aiguiser ».
La carte en a été dressée par Favé et Cauvet^ en 1890, au i/ioo.ooo*.
Elle a été nommée Conconis », Conquimbo *, Port- Rond?, Dalrymple bay4. Baie Bavatoby î, B« d'Ambavatoby^. Baie Bavatoubé 7, B« d'Ambavatoby», Baie de Bavatoubé 9, Baie d Wmbavatoby 'o.
Son entrée est très étroite ; elle se développe en cercle et ses profondeurs varient de 1 1 à 24 mètres ". L^eau douce s^ trouve en quantité insuffisante, mais il serait facile de remédier à cet inconvénient. Le sable, le corail, le moellon, les bois de construction s'y trouvent en abondance et Ton pourrait, à peu de frais, y construire des forts, des batteries, des bâtiments, Passurer contre un
I Wilde, i65o.— a W. Hacke, 1680, et Fitzhug, i683.— J Mortier, 1700.— 4 Inverarity, 1806.— J Guerre, i885.— 6 Le P. Roblct.— 7 Laillet etSuberbie. — 8 Guerre, 1894.' — 9 H. Mager, iSgS. — 10 A. Grandidier, jSqi. — 11 Carte de Laillet et Çuberbie.
coup de force et en faire un centre commercial important ».
On signale dans les environs des mines de houille. La prospection en est faite depuis longtemps. Le 30 janvier 1888 M. Rigaudena obtenu la concession. L'exploitation devait être pour le compte du premier ministre Rainilaiarivony. M. Rigaud n^a-t-il pas trouvé les mines assez riches? Rainilaiarivony a-t-il trouvé qu^elles Tétaient trop et jugé prudent d'arrêter une exploitation qui pouvait éveiller les convoitises des étrangers » ?
Havre de Baramahamay.
Le 23 août 1842^ après huit mois de stationnement à Nosy Bé, le capitaine Guillain met à la voile pour son exploration de la côte occidentale. 11 passe sans s'arrêter devant la baie d'Ambavatoby et se dirige sur le havre de Baramahamay.
Il longe^ sans la marquer sur sa carte, une petite ile située par i3® 29' 8" de latitude et 45** 39' de longitude. Les indigènes, dit-il dans sa relation, la nomment Kakazou-Béravi. Cest le nom donné par Jehenne, en 1840. Deux siècles avant, en i65o, Wilde la nomme « Haycock isl. » ; en 1824, Owen écrit « Passage isl. » ; Guil*
r Guillain, op, cit., p. 177. — ' Martineau, Madagascar en i8g4; Paris, Flammarion, pp. 168-169.
laîn traduit par « Ile delà Passe •. En i885, le cartographe de la Guerre donne « (Nosy-Ankazoberavina) île Passage » et le P. Roblet a ile Passage N. Ankazoberavina ». En 1889, Laillet et Suberbîe écrivent tout simplement « île du Passage » ; ainsi fait le cartographe de la Guerre de 1894. Nous nous rangeons, sans restriction, à l'avis de M. Alfred Grandidier, qui écrit franchement : Ankazobevarina « Tîle aux arbres à grandes feuilles ».
Guillain rencontre ensuite les îlots Baramahomey d'Owen; il les nomme Ambatou-Milaï et Randza. Le premier figure seul sur sa carte. Il le place par i3** 36' fo" de latitude et 45° 28' 45" de longitude. En 1773, Cordé Ta nommé a Plie du Navire ». Pour les indigènes, c'est Ambatomilay « la roche à la voile », parce qu'il ressemble de loin à un navire sous voiles.
Les deux îlots de Rantza, aujourd'hui Iranja a L'île haute », sont les « Sandy islands » de Wilde (i65o), les Bermahomey d'Inverariiy (1806).
Ambatomilay et Iranja sont petites, basses, incultes. Iranja ou Randza est un banc de sable couvert de mangliers. Ces Ilots sont les sommets d'un banc de coraux qui s'étend jusqu'à l'entrée de la baieque Guillain nomme Mouroun' Sang. Ils sont fréquentés par des pécheurs.
Le port de Baramahamay, nommé par Guillain crport Baramahamai », est à sept milles au sud de Randza. Il est formé par la Baramahamay, petite rivière que le commandant de La Dordogne représente par un simple trait. D'après Suberbie, elle vient du mont des Deux-Sœurs
dont Désiré Charnay a vu, de Helleville, les pointes en aiguilles.
La carte de la Guerre de i885 ne figure pas ceite rivière. Le P. Roblet, Suberbîe et le cartographe de la Guerre, de 1894, ne s'accordent pas sur son cours, mais ils donnent de Pestuaire un dessin qui répond aux indications de Guillain. A trois kilomètres de la côte, la rivière s'élargit dans une direction Sud-Nord, puis elle se réunit à la mer par un canal étroit, long de deux kilomètres, perpendiculaire à la côte. Ses rives n^offrent ni anses, ni criques et ne peuvent être distinguées du large. Le relevé en a été fait par Bonachristave, officier de La Dordogne,
Le fond et le Nord du havre ont une large bordure de palétuviers. Les collines voisines sont à pentes rapides, couvertes d'une sylve épaisse mais chétive et rabougrie. Des coteaux voisins paraissent avoir été occupés momentanément, par quelques familles fugitives, après les invasions hovas de 1826 et de i83i.
Au sud du havre s'étendent de petites plages 011 Guillain a vu les ruines de l'habitation qu'Andriansouli, roi du Boina, y construisit après sa déchéance. Il y a découvert un fétiche en terre glaise représentant grossièrement un homme et une vache ou un bœuf. Ce groupe reposait sur un bloc informe qui lui servait de piédestal; une enceinte de bambous le protégeait.
Guillain pense que le havre de Baramahamay ne peut être utilisé ni par la marine, ni par le commerce.
Baies de Rafaralahy, de Radama et de Ramanetaka.
A onze milles du port de Baramahamay, la côte se déchire et forme un golfe de 2 5 milles d'ouverture. Du fond de cette échancrure se projettent deux péninsules : la Lavalohalika « Le long genou » S et la Berangomaina « La grande omoplate > >.
Le golfe forme ainsi trois baies distinctes : celle du Nord^ nommée par Guillain, Mouroun^ Sang ou Rafala ; par le cartographe de la Guerre, Rafala ; par M. Alfred Grandidier^ Rafaralahy ; celle du milieu nommée : par Guillain, Saumalaza; par Owen, le cartographe de la Guerre, Suberbie et Grandidier, Radama ; celle du Sud nommée : par Owen, le cartographe de la Guerre, Laillet et Suberbie, RamiYiitok ; par M. Grandidier^ Ramanetaka.
L^ensemble de ces baies reçut de Tristan da Cunha, en i5o6, le nom de Cada ; Diego Suarez, en i543, le nomma Tararango ; un auteur anonyme de la Revue Maritime, àt 1668, Asada, La première exploration sérieuse en a été faite en 1824, P^^ le capitaine Owen.
Guillain dit que la baie de Mouroun^ Sang estréunie à celle de Saumalaza par un canal naturel^ que la terre de
1 Elle a reçu d*0\ven, en 1824, le nom de « Blair ».
2 Elle a reçu d*Owen le nom d* « Inverarity ».
Lavalohika est une île et que dans cette île se trouve le tombeau de la reine Andrimanhorign' Arivou. Sur sa carte il indique en effet, dans la baie de Saumalaza, un bras de mer qui rejoindrait la rivière Rafala (si elle était tracée) et ferait de la péninsule une île. La carte de la Guerre (1884), celles de Robletet deSuberbie marquent, dans une situation plus occidentale, une espèce de fjord en forme de faucille, mais ce fjord atteint seulement le centre de la péninsule. La science de Guillain parait en défaut sur ce point.
La baie de Rafaralahy s^avance en pointe dans les terres et se termine par une rivière qui est nommée : par Rutenberg, en 1877, Antsahabé\ par Laillet et Suberbie, Rafala ; par Grandidier, Sahabé « La grande rivière ». Cette rivière baigne le pied des « Collines de Sable » et se creuse un lit, long d'une douzaine de milles, au Sud d*un mont nommé, par Guillain « Bezava > ; par Laillet et Suberbie « La Selle ». Cette rivière n'est pas figurée sur la carte de Guillain.
Le mouillage de la baie de Rafaralahy est mauvais pendant Thivernage ; les récifs qui la bordent la rendent incommode en toute saison.
Guillain a visité sur cette baie le fort hova qui porte encore le nom de Mouroun' Sang ou Mourounsang. Son altitude au-dessus du niveau de la mer est, dit-il, de 172 mètres ' .
Mourounsang est le chef-lieu de la province d'Ano-
I M. A Grandidier réduit cette altitude à 129 mètres.
rontsanga, qui s^étend de la Sambirano à la Mevârano.
Le commandant de La Dordogne ne salue pas la terre pour ne pas reconnaître officiellement l'occupation hova. Le gouverneur réclame, tout en faisant savoir que sa Gracieuse Majesté Ranavalona I'^ a fixé à neuf coups de canon le salut qu*Elle daigne rendre aux étrangers. Guillain explique à S. E. le gouverneur, qui est neuvième honneur (colonel), que son salut lui devrait être rendu coup de canon pour coup de canom Ils s'entendent, heureusement, pour économiser la poudre de leurs gouvernements.
Les officiers français sont reçus avec les honneurs militaires et très courtoisement, mais les mesures sont prises pour qu'ils ne puissent rien voir. A Palier comme au retour, les officiers qui leur servent d'escorte s'empressent de les rappeler au droit chemin dès qu'ils paraissent s'en écarter. Les Français peuvent descendre à terre quand ils veulent, mais toujours ils trouvent au débarcadère des soldats pour leur faire honneur, les escorter, c'est-à-dire pour les surveiller, les empêcher de voir, de prendre des notes, de faire des observations.
Le fort de Mourounsang a été construit par les Hovas en 1837. Il contient de 100 à 1 10 cases en feuilles, pour la troupe, et une en planches pour le gouverneur. Il est armé de quelques canons qui sont montés de façon si primitive que la manœuvre en serait fort dangereuse pour les servants. Tel qu'il est, 10 000 Sakalavas ne le prendraient pas de force ; mais comme il manque d'eau, ils pourraient, rien qu'en le cernant, le faire tomber en peu
de jours. Cette défense n'arrêterait guère 3 à 400 soldats ou marins français. Quelques obus réduiraient les parapets en miettes et feraient flamber les cases. Les Hovas, on peut le croire, n'attendraient même pas l'assaut.
Trois villages, qui comptent un millier d'habitants, sont sous sa protection : Mouroun' Sang, Tananlava et Anorontsanga.
Mouroun' Sang est nommé, par M. Grandidier, Sada a un fort, une aide ». Tanan-lava, situé à mi-côte, est devenu le Taman Sava, de Suberbie, le Tanandava « la ville Longue » de M. Grandidier. Anorontsanga ou Andranto, « le cap qui est élevé » et « Oîi Ton fait du commerce », s'élève un peu à l'Est, sur la plage; en i65o, Robert Hunt le nommait « Anbasia ».
Guillain ne marque sur sa carte que Mouroun' Sang. Le cartographe de la Guerre ( r 884) donne Marontsangana etdeux villages anonymes dont l'un paraît être Andranto. Laillet et Suberbie indiquent le « Fort », Taman Sava et Amorontsangano (le village situé sur la plage).
La baie que Guillain nomme Saumalaza, est un bras de mer large de deux à cinq milles et profond d'environ quarante kilomètres. Elle est praticable aux plus grands navires, mais parsemée de bancs et de récifs, surtout dans le Nord. Sa première partie est orientée du Nord-Ouest au Sud-Est ; la seconde, de largeur moitié moindre, court droit au Sud et se termine en pointe par la rivière Radama qui prend sa source à l'Est, dans les contreforts des monts Mafaitanteli.
La baie de Saumalaza a été nommée : par Luiz Ma-
riano, en 161 3, « baie du roi Tinginmaro > ; par le cartographe de la Guerre ( 1 884), dans sa partie septentrionale, c port Radatna •, dans sa partie méridionale, « baie Manongarivo • ; par Laillet et Suberbie, c port Radama > ; par M. A. Grandidier, c Manongarivo >.
La rivière, qui est anonyme dans la carte de la Guerre, est nommée, par Laillet et Suberbie, « Radama >, par M. A Grandidier, « Andronomalaza • ou c Sahamalaza », c'est-à-dire « la rivière célèbre •.
Le tracé de la carte de Guillain est sommaire, inexact et ne donne d'à peu près bien que l'orientation de la baie; sa rivière, au lieu d^étre le prolongement méridional de cette baie, est à la place de TAndranomalaza de Suberbie, qui paraît devoir être identifiée avec PAmbatovokonin « Où il faut enjamber des pierres > de M. Grandidier.
Sur la rive orientale de la baie de Saumalaza, Guillain signale les villages de Marandavi, Capani, Ambativoukoumi, Perreni et Mourapapany, qui étaient occupés par des Sakalavas. A la suite de la conquête hova, tous les habitants de ces villages ont émigré à Nosy Bé avec leur reine Tsiomeco.
Une étroite langue de terre, longue de dix à douze milles, sépare le port Radama de la baie de Ramanetaka.
La baie de Ramanetaka est nommée par Guillain et Suberbie, Raminitok. Les indigènes Tont laissée anonyme. Elle est complètement découverte à Touest, encombrée de bancs et de hauts-fonds. Son rivage méridional forme deux anses : TAmpombihabou, à Test, et la Kambambi, àPouest. Laillet et Suberbie nomment la première
Ampoubiabé, la seconde Kakambi. M. A. Grandidier donne à ces anses les noms de Kabamby et d'Ampombiabo (c Où il y a un grand palmier rojia •.
