CHAPITRE XX
— Je ne mens jamais, miss Phélia, reprit Topsy du ton de la vertu calomniée; c'est Ja vérité que je vous ai dite, et pas autre chose.
— Topsy, je vous donnerai le fouet si vous mentez.
— Quand même vous me fouetteriez toute la journée, balbutia Topsy, qui commençait à se troubler, je n'avais pas vu ce ruban avant qu'il se trouvât dans ma manche. Miss Phélia a dû le laisser sur le lit; il s'est entortillé dans ma robe et est entré dans ma manche.
Cet impudent mensonge indigna tellement l'institutrice, qu'elle saisit l'enfant par les bras et la secoua rudement.
— Oserez-vous bien le soutenir?
La secousse ht tomber les gants de l'autre manche.
— La, s'écria miss Ophélia, me direz-vous maintenant que vous n'avez pas volé le ruban?
Topsy avoua qu'elle avait pris les gants, mais elle persista à nier le vol du ruban.
— Allons, Topsy, dit miss Ophélia, si vous avouez tout, je ne vous donnerai pas le fouet pour aujourd'hui.
Topsy se rendit; elle confessa qu'elle avait volé le ruban et les gants, et elle protesta de son repentir.
— Dites-moi maintenant; je sais que vous avez dû voler autre chose depuis que vous êtes dans la maison , car je vous ai laissée courir hier toute la journée. Dites-moi ce que vous avez pris, et vous ne serez pas fouettée.
— Eh bien, madame, j'ai pris le collier que miss Éva porte à son cou.
— O la vilaine ! et puis , quoi encore?
— J'ai pris les pendants d'oreilles de Jeanne.
— Rapportez-moi tout cela à la minute.
— Je ne puis , madame; j'ai jeté au feu le collier et les pendants d'oreilles.
— Vous les avez jetés au feu ? quel conte ! Allez les chercher, ou je vous fouetterai.
Topsy déclara en sanglotant qu'elle ne le pouvait pas, qu'elle les avait jetés au feu.
— Pourquoi? dans quel but? demanda miss Ophélia.
— Parce que je suis méchante, très-méchante.
En ce moment Évangéline entra innocemment dans la chambre: elle avait son collier au cou.
— Où avez-vous retrouvé votre collier? dit miss Ophélia.
— Je l'ai eu toute la journée.
— Et vous l'aviez hier?
— Certainement, et ce qu'il y a de singulier, c'est que j'avais oublié de l'oter et que je l'ai gardé toute la nuit.
Miss Ophélia fut comme étourdie; et ce qui augmenta sa stupéfaction, ce fut l'entrée de Jeanne qui venait apporter du linge nouvellement repassé, et qui faisait tinter ses pendants d'oreilles de corail.
— En vérité, dit la bonne dame au désespoir, je ne ferai jamais rien d'un pareil enfant. Pourquoi m'avez-vous déclaré que vous aviez volé ces objets?
17S LE PÈHE TOM.
— Madame m •; j'ai avoue tout ce qui m'a passé par la tète.
— 3Lus je ne vous dirais pas d'avouer des vols que vous n'aviez pas commis. C'est mentir comme auparavant.
— Tous croyez? dit ïopsy d'un air d'innocence.
— Est-ce qu'on peut attendre une vérité de cette espèce ? s'écria Jeanne avec indignation; si j'étais à la place de 31. Samt-Clare , je la fouetterais jusqu'au sang.
— Ne parlez pas ainsi, dit Évangéline d'un ton de commandement qu'elle prenait quelquefois, je ne saurais le souffrir.
— Vous êtes trop bonne, miss Eva, vous ne savez pas comment il faut traiter les nègres : en n'en vient à bout qu'à force de coups.
— Silence, Jeanne! pas un mot de plus, reprit Évangéline , dont les yeux éîin celèrent et dont le teint se colora.
Jeanne n'esa répliquer, mais elle murmura en sortant : — Mise Eva est bien du saur; de son ; ère; elle parle absolument comme lui.
ÉvaDgélhie examina ïopsy. Les deux enfants qui se trouvaient en présence personnifiaient les deux extrêmes de la société. C'était d'un ce é la fille blonde aux yeux intelligents, au front noble, à l'allure princière; de l'autre, la négresse timide, ignorante, mais fine et artificieuse. La première représentait la race saxonne, développée par ul'.ure, de domination, de supériorité morale et physique: La seconde représentait l'Afrique dégradée par des siècles d'opp . de mi ère et de rudes labeurs. Ce contraste frappait
ginalioh d'Évangéline ; mais les pensées d'un enfant ne guère que des instincts vagues et indéfinis, et la fille de Saint- Cl.ne cri avait souvent qu'elle aurait été incapable de formuler. En sa cousine blâmer la conduite de Topsy, elle parut attristée, et dit avec douceur: — Pauvre Topsy, pourquoi chercher à ? en va maintenant prendre bien soin de \ous. J'aime mieux • nus donner mes afin ires que de vous les laisser prendre. était la premier nté que la négresse eût entendue
< i\ et les manières insinuantes de sa jeune maîtresse ne i ion sur son cœur sauvage; on eût
: dans ses yeux ronds et brillants; mais t Topsy se mit à ri qui a é j
: . traitements es1 d'une incrédulité' quand 01 . . illance. Tt.jisy
i elque chose de drôle et d'inexpli-
. croyait | .vait-on faire de T ;. perdait sa
i ne trouvai) pas moyen de mettre en pratique son système d'éducation. Elle pen a qu'il fallait prendre le temps de réfléchir;
; déveloptus morah nouvel ordre.
— lare, qu'il soit possible de
— A votre aise, « -, lein pouvoir.