LES AVENTURES AÉRIENNES
DES GSHDS lEfiOMUTES
Un volume ip.-r8° de plus de . 300 pages Orné de nombreuses gravures
Prix 4L francs.
E. Plon et Nourrit, Éditeurs.
LA
DU
Dans le numéro du i er septembre 1886 nous avons exposé les résultats remarquables obtenus, le 29 juillet de la même année, par MM. Lhoste et Mangot, lorsqu'ils ont traversé la Manche, en partant de Cherbourg. Aujourd'hui, nous avons à résumer ce que Ton sait d'une nouvelle expédition des mêmes acronautes, qui, se servant du même ballon, ont éprouvé un sort bien différent, hélas ! En effet, au lieu de faire flotter cette fois notre drapeau tricolore au-dessus de la Tamise, ils ont terminé leur grand bond audacieux dans les régions encore inconnues, et jusqu'ici l'Atlantique a gardé le silence sur leur sort 1 Mais combien les circonstances de leur récent départ étaient différentes de celles de Tan dernier.
Au lieu de confier leur vie à une brise stable, que le génie pénétrant de Giffard avait indiqué, il y a près de dix ans, comme devant mener sûrement en Angleterre, nos deux amis, se sont laissé tromper par les promesses fallacieuses d'un vent qui n'a ni durée certaine, ni direc-
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tion franchement accusée. Quoique semblables en apparence, les deux expéditions n'en étaient que plus différentes, et l'issue terrible de Tune est la confirmation des méthodes qui ont amené le succès de l'autre.
Quelle que soit la douleur que nous éprouvons en envisageant le sort réservé à deux soldats de l'armée aéronautique, ce n'est pas dans les colonnes d'un journal militaire que cette considération diminuera les éloges que nous devons à la vaillance des deux jeunes navigateurs aériens, dont la trace a été perdue dans les ténèbres de la nuit du i3 au 14 novembre. Nous réserverons nos critiques pour le jour, de plus en plus incertain, où nous aurions le bonheur de les serrer dans nos bras, en assistant à la joie de leurs familles, dont nous nous efforçons inutilement, en ce moment, d'arrêter les pleurs.
Ayant l'honneur de parler à de% soldats, accoutumés au sacrifice de la vie, dignes d'apprécier toute espèce d'héroïsme, nous commencerons cette étude par donner quelques détails biographiques, nécessaires pour comprendre comment Lhoste et Mangot se sont laissé entraîner jusqu'à dépasser peut-être les bornes de la bravoure, avec une insouciance, une gaieté inépuisable, qualités dont les fils de notre patrie ont toujours été si prodigues, depuis que les Gaulois allaient en chantant brûler la Ville Eternelle. [ii François Lhoste est le second fils d'un fabricant aisé d'objets en fer battu de la rue des Noyers, dont le nom est avantageusement connu dans le commerce parisien. * Agé de 20 ans à peine, il est entré en qualité d'élève volontaire à l'académie d'aérostation, dans le courant de l'année 1879. Sous les ordres du lieutenant de gendarmerie Gauthier, il prenait part à une ascension exécutée à Etampes, le 12 octobre 1880. L'ascension se termina à Chartres, par une descente mouvementée, et le commandant du ballon faisait au comité le rapport le plus avan-
tageux sur l'habileté, le sang-froid et le courage du néophyte, auquel on ne pouvait reprocher qu'une ardeur trop bouillante. Pendant que les deux voyageurs étaient en l'air, je faisais à Etampes une conférence sur les « Ballons du Siège» ; je dépeignais de mon mieux le mérite des voyageurs aériens, qui, sans être jamais montés en ballon., et parfaitement étrangers aux premiers éléments de la navigation aérienne, s'étaient lancés à corps perdu dans l'espace, afin de permettre à Paris bloqué de répandre au dehors les inspirations patriotiques d'une population résignée à tous les sacrifices, sauf celui de l'honneur.
Je fis remarquer à mes auditeurs que la multiplication des expériences aériennes était un puissant moyen d entretenir le feu sacré dans la jeunesse, précisément à cause du péril dont elles sont environnées! Combien j'étais loin de prévoir jusqu'à quel point ces avis auraient de l'écho dans quelques âmes, peut-être trop éprises de la gloire.
