‹ La case du Père TomChapitre 3 sur 200 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

Jamais roman n'obtint un succès plus incontestable que celui dont nous publions la traduction. Il y en a plus de vingt éditions, tant aux États-Unis qu'en Angleterre. L'auteur, madame Henriette Beecher Stowe, a conquis tout à coup une place honorable dans la littérature. Les journaux anglais ont célébré à l'envi la flexibilité de son talent, la noblesse de son caractère, l'exactitude de ses observations, l'élévation de ses idées. En France, un critique compétent, M. John Lemoine, a donné dans le Journal des Débats l'analyse du Père Tom, et il l'a jugé en ces termes :

« Voici un petit livre qui contient en quelques centaines de pages tous les éléments d'une révolution. Ce livre, plein de larmes et plein de feu, fait en ce moment le tour du monde ; c'est multiplié par centaines de mille qu'il parcourt les deux hémisphères, arrachant des pleurs à tous les yeux qui le lisent , faisant frémir toutes les oreilles qui l'entendent, et trembler toutes les mains qui le tiennent. C'est le coup le plus profond peut-être qui ait jamais été porté à cette institution impie : l'esclavage; et ce coup a été porté par la main d'une femme.

r> Du haut de la chaire ou du haut de la tribune, dans les livres, dans les journaux, dans tous les pays, dans toutes les langues, des voix éloquentes ont dénoncé le crime de l'esclavage; mais voici qu'au milieu de cet universel concert, une note aiguë et perçante traverse l'air comme une flèche , et fait frissonner toutes les cordes sensibles de l'humanité ; c'est le cri de la femme et de la mère , le cri des entrailles qui domine les voix les plus hautes et les plus puissantes. Ce petit livre qui est là devant nous fera plus pour l'affranchissement des noirs que n'ont fait tous les discours, tous les sermons, ou tous les traités, ou toutes les croisières. Pourquoi? Simplement parce qu'il fait pleurer. Et non-seulement il parle aux cœurs , mais il parle aux yeux. Les maximes philosophiques ne touchent que le petit nombre des esprits lettrés et cultivés; mais la peinture, mais le drame agissent sur la masse, sur tout le monde. Or ce livre est une suite de tableaux vivants, de tableaux de martyrs qui se lèvent l'un après l'autre en montrant leurs blessures, et leur sang, et leurs chaînes, et qui demandent justice au nom de l'humanité, et surtout au nom du Dieu qui a souffert et qui est mort pour eux comme pour nous. Rien ne peut égaler l'effet de cette démonstration brûlante où respire sans eesse et

Page 1