‹ La cartographie de MadagascarChapitre 2 sur 20 · PREMIÈRE PARTIE M,SDAGA5C\K ET LES GÉOCRAPUES DE L'âJOIQUTTÈ · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE M,SDAGA5C\K ET LES GÉOCRAPUES DE L'âJOIQUTTÈ

Les Flones de Saknnon et d'Hïriin an pajrs d'Ophir

u x* siècle de l'èreandenne, Salomon, roi d'Israël, devenu très puissant, résolui d'affranchir le commerce de Jérusalem des iniermédiatres des côtes de TArabie.

Mais les Israélites n^avaient pas de goût pour la navigation et le roi les jugeait incapables d'affronter seuls des mers lointaines, peu ou point connues. 11 s'entendit avec Hicam ou Atiiram II, roi de Tyr, qui disposait de bons et aventureux marins, et construisit un port à Gasiôn Gaber ou AsiÔQ-Gaber, près d'AIath, sur le golfe jElanitique.

Tous les trois ans, une flotte lit voile de ce port pour le pays d'Ophir.

La première rapporta cent talents d'or, environ 90 000 francs. Les autres revinrent avec de l'or, de Pargent, des pierres précieuses, du bois de santal, de l'ivoire, des singes, des paons. Israël s'enrichit. « L'argent devint à Jérusalem comme les pierres ' j>.

Josaphat, devenu roi, voulut faire revivre ces jours de grandes richesses et fit construire des « vaisseaux de Tharsîs ^ » pour aller chercher de Por au pays d'Ophir. Ils n'y allèrent pas : une tempête les détruisit dans le port d'Asiôn-Gaber.

Cette catastrophe remplit de joie le cœur du prophète Eliézer, fils de Dodia de Marisa. « Parce que tu as fait alliance avec Ochosia^ dit-il, le Seigneur a brisé ton œuvre; tes navires sont anéantis : ils ne pourront pas aller en Tharsis ' ».

( Regn.y lib. III, cap. ix, y. 26-28; cap. x, y. 11, 2a ; cap. xxii, y. 49. Version des Septante, éd. greco-latine de Firmin Didot.

2 Tharsis était TEspagne, Tun des pays extrêmes du commerce tyrien. Qpand Tautcur sacré dit que Josaphat a fait construire des vaisseaux a in Tharsis ad eundum in Ophirs », il donne à entendre que les Israélites appelaient du même nom les flottes de la mer Rouge et celles de la Méditerranée {Hegn.^ lib. III, cap. xxii, v. 49, version des Septante). — Ernest Renan, Histoire du peuple d'Israël ; Paris, Calmann Levy, 1889, t. H, p. 120.— Marius Fontane, Les Asiatiques; Paris, Lemerre, i883, p. 241.

) « Et prophetavit Eliezer fîlius Dodia de Marisa super Josaphat, dicens : Sicut amicitiam junxisti Ochoziae, quassavit Dominus opus uum, et contrita sunt navigia tua : et non potuerunt ire in Tharsis ». Paraîipomenon, lib. 11, cap. zx, y. 37).

Où chercher le pays d'Ophîr ? En Arabie, en Afrique, en Perse, dans Tlnde, à Java, au Pérou ? Après des tonneaux d'encre répandue, la situation d'Ophir est encore incertaine.

Pour M. Ernest Renan, Ophir répond à Plnde occidentale, au Guzurate ou à la côte de Malabar. « Le fait que la course durait trois ans prouve, dit-il, que la flotte faisait le tour de Tlnde, peut-être de l'Indo-Chine » ».

M. Maspero penche pour la côte orientale d^Afrique*. M. Paul Gaffarel, qui retrouve sur ces côtes tous les produits énumérés dans les Livres des Rois, prétend qu'Ophir répond au Mozambique ou au Sofala '.