La baie de Ramanetaka se termine au midi, à \/^^ \V de latitude et 460 28' 10'' de longitude, par un cap dont le nom a subi une singulière transformation. En 1824, Owen Ta appelé «r Pointe Mac Cluer » en souvenir d'un officier de la marine anglaise. Suberbie a écrit « Pointe Gluer ». M. Grandidier, restituant TorthograpI^ malgache, dit : Pointe d'Analava f Oti il y a un bois long », et Madiro-Mandomboka « Au tamarinier qui couvre un vaste espace ».
Guillain représente sur sa carte les îles Karakadzouro, Nossi-Ouvi, Nossî-Tanimoura et Nossi-Valia. Le cartographe de la Guerre (1884) et tous les cartographes postérieurs donnent à cet archipel le nom de Radama.
M. Suberbie nomme ces îles Nossoavi, Erandza, Nossambribba et Nos Salley.
M. A. Grandidier donne une nomenclature différente et précise la position de chacune de ces îles.
La première est Nosy Ovy t L'île aux ignames », aussi nommée Nosy Berafia « L'île oii il y a beaucoup d'arbres rofia I ». La deuxième est Tîle Kalakajoro >. La troisième
1 Nosy Ovy est située par 140 2* 45*' de lat. S. et 450 29* 10" de long. E. Elle a été appelée: par Luiz Mariano, en i6i3, Sada; par Robert Hunt, en i63o, Assada; par Wilde, la même année, Longtaïl; par Beniowsky, en 1776, île Longue.
Mariano désignait tout l'archipel sous le nom de Sada,
2 L'île Kalakajoro est située par 1 3» 56' 30** lat. S. et par 450 a6' 5o"
est Antanimori « Où il y a de la terre glaise » ou Antanifaly « Oîi la terre est sacrée»». La dernière est Nosy Valiha « L'île aux bambous » ».
Autrefois, au moins jusqu'en 1816, ces îles ont servi de repaire aux pirates du canal de Moçambique.
Ces pirates ignoraient Tusage de la boussole et du compas^ mais il n^ avait pas marins plus audacieux et plus habiles. Les cimes des Comores, qui se voient de très loin, Jeur servaient d'amers. Si la tempête, les vents ou les brumes les détournaient de leur but, ils se jetaient sur les côtes du Moçambique et en pillaient les comptoirs. Plusieurs fois ils ont mis à sac celui que les Portugais possédaient dans Pile d'Ibo. En i8o5^ ils ont pris à l'abordage un navire de 14 canons, envoyé contre eux par le gouverneur de Moçambique. En 1807, ils rencontrèrent un négrier français, la Bonne-Mère. Le capitaine Legars se laisse approcher sans défiance par quelques pirogues. Les pirates montent à bord amicalement, boivent de Parack et appellent leurs compagnons. La foule devient énorme. On se dispute, les poignards sont tirés, tous les Français sont massacrés, le navire est con-
long. E. Elle a été nommée: par White, Quoin isl.; par Cordé, en 1773, les Deux-Frères etVîle Praslin; par Inverarity, en 1806, Erand:{a ; par les cartes anglaises de 18S2, Calcatura,
1 L'île Antanimori est située par 140 6* 55" de ht. S. et par 450 25' 17" de long. E. Elle a été appelée : par Inverarity, Nos Salley; par Wilde, Camel isL; par Beniowsky, Ue du Tourteau.
2 Nosy Valiha est située par 140 29* 40" de long. E. Elle a été nommée : par Inverarity, Nossambilleha; par Beniowsky, Saint- Jean.
duit au cap d'Ambre et dépecé. Les pirates se partagèrent les noirs de traite et ce fut la vengeance des Français : les noirs leur apportaient la variole, et de de 7 à 8,000 qu'ils étaient leur nombre tomba à 8 ou goo.
La dernière expédition de ce genre paraît avoir eu lieu en 181 6 ».
La baie de Narendry.
En 1842, Guillain trouva déserts les rivages de la baie de Narendry. Au point de vue de sa mission, la région était dépourvue d'intérêt.
Mais il était curieux et connaissait mieux que personne l'histoire des pays Sakalavas. Comment alors passer sans en rien dire, devant cette vaste échancrure de la côte ? Il fait appel aux souvenirs des anciens des environs^ fouille dans les archives de la marine et recueille une gerbe de renseignements.
Il nomme cette baie, sur sa carte, « Naréenda », dans sa relation a Narrenda » et ditqu'elle est la « Morungani » d'anciens documents ».
1 Guillain, op. cit., pp. 1 83-20 1. — A. Granoidibr, op. cit.f pp. 125, 126.
2 Comme tous les lieux de Madagascar, elle a reçu bien d*autre, noms. Elle a été appelée Sinamario, en i543, par Diego Suarez; Morungany, en 1667, par Dupré Eberard; Maringando, en 167a, par Nieuhoff; baie de Sonofouth ou Onifoty « La rivière Blanche », en 1680, par W. Hacke; Marungany, en 1703, par Thornton;
Guillain la trace incorrectement et en incline trop à Pouest le grand axe. Il en laisse anonyme la pointe Est. Peut-être a-t-il trouvé trop long ce nom de Antsatramahaveîona t Où il y a un palmier qui fait vivre ». Le cartographe de la Guerre (i885) et le P. Roblet remplacent ce nom par « Kirakangyo; M. Suberbie, d'après In verarîty, par c Tchatamavello ».
La rivière Atambo ou Loza « Qui est étrange » » se jette dans la baie de Narendry par 14® 3o' lo"' de latitude et 45^' 24^ 20'^ de longitude. Guillain dit que les plus grands navires peuvent la remonter jusqu'à plusieurs lieues de son embouchure'. Sur sa carte, il trace un vaste estuaire qui reçoit, ù sa partie orientale, un mince filet d^eau qu'il appelle « R. Louza ». Le Mevarano i est assez correaement indiqué.
Cette masse d'eau forme un double bassin lacustre dont Guillain paraît n'avoir connu que la première partie. Les eaux de ce bassin arrivent à la mer par un large canal en forme de A* long d'une dizaine de milles, que Guillain marque à peine. La seconde partie lacustre, parsemée d'îles, se dirige du nord au sud et reçoit deux rivières : la
Marunga, en 1765, par Bellin; Marumgano, en lyyS, par Beniowsky. Elle figure aujourd'hui sur nos cartes sous le nom de « Narrinda » et de « Narinda ».
1 La Loza ou Atambo est la Soundgé de Dupré Eberard ; la Sounge de W. Hacke ; la Soundia de Thornton ; la Soundjee de Bellin ; la Lo^a d'Inverarity, de Grandidier, de Suberbie ; Guillaiu é.rit « Louza », ce qui n'est qu'une transcription de « Loza ».
2 II y a en effet des profondeurs de 4 à 8 mètres et davantage. I « Dont l'eau est légère ». (A. Grandidicr).
Loza grossie de TAntambo et la Doroa, qui prend sa source dans le petit lac Solipana, par environ iS^* 10^ de latitude et 45<' 35^ de longitude. Ce petit lac ne figure que dans la carte de la Guerre de i8g5. M. Alfred Grandidier dit* que la Doroa est un affluent du Mevarano. Il semble, d'après la carte, que le contraire devrait avoir lieu, c'està-dire que la Mevarano devrait être un affluent ^1/ Doroa.
Tous ces cours d'eau prennent leurs sources dans les monts Befandriana et coulent en pleine forêt. Cest peutêtre pour cette raison qu^ils sont encore imparfaitement connus.
Le Mevarano est le plus important des cours d'eau qui se jettent dans la baie de Narendry. L'Antsingo, qui vient du sud-est et atteint la baie par 140 \f i5"de latitude sud, et trois ou quatre autres petites rivières, que les cartes laissent anonymes, paraissent sans intérêt.
Guillain marque par trois points noirs la partie insulaire delà baie. Cest un peu sommaire. Une île et quatre îlots composent ce petit archipel. La plus grande, en forme de triangle, a 8 kilomètres du nord au sud et 7 de Test à Pouest. Cest Nosy Lava « L'île longue ». Elle a été nommée Ile Saint-Etienne ', Ile Pedro », Ile Saint- Philippe î, Nossu San-Cassée 4, Nossi Sancassé î, Nosy Lava ^, Sancassé 7.
I Par le capitaine Petit-Jan, en 1669. — a Par Wilde, en i65o, et Fitzhugh, en i683. — î Par Beniowski, en 1776. — 4 Par Inverarity, en i8o3. — J Par Guillain, dans sa relation. — 6 Par le cartographe de la Guerre, M. Alfred Grandidier et le P. Roblet. - 7 Par MM. Lailht et Suberbie.
Les îlots sont : Nosy Taloha « L'île aux coucals » ; Nosy Longo a L'île tendre » ; Nosy Soy « La petite île » ; Nosy Faohina « L'île nettoyée ».
Ils ont été relevés en i8o3 par Inverarity qui les a nommés Tuloo, Nos Langa^ Nos Souhee, Nos Efahoo. Le P. Roblet ne donne que les trois derniers en changeant leurs noms en Nosy Longo, Nosy Soy et Nosy Faohina. Sur la carte de Suberbie on trouve Nossi Langa et Nossi Fahoo. Le cartographe de la Guerre ( 1 894) donne N. Langa et N. Efahoo.
Selon Boteler, « la baie de Narrenda est bordée, en beaucoup d'endroits, comme celle de Majambo, de collines élevées se terminant sur quelques points en plan incliné, mais le plus ordinairement en falaise. L'ensemble revêt toute l'apparence d'une grande fertilité et offre une variété de sites qui forme un frappant et agréable contraste avec la fastidieuse uniformité de la baie. Ici, en effet, Toeil ne rencontre partout que la sombre et monotone verdure des palétuviers, qui s'étendent à perte de vue en une masse étroite et unie, bordée de chaque côté par de hautes collines ».
C'est vers i835 que le capitaine Boteler faisait son exploration. Il trouvait alors les rivages de la baie occupés par une population assez nombreuse et de commerce plus facile que celle de Bombétoke '. Vinrent les Hovas ; tous les villages furent abandonnés ou détruits et Guillain ne
î Captain Bùiéier^ Narrative of a voyage of discovery to Africa ; LonJon, i835.
trouva^ en 1842, que quelques familles craintives établies temporairement à la pointe de Mouroumouni. Depuis Guîllain, les choses ont un peu changé d'aspect. Sur la bande orientale, longue de plus de 60 kilomètres, les cartographes marquent maintenant 8 à 10 villages. M. A. Grandidier donne Salara « La ville célèbre » dans Nosy Lava; Analava « Oîi il y a un long bois », Marotaolana « Oîi il y a beaucoup d'ossements », Ampasindava «Oîi le sable est long », Mololokaly « OU il y a peu de paille », Bemololo « Où il y a beaucoup de paille », Narendry, Ambodimadiro « Au pied du tamarin », Doany ou Antangabé « Au grand tanga (palétuvier) », Ankalafa « Où il y a des insectes lafa ».
D'après M. Martineau, toutes ces populations sont SakaJavas, Antalaotras a Macquoises », c'est-à-dire un mélange d'Arabes et de Sakalavas » .
vrii
Golfe de Moramba
Une presquMle dont la bande occidentale est longue de 73 kilomètres, sépare de la mer la baie de Narendry. Nosy Lava et la pointe d'Antsairamahavelona sont juste dans le prolongement de son grand axe. Aux plus basses mers, les profondeurs d'eau varient entre 7 et 24 mètres,
i Guîllain, op. cit., pp. 201-202. — A. Grandidier, op. cit., p. 124. — A. Martineau, Madagascar en 1894, p. 217.
sauf en quelques points où la sonde accuse des cuvettes profondes de 45 mètres et plus. L'ouverture de la baie et la baie elle-même n^auraient-elles pas été formées par quelques affaissements du sol. La proximité des îles volcaniques de Nosy Bé, de Mayotteetd'Anjouan semble justifier cette hypothèse.
La pointe septentrionale de la péninsule est anonyme dans la carte de Guillain. M. Suberbie la nomme Mouroumouny ; le P. Roblet, M. Grandidier et le cartographe de la Guerre, écrivent pointe Maromony. Ici, comme en beaucoup d'endroits, M. Suberbie ne fait que transcrire Vo malgalche en son équivalent ou français.
Cette pointe a été appelée : par Dupré Eberard, Canadula; par Thornton, Canadtlla; par Bellin, Canadala.
A environ 12 milles au sud s'avance la point% Marolahy « Oti il y a beaucoup d'hommes >. Guillain la laisse anonyme. Elle marque rentrée d'une baie qu'il nomme Mouramba. C'est la Mazamba de Suber* bie, le port Mazambo du cartographe de la Guerre (1894), le golfe de Moramba de A. Grandidier.
Son entrée est entre la pointe Maromony, par environ 140 39', et la pointe Marolahy, par 140 5o' 45" de latitude sud, et son nom signifie « Où Ton est à Tabri ».
La pointe sud a été nommée successiment : Sidane>, Didane *, Mazambo s Maj'ambo 4.
Le tracé de Guillain est très sommaire. Cet officier
X Dupré Eberard, 1667?— a Thornton, 1703? — ? Inverarity, i8o3. — 4 Alfred Grandidier, 189a.
considère comme sans importance le port de Moramba. Pourtant ce port fait dans les terres une trouée longue de 9 kilomètres, et ses profondeurs, aux plus basses mers, sont de 7 à 9 mètres. Son nom : s Oti l'on est à l'abri » et celui de sa pointe septentrionale : « OU il y a beaucoup d'hommes », indiquent qu'il fut jadis fréquenté. Cependant, bien que voisin de Nosy Bé, il n'a encore été Tobjet d'aucune tentative de colonisation >.
Baie de Mahajamba.