Ce n est point ici le lieu de raconter en détail les ascensions de Lhoste; nous nous bornerons à dire qu'il a toujours fait preuve d'un entrain, d'une ardeur, que les plus sages avis pouvaient à peine tempérer.
Il n'y a point en France de région où les ballons soient aussi populaires que dans les environs de Montdidier, petite ville de la Somme, située sur les confins du département de l'Oise, dans le voisinage de la forêt d'Epineuse, où, le 7 octobre 1870, Gambetta effectuait, avec M. Spolier, sa périlleuse descente. Là, on n'a pas oublié autant qu'ailleurs ce mémorable événement, qui permit à un grand orateur de communiquer à la province le feu dévorant son âme ardente. Il n'y a pas dans cette contrée de fête complète, si les ballons n'y figurent.
Ville petite mais ancienne, et ayant joué m? grand rôle dans l'histoire, Montdidier a conservé le culte du passé, et
se plaît à célébrer la mémoire des hommes illustres qui y ont vu le jour.
Au mois de mai 1886, on y célébra le centenaire de Timportation en France des pommes de terre, par le philanthrope Parmentier, et Ton confia à Lhoste l'ascension qui devait célébrer cet événement pacifique entre tous !
Alors âgé de 18 ans, et frère cadet du directeur de l'usine à gaz, Joseph Mangot avait, depuis son enfance, entendu célébrer les ballons ; il connaissait par cœur le récit de toutes les aventures aériennes. Il voulut accompagner Lhoste dans son excursion. Mais l'aérostat étant trop petit, le jeune néophyte dut rester à terre ! Un désappointement trop cuisant produisit les effets ordinaires de toute passion contrariée ; Mangot conçut le projet de faire construire un ballon d'expériences, qui servirait à exécuter le projet approuvé par Henry Giffard, et à réaliser la traversée de la Manche en partant de Cherbourg. Lhoste accepta ses ouvertures, et l'on équipa le Torpilleur du cube de 1,000 mètres, que l'on pourvut des agrès décrits dans notre précédent article. Le voyage fut heureux, il réussit dans les conditions les plus merveilleuses (1).
Depuis le succès de l'expérience du 29 juillet, il ne fut plus question que de ballons à Montdidier. On disposa dans le jardin public une prise permanente, ce qui n'existe encore dans aucune ville de France. M. Mangot aîné étudia les moyens de produire un gaz spécial pouvant enlever plus de 700 grammes par mètre cube. Fille et veuve d'anciens chirurgiens militaires de Tannée d'Afrique , M me Mangot apprécie les entreprises destinées à honorer la France ; cette dame fit construire, dans sa maison de campagne, une vaste salle, ornée avec luxe, pour le gonflement
(1) Voir la brochure publiée à la librairie du Spectateur, par M. Joseph Mangot, La traversée de la Manche.
des aérostats. M. Mangot aîné, ce fut peut-être le premier directeur d'usine ayant expérimenté son gaz en qualité d'aéronaute, se lança lui aussi dans les airs !
En même temps qu'il projetait de nouvelles expéditions, le jeune Mangot n'oubliait pas Gambetta. Il faisait construire, à ses frais, une colonne en pierre blanche de deux mètres de hauteur, qu'il avait l'intention de placer au pied du chêne où Y Armand Barbes s'était arrêté pendant la journée du 7 octobre 1870. Au mois de septembre dernier, en compagnie de M me Mangot, de ses deux fils, de M. et M" 6 Gravis, aéronautes d'Amiens, nous nous rendions dans la forêt d'Epineuse. De la bouche du garde-chasse Lambert, qui avait aidé MM. Gambetta et Spûller à atterrir, nous entendions le récit de tout ce qui s'était passé, et nous racontions les détails de notre excursion dans le Journal de Montdidier. Que nous étions loin de nous douter que nous condamnions à une fin ignominieuse le bel arbre centenaire dont nous avions admiré tous le port gracieux, que nous appelions la hache des bûcherons de M. de Morgan sur le témoin muet de la grande scène, dont notre intention était de perpétuer le souvenir.
