‹ La cartographie de MadagascarChapitre 16 sur 20 · L. Caiat et C. Maîstre (1889-1890), d'Anthouat-d (1890- i · texte numérisé non relu

L. Caiat et C. Maîstre (1889-1890), d'Anthouat-d (1890- i

1891), Douliot ('.891), Besson (1891) ».

Ces cartes et itinéraires et bien d'autres étaient, croyonsnous, une préparation à la construction de la gratide j cane d'ensemble qui est à la gravure. »

Ces travaux considérables, de conscience, d'une grande sûreté, ne sont que l'accessoire de Tœuvre de M. Gran- '

didier. En effet, prenant un à un les sujets d'étude qu'offre la Grande-Terre, il a donné successivement, avec ;

de magnifiques atlas : Histoire de la Géographie, — *

Histoire des Mammifères, — Histoire des Oiseaux, — Histoire des Poissons, — Histoire des Lépidoptères diurnes, — Histoire des Formicides, — Histoire des \

Hyménoptères^ — Histoire des Plantes, — atlas de 1

VHistoire des Coléoptères et de VHistoire des Mollusques.

Plusieurs autres ouvrages de la même collection sont à \

l'impression ou en cours de préparation.

L'œuvre complète formera environ 4\o volumes grand in-^P raisin. M. Grandidier y travaille depuis 2 5 ans; il y travaillera toute sa vie. Nous souhaitons de tout cœur, pour lui, pour la science, pour l'honneur de notre pays, qu'il puisse en voir la dernière feuille et la dernière planche.

Parmi les nombreux ouvrages déjà publiés par M. Alfred Grandidier, VHistoire de la Géographie de Mada^-

I Bulletin de la Société de Géographie de Paris, ic trim. de 1893,

gascar » sollicite tout panîculièrement notre attention. Il y expose, avec une compétence hors de pair, tout ce qui a été dit, écrit, dessiné sur Madagascar. Elle représente des années de recherches, de calculs, de discussion de pièces. Elle est sur notre table de travail depuis que^ sur notre demande. Fauteur a eu la bonté de l'envoyer à la Société normande de Géographie. Elle a été notre plus sûr guide pour Forthographe, l'identification, la signification des noms et la position des lieux.

L'île de Madagascar est-elle la Menuthias de Ptolémée

Quand VHistoire de la Géographie de Madagascar nous est parvenue, notre étude sur les temps anciens et le moyen âge était imprimée. Sur plusieurs points nos conclusions diffèrent de celles de M. Grandidier. Que faire? Reprendre notre étude, chercher la vérité, la confesser franchement. L'aveu d'une erreur est plus honorable que la plus subtile des discussions. Nous disons donc, comme nos vieux marins normands : à Dieu va!

Selon M. Grandidier, les Anciens n'ont pas connu la côte orientale d'Afrique avant le n* siècle de l'ère vulgaire.

I Imprimée, par autorisation de M. le garde des sceaux, à Timprimerie nationale en i885 ; deuxième tirage, revu et imprimé en 1892* Hachette et Ce éditeurs.

A cette époque, deux marins grecs, Théophile et Diogène, ont doublé le cap des Aromates (Guardafui) et attéri dans un port qu*ils nommèrent Rhapta >. Peu après, le pilote Dioscure poussa jusqu^à un cap qu'il nomma Prasum '.

Marin de Tyr a recueilli ces renseignements et Ptolémée les lui a empruntés.

Cest non loin de ce cap Prasum, dit M. Grandidier, que le célèbre géographe grec Arrien, auteur du Périple de la mer Erythrée, place Menuthias. « Cette île, la » seule avec Tarchipel voisin des Pyrolées que ces » auteurs citent dans cette partie du monde, est-elle celle

• que nous appelons aujourd'hui Madagascar? Est-ce au » contraire la Grande Comore, Mafia, Zanzibar, Pemba,

• ou même Mogdicho? 9

D'après M. Grandidier, les dhaous ou boutres des Anciens étaient semblables à ceux d'aujourd'hui. Ils allaient vent arrière ou grand largue, à la vitesse de 5 à 6 milles par heure pendant le jour et de 3 à 4 pendant la nuit. Ils descendaient le long de la côte orientale en décembre et janvier, avec la mousson du nord, et revenaient d'avril à septembre, avec les vents réguliers du sud-est ou du sud-ouest, faisant ainsi, par an, un seul voyage.