La baie de Mahajamba fut jadis occupée par des Arabes. Guillain a vu les ruines de leurs maisons et de leurs mosquées. Un ancien voyageur dit avoir trouvé dans une petite lie de la baie, un « fort beau village bâti de pierre 2. »
Celte baie a été successivement nommée : Porto Delgado ou Port dU bétail î, Massalagem velha 4, Vieux Magelage s, Old Mathaledg ^, Vecchia Massalanga 7, Old Mathelage *, Massaliet 9, Masalagen Velha '», Old
I Guillain, op. cit., p. 202. — A. Grandidier, Hist. de la géog., p. 124. — Martineau, op. cit., p. 42g. — a Dépôt des cartes et plans de la Marine manuscrit intitulé : « État des ports et baies de Tîle Dauphine », cité par Guilain. — J Berteli, iSôy. — 4 R. P. Luiz Mariano, 161 3. — S Dupré Eberard, 1667. — 6 W. Hacke, 1680. — 7 Coronelli, 1688. — 8 Thornton, 1703. — 9 Jacob de Bucquoy, 1722.— *o De risle, 1722.
Maiheleage ', Vieux Masselage ^ Vieux Masailli K Le Massailli 4. Tous ces noms, dit M. Alfred Grandidier J, ne sont peut-être qu'une simple corruption du nom malgache Mahajamba, Selon Guillain, ils viendraient soîi du mot arabe 3/ou5â//d qui signifie: « lieu où Ton s'assemble pour prier » (à cause des mosquées construites dans les baies de Mahajamba et de Boeni) « Makamby *, soit d'un autre mot arabe Mou\elledj qui signifie : « Les gens qui sont venus chercher leur nourriture chez autrui ».
Guillain donne à cette baie le nom de Ma^amba^ Hausermann celui de Majamba ; Suberbîe écrit Mazamba; les cartographes delà Guerre (i885 et 1894), le P. Roblet et M. Alfred Grandidier disent Mahajamba a Où il y a des roseaux » et « Qui rend aveugle ».
Quand Guillain jeta Tancrc devant cette baie, elle était depuis longtemps déserte.
Les Hovas ayant construit un fort à Majunga, les indigènes furent pris de panique et passèrent à Nosy Bé.
Autrefois, les Antalaotrasde Majunga tiraient des environs de la baie de Mahajamba du riz, de la cire, du sel, des gommes, des bois de mâture et de construction. En 1842, les Hovas n'en obtenaient que des bois de construction, et les bateaux arabes, qui lui auraient volontiers demandé des bois de mâture, s'en éloignaient de peur d'être pris et pillés par les nouveaux maîtres.
I Van Keulen, 1753. — « Bellin, 1765. — î D'Après de Mannevillette, l^^^^ — 4 Beniowsky, 1776. — J A. Grandidier, Ilist. de la géog,, p. 123. — GuiLLAiNy op. cit., p. 20a.
En 1889, Rainîlaiarivony, premier minisire et mari de la reine de Madagascar, fit à Ramasonbazah ', futur gouverneur du Boina, une concession minière qui s'étendait de la baie de Mahajamba à Befandriana et Mandritsara, entre les deux grandes branches de la Sofia, sur une surface à peu près égale à une dizaine de départements français. Au premier ministre revenait, à titre de redevance, 3o 0/0 de tous les produits.
Ramasonbazah n^entendait rien à une pareille entreprise, et Rainilaiarivoy le savait bien. Aussi, Son Excellence hova ne se servait-elle de ce nom que pour tromper la résidence générale. Quand elle crut le moment venu de lever le voile, Ramasonbahzah disparut et à sa place se dressa, dans un rayonnement, M. Abraham Kingdon, delà London Missionary Society. Le révérend Kingdon est un homme fort habile. Pour tirer profit de la religion, il n'a pas son pareil. Pour monter une machine financière, il est sans rival. Il rédige les prospectus avec une si merveilleuse habileté que ses compatriotes eux-mêmes s'y laissent prendre. Il fait miroiter à leurs yeux des montagnes de livres sterlings. The Madagascar mercantile development Syndicate limited ou Madagascar queen'^s Concession limited, allait ouvrir ses guichets à Taffluence des actionnaires quand M." François de Mahy, montant à la tribune de la Chambre des Députés, eut l'indiscrétion de demander
X Nommé par le prince Henri d^Orléans, « Ramacoun-bazal ». (A Madagascar, Pansi Calmann-Lévy, 189 5).
à notre Ministre des Affaires étrangères quelle valeur il attribuait à la concession Kingdon. c Aucune », répondit le Ministre. Ce simple mot arrêta les souscripteurs et fit évanouir les rêves diamantés de Sa Révérence M. Abraham Kingdon.
Cependant, comme en sa double qualité de Méthodiste et d'Anglais, M. Kingdon hait mortellement les Français, Rainilaîarivony lui continue sa protection et lui adjoint son fils Rajoel, aussi notre ennemi intime, et Rasange, son premier secrétaire et son bras droit. Ces messieurs organisent, avec le concours des officiers hovas, braves gens prêts à faire toutes les besognes au plus juste prix, le vol de Tor et une campagne contre M. Suberbie'. Cela ne réusissant pas. Sa Révérence Kingdon tente diverses autres combinaisons, mais elles ne sont pas plus heureuses. Le mot du minisire de France lui a fermé toutes les bourses, irrévocablement.
Sa Révérence, par affolement sans doute, entre dans une conspiration contre le premier ministre, son protecteur. Rainilaîarivony aurait pu lui écraser la tête comme à un reptile venimeux; il s'est contenté de lui retirer sa concession. Les deux branches septentrionales de la Sofia sont ainsi débarrassées des Anglais.
Les rivages trouvés déserts par Guillain sont encore peu habités. M. A. Grandidier, dans ses tables, cite comme abandonnés les villages Manakara « Q,ui a des roches » et Amboaniho « Oîi il y a des cocotiers » ; il
I Henri-Ph. d'Orléans, A Madagascar, p. 27.
cite comme habités : Langany, Ambenja et Morafino, qui est à Tembouchure de la Sofia.
M. Suberbie marque, au nord de la baie, Mancakara et Louniany; à Test, Perymejamango et Passandava; loin au sud, A'Mena et Madirotokana. Cette nomenclature est peu différente de celle du P. Roblet.
Guillain indique seulement le village de Langany.
La baie de Mahajamba se réunit à la mer par un canal dont les deux cornes sont nommées Ambolibozo « au pied de Tarbre bo^o (baobab) » et Ambarrarata « Oti il y a des roseaux » et « Qui rend aveugle ».
Ce canal, long de 20 kilomètres, forme à sa sortie de la baie un détroit large de 5 kilomètres; à sa rencontre avec la mer, son ouverture a une largeur de 10 kilomètres.
La baie mesure environ 23 kilomètres du nord-est au sud-ouest et 1 5 du nord-ouest au sudest. Ce bassin, qui offrirait un sûr abri à la plus belle floue du monde, manque de profondeur. Réserve faite de deux petites cuvettes oîi Ton trouve 18 et 3o mètres d'eau, la sonde accuse des profondeurs de i à 7 mètres. Le canal d'accès, qui est bordé au nord par des collines, au sud par des dunes de sable, offre des profondeurs plus grandes.
M. A. Grandidier donne la position de Tembouchure de laTsifolahina « Qu'on ne dompte pas ». Cette rivière ne se trouve pas sur les cartes de Guillain, Roblet, Laillet et Suberbie et de la Guerre (1894). Celle de la Guerre ( 1 885) la représente conjecturalement sous le nom de Tsifola et la fait déboucher dans la mer près de Marakara.
La Sofia, insignifiante dans Guillain, donnée conjccturalement par le cartographe de la Guerre (1894), est représentée par Roblet, Laillet et Suberbie, comme formée de quatre affluents principaux qui viennent en éventail des sommets du massif central.
L'Ambondro « OU il y a beaucoup de joncs », vient du sud-est, d^au delà du 1 8« parallèle. M. Suberbie la nomme, jusqu'à son premier confluent, Mahajamba; du premier confluent au second, Mazamba; du second confluent à son embouchure, Ambouroon. Le P. Roblet lui donne le nom unique de Mahajamba.
M. Suberbie donne, sous le nom de Majambo, une autre petite rivière qui ne figure pas sur les autres cartes.
La Mahajamba projette ses tentacules des environs de Mandritsara aux marais du lac Alaotra et au mont Analabealoha, sur le 1 8« parallèle, c"*est-à-dire qu'elle forme un éventail dont Tare a plus de deux degrés.
Son cours est très lent ; son large lit, contenu par des berges sablonneuses, est encombré d'îlots et de bancs de sable ou les caïmans, eh nombre invraisemblable, se chauffent au soleil ' .
Dans les cartes, elle est nommée successivement : Rio San Andero', Sannanso J, Riv. Saint-André4, Mazamba i, Majambo^, Majamba7, Mahajamba s.
Guillain trace assez correctement la baie et son tribu-
I Dr Louis Catat, Voyage à Madagascar, 1889-1890, Paris, Hachette, 1895, p. 339. — 2 Par Hondius, 1607. — î Par Wilde, i65o. — 4 Par Gauche, i65i.— î Par Dumainc, 1792. — 6 Par Inverarity, i8o3. — 7 Par Suberbie, 18^9. — 8 Par le P. Roblet, M. A.
taire méridional, le Befanjana, arroyo qui entre profondément dans les terres et dont le niveau monte et baisse avec les marées. Au village du même nom ', où il se termine, il reçoit deux minces filets d'eau, désignés sous le nom de Sambilahy s Dont les deux (branches) sont mâles (considérables) »», ce qui ne s'accorde pas avec les indications du docteur Louis Catat.
Elle est représentée très diversement par les cartographes. Le meilleur tracé paraît être celui de M. Suberbie. Louis Catat ' et le cartographe de la Guerre, qui l'a peut-être copié, donne à la branche septentrionale de la Sambilahy le nom de Anjobaxoba et fait de la branche méridionale Tune des embouchures de la Mahajamba.
M. A. Grandidier cite Nosy Mang t L'île sombre », îlot situé dans le canal de la baie, au sud-est, qui fut nommé Buqui par les Portugais et par Gysbert, et Bugi par François Gauche. C'est le Nosy Lanamy de M. de Lannoy de Bissy. Le P. Roblet et M. Suberbie ne l'indiquent pas.
Baie de Bombétoke.
En louvoyant, sous toutes voiles, le commandant de La Dordogne arrive à Majunga, dans la baie de Bombétoke.
Grandidier et le cartographe de ]a Guerre (1894), qui ne la donne que conjecturalement.— » Dr Catat, op. cit., p. 236. — 2 A. Grandidier, op. cit. — ) Louis Catat, op, cit., p. aa5.
Il passe, sans les nommer, entre les deux pointes qui marquent Tentrce de labaie. Pourtant elles étaient connues depuis longtemps et leurs noms, comme tous ceux de là géographie malgache, ont varié de carte en carte.
Celle de l'ouest a été appelée : Pointe de Pombetok ' , Pointe Bohinas Nossapanjava ', Katsepé^ Katsepa^ et enfin Katsepy^.
La pointe de Test a été nommée : Pointe Rapanda 7, Sareebingo*, Antsarinbing0 9, Ansaninbingo <<>, et Anorombato qui veut dire « La pointe de pierre » ^i .
Guillain dit que la baie de Bombétoke est appelée dans les vieilles cartes, Manijaro, Manangare et Ma-nangara, noms qui sont une corruption de Manan'hara,
Les anciens explorateurs prenaient la baie de Bombitoke pour Tembouchure du Betsiboka et désignaient par le même vocable la baie et le fleuve «2.
Les étymologistes ont toutes les audaces, parfois toutes les imprudences. Ainsi Noël, dans ses Recherches sur les Sakalava, prétend que la baie fut nommée Ampampatouka, par coTTU^Xionàt Ambava-Betsibouka, c'est-àdire « Bouche du Betsibouka ». Guillain saisit la balle au bond et dit : de ce quMl y a un village de ce nom à Tembouchure du fleuve, on devrait traduire par « là, bouche du Betsibouka ».
î Hermitte, 1732. — a Holst, 1738. — ? Inverarity, 1802. — 4 Bi«fy de Lannoy, Roblet, i885. — S Laillet et Suberbie, i885. "- 6 A. Grandidicr, 189a. — 7Hermitte.— 8 Inverarity. — 9 Btssy de Lannoy. — 'o Laillet et Suberbie. — ' ^ A. Grandidier. — i» Guillain, op. cit,y p. 204.
EUîs [History of Madagascar] a découvert que Bombétoke vient de Vohibetoaka « village où il y a beaucoup de rhum ». Comme on ne fabrique pas de rhum autour de la baie de Bombétoke, le pieux révérend membre de la pieuse London Missionary Society a dû prendre pour du rhum le gin dont ses compatriotes empoisonnent les Malgaches.
Lesseigues a trouvé une autre étymologie qui^ pour ne pas sentir le gin-shop, n^en est pas moins originale. Bombétoke, ditil, est formé du grec Bomos « autel > et de rhébreu Bétoc « milieu »^ et ce nom aurait ainsi été composé par les Européens qui firent de cette baie le centre de leurs établissements et y bâtirent un monument commémoratif ou « autel du milieu » '.
Laissons les étymologistes.
Les anciens monuments géographiques donnent à la baie de Bombétoke les noms de Grand-Port de Massailly, de baie de Saint-Paul *, de baie des Volontaires 5, de'Pombovîiok, de Grand Pombetok, Combetoka ou Ampampitoeka, Fometoc, Pombeetok, Bemba> tooka, TafianTarana4 « Port du roi Tarana ». Toutes ces appellations, moins la dernière, dit M. A. Grandidier, sont une corruption (ÏAmpombitoka « Oli il y a un rafia j>, nom d^un village oti les premiers Européens firent la traite des noirs.