Ne semble-t-il pas que la profanation d'un tronc qui devait être respecté comme le saule de Sainte-Hélène, le laurier de Virgile, le pommier de Newton, le mûrier de Shakespeare, a appelé fatalement la vengeance de quelque divinité infernale, les Euménides de la Grèce s'unissant à nos vieilles furies druidiques; un destin inexorable a cueilli parmi nous la victime la plus innocente,; celle dont la perte devait faire couler le plus de larmes sur la terre, et, non contents de cette triste vengeance, les es*prits malfaisants ont entraîné dans la catastrophe de cetardent jeune homme, son ami, celui qui l'avait initié à l'art aventureux des aéronautes.
Après notre pèlerinage au chêne, Lhoste et Mangot sont
partis pour une grande tournée aérostatique dans laquelle ils ont employé le Torpilleur, débarrassé de ses agrès maritimes, réparé, reprisé, reverni, et, à notre sollicitatiQn, «débaptisé. Les deux jeunes propriétaires lui donnèrent le nom d'Arago, hommage rendu au grand astronome qui, passionnément épris de toutes les gloires 4e la France, a rédigé de précieuses instructions .pour les aréonautes de l'avenir.
Cet expédition fut longue et semée d'épisodes dramatiques, émaillée de charmantes excursions en mer, réussies en profitant de l'alternance de deux brises, se superposant Tune à l'autre, Elle se termina à Tunis, par un incident remarquable qu'il faut rapporter en détail.
,Lhoste et Mangot devaient donner aux indigènes le spectacle d'une course en ballon, et ils avaient projeté de faire une ascension avec deux petits aérostats de 4 à 5oo mètres qui, çtvec YAragoj constituaient leur matériel.
La production de gaz ayant été insuffisante, on décida que les ballons seraient lâchés l'un après l'autre. Aussitôt que Mangot vit que son aérostat pouvait le porter, il donna le signe du départ. Le vent soufflait avec violence da,ns la direction de la Méditerranée ; ne voulant pas se laisser entraîner au large, Mangot ouvrit rapidement la soupape. Le ballon descendit avec une telle impétuosité que le jeune aéronaute fut frappé à la tête par un violent coup de cercle qui lui fit perdre immédiatement con-
naissance. C'est un genre d'accident tellement fréquent que quelques praticiens recommandent, et je suis de leur nombre, de ne partir qu'avec un chapeau haut de forme qui, dans un pareil cas, s'écrase comme un gibus mais amortit la violence du choc. Lâchant malgré lui les cordages, Mangot tomba évanoui sur le rivage. L'aérostat rebondit et disparut dans l'espace. Jamais plus on n'en entencpÂt parJLçjrl Le naufragé fut recueilli par des Arabes et
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•porté dans une ferme voisine, habitée par une famille allemande qui, hâtons-nous de le dire, l'hébergea et le soigna avec un dévouement digne des plus grands éloges. Axdent patriote, il avait été touché par l'accueil de ces braves gens, qui étaient parvenus à lui faire oublier M. de Bismarck. Joseph Mangot, qui n'avait reçu que des contusions légères, fut bientôt en état de revenir en France pour se préparer à d'autres expéditions, à celle notamment qui a enveloppé aujourd'hui son nom d'un lugubre mystère. *
Au mois de novembre, le but des ascensions desdeux associés ne devait pp,s être de parcourir de grands espaces sur mer, et c'est par une fatalité déplorable qu'ils ont affronté encore une fois les vagues. J'étais parvenu à leur faire comprendre, sans trop de peine, que les ascensions terrestres pouvaient leur fournir des moyens assurés de s'illustrer sans courir d'aussi grands hasards. La grande question du moment étant de consolider l'alliance qui paraît à la veille de s'établir entre la Russie et la France, je donnai à mes jeunes amis le conseil de tenter de se rendre dans l'empire des tzars par voie aérienne, en brûlant la terre d'Allemagne. L'entreprise est certainement hardie, mais on ne peut la considérer comme au-dessus des forces de l'aérostatique actuelle, si l'on choisit un vigoureux vent d'ouest.
