‹ La case du Père TomChapitre 59 sur 200 · CHAPITRE Xill · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xill

escales. J'étais debout et sur le qui-vive toutes les fois que Je bateau s'arrêtait. C'est une surveillance dont je me charge toujours en personne.

Le ion de ce discours était fait pour provoquer la confiance de Tom; mais il n'y répondit pas.

Le marchand d'esclaves fouilla le bateau de l'avant à l'arrière, au milieu des ballots, des coffres, des tonneaux, autour de la machine près des cheminées. Après une recherche infructueuse, il vint retrouver Tom.

— Voyons, lui dit-il, soyez franc : vous savez quelque chose. Ne me soutenez pas le contraire; vous pouvez me fournir des renseignements. J'ai vu Lucie à dix heures; je l'ai revue à minuit, à une heure. A quatre heures elle n'était plus à sa place; et, pendant ce temps, vous n'avez pas quitté la vôtre. Tous savez quelque chose, c'est incontestable.

— Eh bien! monsieur, vers le matin une figure noire a passé près de moi; j'ai ouvert à moitié les yeux, et j'ai entendu le bruit d'un corps qui tombait à l'eau. Je me suis réveillé, et la fille n'y était plus. Voilà tout ce que je sais.

Le marchand d'esclaves ne fut ni troublé ni étonné; il était familiarisé avec tant de catastrophes dont nous avons à peine l'idée! La présence de la mort elle-même ne lui causait aucune émotion solennelle. Dans le cours de ses pérégrinations commerciales, il avait vu maintes fois la mort; il ne la regardait que comme une visiteuse exigeante, qui le gênait souvent mal à propos dans ses opérations. Ne voyant dans Lucie qu'un colis, il se disait qu'il avait du guignon, et que si ce train-là continuait, il ne tirerait pas un centime de sa cargaison. C'était un homme décidément malheureux, et d'autant plus à plaindre que Lucie avait passé dans un pays qui ne rend jamais les fugitifs , quelles que soient les réclamations.

Le négociant désespéré prit donc son livre de comptes, et inscrivit l'âme et le corps absents à la colonne des pertes.

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