Guillain donne à cette baie, dont le vocable a tant
I A. Gramdioier, Hist. de la Géog.y p. 122.-1 Cap. Petit-Jan, 1669. — ) Beniowsky, 1774. — 4 Guillain écrit : Taffian Tarang.
varié, son orientation vraie, du nord-nord-ouest au sudsud-est. Sa largeur à l'entrée est de trois milles et demi ; elle s*enfonce de dix-huit milles dans les terres | dans rintérieur, elle est large de trois à sept milles ; dans sa partie moyenne, dit-il, une péninsule longue de trois à quatre milles la sépare en deux parties.
Pour la largeur de Touverturede la baie, il est d'accord avec les cartographes contemporains. En ce qui concerne la péninsule du fond de la baie, il a été mal renseigné. Diaprés la carte de M. d'Anthotiard de Wasservas, datée de 1895, le fond de cette baie est occupé par tout un archipel : Nosy Ambatobé ou Kibondro, Nosy Lava ou Malaimbondy, deux grandes îles parallèles à Nosy Kibondro et une dizaine de petites îles couvertes de palétuviers qui sont inondées à marée haute.
Si Guillain n'est pas d^accord avec M. d^Anthoûard, M. d'Anthoûard est en (lésacord avec le P. Roblet et M. Grandidier.
De nie Ambatobé ou Kibondro, M. Grandidier fait Nosy Kibondro et Nosy Ambatobé». De Nosy Lava ou Malaimbandy, M. Grandidier fait Nosy Lava « L'île longue » et Malaimbandy c Vilt qui déteste le mensonge »>.
M. Grandidier a vu et donne des positions; M. d'AnthoOard a vu. Qui des deux se trompe? Bientôt nos soldats nous donneront la réponse. (Écrit en juin 1895).
I Ambatobé : « Là où il y a un gros rocher **, le mont BelanJy. > Inverarity, qui lui aussi a vu le pays^ donne aux îles de Kibondro et d*Ambatobé le nom de Low islands.
Guîllain, dans sa carte^ remplace par un Ilot rond et anonyme tout Tarchipel du fond de la baie. Son tracé manque un peu d'exactitude, mais sa description, au contraire, est intéressante.
a Les terres qui circonscrivent ce magnifique bassin, dit-il, présentent un aspect agréable et varié ; du côté de Test, elles sont basses et couvertes d'une riche végétation ; une large lisière de palétuviers prolonge cette masse de verdure jusqu'à la mer ».
Des lies masquent les marécages du fond de la baie^ détail intéressant que ne donne pas sa carte. « Au-dessus », ajoute-t-il, « on aperçoit les terres élevées, avec leurs formes moins arrêtées et leurs teintes plus claires. Le côté de Touest présente une série de collines d'une hauteur moyenne et uniforme, boisées à leur partie supérieure, mais arides et pierreuses à la base, où tranche çà et là, en larges taches rougest, la terre ocreuse qui concourt à leur formation. Enfin, sur le côté nord, le terrain, plus élevé en certains endroits, est en même temps plus accidenté. Les détails du. paysage accusent la présence et l'activité de l'homme, et l'on embrasse avec satisfaction dans son entier le tableau ou se dessinent, en un pittoresque ensemble, la ville fortifiée de Majunga et les ruines à demi-restaurées de l'ancienne cité Antalaots, entremêlées de bouquets de cocotiers, de manguiers et de grenadiers » >.
A Majunga, Guillain a trouvé le gouverneur hova
[ Guillain op. cit., pp. 2o5, 206.
entouré d'un nombreux état-major. Tous ces messieurs portaient des uniformes anglais et ressemblaient, tant par la physionomie que par les costumes, à un état-major haïtien des premières années de l'indépendance.
« Le caractère des chefs à Majunga, dit-il, me parut beaucoup plus mercantile que guerrier, et le ton général était au négoce, en dépit de Tallure militaire qu'on avait voulu prendre, eu égard à la circonstance. Si un pareil laisser-aller ne m'avait paru inconvenant pour moimême, j'aurais pu, en m'y prêtant un peu, voir se trahir sous les uniformes 'dorés les marchands de bœufs et de volailles, et tous ces brillants officiers débattre avec acharnement le prix d'un canard ou d'une douzaine d'œufs»'.
La ville que ces officiers-marchands sont censés défendre a été fondée par Radama I«^ en 1824, après la conquête du Boina. Elle est située le long d'un bras de mer qui reçoit la rivière Grande, au pied des monts Saribingo, sur une étroite bande de sable peu élevée, assez cependant pour dominer tout le terrain environnant.
Les cartes deGuillain, Bissy de Lannoy, Roblet, de la Guerre {1894) ne donnent pas la rivière Grande, mais on la trouve sur celles d'Hausermann et de Laillet et Suberbie; M. A. Grandidier la nomme Sahabé « La Grande Rivière »•
I GuiLLAiN, opcit,f p. 206 •
Le docteur Louis Catat, ancien vice-résident à Majunga, dit que le bras de mer en question s'enfonce profondément dans les terres et forme deux rivières d^eau salée qui se perdent dans les palétuviers. C'est à la branche septentrionale que M. Suberbie donne le nom de « rivière Grande».
Le docteur Catat > signale auprès de Majunga une particularité géologique. Tandis que tous les terrains granitiques de Madagascar sont arrosés par des milliers de ruisseaux, on trouve autour de Majunga des séries de petits étangs circulaires entourés de verdure et à sec une partie de l'année.
Bien avant Radama I^S des étrangers ont fondé des établissements dans le site de Majunga. Dans le quartier de Marofotona existent encore les ruines d'une mosquée arabe vieille peut-être de trois siècles.
Majunga ne ressemble à aucune ville malgache. On y voit la case en satrana du Sakalava et du Makoa, la hutte en rofia de TAntimerina et une cinquantaine de grandes maisons indo-arabes en pierres. Sa population qui est d^environ 1 1 ooo individus, se compose de Sakalavas, d'Aniimerinas, d'Arabes, de Comoriens, d'Indiens, d'esclaves Makoas et d'Européens, français pour la plupart. De toutes les villes de Madagascar, dit Louis Catat ^,
I Louis Catat, Voyage à Madagascar, 1889- 1890; Hachette, 1895, p. 240. — Guillain dit aussi que le chemin de Marovoai à Androtsy est impraticable pendant la saison pluvieuse « à cause des mares dont il est entrecoupé » (op. cil,, p. 2a i).
3 Louis Catat, op. cit., p, 378.
Majunga est celle où les Hovas se sentent le moins chez eux : « Cest la porte ouverte de la grande île ».
Cette cité est menacée de ruine.
Le port est à Tabri des tempêtes du large, mais le violent Betsiboka, les cyclones et les raz de marée rongent répaisse couche d*argile qui porte la ville. Quand les érosions atteignent une certaine profondeur, la partie supérieure perd son équilibre et tombe dans la mer. La bande qui s'engloutit annuellement, en temps ordinaire, est d'une dizaine de mètres. Quand les raz de marée, les cyclones et le Beisiboka donnent ensemble, la ville entière redoute de tomber dans les flots.
Eu même temps que ce travail d'érosion se produit à rentrée de la rade, des dépôts de boue se forment aux embouchures du Betsiboka et font contrepoids. Néanmoins la rade de Majunga est Pune des plus belles de Madagascar et son port deviendra, par la force des choses, le plus important de Tile. Majunga est le débouché naturel de la vallée du Betsiboka. Les produits de Plmerina y viendront, plus tard, quand un chemin de ferla reliera à Tananarivo. Nos soldats tracent en ce moment, entre les deux villes, un glorieux sillon; le chemin de fer ne se fera pas attendre et la situation économique changera du tout au tout. Actuellement, les transports se font à dos d^hommes, ce qui explique le peu d'importance du mouvement commercial.
En 1 888, Majunga importait pour 600 000 fr. ; en 1 893, pour 400 000 fr. A mesure que les Fahavalos étendent leurs brigandages, le commerce diminue.
Les chiffres de la douane sont beaucoup au-dessous de la vérité. Les douaniers, comme tous les fonctionnaires du gouvernement de S. M. Ranavalona 111, ne reçoivent aucun traitement et vivent de concussion. Il leur faut se laisser corrompre sous peine de mourir de faim, et ils se laissent corrompre, sans en faire mystère, sans se faire prier. Plus de la moitié des marchandises débarquées dans les ports de la Grande-Terre entrent ainsi en fraude. Il en est de même des autres impôts. Celui de la Piastre ou de Capitation, par exemple, est évalué à 12 ou i5 millions; il rapporte au plus 8oo ooo fr., et le sac à finances est si bien pressuré au passage, par les gouverneurs de province, qu'il arrive au Ministre réduit de plus de moitié ».
Guillain place au sud de Majunga, sur le rivage opposé de la baie, la ville de Moudzangaïe. Cette ville, qui ne figure plus sur les cartes, a été fondée, en 1745, par les Antalaotras. Elle a été irès prospère pendant toute la durée de la domination sakalava. Au moment de la conquête hova, elle comptait au moins 10 000 habitants et possédait une mosquée, des maisons en pierre, une marine dont le chef commandait à tout le littoral. Ses riches marchands avaient des relations régulières avec Tintérieur de Tîle, avec les côtes d'Afrique, TArabie et Tlnde. La baie était sillonnée de pirogues, des villages nombreux et prospères se miraient dans ses eaux. Viennent les Hovas ; la population se réfugie dans le nord,
I Martineau, Madagascar en 1S94, pp. 298, 3oo, 3o2-3û6^ 431.
Ramanetaka incendie la ville et réduit en esclavage ceux qui ne peuvent sMchapper.
En T842, quand Guillain passa dans ce pays, il y trouva 675 individus libres et 2 5o esclaves. Cette population occupait une centaine de cases construites sur les ruines de Pancienne ville; 2 5 maisons abandonnées s'écroulaient pierre à pierre et 3 mosquées sur 7 servaient encore au culte.
La plus grande partie de la population sakalava restée sous la domination hova était internée à Angougouro, village à une demi-journée de marche au nord-nordest de Majunga. Ces malheureux étaient au nombre de I 5oo. Ils avaient des Hovas une haine profonde. Ils restaient pourtant parce quMIs n^osaient pas tenter une situation nouvelle, parce que la fuite d^un homme était suivie du massacre de sa famille, parce que ceux qui leur conseillaient de se révolter ne manquaient jamais de les trahir et de les livrer à la vengeance des Hovas ' .
Les Sakalavas ont une autre raison, un lien moral qui les attache au pays. Le gouverneur de Majunga possède des reliques d^anciens rois du Boina, et les indigènes ont pour ces reliques un culte superstitieux. Plusieurs fois par an, le gouverneur les fait sortir en grande pompe, au bruit du canon, pour les baigner dans la mer. Ce solennel hommage rendu aux restes de leurs souverains leur emplit le cœur de joie et allège leurs chaînes ^.
> Martimeau, 0/7. cit,, p. 78.
'Guillain, op, cit,, pp. 21 1-2 16.
Sur la baie de Bombéioke ei le fleuve Bebsiboka, Guillain donne, outre Majunga et Moudzangaïe, les noms de Maroway, Kamakouna, Taboura, Ambatou, Tangaï, et Mahabou. Le P. Robiet allonge la nomenclature de Guillain, M. Suberbie allonge celle du P. Robiet, M. A« Grandidier allonge celle de M. Suberbie et donne la signification des noms ' .
La baie de Bombétoke reçoit Fun des plus grands cours d*eau de Madagascar : le Betsiboka.
Guillain traduit ce nom par « Grande (eau) qui n*est pas douce»; M. Grandidier par : <i [qui a) beaucoup (d'eau) qui n'est pas saumâtre ». Qui a raison ? M. Grandidier, je pense, mais je n'en suis pas sûr.
Guillain dit que ce fleuve a été appelé Manambouka, Ranowiiainti, Mananhara eiMangara.
I On trouve dans ses tables : Mojanga « La ville des angàia ou des fleurs » ; Marorogo t Qui a beaucoup de ruches » ; Ambatolampy « Où il y a une pierre plate » ; la Battalampey d'Inverarity et de Suberbie, où Louis Catat a vu des ruines musulmanes; Nosimboahangy « L'île de corail » ; Tanandava « Le village long » ; Ampombitokana « Où il y un palmier rofia », l'ancien Pombovitok ; Amboaniho « Où il y a des cocotiers » ; Ambohitromby ; Ambatokcly « Où il y a un petit rocher » ; Maevarano « Dont l'eau est belle » ; le fortin de Miadana « qui est en bonne situation » ; le fort d'Ambohipihaonana « La ville où a eu lieu l'entrevue (de Radama i^r avec Andriantsoly) », sur la rivière Maroway « Beaucoup de crocodiles n ; Antahitsianomby, au sud de la décharge nord des lacs Kinkony et Tsantsahitsy; Antema, village à l'embouchure de l'Andranomazava « Où l'eau est claire » ; Andomoty « Où il y a des lamoty (pruniers) j». (A. Grandidier, Hist, delà géog, de Madag,, pp. 121, 122).
Il a surtout été connu sous le nom de Mananara qu^il porte encore dansTImérina, où il prend sa source.
Les explorateurs, et, après eux, les cartographes, Toni successivement nommé: Vigang », Monongarra ^ Managara ', Maringando 4, rivière des Mâts (, Mannigaro ^ Combetora ou Maningrao 7, Manzerroy ou Munnonbaugher ^, La rivière du Riz 9, Manaquara '«>, Mangara '■. A ces noms, trouvés par M. Grandidier, on pourrait en ajouter d'autres. Toutes ces mutations, dues généralement à la vanité des explorateurs, ne facilitent pas rétude de la géographie de la Grande-Terre.