M. Grandidier identifie la marche des Anciens avec celle des Arabes et porte de 900 à 1,000 stades, ou de 90

I *Efiic6piov, tS *PaiCTà XtydiJLCvai. (Ptol. IV. 7). a npiaov ixpov. (Ptol. IV. 7).

à loo milles marins^ la valeur de la navigation quotidienne.

Appliquant cette vitesse à la durée de la navigation, il trouve que la distance du cap des Aromates au cap Rhaptum serait de 2,000 milles, et, en tenant compte de Porientation de la côte, d^une différence en latitude de 26 à 28 degrés. Le cap Raphtum tomberait ainsi vers le i5^ de latitude sud, aux environs de Moçambîque, et le cap Prasum entre i9<> et 20®, aux environs des bouches du Zambèze ou de Sofala, limite des vents réguliers du nord.

Ptolémée suppose Menuthias à 5 degrés à l'est-nordest du cap Prasum et estime à deux jours de navigation la distance de Menuthias, soit à Rhapta, soit aux Pyralées. M. Grandidier identifie les Pyralées avec les Comores (identification que nous n'admettons pas, comme nous Texposerons plus loin). Dans cette hypothèse il trouve qu^un point de la côte de Madagascar se trouve à égale distance de Moçambique et des Comores, ce qui est vrai, et il conclut de cette similitude que Madagascar est la Menuthias de Ptolémée.

Le raisonnement de M. Grandidier est solide, fortement étayé. Cependant Tétude attentive que nous avons faite du Périple de la mer Erythrée nous porte à une conclusion différente.

Arrien place par 12° de latitude nord le cap des Aromates (Guardafui), que Ptolémée avait supposé à 6 degrés trop au sud, et il évalue à 5 00 stades olympiques, près de 5o milles marins, la journée de navigation.

Le dernier port du continent de Barbarie, vers le levânt| dit-il, est au promontoire escarpé des Aromates. La station des navires, exposée aux vents du nord^ est, par certains temps, agitée, périlleuse. Mais la tempête s'annonce par un signe particulier : les eaux de fond se troublent et la mer change de couleur. Les marins, ainsi avertis, se mettent en sûreté près d'un grand promontoire nommé Tabis.

Arrien compte de Tabis à Opone (Ras Hafoûn), 400 stades; d'Opone à Serapion (Mogdicho), 12 jours de navigation; de Serapion aux Pyralées,7 jours; des Pyralées à Menuthias, 4 jours ; de Menuthias à Rhapta, 2 jours. Il compte ainsi, de Tabis à Rhapta, 400 stades et 2 5 jours de navigation, soit i3,3oo stades ou 22 degrés. Si Ton en déduit 3 dégrés pour Torientation de la côte, il restera une différence en latitude de 19 degrés, et le cap Rhaptum tombera sur le 7^ parallèle sud, aux invirons de Dar-es-Salam.

Arrien dit que, dès la pointe d*Opone, la côte s'infléchit vers le libs (vent du sud-ouest, Va/ricus) », et poursuit ainsi : « La première station du pays d'Azania est 1» Serapion; on trouve ensuite Niconis, puis plusieurs » fleuves, puis plusieurs autres stations. Il y a une course

> Nous appelons Pattention suV cette expression : libs désigne ici le côté d'où souffle le vent africus et la direction dans laquelle il souffle. Il dit que la côte s'infléchit à libs pour dire qu'elle s'infléchit au sud-ouest.

Cette expression se retrouvera plus loin et avec la même signification.

% totale de sept jours entre Serapion et les îles PyraléeS » et ce qu'on appelle le canal '. »

De Serapion aux Pyralées, le pilote longe la côte, puisqu'il la décrit, et la distance qu'il donne (sept jours de navigation ou 3,5oo stades) est juste la distance de Mogdicho aux îles de Patta, Manda, Lamou.

Ce petit archipel est-il assimilable aux Pyralées? Ouï.

ïlvpacXdoç se forme de Trupà « feux qu'on allume pour signaux » et de Idog « pierre^ rocher d. Il semble donc signifier que les indigènes signalaient leurs îles aux marins par des feux allumés sur des rochers *.

Les Pyralées sont sur ce qu'on appelle « le canal » Siriipvyjsç, AiwpuÇ signifie fosse, canal, souterrain, c'est-àdire coupure faite de main d'homme ou de peu d'importance. Le bosphore étroit, tortueux, inégal qui sépare la terre d'Afrique des îles de Paita, Manda, Lamou répond à cette définition ; il ne paraît pas possible, au contraire, d'appliquer le nom Aicapv^ au bras de mer que nous nommons canal de Moçambique.