M. Jules Codîne, auteur d'un important mémoire sur la mer des Indes, dit que les Arabes et les Phéniciens, profitant des moussons, allaient jusqu'au c Sofala, TOphir de rÉcriture Sainte 4 ».

Selon toute apparence, les flottes de Salomon et d" Abiram ont fréquenté les côtes d^Afrique et trafiqué au Sofala. Ont-elles vu Madagascar ? Peut-être. Mais les Phéniciens, comme plus tard les Normands, ne livraient pas au public les secrets de leurs navigations. Les auteurs des livres sacrés d'Israël, pour une cause ou pour une autre, gardent

1 Ern. Renan, Op. cit.^ t. II, p. 121.

2 Maspero, Histoire ancienne des peuples de VOrient ; Paris, Hachette, 1878, p. 324.

? Paul Gaffarel, Eudoxe de Cy^^ique et le périple de l'Afrique dans V antiquité ; Besançon, 1873, pp. 49-5 1.

4 J. CoDiNE, Mémoire géographique sur la mer des Indes ; Paris, Challamcl, 1868, p. 55.

aussi le secret, et les navigations Israélites sont ainsi sans profit pour la science.

Le Péricle de l'Afrique par les Phéniciens

Au vn« siècle de Père ancienne, Neko II, pharaon de la xxvi« dynastie, ordonne aux marins phéniciens de sa flotte de partir de la mer Rouge, de longer les côtes d'Afrique et de revenir en Egypte par les colonnes d'Hercule.

Les Pharaons connaissaient, dès cette lointaine époque, la forme générale du continent africain.

Les Phéniciens s'embarquent à l'un des ports de TT/eroopoliticus sinus, ou golfe de Suez, et voguent au midi.

Leurs transports sont petits, et longue, inconnue sera la durée de la navigation. En marins prudents, ils choisissent à l'automne un bon abri pour les navires et sèment des céréales. La moisson faite et les vivres assurés pour longtemps, ils se remettent en route.

Trois ans après leur départ, ils franchissent les colonnes d'Hercule et entrent dans la Méditerranée : ils ont fait le tour de l'Afrique.

Ils disent avoir vu le soleil levant d'abord à leur gauche, puis à leur droite. Les prêtres de Sais ont enregistré ce fait sans le comprendre ; ils Tout raconté à Hérodote qui ne Ta pas compris davantage. Voir le soleil levant

à gauche, puis à droite^ « d^autres le croiront peut-être », dit en riant le père de l'histoire ; « moi, non » ».

Ce fait est cependant la preuve que les marins de Neko ont fait le tour de l'Afrique. Il est évident qu'en naviguant du Nord au Sud, le long de la côte orientale, ils avaient à gauche le soleil levant, et qu'en remontant du Sud au Nord, le long de la côte occidentale, le soleil se levait à leur droite.

Malgré Hérodote, les géographes admirent dès lors la circumnavigation de l'Afrique.

Cette heureuse navigation, toujours faite en vue des côtes, n'a donné aucun renseignement sur la grande lie de Madagascar.

Eudoxe de Cyzique

Cinq siècles plus tard, Eudoxe de Cyzique renouvela cette tentative du pharaon Neko.

Eudoxe, grand personnage dans son pays, fut envoyé en Egypte, en qualité de théore et de spondofore *, pour assister aux jeux coréens K

» Hérodote, lib. IV, v. 42.

a Le théore était un dépuré. Le spondophore était un héraut chargé de proposer à l'ennemi des conditions de paix ou de trêve;

) Les jeux coréens étaient célébrés en Thonnetir de Proscrpine ou Perséphone, que les Grecs adoraient sous le nom de Coré ou Korl (la Vierge), symbole du printemps. Les Ptolémées, qui avaient im-

D'après une tradition grecque, îl étudia les principes de la sagesse et des sciences à On, THéliopolis des Hellènes, Tune des capitales religieuses de TEgyptc, siège d'une école de théologie célèbre dans le monde connu.