Le Betsiboka, pour appeler le fleuve par son nom d'aujourd'hui, le Betsiboka débouche dans la partie sud-est de la baie de Bombétoke, par plusieurs bouches qui sont séparées par des bancs et des Ilots couverts de palétuviers. La carte de Guillain ne donne pas ces détails. Le fleuve et son grand affluent Tlkopa ne sont tracés que sommairement. Il prolonge le Betsiboka jusqu'au pays des Sinakas, alors que les nombreux affluents de ce fleuve s'étalent en éventail, en plein Ankova, jusqu'aux environs de Tananarivo.
L'Ikopa est représenté par un trait presque rigide poussé jusqu'au sud de Tananarivo, mais le cartographe en omet la ramure très compliquée qui embrasse tout le
I Orteliu», id;©.— a Wilde, i65o.— ? Chevreuil, 1673. — 4 W. Hicke, 1680. — J Dupré-Eberard, 1667. — * Thornton, 1703. — 7 Holst, 1740. — 8 R. Drury, 1716. — 9 D*Hermiitc, 1732. — loD'Anville, 1749. — »' Inverarity, 1802.
plateau de IMmerina et plonge dans le cœur de la chaîne médiane.
Le commandant Guillain représente imparfaitement les contours de la baie de Bombétoke.
Le gouverneur de Majunga, tout en se montrant très courtois, a fait de son mieux pour l'empêcher de voir. Il n'a pas pu Tempêcher de questionner les Antalaotras et de recevoir d'eux beaucoup de renseignements sur le Betsiboka, son régime et ses rives, sur les forts qui le bordent et que nos soldats ont enlevés si crânement. Ces forts ne sont pas insignifiants, comme on pourrait le croire. La place en est choisie avec discernement, sur des hauteurs d'accès difficile. Les soldats hovas ne sont pas sans valeur. Si donc ces forts tombent rapidement en notre pouvoir, c'est que nos troupes peuvent attaquer la bayonnetteau canon, donner cours à cette qualité militaire que les Italiens appellent la/uria/rancese.
Il y a aussi des moyens de défense qui sont pour nous sans influence.
Le fort de Mahabou, par exemple, était armé de quatre canons et gardé par 90 hommes commandés par un onzième honneur (général de division). Il était défendu par les tombeaux d'anciens rois du Boina. Il est certain que jamais les Sakalavas n'ont osé attaquer un fort où se trouvaient ces reliques vénérées ; il est également certain que cela ne pouvait pas arrêter les Français.
Guillain cite dans sa relation, sans les marquer sur sa carte, dans la partie navigable du Betsiboka et de l'Ikopa,
beaucoup de noms d^îles et de grands villages détruits parles Hovas '.
C'est sur Tlkopa, près de Mevatanana, que se trouve Suberbieville^ siège de la vaste exploitation aurifère de M. Suberbie, intrépide explorateur et habile cartographe de Madagascar.
Cette concession est traversée par le Betsiboka dont Rainilaîarivony a voulu concéder les caïmans pour faire des porte-monnaies avec leurs peaux ».
Cette idée bizarre de concéder, non gratuitement, l'exploitation des crocodiles prouve que le premier ministre malgache croit fermement à Phabileté des Européens qui aventurent si légèrement Targent d'autrui et à la naïveté des souscripteurs de la France et de TAngleterre.
> Baie de Boina
A quelques milles à Pouest de la baie de Bombétoke s'ouvre la baie de Boina.
En face, par iS^ 42' 39" de latitude sud et 43° 34' 38" de longitude Est, surgit Nosy Makamby « Oîi Ton peut se mettre à l'abri ».
Cette île a été nommée Marapouy, en 1668 J ; Makandari, "en 1672 4 ; Macomby, en 1673 5 ; Islede la Table,
» GuiLLAiN, 0/7. cit,, pp. 226-228. — a Martineau, op. cit., p. 141. — 3 Par un anonyme. — 4 Par Nieuhoff. — J Par Kculcn.
en 1726 ' : Makmay, Makiamay^ Makabay ou Macabée par d anciens auteurs '.
Elle est séparée de la Grande-Terre par des bancs de sable qui ferment le passage aux navires.
C'est un roc très élevé, aride, escarpé, percé de nombreuses cavernes habitées par de grandes chauves-souris.
Un ancien explorateur ? signale sur son sommet les ruines de deux petits édifices qui ne lui parurent ni malgaches ni arabes.
Guillain estime, d'après une tradition Antalaotra, que des Arabes ont occupé Nosy Makamby, puis la baie de Boina et que les ruines signalées par le capitaine Boteler sont celles de leur ancien établissement.
La baie de Boina, connue dès le commencement du xvi« siècle, a reçu différents noms 4.
Guillain rappelle Bouéni, les cartographes de la guerre de 188 5 et 1894, B*" Makamby; Suberbie écrit
> Sanguinet. — > Voir A. Grandioier, op, cit,^ p. lai. — ) Bo- TELbR, Narrative of voyage of disovery to the Sores of Africa, — 4 Elle a été nommée : le 10 août i5o6, par Ruy Pereira Coutinho, Bahia formosa ; le 8 décembre de la même année, par Tristan da Cunha, Conception; en i5i7, par Pedro Reinel, Dona Maria da Cunha; en 1367, P^^" Gastaldo, Barda; en 1608, par Rowles, baie Canquomorra; en 161 3, par Luiz Mariano, Mo^alagem nova; en 1672, par NieuhofF, Magelagie; en 1673, par Chevreuil, Massaly, Petit Massaly, Mazelages ou Nouveaux Ménages; en i683, par Fitzhugh, New Matheladge ; en 1688, par Coronelli, Mesanlaga nuova ; en 1719, par Drury, Luna pour Buna; en 1732, par d*Hermitte, Boena et Boiny; en 1765, par Bellin, Nouveau Masselage; en 1822, par Owen, Baie Makumba,
Boueny, Grandidier et Roblet disent Boina, nom dont la signification est incertaine. Selon qu'il est soahili, malgache ou antalaotra, il se traduit par « Oti il y a des cailloux blancs (boué-ni) », « Qui est loin (boheny) », a Qui est fier (bobina) », « (Oli vit) le Seigneur », parce que là résidait le cady des musulmans de la côte nordouest '. '
Ainsi, quatre siècles après la découverte, Taccord sur ce nom n'est pas encore fait.
L'entrée de la baie est obstruée par des bancs et des récifs qui la réduisent à un chenal large d'un mille et assez profond pour recevoir les plus grands navires. Le port est l'un des meilleurs de la côte nord-ouest de Madagascar, et longtemps il a été uii centre commercial important. Il était occupé par des noirs, et les Arabes des Comores venaient y faire la traite.
Sur sa carte de lySa, le capitaine d'Hermitte place un grand village du nom de Boyny. Au mpment de la conquête hova, les Antalaotras ont abandonné ce village, aujourd'hui disparu du sol et des cartes, et en ont élevé un du même nom au sud de la baie de Bombétoke.
Un plan de 1673, du Dépôt des Cartes et Plans de la marine^ figure au fond de la baie une île contenant des groupes de maisons, des bouquets de cocotiers et trois édifices à coupole. Est-ce la Nosy Boina que M. Grandidier place à une minute au sud d'Antseranandava?
Le même plan figure à l'entrée de la baie une île
I Grandidier, op. cit., p. 121.
Jangomée : c'est Nosy Antseranandava «Oîi ilyaun port allongé ». Elle a été connue autrefois sous les noms de Çanquomorra », Jangomy » et Jean Gomme J.
Nosy Boina et Nosy Antseranandava ne sont pas marquées sur la Carte de Guillain.
En 1842, le commandant de la Dordogne a trouvé les habitants du Boina sauvages, insouciants, mutins, pillards, peu belliqueux.
Le cap Tanjona et la rivière Mahavavy
Le cap Tanjona, haut d'environ 160 mètres, a été connu de bonne heure et son nom a souvent changé. Il a été Terre de Saint- André 4, cap de la Table î, cap Courbas ou cap Blanc ^, Cap Courbas 7, False Cape ^, La carte de Guillain porte Tan zou, celle de la guerre de i885, Tanjona; celle de la guerre de 1894, Tanjo; le P. Roblet écrit Tanjo; M. Suberbie, Tanzou ; M. Alfred Grandidier, comme les indigènes, Tanjona « Le Cap ».
Entre ce cap et la baie de Boina, à neuf ou dix milles de la baie de Bombétoke et à vingt milles de la Maroambiisy, débouche une rivière que Guillain nomme la Mandzaraï. Précédemment elle fut appelée : Maperrey 9,
I Rowles, 1608. — a Anonyme, 1670. ^ ? Chevreuil, 1673. — 4 Pedro Reinel, i5i7. — J Wilde, i'»5o, et Thornton, 1703. — 6 Journal maritime^ 1708. — 7 Bellin, 1765. — 8 Owen, 1824. — 9 W. Hacke, 1680.
Marapouy ou Marapare ', Manseroy *, riv. Damboy ^ Manjaray 4.
C'est la Mahavavy « (la rivière) qui rend femme (qui fait peur), parce quMl est dangereux de la traverser à cause des crocodiles s b.
Du mois de novembre au mois d'avril, quand les eaux sont hautes, la Mahavavy peut recevoir des bateaux de 3oà 40 tonneaux. Elle prend sa source loin au sud, à 85 kilomètres de Tananarivo, dans un désert visité pour la première fois, en 1887, par M. Léon Suberbie. Son tracé est encore indécis. Les cartographes présentent même diversenjent sa partie voisine de la mer. Elle communique avec le lac Kinkony par un ruisseau très sinueux nommé par Guillain, dans sa relation, Maïti- Massou, et anonyme dans toutes les cartes.
Le lac Kinkony est grand, poissonneux, entouré de nombreux villages, parsemé de petites îles qui, en 1842, servaient de refuge aux habitants contre les attaques des Ho vas.
Baie de Maroambitsy
Le 18 septembre 1842, Guillain mouille la Dordogne dans la baie de Cajembi, baie nommée Marambitsy par le P. Roblet, Makambitra par M. Suberbie, Maroambitsy
t Fitzhugh, i683. — a Huist, 1740. — î Beniowsky, 1776. — 4 Par les auteurs modernes. — J M. A. Grandidier, op, cit., p. 120.
par M. Grandidier. Maroambitsy signifie « Où il y a beaucoup de poissons ambitsy » ou « Qui sont peu nombreux mais vaillants ».
La pointe orientale, nommée Marambitsy, est située par I 5» 57' 1 2" de latitude et 43® 18' 40" de longitude. Celle de Touest, qui est par 1 5® bf 6" de latitude et 43° i5' o^' de longitude, a été successivement nommée Bumbally », Balle ^ baie de la Magdeleine ?, Makambitra (anglais) 4. D'après Guillain, Owen appliquait le nom de « Boteler's river » à la baie et à la rivij^re qui conserve encore ce nom. Guillain ne figure pas la rivière Boteler et son tracé de la baie paraît un peu sommaire; mais on ne saurait lui rien reprocher puisque chacune des cartes qui suivent donne un tracé différent.
Dès le lendemain de son arrivée, Guillain se rend à Kiakombi, village d'une soixantaine de cases, situé au fond de la baie.
Le trafic de la région est aux mains des Antalaotras, qui reçoivent des boutres du Mozambique, de Zanzibar, des Comores et de Nosy Bé. L'importation se compose d'étoffes, de verroteries, de miroirs, de grosse vaisselle, de poudre, de balles, de pierres à fusil et de fusils. Le pays pourrait fournir, en assez grandes quantités, des bœufs, des peaux, des salaisons, du riz, de la cire, de Pécaille, dé Tébène et du santal. Au temps de Guillain, le commerce était peu étendu, mais en progression depuis Pouverture
r Wilde, i65o. — ï W. Hacke, 1680.— ? Journal maritime ^ 1708. — 4 A. Grandidier, op, cit., p. i5o.
de relations avec Nosy Bé. Le progrès signalé a sans doute été enrayé par les vices de la population^ car la baie de Maroambîtsy n'est pas citée parmi les centres commerciaux de la côte occidentale.
Kiakomby, aujourd'hui Bemakamba, avait pour spécialité industrielle le boucanage des viandes.
Voici comment on procédait à ce travail. La bête tuée, les chairs en étaient détachées des os, coupées en longues lanières et exposées sur des cordes ou sur des claies, jour et nuit, jusqu'à siccité parfaite. Elles étaient ensuite soumises à un bouillon dans leur propre graisse, puis enfermées, avec de la graisse chaude, dans la peaq de l'animal.
Les Antalaotras et les Sakalavas prétendent que la viande ainsi préparée peut se conserver dix-huit mois ou deux ans. Qu'en tendent-ils par conservation? Il est certain qu'un morceau de cette viande sur un bateau s'y décèle par une odeur insupportable de matières en putréfaction et de suif brûlé.
Ces opérations de boucanage sont faites dans le village même et l'air en est tout imprégné. A ces émanations s'en joignent d'autres non moins dégoûtantes.
Les viandes de rebut sont entassées dans tous les coins du village et les indigènes viennent s'y approvisionner gratuitement. Ils découpent ces résidus et les exposent sur les toits des cases et les clôtures des jardins. Kiakomby ou Bemakamba est ainsi pavoisé de lambeaux de chairs plus ou moins putréfiées.
Les Européens n'y viennent qu'avec répugnance et le
quittent avec bonheur pour respirer Pair pur de la mer '.
Guillain a laissé la Dordogne dans la baie pour se rendre auprès du chef de la province, à Kiombikibou, sur la Mangaray. Il a traversé la rivière Boteler, qu'il ne marque pas sur sa carte, et vu un pays marécageux, aride, inculte, un chef abruti par Tarack, une population des moins intéressantes.