La description et la position des pyralées s'appliquent

> npôjTOv (ilv 6 XEY(5^evoc SapxTcîtovo;, el6' 6 Nixcavoç, (ie6' 8v icoTapiol icXeîoveç xal dXkoi vuvg^eii; 6p{JL0i, 8iT|p7|{xévoi %axa aTaO[xoùc 6p(5[xouc -^(xepT^aiouç (irT^eCovaç), toùç iravta^ litTi, [i^XP^ IlupaXioiv v/j^uv xocl TTiç XsYOujiivT^ç fiiwpu^^o;, dtp* î,ç jitxpàv licivu tou Xi6ôç {letà 600 8p4- (louc vu^67^{iépou< Tcap' aur^v xi^v Suaiv tlTev7;6i(i>(i MevouOiàç àicavTâ vî^ffoç iizà ffxaSiwv xr\^ yr^^ tborel Tpiaxoar((i)V

(Anonimy (Arriani, utfertur) Periplus maris Erythrœi,S i5).

> M. Alfred Grandidier voit dans DupaXdUov vif^vuv, qu'il propose d^écrire DupoXitov wi^atùv, le sens d'îles volcaniques. La formation du mot ne parait pas susceptible de cette interprétation.

de tout point au petit archipel de Patta et ne sauraient s^appliquer aux Comores. En effet, de Serapion (Mogdicho) à Tune des Comores, la navigation n^est pas sur libs mais sur notos (vent du sud) et la distance est de 1 1 jours, non de 7.

Ârrien dit ensuite : « De là, un peu au-dessus du vent » du sud-ouest, après un trajet de deux jours et de deux » nuits, vers le couchant (hiémal ou estival) se rencontre » Tîle Menuthias, distante de terre d'environ 3oo stades ».

Dans ce passage, il y a le mot tlremiumii qui n^est pas grec et ne se peut traduire. Pourtant, placé immédiatement après ixxTiv (couchant), à la fin de la phrase, il ne peut que signifier « hiémal » ou « estival >.

Le pilote est poussé par la mousson du nord, le long de la côte; il continue à prendre le libs, non comme vent, mais comme direction intermédiaire entre les points cardinaux sud et ouest. Il s'en suit donc qu'il navigue dans le même rhumb que d'Opone aux Pyralées, c'est-à-dire au sud-ouest. En ajoutant tViv ivcriv eiTtvn$L(ù[i (vers le couchant d'hiver ou d'été), il ne fait que préciser son indication.

C'est évidemment dans cette direction qu'il faut chercher Menuthias.

Or, à deux jours et deux nuits de navigation, soit à environ 2,000 stades, se trouve Zanzibar. Mais il y a une autre condition à remplir : Menuthias est à 3oo stades de la côte. Eh bien! cette largeur est précisément celle du canal de Zanzibar, tandis que la moindre distance entre

nie de Madagascar et le continent africain est de 4S0 kilomètres, environ 2 3oo stades.

« A deux jours de navigation de cette île », dit encore Ârrien^ « se trouve le dernier port du continent d^Azania. » Il est appelé Rhapta parce qu'on 7 fabrique de ces bateaux cousus dont nous avons parié > ».

Le Dar-es-Salam, oii nous supposons le cap Rhaptum, est à deux jours de navigation de la pointe septentrionale de Zanzibar.

II résulte donc des indications itinéraires que Zanzibar doit être identifiée avec la Menuthias de Ptolémée.

Autre question : la description de Menuthias répondelle à celle de Zanzibar?

Arrien décrit ainsi Menuthias : « Cest une terre basse,

s couverte d^arbres; il y a des fleuves, des oiseaux d^es-

» pèces diverses et des tortues de montagne. En fait de

» bêtes féroces, il n'y a que des crocodiles, et ils ne font

» de mal à personne. Il y a des bateaux cousus et d'autres

» d^une seule pièce de bois qui servent pour la pèche et

» la capture des tortues, que Ton chasse aussi, dans cette

» île, d'une manière particulière : en plaçant près du

» rivage, à l'entrée des grottes sous-marines, des cor-

i> beilles d'osier au lieu de filets * ».

M. Grandidier dit que cette description convient par* faitement aux côtes Ouest et Nord-Ouest de Madagascar.

I Arriani, op. cit., § 16.

a Arriani, op. cit., § i5.

Cest exact, sauf en ce qui concerne le caractère inofiensif des crocodiles.