Ce projet était bien fait pour séduire deux âmes ardentes, brûlant du désir d'être utiles à la patrie, passion qui était autrefois si commune et qui malheureusement devient de notre temps si rare!! Environnés de l'auréole de leurs succès, arrivant peu de mois après l'ascension de MendleiefT, jeunes, hardis, de belle prestance, ayant toutes les qualités aimables qui font rechercher les vrais républicains, n'étant inféodés à aucun des partis politiques qui oublient Irop souvent la France pour se disputer un lambeau
de son budget , n'auraient-ils pas conquis facilement une grande et légitime influence.
Délaissant donc leurs agrès maritimes, Lhoste et Mangot se préparèrent à leur expédition en étudiant les moyens de rester très longtemps en l'air.
Après quelques tâtonnements dans le détail desquels il serait superflu d'entrer, ils se décidèrent à employer des ballons satellites analogues à ceux dont se sont servis Dupuis - Delcourt et Godard dans un but ornementatif, mais cette fois, les inventeurs avaient l'intention de les utiliser comme réservoirs, pour éviter l'ouverture de la soupape, manœuvre qui coûte beaucoup de gaz, et, quelquefois même, la vie aux aéronautes.
Lhoste avait songé pour la première fois à s'y soustraire, à la suite d'un accident terrible arrivé dans une ascension qu'il avait exécutée à Dunkerque, le 3 août de l'année courante.
Il voulait franchir une quatrième fois le détroit, avec un petit ballon de 600 mètres, à bord duquel il s'était embarqué tout seul. Il avait été obligé de s'élever à plus de 3,000 mètres pour chercher la couche de vents favorables; dès qu'il vit que les côtes britanniques approchaient, ce qui est très facile à reconnaître la nuit, grâce à la lumière des phares, il ouvrit la soupape afin d'avoir moins de chemin à faire pour regagner le sol britannique. Malheureusement, une portion du cataplasme qui garnissait le tour des clapets s'introduisit dans la charnière, de sorte que l'ouverture resta béante, le gaz sortit par torrent et l'aérostat tomba avec une vitesse vertigineuse. Si le choc avait eu lieu sur terre, Lhoste était perdu. Mais le coup se produisit sur un élément moins résistant dont Lhoste, ne craignait point assez les brutales carresses.
Par un hasard providentiel, un navire se trouvait à portée pour recueillir l'aventureux aéronaute , qui en fut
quitte pour prendre un bain forcé, circonstance sans inconvénients au mois d'août, et à laquelle Lhosle ne prêtait jamais qu'une médiocre attention, car, robuste, adroit et hardi, endurci à tous les exercices du corps, il nageait comme un véritable poisson.
Quel jeune homme, à sa place, après avoir échappé à de tels hasards, ne se serait pas cru en quelque sorte invulnérable, et n'aurait pas dédaigné les conseils que lui donnaient les anciens, tout en approuvant des recherches fort utiles pour la météorologie? En effet, c'est sur mer que les courants généraux dominent et que- Ton peut espérer étudier la manière dont ils se modifient, s'engendrent et se transforment. Au contraire, sur terre, les brises locales, d'une intensité souvent très grande, viennent se combiner avec les facteurs efficaces du temps, en empêchant de saisir la portée des mouvements atmosphériques que l'on snbit sans les comprendre. Mais si les excursions aériennes doivent se continuer à la surface des océans, c'est en employant des agrès spéciaux, en choisissant des instants précis, déterminés par la science, en n'abandonnant pour ainsi dire rien au hasard, en prenant pour modèle l'ascension de Cherbourg, triomphe éclatant que les deux jeunes aéronautes ont sans doute payé trop cher.
Nous ne pouvons mieux faire que de nous en référer à ce que Joseph Mangot a écrit lui-même. Les jeunes gens qui voudraient l'imiter n'auront qu'à suivre les précautions décrites dans les préparatifs de l'expédition de Cherbourg.
