‹ La cartographie verrazanienne [microforme]Chapitre 3 sur 4 · RAGE EE 7 A · texte numérisé non relu

RAGE EE 7 A

porté si longtemps par les régions canadiennes, semble être un dérivé de Nova Gallia, inscrit sur la mappemonde de Iicronymo da Verrazano. Ramusio dans sa carte se sert même du terme la Nuova Francia.

Pour une description détaillée des cartes dicppoises, nous renvoyons le lecteur à notre Jean el Sébastien Cabot. Aujourd’hui, nous ne ferons que décrire, parce qu’ils appartiennent, quoique d’une façon indirecte, à cette famille, les deux globes inédits mentionnés en tête du présent article.

Le premier est une petite sphère en cuivre doré, de 39 centimètres de circonférence et creuse, de facon à contenir une force motrice en mécanisme d’horlogerie, à fusée et corde à boyau, avec régulateur à vis sans fin, Elle est entée sur une tige fixe, terminée par un pignon de transmission, lequel, très probablement, actionnait un deuxième mécanisme, sans doute planétaire. Le globe est entouré d’un disque, réglé sur le temps sidéral, avec les heures gravées en chiffres romains.

Les configurations sont entièrement verrazaniennes. C'est-à-dire que le nouveau continent est tout à fait détaché de l'Asie, et que l'Amérique du Nord forme une péninsule relativement étroite. Mais ici, le détroit qui sépare le continent des régions arctiques, au lieu d’être seulement amorcé des deux côtés, est et ouest, ainsi qu'on le voit dans les mappemondes de Maggiolo de 1527 et de Hieronymo da Verrazano, est distinctement tracé, comme dans le globe de Bailly de 1530, précité, et dans les cartes de Sébastien Munster de 1534 et 1540.

La nomenclature est latine; on y remarque cependant deux légendes espagnoles : ET pasaie de S. Michel, et Rio de las Amazonas. Le nom America ne figure que sur la partie méridionale, comme dans tous les exemplaires connus de cette classe de cartes: mais la légende la plus caractéristique, Terra francesca, se lit dans la région du Canada.

Le Pérou porte : Francisci Pizarri hoc mlonlicu?]lo contra indos insignis victoria anno 1533!. Nous remarquons également que le littoral péruvien, c’est-à-dire la côte du Pacifique, inscrit Ullerius incognitum ?,

1. Il s'agit de la bataille de Püna, dont la nouvelle ne commença à circuler en Europe que dans l’année 1534, Cicza de Leon, Cronica, cap. 1v. 2, On lit au sud du détroit de Magellan, dans ce globe, Navigationis lacabile

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L'autre globe inédit est en cuivre rouge, de 66 centimètres de circonférence, avec une armature dorée et ciselée, supportée par quatre chimères dauphinesques sur plinthe en ébène,

Ce globe expose, dans un cartouche assez simple, les armes des Welser, riches négociants augsbourgeois, créanciers de Charles- Quint, qui leur aurait même concédé le Vénézuéla!, Ces armes présentent ici une certaine différence, due probablement à l'ignorance héraldique du graveur. Ainsi, le blason est parti écartelé : aux 1 et # à une fleur-de-lys: aux 2 et 3 à une fasce chargée de trois roses, Pour être exact, il devait être : aux 1 et 4 à une fleur-delys de l’un en l’autre; aux 2 et 3 à trois roses rangées en fasce, et deux cantons senestres, l’un en chef et l’autre en pointe. Autour, on lit: Chrisloff Schniepp sculpsit. Augusta. Schniepp, cependent, n'était pas Augsbourgcois, mais, à ce que nous croyons, de Munich. Il a été impossible jusqu'ici de s'assurer de l’époque à laquelle il pratiquail son art ?.

Dans un autre cartouche, se trouve un titre identique à celui du Globe doré : Noua et integra universi orbis descriptio.

Les configurations sont bien verrazaniennes, mais il est à remarquer qu'elles omettent les légendes typiques de Francesca, de Verrazuna ou de Nova Galliu. Cette omission s'explique sans doule par le fait que ce globe a été construit dans une des villes de l’Empire où, naturellement, on ne se souciait pas d’attribuer à la France des contrées que d’une facon générale l'Espagne revendiquait®. En réalité, toutes les cartes et tons les globes purement verrazaniens que nous avons examinés proviennent de France, d'Italie ou de Suisse,

Mairo. C'est, naturellement, une interpolation, Lemaire n'ayant fait sa découverte qu’en 1616. Peut-être est-ce également le cas pour le Rio de las Amasonas. S'il en était autrement, nous aurions une date postérieure à 1541 pour la construction de ce globe.