La province a été constamment soumise aux incursions des Hovas, et cependantellea conservé son indépendance. Cela serait inexplicable si Ton ne savait comment les deux partis font la guerre. Quand les Hovas paraissent, les braves de Tifikandro fuient sans combattre et se cachent dans les bois. Les Hovas incendient les cases et les moissons, pillent et s'en vont quand ils ne trouvent plus rien à manger. Les Sakalavas reviennent alors, construisent de nouvelles cases et, sans préparer aucun moyen de défense, attendent en paix une nouvelle invasion.
Guillain revient à son navire sans avoir rien obtenu et part, le 3 octobre, pour la baie de Baly.
La baie de Baly
La baie de Baly est à cinq lieues à Touest de celle de Maroambitsy.
Guillain la nomme Bâli. La carte de la guerre de i885
1 Guillain, op, cit., pp. 246-248.
et celle du P. Robiet portent Sa/^ Baly. Suberbie donne Baie Boyanna et Baie Baly, la carte de la guerre de 1 894, J5« Boyana [Baly] .
Le nom de Boyanna a été donné, en 1802, par le capitaine Inverarity.
M. A. Grand idier écrit Baie de Baly « Qui est loin, qui est séparé ».
La baie de Baly est l'une des plus grandes de la côte et la seule de la province d'Ambongo. Dans sa partie nord, elle offre un mouillage sûr pour les navires de toute grandeur; dans sa partie sud, elle n^a que deux ou trois brasses d^eau à mer basse, mais son fond est de vase et les échouagesy sont sans inconvénient.
Son commerce est de même importance et se compose des mêmes éléments que celui de la baie de Maroambitsy. Toutefois, il est augmenté d'un trafic d'esclaves assez actif exercé par des Français. Ces honnêtes trafiquants achètent les esclaves de i o à 20 piastres et les revendent aux riches malgaches au prix de 2 à 5 bœufs. Us expliquent aux PP. Jésuites qu'ils ne cherchent dans ce trafic qu^un moyen d'accélérer leurs opérations commerciales et d^abréger les souffrances des pauvres captifs. Les Jésuites ne paraissent pas convaincus de la pureté de leurs intentions, mais ils ont besoin d'eux, leurs remontrances seraient sans résultat : ils se montrent indulgents >.
Deux rivières se jettent dans la baie de Baly : la Baly^
I Le P. DE LA Vaissikre, Hist, de Madagascar, ses habitants et ses missionnaires \ Paris, V. Lecoflre, 1884, t. I, pp. 201-202,
sur le 1 6« parallèle ; la Ranomavo », par 1 6° 6'de latitude. Guillain ne trace que Tune de ces rivières et lui donne le nom de Bàlî. Le P. Roblet donne les deux, mais il nomme Baly la Ranomavo et Ranomavo la Baly. M. Suberbie est d^accord avec M. Grandidier pour placer la Baly à Test et la Ranomavo à Touest,
La pointe Est de la baie est Sada « Qui donne aide et protection, forteresse ». La pointe ouest est le cap Ambararata a Aux roseaux », qui est nommé cap Didas dans le Journal maritime de 1708, cap Dada par Bellin, en 1767, et Barabata par les Anglais.
Il y a sur la baie plusieurs villages dont deux ont des noms du meilleur augure : Marotia s Qui est aimé de beaucoup de gens », et Mahagolo a Qui fait vivre vieux ».
Au mois d^août i853, les Jésuites fondèrent une mission dans ce dernier village. Les indigènes, très belliqueux, très attachés à leur indépendance, les soupçonnaient d'espionnage pour le compte des Hovas, leurs ennemis. Les Arabes, influents sur ces côtes, voyaient dans les Pères des adversaires de leur commerce et de leurs croyances religieuses, et faisaient en sourdine, sur leur compte, les récits les plus absurdes. Les Pères furent néanmoins reçus avec déférence, bien traités, mais nul n'osait leur confier ses enfants. Voyant qu'ils perdaient leurs peines, ils tentèrent de pénétrer plus avant dans la
I Nommée : Rio Balue, par Luiz Mariano, en 161 3; Bally, par Wilde, en lôSo; Bumbale, par W. Hacke, en x68o ; Baie Balue ou Baulin, par d'Anville, en 1745 ; Bally, par d'Apres de Mannevilleitc, en 1743. (A. Grandidier, op. cit,, p. 120).
grande ilc. Cela n'était pas non plus du goût des chefs dii Baly, et doucement, par des mensonges peu déguisés, ils tes forcèrent de rester à Mahagolo. En février iSSg, cette mission prit fin '.
Le tracé de la carte de Guillain est incorrect, incomplet; surtout il donne une forme trop massive à la péninsule en crochet, très déliée, qui prolonge la pointe orientale de la baie.
De la baie de Baly à la rivière Sambaokofa. — Les côtes du Menabé.
Le 10 octobre 1842, Guillain quitte la baie de Baly et va, longeant la côte, à la recherche de la Sambaho, notre Sambaokofa, dont il n a pas la situation exacte. 11 donnera ainsi, diaprés autrui, le tracé de la côte jusqu^au cap Saint-André et à la Sambaokofa.
' 11 trace la rivière Beara, notre Behara « (Où il y a) beaucoup de rochers d, et la rivière Manumbo qui fut nommée : par d'Anville, en 1749, Motarioculo; par d^Après, Moutamacul\ par M. A. Grandidier, Manombo « Qui donne la prospérité ».
Il oublie la rivière Mandery, qui figure sur les cartes du P. Roblet et de M. Suberbie.
Il appelle cap Saint-André ou Salangoma la pointe qui marque le tournant de la côte.
Ce dernier nom a été donné par les Soahili, qui Pécri-
I Le P. DE LA VAissiàRE, Of . Cit., t. l, passtm.
vent Salan'gofçi « génuflexions >, parce que, dit M. Grandidier, la mer y étant d'ordinaire houleuse, les navires y subissent un fort tangage.
Ce cap a été nommé, par Reinel, en iSij, terre Saint- Antoine; par Mercator, en iSôg, cap Saint- Antoine; par Thornton, en 1703, cap Saint-Andréas. M. A. Grandidier Pappelle cap Saint-André ou Vilanandro « Par le travers duquel se couche le soleil s^ parce que cette partie de la côte est orientée de Test à Touest.
Le 14, Guillain découvre, par tâtonnements, l'embouchure delà Sambaokofa. Il nomme cette rivière Sam baho; ainsi fera le P. Roblet, tandis que les cartographes de la Guerre écriront Sambao, M. Suberbie Sambahiva et M. Grandidier Sambaokofa. Il prend terre à Nossi- Valavo « île aux Rats », notre Nosy-Voalavo « Beaucoup de rats».
La carte de la guerre de 188 5 reproduit son tracé, c'està-dire qu'elle place File dans le delta de la Sambao. Les cartes de Roblet, de Laillet et Suberbie, et de la guerre de 1894, suppriment l'île et donnent à un village voisin de la côte le nom de Nosivoalavo, de Nossi Valavo ou de Nosy Valavo.
Guillain décrit de visu, en ces termes, les embouchures de la Sambaokofa : « On entre dans la rivière en passant soit au nord, soit au sud de l'île. Le chenal du sud doit cependant être préféré, la barre y étant moins mauvaise que dans l'autre; à mer haute on y trouve assez d'eau pour les boutres du plus fort tonnage, et, dans les grandes marées, des navires calant de neuf à dix pieds y entreraient
avec un bon pratique. Celte bouche de la Sambahoest par i6o 37' de latitude sud ».
Le commandant de La Dordogne doit avoir raison contre tous.
Il indique, à huit lieues du rivage, le mont Ambohitsoussi qui peut être vu de six à sept lieues de la côte et servir d'amer. Les cartes actuelles ne figurent pas ce mont et donnent son nom, plus ou moins modifié, à un village situé à 5o kilomètres de la mer.
A trois milles au sud de Nosy Voalavo, Guillain signale un promontoire long d^environ cinq milles, nommé Ambatou-Saroussî, pouvant aussi servir d'amer. Il s'agit sans doute des falaises que les cartographes de la guerre placent un peu plus au sud et nomment Ambotosadràtra.
Guillain place dans le Milanza < un grand lac qu'il nomme Tsafé, les cartographes de la guerre 5a/î, Suberbie Sofa et le P. Roblet Fanioma.
Les habitants de Nosy Voalavo n'avaient jamais vu, avant La Dordogne, un navire de guerre .Ils auraient bien voulu visiter.le monstre; mais que portait-il ? que voulaitil? La crainte et la curiosité luttent dans leur esprit. La crainte l'emporte et, hâtivement, ils passent la rivière pour se cacher dans les bois. Un truchement les rappelle, les rassure, la curiosité reprend ses droits et en use jusqu'à rindiscrétion.
Avant de quitter le Milanza, Guillain y signale des lits
r Le Milanja de la carte de la guerre de 1895, rAntlmilanza de celle de Laillet et Suberbie.
d^asphalte. Les Sakalavas les nomment sakoupanda et s^en servent, comme de glu, pour prendre les bœufs sauvages. Les Antalaotras emploient cet asphalte, mélangé de résine élémi, au calfatage de leurs bateaux.
De Nosy Voalavo, le commandant de la Dordogne fait voile au sud, pour Kivinza ou Kivinja, village arabe nommé par quelques cartographes Maintirano. Ce village est sur un plateau sablonneux, découvert, dans une île formée par les embouchures du Douko. Les brises de mer y entretiennent, pendant le jour, un air pur. La nuit et le matin, les vents de terre y arrivent chargés des émanations d^immenses marais formés par les débordements du fleuve et par un mélange d^eau douce et d'eau saline qui développe une riche végétation de palétuviers.
Les cartes du P. Roblet, de la Guerre et de M. Suberbie ne donnent au Douko ou Demoka qu*une seule embouchure. M. Grandidier, d'accord avec Guillain, dit que Kivinja est situé dans une île formée par le bras nord du Demoka et TAndembabé.
Le Douko du commandant Guillain devient le Doko du P. Roblet, le Doko (Demoka) de la carte de la Guerre de 1894, le Maintirano de M. Suberbie. Pour M. A. Grandidier, c^est le Maintirano ou Kivinja « L^eau noire et (où il y a des) filaos (en soahili, Kivindjé) ».
Les Portugais Pont nommé Rio de Parcel ou rivière des écueils parce qu^il débouche en face des îles Stériles. Il a été aussi appelé : Rio Pracel, par Gastaldo, en 1 567 ; Do Parcellum, par Sanuto, en i588 ; Pracello, par Megi-
ser, en 1609; baie Plaisante, par François Gauche, en i65i ; baie de Pracel, par Flacourt, en i656; Parcellas river, par Thornton, en 1703, et par Van Keulen, en 1753 ; Sadia^ par Coronelli, en 1688, et pard'Anville, en 1749; Mantao, par d'An ville, en 1749, ^^ par d'Après, en 1776; rivière PasCetas, par Beniowsky, en 1776 ».
Les îles Stériles, situées en face de cette rivière encore inexplorée, entre les parallèles 18° 28' 10" et 18» 34', ont été reconnues, en 1529, pour la première fois, par Jean Parmentier, le capitaine-poète de Jean Ango, le grand armateur dieppois. Cet archipel a été appelé, par Parmentier, <c lies de Crainte ». Il a été nommé, la même année 1529, par Ribeiro, Bairos de Pracel] en 1642, par Cabot, Baxeras de Pracel \ en i588, par Sanuto, Bareire; îles Aprilochi « Oîi il faut ouvrir l'œil »; en 1 6 1 3, par Luiz Mariano, les Sept îles de Corpo de Deus ; en 1703, par Thornton, Basses de Pracellas; en 1700, par Mortier, et en 1749, par d'Anville, îles de Chacao\ en 1753, par Van Keulen, Droogtens Eylanden « îles Stériles »; en 1763, par White, Les Mille îles sèches \ en 1824, parOwen, Barreti islands, nom qu'il conserve encore, sur les cartes, avec celui cTIles Stériles.
Les Stériles furent nommées, par Jean Parmentier, Ile Majeure, TEnchaisnée, l'Utile, la Boquillonne, l'île Saint-Pierre, l'Andouille, l'Adventuréc.
Owen, en 1824, substitua à ces noms ceux de Heyvsrood, Hewet, Horsburg, Dalrymple, Beaufort, Flinders, North
1 A. Granoidier, op. cit,f p. 118.
ou Smylh^s island, et Woody îslandj une huitième dont Parmentier ne parle pas.
Ces iles sont maintenant nommées Nosy Lava « L'Ile longue » Nosy Dondosy • L'ile dénudée », Nosy Mangily « L'ile qui cause des démangeaisons*, Nosy Andrano • L'île oQ il y a de l'eau n, Nosy Androttra ■ L'ile oii il y a des arbres rotraii, Nosy Maroantaly «L'ile oU il y a beaucoup d'arbres antaly », Nosy Mavony et Nosy Ronio « L'ile où il y a des lianes ron/o » '.
Guillain représente l'archipel des Stériles par la seule Nosy Marouanialy. Les cartes de Roblet et de Suberbie conservent ta nomenclature anglaise; celle de la Guerre, de 1894, conserve encore une partie des noms anglais.
Guillain a recueilli, à Kivinja, des renseignements sur le Menabé, royaume qui s'étend du Doko au Mangoka, c'est-à-dire du 17' au 21'parallèle, sur environ eentlieues de long et quinze à vingt de large. 11 a été nommé par Reinel, en 1 5 1 7, Terra del Gado ou « Pays du bétail »,
Le littoral est plat, sablonneux, souvent couvert de palétuviers. L'intérieur est très boisé; le terrain est inégal sans être montagneux. II est riche en bétail, comme l'indique son ancien nom. Entre le Tsiribihina et le Morondava le minerai de fer est si abondant, d'une extraction si facile, que le sol, pourrait-on dire, « sue le fer ».