Esprit curieux, il s^occupe beaucoup de géographie, surtout du mystère des sources du Nil.

Ptolémée VII Évergète II Phiscon, mort Tan 117 de rère ancienne, le charge d'un voyage aux Indes.

Ce n''est peut-être pas ce qu'il aurait voulu. Il accepte cependant, fait le voyage et rapporte de grandes richesses. Sa Majesté Ptoléméenne avait droit, équitablement, à une partie de la cargaison, mais, étant la plus forte. Elle se fit la part du lion, et Eudoxe en fut pour ses peines, ses dépenses et son temps perdu.

Ce souverain mort, sa veuve, Cléopâtre, propose à Eudoxe de retourner aux Indes. Il accepte encore, espérant bien, cette fois, s'en tirer avec honneur et profit.

A son retour, il est pris par les moussons, qui, du mois de novembre au mois d'avril, soufflent du nord-est. Il en ignorait la périodicité, qui ne fut reconnue que beaucoup plus tard, par le pilote Hippalus.

porté en Egypte les usages et les croyances des Grecs, instituèrent des mystères et des jeux en Thonneur de la déesse. Ils conviaient à ces solennités les repr(5scntants de toute la Grèce, comme le faisaient Delphes, Eleusis, Olympie et Corinthe. Cyziquc, spécialement consacrée à Proserpine, envoyait en Egypte une députation religieuse. EuJoxe fit partie de Tune de ces députations. (Paul Gaffarel, Op, cit,, p. 11. — Mallarmé, Les dieux antiques ; Paris, Rothschild, 1880, pp. y3 et seq.)

Ces vents le poussent sur la côte d'Afrique, fort loin au Sud. Il explore le pays avec soin. Sa douceur et ses libéralités lui concilient les indigènes, qui lui fournissent beaucoup de renseignements et même des pilotes.

Il réussit enfin à revenir en Egypte. Cléopâtre avait rejoint, dans les ténèbres d'une pyramide, son indélicat époux. Son fils et successeur, Ptolémée Soter II, surnommé Lathyros ou « Pois chiche », pénétré des bons principes et convaincu que la force prime le droit, dépouille à son tour Eudoxe du fruit de ses périlleux travaux ».

Eudoxe a-t-il livré son journal de voyage au gouvernement qui reconnaissait si mal ses services ? Ce n'est pas probable. A-t-il vu Madagascar? OnPignore. Les sciences géographiques n^ont rien gagné à ses pérégrinations.

Ptolémée et l'auteur du périple de la mer Erythrée

On a supposé que le grand géographe Ptolémée a connu Madagascar et que c^est cette terre qu^il a désignée sous le nom de Menuthias. Qu'en est-il ?

Les marins grecs ne perdaient pas de vue les côtes, sinon par accident. Pour aller à Madagascar, qu'ils

I Stkabon, lib. Il, cap. ii, § 4. — Paul Gaffarel, Op, cit,, pp. 2 1 et teq.

vinssent de la mer Rouge ou de la mer d'Oman, ils longeaient l'Arabie, le Çomal et le Zanguebar. Ils rencontraient donc le groupe de Patta, Lamon et Manda, puis celui de Pemba, Zanzibar et Mafia.

Si Menuthias devait être identifiée avec Madagascar, le Pélusiote aurait omis le groupe de Zanzibar, ce qui parait impossible.

L'auteur du périple de la mer Erythrée », antérieur d^un siècle à Ptolémée, dit que Menuthias est à quatre jours de navigation des Pyralaae

Quatre jours de navigation ^ égalent à peu près 2° 3o\ juste la distance du groupe de Patta à celui de Zanzibar, tandis que de Zanzibar au cap Saint-André, le point de Madagascar le plus rapproché du continent, la distance est de 9 degrés ou onze jours et un tiers de navigation.

