CHAPITRE XrT
vous en clm'ger, envoyez-la-lui, et dites-lui que je l'ai aimée jusqu'à ma dernière heure... Le voulez-vous? le voulez-vous?
— Très-certainement, mon brave ami, dit le manufacturier d'une voix tremblante d'émotion.
— Dites-lui aussi qu'elle fasse en sorte de se rendre au Canada. Sa maîtresse est affectueuse, la maison où elle est née lui est chère, mais, qu'importe? Qu'elle ne retourne pas en arrière, car l'esclavage aboutit toujours à la misère. Recommandez-lui d'élever notre fils en homme libre, et alors il ne souffrira pas comme j'ai souffert... Vous me le promettez ?
— Oui, Georges; mais j'espère que vous ne mourrez pas. Prenez courage ; vous êtes un brave garçon ; je souhaite de tout mon cœur que vous arriviez sain et sauf au terme de votre voyage.
— Peut-on avoir confiance en Dieu ? s'écria Georges avec un accent de désespoir si profond, que "Wilson en fut troublé. Oh ! j'ai vu toute ma vie des choses si affreuses, que je doute parfois qu'il y ait un Dieu. Ces idées ne peuveut vous venir, à vous autres, heureux du monde ; il y a un Dieu pour vous, mais y en a-t-il un pour moi?
— Ne parlez pas ainsi, mon ami, dit le vieillard d'une voix entrecoupée. Dieu existe : les nuages et les ténèbres nous le cachent; mais la justice et la vérité sont les deux piliers de sa demeure céleste. Il y a un Dieu , Georges ; croyez-en lui , confiez-vous à lui, et je suis convaincu qu'il vous assistera. Le bien triomphe toujours, sinon dans cette vie, au moins dans l'autre.
La piété réelle et la bienveillance de cet homme simple donnèrent à son visage une dignité momentanée , et à ses paroles une autorité imposante. Le mulâtre, qui allait et venait dans la chambre, s'arrêta pour méditer, et dit avec tranquillité :
— Merci de m'avoir dit cela, mon bon ami ; j'y réfléchirai.