Le Manambolo, qui sépare la province de ce nom de celle du Miari, est situé, d'après Guillatn, par iS° 35' de latitude, d'après M. .\. Grandidier, par 190 4' 3o". Cette
I A. GsANDiEiiEit, op. cit.
erreur. Importante, inexplicable, se répercute jusqu'au cap Saint- Vincent de la carte de Guillain.
La pointe sud du Manambolo a été nommée, par Jean Parmentier, cap de la Traison (Trahison), parce que les matelots Vasse, Briand et Jacques l'Écossais y furent assassinés par les indigènes, le 28 juillet 1529 >.
Ce fleuve est le Port Capado de la mappe de Henri II, de 1 546, le Rio del Rey de la carte de Tramezini, de 1554; le Sadia de celle de Luiz Mariano, de 161 3; le Manamboule de Guillain, le Manambolo « Oti il y a des plantations » ou « Qui a des cheveux » des tables de M. A. Grandidier. Au commencement du xvni« siècle, Andriamandisoarivo, premier roi du Boina, donna Tordre aux habitants, dont beaucoup laissaient leur chevelure inculte, delà tresser ou de la couper. Plusieurs, préférant la tonsure aux tresses, ont coupé leurs cheveux et les ont jetés dans le fleuve. En souvenir de ce fait, dit M. Grandidier, le roi adonné à ce cours d^eau le nom de Manambolo s Qui a des cheveux ».
Guillain donne ensuite le Sizouboungbi et place sur le 1 9e parallèle le centre de son delta , à environ o» 46' plus au nord que ne le fait M. Grandidier, qui donne pour sa bouche sud 19048' 5o". Ce fleuve est aujourd'hui nommé Tsitsobohina « Oîi Ton n'entre pas (à cause des crocodiles) », et Tsiribihina « Qu'on ne passe pas à gué ». 11 est formé par la Mahajilo « Qui se perce un chemin. Qui
i Journal d'une navigation des Dieppois dans les mers orientales sous François I^r (iSag-îSSo), publié par Pierre Margry. (Bulletin de la Société normande de Géographie, cahier de juillet-août i883).
enlève des terres i, et par la Mania <c Qui zigzague ». Ces deux principaux affluents reçoivent un nombre considérable de rivières et de ruisseaux dont Técheveau, très compliqué, couvre tout le sud de l'Ankova.
Le P. de la Vaissière change en Tsizibonji le nom de Tsirîbihîna, et dit que ce fleuve, d'un cours rapide, traverse tantôt de vastes forêts, tantôt des plaines de verdure, qu'il nourrit sur ses bords des bandes nombreuses de canards sauvages et dans ses eaux de monstrueux crocodiles ».
Au bord septentrional de la bouche du Tsiribihina, se trouve une île qui n'est pas marquée par Guillain: Nosy Tsimanandrafozana c Où il n'y a pas de beau-père, Où l'on ne respecte pas son beau-père ». Ce nom bizarre a une histoire.
Nosy Tsimanandrafozana est aujourd'hui couverte, presque entièrement, d'une forêt de mangliers impénétrable. Au commencement du siècle elle était plus petite et entièrement nue. Une femme dut y satisfaire un besoin pressant sous les yeux de son beau-père. De là, manque de respect et imposition à l'île de son interminable nom '.
En 1 848, les Jésuites ont tenté de fonder dans cette île, qu'ils nomment T^imanan-d'Rafozana, une mission qui aurait rayonné sur le Menabé. Ils étaient d'accord avec les chefs. Ont-ils été empêchés par les circonstances politiques? Ont-ils douté du succès? Toujours est-il qu'ils
I Le P. DE LA VaxssièrB; Hist, de Madagascar, t. I, p. i32. > M. A. Grandidibk, op. cit., p. 116.
partirent et ne revinrent pas. Il est d^ailleurs à remarquer que les Sakalavas, comme les sauvages du Nouveau Monde, voient dans le prêtre un bomme qui fait des cadeaux. Ils suivent ses instructions et pratiquent moyennant cadeaux. Pas de cadeaux, pas de fidèles. Cest toujours, dit douloureusement, le P. de la Vaissière : « Que me donneras-tu si je viens à tes instructions ? • Des femmes dirent un jour au P. Déniau : c Si nous allons à ta messe aujourd'hui, y aura-t-il une papaye (très gros fruit) pour chacune de nous? — Cest Dieu qui vous le donnera s, répond le moine. — c Nous la donnera-t-il aujourd'hui ? »
G)ntinuant à faire voile au sud,Guillain découvre Tembouchure d'une rivière qu'il nomme Andahanghi et place sur le parallèle 190 3o'. M. A. Grandidier appelle cette rivière Andrahangy « Où l'on a perdu du corail » et en place Tembouchure par 190 56' 3o'\
Guillain place par 20® 21' l'embouchure du Mouroundava. La différence entre sa position et celle de M. Grandidier (200 18' i5'') n'est que d'une minute et un quart ',
Ce fleuve a été nommé : par Luiz Mariano, en 161 3, et par d'Anville, en 1749, Manaputa; par Thornton, en 1703, Morondava; par Drury, en 1716, Morandavo\ par Bellin, en 1765, Mourandova et Moranda. Son
I M. A. Grandidier a hiverné à Ambondro, près de Pembouchure du Morondava, en 1869. Il a fixé la position de cette rivière par sept séries de hauteurs méridiennes, et par six occultations d*étoiles par la lune.
nom actuel est Morondava qui se prononce Mouroun^ dava, comme Pécrit Guillain.
M. Alfred Grandidier place sur le parallèle 200 20' 5" la baie de Lovobé « La Grande baie», et dit qu'elle reçoit l'Anakabatomena, bras sud du Morondava. Ce cours d'eau a été appelé : Rivière Saume, par Luiz Mariano; Youngoule, par le Journal maritime de 1668; Saune, par Mortier; Jahe Fouti pour Lahy Foty, par Thornton ; Yong-owl, par Drury; baie des Séclaves, par Joran; Young-oule, par White; rivière des Séklaves, par Bellin ; Youle, par d'Après; Young-oule, par Owen ; Youle, par Guillain ».
Guillain fait de la Youle une rivière isolée, coulant de Test à l'ouest, indépendante du Morondava. Les cartes de la Guerre, de Roblet et de Suberbie, ne font aucune mention de ce bras du Morondava. Seule la petite carte dé Henri Mager le porte comme l'indique M. Grandidier. Ce dernier a d'ailleurs vu le pays en 1869, et son itinéraire coupe l' Anakabatomena. Il n*y a pas de doute sur ce point. Mais c'est à tort, il semble, que le savant voyageur a identifié la Youle de Guillain avec l'Anakabatomena. La Youle ne peut être que le Manarivo, qui débouche par 20° 28' 3o''de latitude et qui prend sa source, par quatre rivières affluentes, dans les ondulations du 42° 3o' au — 430 de longitude Est, à 1 5o kilomètres de son embouchure.
Guillain donne, par 200 45' de latitude, la Mande-
I M. A. Grandidier, op, cit., p. 11 5.
loulo. Cette petite rivière, appelée maintenant Lampaolo, se jette, par 20<' S^, dans la baie Mitehina « Oîi Teau tombe goutte à goutte ».
Il signale encore, dans le voisinage de la côte, des hauts-fonds de sable ou de corail, mais ils sont sans danger, parce qu^ils sont rattachés à quelques îlots qui commandent Tattention.
Il place sur le 2i« parallèle deux groupes d^iles qui furent nommées, par Owen, ^arlow et Crab Islands^ Murder et Grave Islands, Ils forment de bons mouillages, mais on n'y saurait trouver qu^un peu de bois à brûler.
Ces îlots sont anonymes dans la carte de la Guerre de i885, comme dans celle de Guillain. Le P. Roblet les nomme I. Crab; M. Suberbie, Ile aux Crabes; la carte de la Guerre de 1894, N. Langoro; M. A. Grandidier, Nosy Andriamitaroka « Oîi les vagues fouettent » ; Reinel, en 161 7, Ile Saint- Vincent; Thornton, en 1703, Crabbisland; Van Keulen, en 1753, Eerste Eyland.
Le Mangoka. — Nosy Hao. — Le cap Saint-Vincent. — La baie de Fanemotra. — La rivière Manombo. — Les baies de Tuilear et de Saint-Augustin.
Le commandant de La Z)or^o^/i^ a pour mission expressede visiter les baies de Tuilear et de Saint-Augustin. Il constate, par les situations qui lui sont présentées, qu'il
n'a plus assez de vivres pour continuer Pexploration détaillée delà côte^ et qu^il lui faut arriver, aussi rapidement que possible, à la baie de TuUear.
Il passe ainsi, sans s'arrêter, devant les embouchures du Mangoka qu'il nomme, sur sa carte, « Rivière Saint- Vincent ou Mangouki ».
Un trait légèrement infléchi vers le nord représente le fleuve; quatre traits parallèles, orientés nord-ouest sudest, représentent ses quatre affluents supposés de la rive gauche.
Les itinéraires de .M. A. Grandidier de 1870 et de M. Richardson de 1877 ont permis au P. Roblet, à M. Suberbie et aux cartographes de la Guerre de dessiner, avec plus d'exactitude, la ramure du Mangoka, dont les tentacules sans nombre drainent les eaux du pays Betsileo.
Contrairement au tracé de Guillain, le Mangoka se jette dans la mer par deux embouchures principales : la Maroloa « Qui a beaucoup de têtes », par 2 1^ 20' 40'' de latitude, et la Fangoro « Pointe où Ton a l'habitude de plier la voile » et « Dont les eaux sont noires », par 21° 22' 45".
Le fleuve est appelé Mângoko par Owen, Ferrir par Luiz Mariano, Mangouki par Guillain, Mangoki, par Roblet et Suberbie, R. Mangoka et R. Saint Vincent sur la carte de la Guerre de i885, Mangoka sur la carte de la Guerre de 1894 et par M. A. Grandidier.
De toutes lés îles et bancs qui frangent cette partie delà côte, Guillain ne donne que Nosy Hao « L'île aux poux », située sur les parallèles 2204' 45" et 220 5' 5o". Il la
nomme « Ile du Meurtre ». C'est la traduction du nom de Murder's island donné par Owen, en 1824, parce que deux aspirants du JBarraconta, Bowieet Parson, qui faisaient le relevé des côtes, y furent assassinés par les indigènes.
Antérieurement, Tîle du Meurtre a été appelée : Ins. Sancti Jacobi, par Sanuto, en i588 ; île Saint-Jacob, par Sanson, en i655 ; île Première, par d'Après, en 1776.
Bowie et Parson ont été inhumés dans Nosy Langobalana, située par 21® Sf 20'' de latitude et 40° 5 i' i5*' de longitude Est. D'Après l'a nommée « Ile Seconde»; Owen Ta appelée Grave island « Tîle du Tombeau >.
Guillain marque, mais sans la nommer, l'île du Tombeau. Plusieurs de nos cartographes écrivent « Ile Grave » comme ils ont écrit « île Murder ». Ces appellations paraissent bizarres.
Le commandant de La Dordogne trace incorrectement le cap Saint-Vincent ou Tsingilofilo » et la baie de Befotaka « Où il y a beaucoup de boue ». Cette baie forme, avec celle d'Itséré, la grande île Bevato, qui est dans l'alignement de la côte sud. Un étroit canal la sépare de la Grande-Terre avec laquelle, vue du large, elle peut être confondue.
Nosy Bevato a deux villages : Bevato « Le grand rocher » et Andovoka « Oti est la baie ».
Dans la baie de Befatoka tombait autrefois Tune des bouches du Mangoka, celle qu'Owen a nommée Joune
I Ce nom est celui d'un arbuste épineux.
a Mintî, c'est-à-dire Onimaînti < La rivière noire». Depuis longtemps, dit M. Grandidier, le Mangoka a changé son cours et porté à un demi-degré plus au nord la branche qui se jetait dans la baie de Befotaka. C^est donc à tort quelacartedeM.Suberbieetcelle de la Guerre (1894) donnent une rivière Saint- Vincent, indépendante du Mangoka. Guillainn'a pas commis cette erreur.
Le cap de Tsingilofilo et la baie de Befotaka ont été successivement nommés : baie Saint-Jacques, par Nuno da Cunha, en 1^28, Port Saint-Félix, par Mariano, en 161 3, par Coronelli, en 166S, par Mortier, en 1700 et par d^Après en 1776; Port Tamolarive, par Parât, en 1714.; cap Saint-Vincent, par Ribeiro, en 1529, et par la plupart des cartographes jusqu^à nos jours ».
D'après les cartes du P. Roblet, de M. Suberbie et de la Guerre (1894), toute la côte, depuis le cap Saint-Vincent jusqu'à un demi-degré au sud de la baie de Saint- Augustin, a une bordure ininterrompue de récifs que Guillain ne figure pas.
Cet officier représente cependant, mais incorrectement, avec indécision, sans la nommer, la baie de Fanemotra € Qui recule, qui se retire en arrière ».
Cette baie, profonde d'environ cinq milles, est accessible parune coupure des récifs. Sa pointe nord, nommée Ankia « Oti Teau est peu profonde », est par 22» 12' o'' de latitude sud ; sa pointe méridionale, nommée Antsomotra « Oti il y a de la mousse », est par 220 la' 5o".
t M. A. Grandidier, op. cit.f p. ii3.
