INTRODUCTION
Le D' Dupuy-Dutemps nous a donné l’occasion d'observer, dans son service de la Fondation de Rots- - child, une fillette atteinte de cataracte double totale.
Cette affection était survenue sans cause apparente.
Une enquête sur ces cataractes infantiles acquises nous a permis de faire la constatation suivante : Ces faits sont très rares, mais mériteraient cependant une étude, au même titre que telle forme exceptionnelle de cataracte congénitale. Or, si l’on excepte la cataracte diabétique, les traités d’ophtalmologie sont muets ou quasi-muets sur les cataractes totales survenues dans le jeune âge. Prenons un exemple, et, puisqu'il s’agit d’une critique, prenons-le de préférence en Allemagne : Le professeur Peters, de Bonn, publie, en tg10, un petit traité des affections oculaires non congénitales de l’enfance. Il classe ainsi les cataractes :
Cataractes partielles, stationnaires: polaires, zonu- - laires, centrales ; Cataractes diabétiques ;
Cataractes traumatiques.
Et c’est tout. Une telle conception, nous espérons le montrer, est absolument erronée.
Un premier intérêt de notre sujet réside donc dans l’existence de cette lacune.
Mais une autre source, plus générale, d'intérêt découle de la considération suivante : L'étude étiologique des cataractes séniles est rendue très incertaine du fait des multiples influences morbides auxquelles le cristallin se trouve soumis au cours de toute longue existence. La recherche des causes et du mécanisme des altérations cristalliniennes sera peut-être plus fructueuse chez l'enfant.
Précisons tout d’abord les limites de notre étude. Les cataractes infantiles se classent de la façon suivante :
1° Cataractes congénitales : partielles ou totales.
Nous ne nous en occuperons pas.
Sous cette rubrique rentrent la presque totalité des cataractes partielles. En particulier Mr le professeur De Lapersonne pense que toutes les cataractes zonulaires vraies sont congénitales.
Quelques cataractes partielles sont des cataractes acquises. Une semblable cataracte est compatible avec une acuité visuelle suffisante. Aussi est-il le plus souvent très difficile de préciser le début de la maladie. Pour cette raison, désireux d'établir ce travail sur une base solide, nous nous sommes bornés à l'étude des cataractes nettement progressives, dont l’aboutissant est la cataracte totale.
2° Cataractes acquises. Nous les divisons ainsi :
a) Cataracte lraumatique ; |
b) Cataracte compliquée, secondaire à une affection grave du globe oculaire ;
c) Cataracte primitive, c'est-à-dire sans cause locale apparente. |
Les deux premiers groupes sont bien connus et : ne tirent de l’âge du sujet aucun intérêt spécial. Nous nous occuperons exrlusivement du troisième groupe. | Il nous reste à fixer une limite d’âge. Nous attribuons au terme «congénital» sa valeur absolue, et toute cataracte non développée dès la naissance nous intéresse. Nous fixons la limite d'âge maxima à dix huit-ans. Nous le reconnaïissons, la. précision, nécessaire, de cette limitation, est quelque peu arbi-
traire. Elle est cependant basée sur deux considéra-
. tions: Nous restons en deçà de la période d’apparition du noyau sénile, Par ailleurs, l'organisme humain subit à la puberté des modifications telles que la fin de cette période peut logiquement être prise comme limite de la pathologie infantile, Le cristallin semble, nous le verrons, participer de façon remarquable à ces modifications. Notre sujet est ainsi absolument délimité.
Nous avons jugé utile de le compléter par un rappel de notions anatomiques, physiologiques, par quelques remarques de pathologie comparée, et par une étude sur les opacités cristalliniennes minimes -dessujets jeunes. (Il ne s’agit pas ici de cataracte par-
tielles au sens clinique du mot, mais des opacités latentes, perceptibles seulement par un examen délicat.) Il n’est pas sans intérêt de rechercher quel rapport peut exister entre ces opacités legères et les cataractes évolutives.