‹ La case du Père TomChapitre 100 sur 200 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

nir à bout. Leur perversité ne cesse qu'avec leur existence. Je n'ai pour elles aucune sympathie; elles sont leurs propres victimes.

— Mais, maman, dit Evangéiine, cette pauvre vieille était malheureuse, c'est pour cela qu'elle buvait toujours.

— Allons donc ! comme si c'était une excuse ! Je suis bien souvent malheureuse; mes tribulations sont, je le présume , plus grandes que celles dont cette vieille avait à se plaindre. La misère de ces noirs provient de leur méchanceté! Il y en a qu'on ne peut dompter, même par les traitements les plus rigoureux. Je me rappelle que mon père avait un esclave si paresseux qu'il s'enfuyait pour ne pas travailler , et qu'il errait dans les savanes, vivant de maraude et commettant toutes sortes de déprédations. On le reprit , on le fouetta ; mais en vain ; il recommença plusieurs fois , et on le fouettait régulièrement après chacune de ses évasions. A la fin, sanglant et meurtri, il se traîna dans les savanes , où il mourut. Il n'avait aucune raison plausible pour s'évader , car mon père traitait toujours ses nègres avec bienveillance.

— Il m'est arrivé , dit Saint-Clare , de soumettre un homme qui avait déjoué les efforts de tous les maîtres et de tous les commandeurs.

— Vraiment! s'écria Marie. Je serais charmée de savoir comment vous vous y êtes pris.

— C'était un indigène de l'Afrique, d'une taille herculéenne, d'une force de lion. On l'appelait Scipion. Il avait au plus haut degré l'instinct de l'indépendance. On n'en pouvait rien faire. Il avait passé de mains en mains, quand Alfred l'acheta, espérant être plus heureux que ses devanciers. Un jour, Scipion rosse un commandeur et se sauve dans les savanes. C'était après la dissolution de notre indivis, et j'étais venu rendre visite à mon frère. Alfred était dans un état d'exaspération terrible; mais je lui dis que c'était sa faute, et je lui pariai que je materais le rebelle. Il fut convenu que si on le rattrapait, il me laisserait tenter l'expérience. Nous entrâmes en chasse au nombre de six ou sept , avec des fusils et des chiens. Vous concevez qu'on met autant d'ardeur à chasser un homme qu'un cerf, pour peu qu'on en ait l'habitude. J'étais moi-même un peu animé, quoique je dusse agir comme médiateur dans le cas où l'esclave marron serait repris. Nous lançons nos chevaux; les chiens aboient en flairant, et nous finissons par le débusquer. Il court avec la rapidité d'un chevreuil, et conserve de l'avance sur nous pendant quelque temps; mais, acculé dans un massif impénétrable de cannes, il se retourne pour combattre. Il fait tête aux chiens, les écarte à droite et à gauche, en tue deux rien qu'avec ses poings; mais un coup de fusil l'abat presque à mes pieds. Le pauvre diable me lançait des regards où se peignaient la fierté de l'homme et le désespoir du vaincu. J'écartai les chiens et les chasseurs, et je réclamai mm prisonnier. Ils voulaient l'achever, dans l'enivrement de leur triomphe; mais j'insistai pour qu'il eut la vie sauve, et Alfred me le vendit. Je m'en chargeai, et au bout d'une quinzaine je l'avais rendu aussi soumis et aussi traitable qu'on pouvait le désirer.

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— Quels procédés avez-vous donc employés? demanda Marie.

— Des procédés tout simples. Je l'installai dans ma chambre; je lui fis faire un bon lit, je pansai ses blessures, et je lui prodiguai des soins jusqu'à ce qu'il lut guéri. Cependant j'avais préparé pour lui un acte d'affranchissement, et dès qu'il fat rétabli, je lui dis qu'il pouvait aller où bon lui semblerait.

— Et il partit? dit miss Ophélia.

— îXon; il eut la folie de déchirer l'acte en morceaux, et refusa absolument de me quitter. Je n'ai jamais eu de serviteur plus brave, plus fidèle, plus dévoué. Dans la suite, il embrassa le christianisme, et devint doux comme un enfant. Il était chargé de la gestion de mon habitation du Lac, et il s'en acquittait à merveille. Je le perdis pendant le choléra, et de fait, il sacrifia sa vie pour sauver la mienne. J'étais atteint de l'épidémie; saisis d'une terreur panique , tous mes domestiques s'étaient enfuis. Scipion m'assista avec un zèle infatigable, et je lui dois d'être encore de ce monde. Pauvre garçon! il fut frappé bientôt après, et il n'y eut pas moyen de le sauver. Jamais perte ne m'a été plus sensible!

Pendant que Saint-Clarc racontait son histoire, Evangéiine s'était graduellement rapprochée de lui. Elle écoutait avidement; ses lèvres liaient entr'ouvertes; ses grands yeux exprimaient un profond intérêt. Quand il eut achevé, elle lui passa les bras autour du cou, et fondit en larmes. La violence de ses émotions faisait trembler tout son corps.

— Eva, ma chère fille, qu'avez-vous? dit Saint-Clare. Cette enfant, ajouta-t-il , ne devrait jamais entendre de semblables récils; elle est trop nerveuse.

— Non, papa, je ne suis pas nerveuse, dit Evangéiine se contenant avec une force de résolution extraordinaire chez un enfant; je ne ,-vcuse, mais ces choses- Là me fendent le cœur!

— Expliquez-vOUs, Eva.

— .le ne le puis. 11 me vient une foule d'idées; peut-être vous les

: je quelque jour.

— A Vôtre aise, mon enfant; mais ne pleurez pas... Voyez quelle belle pèche je vous ai apportée.

ingéiine la pril e souriant; cependant les coins de sa bouche ;it toujou; tés par un mouvement convulsif.

— A-lioU ivil Saint-Clare en lui prenant la main, venez voir I

\" boni <le quelques minutes, un bruil de rii :tra à

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Il esl ;i craindre que nous n notre ami Tom en nous occu-

1 ni de personnages ais nos Lecteurs auront de ses

elles s'ils veulehl bien nous suivre au-dessus des écuries. Là se

trouvai! une petite Ch imbre , m eu Idée d'un lit, d'une chaise, el d'un

grand pupitre où Tom déposait sa Bible et son recueil d'hymnes,

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