Elle a été nommée : Atabosco, par Gastaldo, en 1 567 ; Baia de Boaventura, par Luiz Mariano, en 161 3; Atabasta^ parSanson, en 1 65 5; Baie de Sainte- Bonaventure, par P. du Val, en 1666, et par Coronelli, en 1688; Antabast, parBellin, en ijôS; Murderer's bay, par le capitaine Vidal, en 1824. Sur les cartes actuelles, elle figure sous les noms de B« Murder (Fanemotra) ou baie des Assassins », Baie Murder ^, Baie de Fanemotra (des Meurtriers) B. Murder î, Baie de Fanemotra (des Meurtriers) 4, Baie de Fanemotra ou des Meurtriers t .
Continuant à descendre au sud^ Guillain voit, comme une toute petite rivière, la Manombo, qui débouche sur le parallèle 22® Sg' o'*. D'après le P. Roblet, cette rivière aurait une certaine importance: elle recevrait plusieurs affluents et traverserait la foret pour prendre ses sources dans les monts Bemarana, un peu au sud du Mongoka.
La carte de la Guerre (1894) réduit de beaucoup et considère comme conjectural le tracé du P. Roblet. Le cartographe de la Guerre paraît avoir raison, car le pays qu'arrose la Manombo est très peu connu et les cartes sont en complet désaccord.
Le nom de la rivière est encore Manombo « Qui fait prospérer ». Il lui a été donné par les Ombias en remplacement de celui de Masimanga, qui ne leur convenait pas. Le nouveau nom ne paraît pas convenir aux cartographes contemporains, car les uns l'écrivent Mahanomby, les autres Manombé.
I P. Roblet. — 2 M. Suberbie. — 5 Carte delà guerre de iSS5. ^ 4 Carte de la guerre de 1894. — i Henri Mager, 1895.
D'après Guillain, celte rivière roulerait des paillettes d'argent. .
Les baies de Tullear et de Saint-Augustin étaient les premiers points où pouvaient se ravitailler les navires qui entraient dans la mer des Indes par le cap de Bonne-Espérance. Dès 1642, les Anglais tentèrent d'y fonder un établissement. Les baleiniers américains^ qui péchaient dans le canal de Mozambique, les adoptèrent comme points de relâche. Les Français et les Hollandais firent aussi dans ces baies des installations. Toutefois ce sont les Anglais qu'on y vit le plus fréquemment. Les indigènes apprirent quelques mots de leur langue et finirent par voir des Anglais dans tous les étrangers qui visitaient leur pays. Le grand chef se para, comme il le fait encore aujourd'hui, du titre de King Baba que ses visiteurs lui donnèrent par dérision.
Le 3o novembre 1 842, la Dordogne arrive dans ce pays et jette l'ancre dans le port de Tullear, l'un des trois points de la côte du Fiherenana oîi puissent aborder les grands navires : les deux autres mouillages sont lesiles du Meurtre et la baie de Saint-Augustin.
L'ancre à peine jetée, une cinquantaine de pirogues sont détachées de la rive et se précipitent à l'assaut du navire. Ce sont des offres de vente importunes, tenaces. Le marchand qui est chassé d'un endroit revient d'un autre côté, toujours sa marchandise à la main, sans se soucier des rebuffades, sans se lasser jamais de crier sa marchandise et de la présenter. C'est l'une des deux formes du développement de la civilisation sur les côtes
nouvellement atteintes par les Européens. L'autre forme est la passion de Peau de feu.
Guillain vient d'atteindre la limite méridionale de la province de Fiherenana, qu'il nomme Féérègne. Cette province s'étend, au nord, jusqu'au Mangoka ; au sud, jusqu'à l'Onilahy ; à l'est, jusqu'aux monts boisés de
Bemarana. Elle forme les trois petits Etats de Kitombo, de Marombé et de Fiherenana '.
Le littoral est assez élevé, uni, sablonneux ou rocailleux, aride; après cette première zone, le terrain devient meilleur, plus boisé, montagneux. Il est arrosé par les affluents de gauche du Mangoka, par la Manambo, par les fleuves que Guillain nomme Féérègne ou Ranoumena et Ong N'iahi.
Cet officier signale, dans le nord de cette province, à trois jours de marche de la côte, un grand lac d'eau salée que les Antalaotras nomment Manen* Zéba et les indigènes H'outi. Il est nommé : par le P. Roblet et le cartographe de la Guerre JI1894) létry; par Suberbie et la carte de la Guerre {i885) Héotry. On y trouve, paraît-il, des coquillages et des poissons de mer.
Le pays produit beaucoup de bétail et mérite aussi le nom de Terra del Gado que Pedro Reinel donna au Ménabé. Il produit la gomme, la cire, l'orseille, l'indigo, le coton, plusieurs espèces de vers à soie, des écailles, des pois du Cap, des haricots, du mais. Les traitants ont leurs comptoirs à Nosy Vé. Les chefs Sakalavaset Maha-
1 M. A. Granoidier, op, cit., p. 191, note a.
fales exploitent les va:[a (blancs] avec la plus imprudente avidité, se souciant peu de les ruiner et de tuer la poule aux œufs d'or '. A la fin de 1888, par suite de ces exactions, tout le commerce du cap Saint-Vincent au cap Sainte-Marie faillit disparaître. Les Hovas, encouragés par la France, intervinrent militairement et prirent possession de Tulear et de Saint-Augustin. Les cadeaux, arbitrairement exigés par les anciens chefs furent remplacés par un droit maximum de 10 0/0.
Les habitants sont nombreux, vigoureux, comme au temps d'Augustin Beaulieu et de François Gauche, mais la fréquentation des Européens a remplacé par des vices leur simplicité native. Ils passent pour poltrons et ne paraissent pas avoir été jamais bien belliqueux. Autrefois, quand éclatait la guerre, ils se sauvaient, et, la paix faite, ils rentraient dans leurs villages. Cest même de l'invincible attraction qu'avait sur eux ce pays, qu'ils ne savaient pas défendre, que vient le nom de Fiherenana « Où l'on revient toujours au point de départ ».
Ils sont aussi très crédules et passent facilement d'une extrême confiance à une invincible défiance. Les tentatives de conversions faites parles Jésuites en sont une preuve.
Les Pères débarquent à Saint-Augustin le 17 juin 1 845. Ilssont reçus avec enthousiasme, écoutés avecadmiration, pris pour des dieux. Quelle belle moisson se prépare ! Passe un navire, américain par son pavillon, qui distribue largement des conseils et des cadeaux. La
r Le 6 juillet 1888, un négociant de Nosy Bé a dû donner, à titre
situation change, sur Pheure, du tout au tout. Les Pères ne sont plus des dieux mais des espions et des sorciers, des êtres malfaisants. A leur égard, tout est permis. Les tracasseries, les vols, les menaces, les voies de fait, les extorsions se succèdent sans relâche et se terminent par une brutale expulsion. Le séjour des Pères n'avait pas duré quatre mois. Ils revinrent en 1860, et n'obtinrent, comme la première fois, aucun succès.
Au moment où les sauvages s'ingéniaient à tourmenter les missionnaires, un chef dit à Tun des Jésuites de la mission de Tullear, dont il se prétendait l'ami : « Tu m'^appelles ton ami et je le suis en effet ; mais si je le suis, je dois rester dans ta case, manger avec toi, nCénivrer avec toi ». Ce chef indiquait clairement à quelles conditions un sauvage, civilisé au frottement des matelots anglais, pouvait se faire chrétien. Le P. de la Vaissière s'écrie douloureusement : « Pour une demi-brasse de toile, ils se feraient baptiser; le lendemain, pour une brasse entière, ils se feraient musulmans » <.
Ces pays de Tullear et de Saint-Augustin, si peu favorables aux Jésuites, ne sont pas bien représentés sur la carte de Guillain. Les récifs qui bordent le rivage, ne laissant qu'une petite entrée à la baie de Tullear et
de cadeau, au roi, à sa famille et à sa suite, des marchandises qui lui revenaient à 3 687 fr. 40. (Martinbau, Madagascar en iSg^, pp. 435-439).
î Le P. DE LA Vaissière, Ilist, de Madagascar, t. I, pp. 57-80, 76, 82, 3i3-3i4.
qu^un étroit canal entre Tullear et Saint-Augiistin, né sont même pas indiqués.
La nomenclature de Guillain se compose de quatre noms:
lo La R. Féérègne ou Ranoumena. Cette rivière a été nommée, par Drury, en 1705, Feraingher, nom que les Sakalavas prononcent Fiherenga. Elle a été appelée, par Flacourt, en i656, riv. Ranomena; parBellin, en 1765, Ranoumena ; par un anonyme, en 1768, Bat river \ c'est aujourd'hui la Tullea ou Tolia river des Anglais et la Fiherenana des Français. Son ancienne embouchure était par 230 20' 40" de latitude et 410 19' 20" de longitude; la nouvelle était, en 1891, par 2 S® 21' i5'' de latitude et 410 1 7' 25" de longitude. Son cours est encore incomplètement connu. Les cartographes paraissent cependant d'accord pour placer sa source dans la forêt de Tapia, par environ 42° 52' de longitude Est et 22^ 3o' de latitude sud, ce qui lui supposerait un cours de 200 kilomètres. Elle traverse des régions forestières et servira un jour à leur exploitation.
2» Le port de Tolia de Guillain est notre Ankatsoaka « Oîi l'on fait du bruit en marchant sur le sable », ou Tullear, nom qui est une corruption du malgache Tbliana ou Fitoliana, qui signifie « le terme du voyage, l'endroit où l'on peut atterrir ». Cette baie a été appelée : Port Tulle, par d'Anville; Baye de Tolearou Tullea, par Bellin ; Tullear Bay, par d'Après de Mannevillette ; Baye de Tolear, par Beniowsky. Aujourd'hui, les cartographes de la Guerre écrivent « Tullear (Tolia) Ankatsakoa » ;
Le P. Roblet « Baie de Tullear » ; M. Suberbie « Baîe Tolîa »; M. A. Grandidier, « Ankatsoaka ou Tullear ».
3® Les anciens cartographes ont souvent réuni, sous un même vocable, les baies de Tullear et de Saint-Augustin. On trouve ainsi : Port Santiago (Pedro Reinel, iSiy); Port Saint-Jacques (carte de Henri II, 1546); San Giacomo (Gastaldo, i56j); Sanctus Jacobus (Sanuto, i588); Saint Augustin (Cornelis de Houtman, iSgS); Hungry baie, nom donné par John Davis, en iSgg, parce qu'il ne put trouver de vivres dans cette baie ; port Saint-Jacques (Megiser, 1609); Saint-Jacob et Saint-Augustin (Sanson, i655) ; Baya de Besos, par les marins portugais, en 1667; Saint-Augustin (Coronelli, 1688). Le nom de Saint-Augustin est aujourd'hui adopté par tous les cartographes.
40 Le bord nord de POnilahy atteint la mer sur le parallèle 23<> 33' 20", au village de Tamboaba c Le coteau formé par l'apport de sable ». Son nom signifie « Le fleuve mâle ». Il a été nommé Rivière Douce ou de San Augustino, par Houtman ; riv. Guara par Megiser ; Yonghelahé, par Flacourt; Engoloy, par Mortier; Onegaloyhe, par Drury ; Darmouth river, par Nichelson ; riv. Dartemont, par d'Après. Tous les cartographes contemporains écrivent Onilahy, sauf le P. Roblet qui donne R. Saint-Augustin (Onilahy) .
Ce fleuve a été exploré par M. Alfred Grandidier, en 1 868, depuis son embouchure jusqu'à Mantaora, c!est-àdire sur une longueur de 120 kilomètres. En 1877, Richardson a reconnu sur le parallèle 22* 3o', près de
leurs sources, six affluents qui coulent du nord au sud ; en 1890, le docteur Louis Catat et Maîstfe ont reconnu, sur le méridien 43» 40^ aussi près de leurs sources, dixsept des ruisselets qui alimentent les affluents de l'Est. Entre ces trois itinéraires, le pays est désert çt le tracé du fleuve conjectural.
Nosy Vé t L'île aux pagayes », où se fait presque tout le commerce du sud-ouest de Madagascar, a été indiquée, par Guillain, comme un simple récif anonyme. L'île surgitau milieu de ces récifs et les domine. Sa pointe nord est par 23° 38' 58" de latitude sud et par 410 1 3' 5o" de longitude Est. Elle a été appelée : Anossevay, par Van Keulen ; Islettes australes de Saint-Augustin, par Cornelis de Houtman ; îlot de Sable, par Luiz Mariano ; île Raze, par un officier de la Pénélope, en 1762; île du pirate Avery, par un officier de l'Argo, en 176? ; Rygers isL (île des Hérons), par les Hollandais; Sandy island, par Nichelson ; île Macé, en 1880 ; Nosy Vy sur la carte delà Guerre (i885) ; N. Vé, sur celle de 1894; île Sandy ou Nossivey, par le P. Roblet; I. Nos Vey, par M. Suberbie ; Nosy Vé, par M. Alfred Grandidier.
Le capitaine Guillain n'a pas réussi complètement dans sa mission. La duplicité, peut-être aussi la timidité des chefs ont été des obstacles invincibles ; mais il a montré que la France entendait maintenir sa prépondérance dans le pays et protéger ses nationaux. Selon son habitude, il a étudié les habitants et leur pays, il s'est rendu compte de la situation commerciale, de la nature et de l'importance du trafic de la région. Son séjour a donc été très
utile. Sa mission étant terminée, il a viré de bord el fait route pour l'île Bourbon.
Sa cane est précieuse pour le tracé de la côte occidentale. Bien que des erreurs y puissent être relevées, elle apporte un notable progrès. Dans le tracé des cours d'eau, il n'apporte pas d'éléments nouveaux. Quant à son orographie, qu'il a donnée par à peu près, comme le tracé des cours d'eau, elle est malheureuse. II dessine des chenilles qui s'allongent, se recourbent, se divisent en tronçons et forment, du cap d'Ambre à la Mangoka, une diagonale qui donne à la carte un étrange aspect.