Il convient toutefois de remarquer que les côtes de Zanzibar sont également basses, boisées, coupées de rivières » ; qu'il y a eu probablement des crocodiles et des tortues de terre, mais que, celte île étant peuplée depuis des siècles, ces amphibies ont dû disparaître.

Les cours d'eau de Zanzibar sont peu importants et ceux de Madagascar considérables. Cette particularité n'est pas décisive. Le texte porte noraiioï et les Grecs n'ont que le seul vocable T:oTaixôç pour exprimer l'idée de fleuve ou de rivière. Il semble même que si Tauteur avait voulu désigner les grands fleuves de Madagascar, le mot iioraixol serait accompagné d'un adjectif ou d'un superlatif.

En ce qui concerne les bateaux cousus, on en fabriquait à Rhapta et Ton pouvait en avoir aussi bien à Zanzibar qu'à Madagascar >.

I Elisée Reclus, Nouv, géogr, univers., t. XIII, pp. 754, ySS.

3 Augustin Beaulieu a vu, en 1620, à la Grande Comore, de ces navires cousus. Il les décrit ainsi : m Les navires arabes qu'ils appellent Pangayes sont bastis d'une estrange façon; les planches n^estans clouées ne calfadées commes celles de nos nauires, mais cousues les vnes aux autres auec du fil, hit d'escorce de cocos, et gondrannées ou poissées par dessus la cousture, aussi font-ils beaucoup d'eau, et il y a continuellement 3. à 6. personnes à vuidcr Teau, et faut qu'ils prennent bien leurs saisons pour nauiger, ayant touiours vent derrière; car ils ne pourroient prester le costé au vent, s'il suruenoit quelque peu : ils ne sont tillaquez, et peuuent porter 5o. à 60 tonneaux. »

(Mémoires dv voyage aux Indes Orientales dv gênerai Beavliev,

Ôomfïié nous Tavons dit plus haut, M. Alfred Graii-* didier estime que les navires des anciens Grecs étaient semblables aux dhaous ou boutres des Arabes modernes^ et que Grecs et Arabes naviguaient dans les mêmes conditions, avec la même vitesse de go à loo milles par jour.

Que les Arabes fassent loo milles par jour, cela n^a rien d'excessif. Ils naissent, vivent et meurent sur cette mer, ils la pratiquent et Tobservent depuis des générations ; depuis des siècles elle leur a livré ses secrets. De l'état du ciel, de la couleur et du mouvement des eaux, du vol des oiseaux, ils présagent avec certitude les troubles prochains de l'atmosphère et de la mer. Ils connaissent toutes les criques, les anses, les îles, tous les rocs, bancs, récifs, bas« fonds. Sachant toujours où ils sont, ils peuvent, avec confiance, prendre la haute mer, profiter des vents et des courants, naviguer à pleines voiles.

Il n^en allait pas de même pour les Grecs. Le ciel, la terre, la mer étaient nouveaux pour eux. A la moindre alarme, il leur fallait chercher un abri, oîi d^ailleurs ils attendaient, sans souci du temps perdu, le moment de remettre à flot. Il leur fallait aussi toucher à chacun de leurs comptoirs. Ils étaient donc dans la nécessité de rester toujours en vue des côtes, de naviguer avec prudence, lentement. Il sufiit de rapprocher des cartes Piti-

dressés par luy-mesme, p. 27, Apud, Relations de divers voyages cvrieux qvi n'ont point esté pvbliées, ae partie, Paris, Sébastien Mabre-Cromoisy, MOCLXVl).

néraire d'Arrien pour se convaincre que leur navigation quotidienne ne dépassait pas 5oo stades ou 5o milles.

La carte même de Ptolémée donne la preuve que ce grand géographe n'a pas connu Madagascar.

Si le pilote Dioscure avait navigué jusqu'à 200 de latitude sud, il aurait vu que la côte d^Afrique se prolonge au midi, indéfiniment.

Si les pilotes Théophile et Diogène avaient atteint le 1 5' degré, à Moçambique, pour aller de là au cap Saint- André ou à la baie de Narendry, ils auraient remarqué que la côte de Madagascar se prolonge au sud, à perte de vue.

On ne s'expliquerait pas, en admettant ces voyages, que juste au cap Prasum, point supposé d^anerrissement de Dioscure, Ptolémée ait dévié à l'Est la côte d'Afrique, pour la réunir aux terres de F Extrême-Orient, par un continent imaginaire, Terra meridionalis incognita^ qui fait de la mer des Indes une méditerranée. Mare Indicum amplectens a Praso promontorio ad Castigaram.