1. Aussi notre premier soin fut-il d'examiner cette région, particulièrement entre la province de Sainte-Marthe et le Cap de Maracapana, territoire concédé par Charles- Quint à Dalfinger et Seyler en 1598 pour le compte de Barthélemi Welser ; mais nous n'avons rien trouvé de particulier.

2.. Notre obligeant correspondant, M. le baron Carl von Welser, de Ramhoff, a eu la bonté de faire des recherches dans les archives d'Augsbourg. Malheureusement, le nom de Schniepp y est tout à fait inconnu. Mais il y avait dans la collection d'Ambras des instruments de mathématiques et autres objets de ce genre construits par un Ulrich Schniepp, qui vivait au xvi° siècle, D'autre part, nous apprenons qu’on a vu de ces pièces où ce Schniepp, quoique travaillant à Augsbourg, se disait de Munich.

3. D'après notre regretté ami, John Carson Brevoort, c'est srulement sous Phi-

lippe IT que la limite septentrionale du domaine de l'Espagne dans le nouveau monde, fut fixée officiellement au nord de la Floride, par le 45° de latitude,

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Dans la région septentrionale, au nord de la Terra Florida, on relève des noms appartenant à la vieille cartographie asiatique, entre autres, Campestria Bergi (les plaines de Bergi), dont la forme abrégée, Berqia, se rencontre déjà en ce lieu dans le globe de François Le Moyne, et qui est le Bargu de Marco Polo, placé par ce voyageur et par Martin Behaim à l’extrémité nord-est du Cathay.

La nomenclature de la région mexicaine et de l'Amérique du Sud est plus détaillée. La Plata, comme dans le Globe doré, le Globe de bois et les mappemondes d’Oronce Fine, porte le nom de Sinus Juliuni, tandis que l'Océan Pacifique est curieusement dénommé Oceanus magnus Gellanicus. Enfin, Psitacorum terra (la terre des Perroquets), qui appartient au Brésil où, dans ce globe, on lit déjà Papagalli regio, est néanmoins inscrite sur la terre australe. On y lit aussi : Brasilia Regio, tandis que la légende de la mappemonde uni-cordiforme d'Oronce Fine : Terra australis nuper inventa, sed nondum plene examinata, porte Terra nondum plene cognita, et comme dans le Globe de bois, inuenta 14991.

On y retrouve également la date de 1497. Mais, alors que dans les fuseaux de Nordenskiôld elle s'applique à l'Amérique du Sud : Terra Noua inuenta est Anno 1497, ici elle est donnée comme se rapportant au Pérou : Peru p[rovintia| inuenta 1497*°.

Parmi les autres spécimens de cette variété de cartes, dieppoises par leurs prototypes plus ou moins modifiés, nous notons, en particulier, les fuseaux qu’on prétend avoir été dressés par Schôner en 1593.

Le globe que nous venons de décrire est un trait d’union avec une autre catégorie de cartes exposant des contours qui ne sont aucunement verrazaniens, mais que l’on peut rattacher à la car-

1. Cette date de 1499 nous paraît n'être qu'une lecture crronée du millésime donné au voyage de Magellan par Maximilianus Transylvanus : Soluit itaque Magellanus die decimo Augusli, Anno M.D.XIX.

2. C'est un écho du premier voyage de Vespuce selon la Cosmographiæ introductio, comme on le voit par la légende du globe de Schôüner de 1520 : America... dicta ab eius inuentore Americo Vesputio, qui eum reperit A. D. 1497, On la retrouve jusque dans la carte de Gutierrez gravée par Jérôme Cook en 1562.

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LA CARTOGURAPHIE VERRAZANIENNE 11 tographie verrazanienne, à cause de la légende rappelant le voyage de Verrazano, sous les formes suivantes :

Globe doré, circa 1528, et mappemonde uni-cordiforme d'Oronce Fine, circa 1536 : Terra francesca nuper lustrata. Carte dite de Sloane, circa 1530 : Terra franciscana nuper lustrata.