Le départ pour l'Est de l'Europe eut lieu le 6 novembre. Se conformant à son habitude de ne parler qu'après avoir agi, Lhoste n'avait convoqué qu'un très petit nombre d'intimes. M. Wagner, secrétaire de l'académie d'aérostation, aida à la manœuvre, j'assistai aux premiers préparatifs, et nous trinquâmes pour la dernière fois dans la salle réservée de la cantine des ouvriers de l'usine ; c'est là que
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les voyageurs et leurs aides prennent ensemble un modeste dîner assaisonné de récits, d'exploits aériens, et de projets de futures expériences !
Qui eût songé que ces deux nobles cœurs allaient tantôt manquer à nos fêtes, que nous serions réduits à écrire bientôt d'une main émue leur oraison funèbre !
Le ciel était maussade, de gros nuages noirs se pressaient comme les moutons que paît Eole, et dont parle Homère !
A 9 heures on cria le lâcher tout ! Presque immédiatement une pluie glacée tomba sur le dos des voyageurs, allourdissant le ballon, mais n'abattant pas leur résolution indomptable. Quand ils descendirent, à 4 heures du matin, il n'y avait plus de lest à bord; comme Lhoste et Mangot n'avaient fait que d'en jeter, il leur avait été impossible de /aire le sacrifice d'un atome de gaz et par conséquent d'expérimenter les trois ballonnets de 5o mètres qu'ils avaient attachés à leur nacelle. Ils les rapportaient pleins à terre.
Après avoir passé une nuit pareille, les plus vaillants se seraient tenus pour battus. Lhoste et Mangot voulaient continuer leur voyage. La pluie avait cessé et le vent avait pris une impétuosité terrible, mais il soufflait encore vers la Russie. En route! Malheureusement, pour partir en tempête, les aérostats doivent être maniés par des experts; malgré leur bonne volonté les braves paysans lorrains qui donnaient la main aux voyageurs, ne purent maîtriser les oscillations du ballon qui toucha un pommier, l'étoffe fut déchirée, et le gaz se précipita dans l'espace.
Ni Lhoste ni Mangot n'étaient d'humeur à supporter avec patience un insuccès quelconque ; ils résolurent de prendre rapidement leur revanche, et une revanche éclatante.
Dès le 1 3 novembre, M. Cury le sympathique directeur des usines de la Compagnie parisienne, voyait revenir les deux associés avec Y Arago, lui demander encore une fois du gaz. Cette fois ils n'étaient point seuls, mais ils arrivaient
en compagnie de M. Àrchdeacon, jeune homme de 17 ans,' fils d'un agent de change de Paris, qui voulait goûter des agréments d'un voyage aérien en compagnie de deux habiles praticiens, considérés à juste titre comme hardis et expérimentés, et ayant devant eux un avenir immense.
MM. Lhoste et Mangot n'avaient point l'intention de diriger leur Arago dans une ligne déterminée, leur ambition se bornait à faire une ascension qui durât le plus longtemps possible, et qui leur permît d'expérimenter les fameux satellites, •
Il faut à ce propos protester contre une théorie qui a été émise dogmatiquement par le Temps dans son numéro du 3o novembre, et qui a trouvé de l'écho dans l'Echo de Paris et dans un grand nombre d'autres feuilles.
Il n'y a pas à proprement parler d'aéronautes de profession, parce que la profession ne ferait pas vivre celui qui n'en aurait pas d'autre. Les villes se bornent le plus souvent à donner le gaz, laissant le reste des frais à la charge des personnes qui exécutent l'ascension par goût, en obéissant à une attraction que ne comprennent pas les timides se cramponnant à terre. Il y a dans les exercices aériens un charme inexprimable. Si on exécute des bonds quelquefois périlleux et toujours hasardeux, ce n'est nullement avec l'intention de poser pour un héros, mais dé fuir pendant quelques instants l'air empesté des foules, d'oublier le spectacle des turpitudes de l'humanité, c'est par dégoût des affolements du vulgaire. On aime à se rapprocher de l'Eternel, à vivre, à respirer au milieu des grands spectacles de la nature naturante incompris, incompréhensibles pour des plumitifs renfermés dans quelque bureau de journal, cassant l'encensoir sur le nez de celui qu'ils ont adoré la veille, et adorant celui que demain ils voueront aux gémonies, dès qu'il aura cessé de plaire.