On ne s'expliquerait pas davantage Fincorporation, dans cette terre méridionale imaginaire, de la moitié de Pile de Madagascar.

Ptolémée a été mal renseigné; sa Menuthias répond à notre Zanzibar; les Grecs n'ont pas connu Madagascar : telle est notre conclusion.

Uîle Kanbalou de Maçoudi. — Uîle Cherboua d'Edrisi. — L*!le Malichu de Haldingham. — Ulle Madeigascar de Marco Polo.

•Dans son étude sur la cartographie du moyen âge, M. Grandidier s^arréte à plusieurs problèmes dont la solution est fort importante.

De temps immémorial on admet de confiance que la Kanbalou de Maçoudi, la Cherboua d'^Edv'isï^ la Malichu de Haldingham, la Madeigascar de Marco Polo désignent Madagascar. Qu^en est-il?

Reînaud, Dulaurier, Malte-Brun, Gevrey, Pauthier ont dit : la Kanbalou des Arabes est notre Madagascar. Peut-être! répondent Jules Codine et les traducteurs des Prairies d^or. NonI assure M. Grandidier.

Ayant suivi les premiers auteurs avec trop de confiance, force nous est de reprendre la question.

Diaprés Maçoudi ', Kanbalou est située à environ 5oo parasanges de la ville d'Oman. C'est une île bien cultivée, baignée par la mer deZendj, habitée par des Musulmans qui parlent le langage des Zendij idolâtres.

Pour y aller, les pilotes de l'Oman traversent un canal ou détroit long de 5oo milles et large de loo, qui est formé par la mer des Indes et désigné par eux sous le nom

I Maçoudi, Les Prairies d'or, texte et traduction par C. Barbier de Meynard et Pavetde Courteille; Paris^ imprim. Imp., x86x, 1. 1, pp. 2o5, 23 1-233, t. III, pp. 7.

de mer de Berberi et de pays de Djafouna. Le terme de la course des pilotes de POman est Tîle de Kanbalou et le pays de Sofala et des Wakwaks, qui est situé sur les confins du Zanguebar, au fond de ce bras de mer, « à 700 parasanges » du canal dérivé du Nil (le Zambéze que les Arabes prenaient pour un effluent du Nil).

« Ma dernière traversée de l'île Kanbalou à TOman*», dit encore Maçoudi, « remonte à Tannée 804» (916 de

Kanbalou étant située dans le canal de Berberie, notre canal de Moçambique, à environ 5oo parasanges de la ville d'Oman, aujourd'hui Sohar, il suffira, pour trouver sa situation approchée, de déterminer la valeur de ces 5oo parasanges.

Maçoudi faisait usage de la parasange sindienne de 8 milles >, par conséquent du mille sindien de 90 au degré '. Les 5oo parasanges valent donc 2 640 milles géographiques!.

2 640 milles mesurés de Sohar tombent à 90 milles au sud de Mayotte, soit, en tenant compte des détours de la navigation sur Tune des G)mores, Mayotte ou Anjouan. Ces îles sont baignées par la mer de Zendj. Au x^ siècle elles étaient fréquentés par les Arabes et les Persans du Chiraz qui trafiquaient à Mogdicho et à Kiloa. Leur sol, composé en partie de lave réduite en poudre, est très fertile et bien cultivé. Les grands arbres y prospèrent. On y parle le souahéli de Zanzibar.

I Maçoudi, op, cit., t. I, pp. 178, 374, 378. 3 J. Lblewel, op, cit., t. 1, p. 10 Xi

Elles répondent, par leur situation, par la nature de leur sol, par leurs habitants, à la Kanbalou de Mav^oudi : Kanbalou est donc, comme le veut M. Grandider^ Mayôtte ou Anjouan, sûrement Tune des Comores.

Ceux qui ont identifié Kanbalou avec Madagascar avaient aussi leurs raisons. Notre vieil ami^ M. Jules Codine, les a très bien résumées. II a ainsi aidé à nous induire en erreur. Nous allons examiner ses arguments.

« La distance de 5oo parasanges, dit-il, n'est pas certaine et doit varier selon le système des milles que Ton choisirait ».