Globe de Nancy et Globe de bois, cèrca 1535 : Terra francesca. Les auteurs de ces dernières sphères et cartes se sont évidemment inspirés de quelque dérivé! du prototype créé par Franciscus Monachus en 1526. Pour la première fois depuis la mappemonde de Ruysch (1508), l'Amérique du Nord est soudée à l'Asie orientale, laquelle finit par se joindre à l’Europe sans solution de continuité. C’est ainsi que tant de noms appartenant à la cartographie asiatique viennent empiéter sur les régions mexicaines. Le Rio Panuco y est même localisé dans le Cathay, qui, de la sorte, borde le golfe du Mexique, ici appelé, comme dans le Globe doré et le Globe de bois, Sinus S. Michaelis. Les dessinateurs de cette série de contours géographiques se sont contentés pour la plupart d’y ajouter les légendes destinées à rappeler la grande exploration de l’Amérique septentrionale par l’ordre de François I. Ce fait nous porte à croire que le Globe doré et le Globe de bois, tout comme la carte dite de Sloane, en son état actuel, et la mappemonde uni-cordiforme d'Oronce Fine, ont été construits en France, quoique le Globe doré semble être l’œuvre d’un artiste allemand. L'origine française de cette interprétation patriotique \ nous parait d'autant plus probable que tous les autres monuments de la géographie qui, jusqu’à la fin du siècle, reproduisirent ces contours à l’étranger, omettent la légende en question. Le lecteur peut s’en assurer par les cartes et globes suivants : Le globe de Schôner de 1533.

Le globe de Gaspar Vopell, de 1543, et sa mappemonde de 1556 (dans Girava).

1. Nous disons « un dérivé » et non le prototype lui-même, parce que ce dernier représente à l’isthme de Darien un détroit parfaitement accentué, lequel est omis dans le globe que nous décrivons. On trouve déjà ce détroit, et à cet endroit, dans la carte du f. vi, de l'/solario de Bordone, avec l'inscription stretto pte mondo nouo, édition de juin 1528, mais dont le privilège remonte au 6 mars 1526 (Archives de Venise, Senato Terra, reg. 24, c. 74). La mappemonde de Vesconte de Maggiolo, Gênes, décembre 1527, donne également ce détroit, mais en y ajoutant : Streito dubitos0. 11 serait intéressant de pouvoir remonter à l’origine cartographique de ce passage imaginaire.

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La mappemonde de Gastaldi, 1546, 1548, et les copies ou contrefaçons gravées par Forlani, 1562, 1570 ; par Giovanni Francesco Camotio, 1562; et par Christoforo Blanco, 1599.

La carte de Hhâggy Ahhmed, 1558-1560.

La mappemonde de Honter, 1561.

Le globe de Prætorius, 1566.

Celui de Myritius, 1587-1590.

Enfin, la mappemonde insérée daïis les manuscrits de l'Hudisinew de Hadji Khalifa, 1574-1595.

Il faut, selon nous, tirer encore une conséquence importante de ces légendes inscrites dans cette catégorie de cartes : c’est qu’elles n'ont pas été empruntées aux monuments verrazaniens que nous connaissons. Autrement, les cosmographes qui les construisirent n'eussent pas manqué de reproduire les mêmes contours, ou tou au moins d'insérer quelques-uns des noms si éminemment français, comme Longueville, Saint-Germain, Angoulême, Tourville, Vendôme, Orléans, etc. On doit donc croire que les légendes : Terra francesca nuper lustrata et Terra franciscana ont été ici inspirées uniquement par un souvenir historique et alors fort récent.

Les portulans, les globes et les mappemondes étaient extrêmement répandus dans le centre de l’Europe dès une époque reculée; malheureusement, il ne nous reste que des épaves. Mais ces épaves mêmes, par leur importance, témoignent de l’intérèt que les particulicrs, tout autant que les savants, prenaient aux progrès de la géographie. On peut déjà, dans une certaine mesure, remonter à l’origine et tracer la filiation des contours géographiques ainsi que celle de la nomenclature du nouveau monde dans les planisphères de la première moitié du xvr siècle. Nous l'avons tenté dans notre histoire succincte de la cartographie lusitano-germanique. Aujourd’hui, nous nous sommes efforcé de classer, autant que possible, une autre cartographie, d’un plus grand intérêt pour les Français, puisqu'elle confirme et retrace une expédition maritime dont ils peuvent à juste titre s’enorgueillir. ‘

5217. — L.-liuprimeries réunies, B, rue Mignon, 2. — May et MoTTEROZ, directeurs,

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