‹ La Cataastrophe du Ballon L'aragoChapitre 10 sur 12 · EXPERIENCE DU HAVRE · texte numérisé non relu

EXPERIENCE DU HAVRE

Nous Irouvons dans le Petit Havre du 9 aôuL 1887, des détails communiqués par François Lhosle sur une ascension exécutée le 7 au milieu du bassin du Commerce, où avait lieuTExposilion internationale maritime. Le gonflement s'était effectué d'une façon très originale, montrant que le jeune aéronaute, ne négligeait aucune occasion pour apporter des innovations înléressantes dans cliacuncdes parties de son art.

La marine avait formé un radeau d'environ 25 mètres carrés de surface, en recueillant un certain nombre de radeaux plus petits servant à la réparation des navires. Sur cette espèce d'iie le Coniilé de TExposilion avait fait étendre des bâches, de manière à former un plancher uniforme. On avait construit cet ensemble dans le voisinage d'une prise de gaK. Le ballon une fois gonflé, plusieurs embarcations prirent le radeau à la lemorquc et le conduisirent au point central du bassin.

Le Comité de l'Exposition avait décidé que l'on confierait à M. Lhoslo celui des canots de sauvetage, qui parmi les plus légers se prêterait le mieux à une expérience. M. Berthon, fabricant à lai-is, et fournisseur des bâtiments de l'État, eut l'honneur d'être désigné.

L'ascension eut lieu en présence d'un immense concours de population. Le temps fut splendide, on eût dit que le vent ({ui avait été très violgnt faisait relâche. Parlant avec une force î^scensionnelle très ilîinime, qu'il augmenta d'une façon insensible, Lhoste s'éleva avec une imposante lenteur au milieu des applaudissements universels. Le canot qui, quoique ne pesant que 25 kilos, avait une longueur d'environ 2 mètres, était suspendu à 3 mètres au-dessous de la nacelle, et produisait le plus gracieux effet.

Voici en quoi consistait la manœuvre qui devait être tentée.

Aussitôt en rade, Lhoste devait jeter à la mer le cône-ancre de manière à ralentir le mouvement de translation du ballon. Ceci fait, il était convenu qu'il donnerait un coup de soupape

pour descendre jusqu'à ce que le canot fût mis à la mer. Alors il devait larguer une des amarres pour traîner le canot à k remorque en simulant un sauvetage. Laissons maintenant parier Taéronaute.

Les derniers préparatifs du gonflement, favorisés par une faible brise Nord-Ouest, étaient terminés à six heures, et Taérostat se lève lentement au-dessus du radeau sur lequel il avait été gonflé.

L'originalité de Templaœment choisi, et le magnifîque spectacle qui s'offrait à mes regards au moment du dépait s'effaceront difficilement de ma mémoire ; Ton eût dit que la main invisible d'une fée déroulait à mes pieds le plus imposant et le plus gracieux des panoramas.

L'altitude est de i5o mètres, les adieux sympathiques de la foule me parviennent moins distinctement, l'horizon s'agrandit et la mer encadre d'une frange brillante et ar gentée le riant tableau dont je m'éloigne rapidement.

Le baromètre indique 5oo mètres ; l'aérostat plane audessus de l'embouchure de la Seine ; un coup de soupape le ramène en quelques instants à la surface de l'eau; je mouille le cône-ancre afin d'opérer la mise à Teau du canot système Berthon, mais l'emplacement n'est pas favorable à l'expérience ; le cône se remplit de sable et c'est à grand'peine que je parviens à le dégager en faisant le sacrifice d'une grande quantité de lest. V Argus reprend aussitôt son vol, et je passe à une altitude de 200 mètres au-dessus deHonfleur; les habitants, qui ont suivi la ma* nœuvre, m'acclament au passage. Je traverse la route de Pont-Audemer et plane successivement au-dessus de Beuzeville, Cormeilles, à une altitude de i,4oq mètres. A 7 heures 1/3, l'aérostat baisse lentement, l'altitude est de 3oo mètres. Laissant à ma droite Thiberville, j'opère ma descente à huit heures dans d'excellentes conditions auprès de Bemay (Eure).

Le lendemain je revenais au Havre, enchanté d'avoir fait un voyage magnifique, mais regrettant amèrement que la quantité de sable enmagasiné par le cône^ancre, dans un endroit où je ne pouvais pas me rendre im compte exact de la profondeur, ait fait avorter une expérience à laquelle j'attachais le plus grand prix ; mais la résistance opposée au mouvement du ballon par mon cône ensablé était si grande que, craignant que TétofiFe ne se déchirât sous Faction du vent, j'étais sur le point de couper Tamarre et d'abandonner à la mer un agrès pouvant amener une catastrophe dans de si mauvaise circonstances.

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