C'est une erreur. L'auteur arabe dit formellement, par trois fois, qu'il fait usage de la parasange sindienne de 8 milles. S'il se sert de la parasange sindienne, il se sert du mille sindien, qui est de 90 au degré. On possède donc les éléments nécessaires pour convertir en milles géographiques la distance que Maçoudi exprime en parasanges,

« Enfin, ajoute M. Codine, si on considère que Mai^soudi ne parle que d'une seule île parmi toutes celles de l'Afrique et qu'il dit : « la mer de Zendj baigne Tile de Cambalou », manière de s'exprimer qui indique que l'île Cambalou n'est pas une île ordinaire, et si Ton ajoute que <K le terme des courses des Arabes sur la mer de » Zendj, est l'île Cambalou et le pays de Sofala et* des » Vacs-Vacs », ce pourrait être Madagascar « ».

Cela pourrait être, mais ces deux vers que chantaient

I Jules Codine, Mémoire géographique sur la mer des Indes; Paris, Challamel, 1868, p. Sg;

les marins dans leurs traversées du canal de Berberi disent que cela n^est pas :

Berbera et Djafouna, que vos vagues sont folles ! Djafouna et Berbera, voilà leurs vagues !

Berbera est la côte d'Afrique; Djafouna est la côte opposée, Madagascar. Madagascar ne peut être à la fois Tîle Djafouna et Tîle Canbalou.

Diaprés Maçoudi, la course des pilotes de l^Oman est Kanbalou et le pays de Sofala et des Wakwaks, qui est à 700 parasanges du canal dérivé du Nil.

Ces 700 parasanges valent 62 degrés ; 62 degrés, comptés du delta du Zambèse, placent juste sous le pôle le pays de Sofala et des Wakwaks.

Il y a dans ce pays, dît notre auteur, beaucoup d^éléphants; les habitants n^en font rien et les tuent pour leurs défenses. Les pilotes de TOman viennent chercher ces défenses pour les vendre en Chine et aux Indes <. Maçoudi n''a pas inventé ces détails; il n^a jamais supposé, selon toute apparence, que les marins de l'Oman allaient prendre, sur place, des défenses d^éléphants tués sur la calotte polaire. Il y a donc erreur dans la distance indiquée. Nous pensons quMl faut lire 70 parasanges au lieu de 700. La valeur de 70 parasanges étant de 6 degrés, le pays des Wakwaks serait au cap Corrientes, qui marque le fond du canal de Berberi et la limite de la Mousson du Nord.

t Maçoudi, op. cit., t. Itl, p. 7, 8.

Dans leurs voyages au pays des Wakwaks, les Arabes» ou de leur plein gré^ ou poussés par les vents du sudouest, ont navigué en vue du Djafouna et trafiqué sur ses côtes. En tout cas, ils Pont connu puisqu'ils en parlent.

Nous pensons donc, avec M. Grandidier, que^Kanbalou est Tune des Comores et que Djafouna est Madagascar.

Passant à Edrisi et à la carte rogérienne, M. Grandidier constate que les Arabes avaient^ sur la mer des Indes, des idées très confuses sur la position relative et les dimensions des terres. Grâce à sa connaissance de la langue arabe, il a pu restituer les noms défi-^ gurés par les copistes et saisir, dans les descriptions, les détails qui caractérisent chaque pays. Il distingue ainsi nettement, sur la cane rogérienne, les Comores, plusieurs groupes dlles de la mer des Indes, et, sous le nom de Ckerboua ou de Cherbe\at, la grande ile de Mada« gascar.

La mappe d'Edrisy a servi de prototype à toutes celles du moyen âge. Les géographes arabes et latins lui ont fait subir « des modifications malheureuses n, en ont aggravé les fautes. Les îles et les continents sont placés à peu près au hazard sur leurs cartes; si grande est la confusion, qu^une ile comme Madagascar ne s^y trouve que très difficilement.

Cette lie figure sur la mappe de Richard de Haldingbam« de 1 3 1 4, sous le nom de Matichu. Sa position

étant déterminée par sa distance d'un cap Drepahum, nous avons cherché auquel des trois caps de ce nom cités par Strabon se référait le cartographe anglais; nous avons trouvé que Malichu correspondait à Zanzibar.

M. Grandidier identifie le Drepanum promontorium avec le cap Comorin et Malicu insula avec Madagascar.

Le nom de Drepanum n'est appliqué au cap Comorin sur aucune des cartes de Strabon, de Ptolémée ou des petits géographes grecs. Cependant, ce n*était pas sans preuve que M. Grandidier avait fait cette assimilation. Haldingham a beaucoup emprunté à Pline et à Solin et ces auteurs donnent, en effet, la solution du problème. Pline (VI, xxxiv) et Solin (LVII) disent, diaprés Juba, que le cap des Indes était nommé Lepteacra ou Lepten Acra et Drepanum» Armé de ce renseignement, Haldingham a porté sur sa mappe un Drepanum promont oriunij mais au lieu de le placer au cap Comorin, il Va marqué sur le bord oriental du golfe du Bengale, à deux mille kilomètres trop à PEst. En cet endroit surtout, la défiguration de la carte est tellement monstrueuse, qu'un déplacement de 2 000 kilomètres peut n'être pas remarqué.