11 est évident que Tanonyme identifie les Pyralaae avec l'archipel de Patta, et Menuthias avec celui de Zanzibar. Il dit aussi que Menuthias est zxi:eivn, humilis, basse, description qui convient à Zanzibar, mais non à Madagascar qui est traversée, dans toute sa longueur, par des montagnes qui atteignent 2,400 et 3,5oo mètres.

Dans les tables ptoléméennes, Menuthias est par 120 de latitude australe et 85° de longitude.

La latitude 1 2® passe par le cap d'Ambre, mais la lon-

I Geoffraphi geœci minores. — Anonymi ("Arriani ut ferturj periplus maris jErythrœi^ § i5. — Édit. greco-lat. de Firmin Didot.

a Hérodote évaluait à 700 stades la journée de navigation et, d'après Gosselin, le stade égale i/iiii« du degré.

gitude 85o, qui correspond au 69^ 49^ Est du méridien de Paris ^, passe par le golfe de Cambaye^ sur la côte occidentale de THindoustan. Menuihias est ^onc Zanzibar ou une insula incognita. Quant à la grande tle de Madagascar, elle a été inconnue des Grecs.

Une autre particularité confirme cette appréciation.

A partir du cap Prasum, qu^il indiquait au 1 5^ de latitude Sud, Ptolémée déviait à TEst le continent africain, le réunissait par une c terre inconnue » à Tlndo-Chine et faisait de la mer des Indes une méditerranée. La côte septentrionale de cette terre inconnue passait parle milieu de Madagascar. S'il avait connu cette île, son continent conjectural passerait sûrement à quelques degrés plus au Sud.

Les Romains n'ont pas connu Madagascar

Les Romains, comme les Grecs, ont ignoré Madagascar.

« En face du golfe de Perse, dit Pline, est une Ile nommée Cerné, opposée à l'Ethiopie : on n'en connaît ni la grandeur, ni la distance au continent. On dit que

I D'après les tables de Ptolémée, le méridien initial est à 70 3o* de Calpa (Gibraltar). Gibraltar est à 70 41' du méridien de Paris. Le méridien initial de Ptolémée passe ainsi i iS^ 11 à l'ouest du méridien de Paris, à ou près de Lanzarote, Tîle la plus orientale des Fortunées ou Canaries.

là population en est exclusivement éthiopienne. Epbore rapporte que les marins qui y cinglent de la mer Rouge ne peuvent s^avancer, à cause des chaleurs, au delà de certaines colonnes ou petites îles < ». Puis, sans transition, il parle de la Cerné de Hannon, située sur la côte occidentale.

Pomponius Mêla n*en savait pas davantage. Il coupait l'Afrique en deux tronçons séparés par le « fleuve Océan », et plaçait au midi de ce fleuve, large comme une mer, Yalter orbis ou antichthone qui se prolongeait à F Est jusqu'au méridien de la Chersonèse d'Or. Ce vaste continent était rendu inaccessible par les chaleurs de la zone intermédiaire.

Les zones habitables mêmes laissaient aux rêves un champ illimité. Mêla raconte gravement, en invoquant Tautorité d'Eudoxe et de Nepos, qu'il y a des peuples muets qui s'entretiennent par signes ; d'autres qui nbnt aucun langage ; d'autres qui ont les lèvres adhérentes et prennent leur nourriture par les narines, au moyen de chalumeaux. Dans une île qu'il ne dénomme pas, peutêtre la Cerné de Hannon, les femmes sont toutes velues et se fécondent elles-mêmes, spontanément *.

Macrobe et les autres Latins ne sont pas plus avancés, et leurs rêves cosmographiques illustrent les cartes du moyen âge.

En un mot, l'antiquité n'a pas connu Madagascar.

I Pline, H. N., lîb. VI, cap. xxxvi, § i, 2.

a Pomponius Mêla, De situ orbis^ lib. HI, cap. ix, § § 35-55.

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