Les deux auteurs latins et Haldingham, qui les suit, plus mal que bien, évaluent à i 5oo 000 pas la distance de Drepanum à Malichu. i 5oo 000 pas valent 2 206 kilomètres. La distance entre le cap Comorin et Madagascar est de 3 5oo. Grande est la différence. Il n'est pas douteux cependant que le cartographe anglais, comme le pense M. Grandidier, a voulu représenter le cap Como-

rîn par le Drepanum promontorium et Tîle de Madagascar par Malien insula.

Nous avons identifié avec notre Madagascar la Madeigascar de Marco Polo, l'illustre voyageur vénitien du xiiic siècle; c'est encore une erreur.

Nous avons dit que les léopards, ours, lions, éléphants, chameaux ne se trouvent pas à Madagascar; que V^pyornis volatile énorme, brévipenne et herbivore, ne pouvait ni enlever, ni manger des éléphants, ni être confondu avec Toiseau Rokh.

M. Grandidier observe en outre que les habitants de Mogdicho font un grand commerce et mangent toute Tannée de la viande de chameau.

Il fait sortir du royaume des rêves, oti nous Tavions laissé, Toiseau Rokh, effroi des marins de TOrient, et montre que c'est un symbole des trombes, cyclones et typhons qui se produisent fréquemment dans la mer des Indes. En effet, les Orientaux voyaient dans ces phénomènes un oiseau effroyablement fort qui se faisait un jeu d'enlever les navires et de les briser. De même nos ancêtres Aryas voyaient des divinités bienfaisantes dans les vents qui leur amenaient les gros nuages chargés de pluie.

De ces faits et d'autres encore^ M. Grandidier infère que Marco Polo a décrit Mogdicho sous le nom de Madagascar.

L'ancien voyageur dit pourtant expressément que

« Madeigascar est uaeysle ». Mats il ajoute qu'elle c est longe de Scotraentor mille milles ».

A quel pays se rapporte la distance de i ooo milles environ qu*il suppose entre Sokotora et Madagascar? Ses informateurs étaient arabes et appliquaient le mille arabe de y 5 au degré ou de i 487 mètres. Les i 000 valent donc I 487 kilomètres, soit moitié de la distance de Sokotora à Madagascar.

D^un autre côté, Mogdicho, dont la description répond à celle qu^il fait de Madagascar, est à i 440 kilomètres de Sokotora. Les navires font plus long chemin et Ton peut admettre sans peine une différence en plus de 47 kilo* mètres.

Après Madagascar, Marco Polo décrit Tîle de Canghibar qui « est une isle moût grandisme e noble ». La description quMl en fait répond bien à Zanzibar.

Nous pourrions donc identifier Madeigascar avec Mogdicho; mais Marco Polo dit que « Madeigascar est une ysle » et qu^elle « gire environ quatre mille milles ».

Le circuit de 4 000 milles est supérieur d'environ un sixième à celui de Tîle de Madagascar. Il n^ a pas lieu toutefois de s'arrêter à cette différence, car la question est de savoir si « Madeigascar » est île ou terre conti* nentale.

M. Alfred Grandidier dit : les Arabes désignent par le mot djeiiret une île, une péninsule ou une région. Marco Polo pouvait arriver à plus de précision, les mots ne lui manquent pas pour désigner une terre continen-

taie >. Par contre, il donne le nom isle ou ysle à des terres continentales. Plusieurs fois on trouve cette expression : « isle de Tlndie ». Marco Polo appelait donc indiféremment « Isles » les terres insulaires et les terres continentales.

Puisque la distance de Sokotora à Madeigascar tombe sur Mogdicho ; puisque la description de Madeigascar répond à Mogdicho et nullement à Madagascar; puisqu'il s'est contenté de traduire le dje^iret de son pilote arabe et que lui-même appliquait indifféremment^ aux lies et aux continents, le vocable « ysle » ; puisqu'il serait absurde de lui faire placer Zanzibar au sud de Madagascar et de faire manger du chameau, toute Tannée, à des gens qui n'en possèdent pas : nous reconnaissons avec M. Grandidier que Marco Polo n'a pas eu connaissance de Madagascar et qu'il a donné ce nom à Mogdicho.

Géographes modernes. — - Travaux de M. Grandidier.

M. Grandidier traite magistralement la géographie moderne. Aucun monument relatif à Madagascar ne lui est inconnu. Il les a étudiés, comparés, critiqués; il en a saisi Tesprit et compris la lente évolution.

I On trouve dans la relation écrite sous sa dictée par Rusticien de Pise: contrée, provence,porvence,r('iamef enpire, emperio, fraterre (terre ferme}, rame y reingne, roingne (royaume).

bans sa revue des globes, mappemondes et Cartes, il fait aux Normands une assez belle part. Selon lui, la grande et belle mappe dite de Henri II, sur laquelle Madagascar est tracée d^une façon si remarquable pour Tépoque, est l'œuvre de Pierre Desceliers, le bon curécosmographe d'Arques-la-Bataille. Trois géographes se sont particulièrement distingués dans le tracé des contours de l'île : Pedro Reinel, dans sa carte dressée à Séville en 1 5 1 7 ; d'Après de Mannevillette, du Havre, qui dressa, en 1776, la première carie basée sur des relevés sérieux; le capitaine Owen, de la marine britannique, qui rectifia, en 1825, les erreurs de Mannevillette et donna une carte dont l'ensemble est exact.

De Tensemble des monuments passés en revue par M. Grandidier, il résulte que le relevé des côtes de Madagascar est l'œuvre presque exclusive des français Mannevillette et Guiilain et de l'anglais Ovsren.

Chose étonnante, nous n'avons pas encore la position exacte de Madagascar. Les différences de longitude sont de quelques minutes, de quelques secondes, mais ce n'est pas l'exactitude absolue. Chaque année apporte des modifications dans la position de Tîle par rapport au méridien initial de Paris, et il en sera ainsi tant qu'un câble électrique ne permettra pas de fixer, avec une certitude absolue, les coordonnées des stations fondamentales. On connaît cependant la position exacte d'un grand nombre de points déterminée soit par la méthode chronométrique, soit par l'occultation d'étoiles par la lune.

Après avoir examiné l'œuvre des ancêtres, M. Grandi-

citer entre dans Texamen technique de ses propres travaux.

Il a fait pour Tintérieur de Pîle ce que Mannevillette, Owen et Guillaîn ont fait pour les côtes. Après ses travaux personnels, qui sont immenses, comme nous l'avons vu, il a usé de son expérience et de sa situation pour faire continuer les études. Longtemps encore, toujours peut-être, on fera des rectifications de détail, mais le canevas est fait, parfait, Madagascar est terra cognita.

Des tableaux dressés par M. Grandidier donnent Tétat d'avancement de la carte.

.Dans le premier on a pour les côtes : le nom des villages, fleuves, caps, golfes, îles avec leur latitude et leur longitude approchées, le nom des premiers découvreurs, les dénominations successives des lieux, de nombreux renseignements historiques et géographiques, la signification littérale des noms malgaches.

Le deuxième tableau comprend les mêmes renseignements pour l'intérieur de Pile.

D'autres tableaux donnent la liste des marins, des naturalistes et des voyageurs qui ont contribué aux progrès de nos connaissances sur Madagascar, ii5 itinéraires, la liste des monuments géographiques consultés qui sont au nombre de 3i3 pour les cartes d'ensemble, de Sic pour les cartes régionales et locales, de 1 7 plans de villes, de 83 cartes spéciales, de i65 vues panoramiques.

Outre cette masse de renseignements qui constituent les éléments fondamentaux de la construction de la carte, M. Grandidier établit la nomenclature ho va. Quoi qu'il

advienne, cette nomenclature est destinée à prévaloir, parce que le dialecte tiova est écrit et deviendra forcément la langue de toute la population malgache.

DOUZIÈME PARTIE CARTES DE 187I A iS^l

n 1X71 à 1891, il a été publié 53 carttisde Madagascar.

39 soni à l'échellede 1/36 5oo 000 à 1/4 3uo 000. Elles ont pour prototype l'eB^uissede M. Grandidier.

Les unes se trouvent sur des cartes d'Afrique, les autres accompagnent des ouvrages d'histoire ou de géographie. Elles sont peu intéressâmes au point de vue des progrès de la cartographie.

14 sont â l'échelle de 1/4000000 à (/760 000. Elles ont pour point de dëpartl'esquisseet reproduisent les travaux des explorateur*.

Pi

PS

C fi

tu «1

Page 1