‹ La catastrophe du ballon "L'Arago"Chapitre 3 sur 4 · JOSEPH MANGOT · texte numérisé non relu

JOSEPH MANGOT

Le nombre grandit, heureusement chaque jour, de ceux qui rêvent la conquête de l'air, et qui malgré les imperfections des ballons s'obstinent à s'en servir, espérant à force de hardiesse, de coup d'œil, de dextérité, leur donner tout ce qui leur manque I Mais revenons à l'ascension du 1 3 novembre.

En dépliant le ballon il arriva un accident. L'étoffe reçut un accroc triangulaire. Le développement de la cicatrice avait au moins 6o centimètres. Beaucoup auraient retardé l'expérience, Lhoste et Mangot se contentèrent de faire exécuter une reprise sommaire, puis on recouvrit la cicatrice d'une bande de diachylum et le tout d'un numéro de journal, sans doute le Temps, dont le papier est sans rival.

Pendant la période émouvante où le sort de nos deux jeunes amis était pour nous une préoccupation poignante, où nous attendions, avec une impatience fébrile, que le télégraphe nous apportât une heureuse nouvelle de quelque terre lointaine, j'ai bien des fois songé non sans terreur à cette cicatrice ; car je sais par expérience que par un air agité, le ballon est secoué quelquefois d'une façon très violente, que le même effet se produit lorsqu'il descend avec rapidité, ou lorsqu'il bondit avec élan. Je sais, de plus, par la catastrophe du ballon Y Univers et d'autres exemples, que dans ces circonstances exceptionnelles l'étoffe est tiraillée dans tous les sens, de sorte que les blessures mal fermées peuvent se rouvrir. Je me suis bien donné garde de faire part de mes craintes à ceux qui tremblaient sur le sort des jeunes disparus, mais actuellement il n'y a plus de raison pour cacher cette circonstance qui donne ouverture à de nouvelles suppositions, à de nouvelles hypothèses!

Au départ, les aéronautes avaient cent kilogrammes de lest, poids très suffisant pour bien faire, puisqu'il était décidé qu'ils déposeraient à terre leur compagnon, et qu'ils

LA CATASTROPHE DU BALLON « l'aRAGO » lô

repartiraient pour continuer à deux leur voyage. Les vivres n'étaient pas abondants. Ils ne devaient emporter que deux bouteilles de vin, deux livres de pain et un jambon ; ce programme modeste, trop modeste, ne fut pas même suivi avec ponctualité. Car le jambon resta à terre, sans que les aéronautes s'aperçussent qu'il n'avait pas été embarqué. J'espère que l'aide de manœuvre, qui a commis cette erreur, aura de cruels remords, même dans le cas où cette omission aurait été produite uniquement par la négli* gence!! Car à quelque époque qu'ait eu lieu la catastrophe, Lhoste et Mangot, avant d'être engloutis dans l'Atlantique, auront eu le temps de maudire la maladresse de celui qui les aura privés de la joie de l'aéronaute : un repas en pleine atmosphère ! Quelle table garnie des palais somptueux vaut un jambon dégusté dans la région des nuages !

VArago quitta le sol hospitalier de l'usine de La Villette à huit heures du matin, et prit immédiatement la direction* du N. N. 0., qu'il ne quitta pas, pendant toute la durée du voyage au-dessus de la terre de France, et dans la première partie du voyage sur mer. .

Le vent était vif, et le panorama délicieux qu'offre la vallée de la Seine, même lorsque les arbres sont dépouillés de leurs feuilles, se déroulait aux pieds des voyageurs avec une rapidité enchanteresse.

Le ballon tenait bien son gaz; quoique sommaire, la réparation de la déchirure était jusqu'alors parfaitement suffisante. La consommation du lest était insignifiante, et le vent avait une stabilité bien supérieure à celle du commun des brises du sud-sud-est, qui sont réputées à bon droit, nous en verrons bientôt un triste exemple, pour être excessivement capricieuses.

Après avoir traversé Rouen, reconnaissable de loin à sa grande flèche qui fait pâlir celle de Saint- Paul de Londres,

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YArago s'engagea dans ht basse Seine ; il plana bientôt audessus de la région où le fleuve ressemble à un petit bras de mer.

À ce moment, il devenait indispensable de descendre le troisième voyageur, et d'exécuter la seule partie du pro-< gramme qui fût arrêtée d'une façon définitive. On en profita pour faire l'épreuve des ballonnets. Il suffit d'ouvrir légèrement la soupape de l'un d'eux pour que YArago ebéit avec une docilité merveilleuse, surprenante quand on ne sait pas de quelle précision les mouvements aériens d'un ballon sont susceptibles.

Bientôt YArago planait à quelques mètres du sol. Des paysans s'accrochaient au guide-sojte, pesaient sur ce cordage et amenaient facilement la naeelle à terre.

On était arrivé à Quillebœuf, à 184 kilomètres de Paris suivant YAlmanach national; il était onze heures du matin. L'aérostat avait filé avec une vitesse moyenne de 60 kilomètres par heure dans la direction de la côte anglaise. ...

Une fois que M. Àrchdeacon fut hors de la nacelle, il pria, il supplia ses compagnons de voyage, d'interrompre leur exeùrsion, afin de déjeuner ensemble.

Si le vent avait soufflé dans toute autre direction, Lhoste et Mangot auraient accepté de grand cœur, ils eussent volontiers renoncé au plaisir de manger les vivres qu'ils croyaient encore posséder daqs la nacelle de leur navire aérien et au plaisir de déboucher leurs bouteilles à mille mètres du niveau des repas ordinaires ; mais il leur sembla, que la fortune leur offrait l'occasion d'un nouveau triomphe qui confirmerait et consacrerait tous les résultats obtenus dans la nuit du 39-30 juillet ; qu'ils reviendraient avec une réponse triomphante pour clore la bouche aux jaloux prétendant qu'ils avaient réussi par hasard. . Ils oublièrent, hélas ! que s'ils avaient été heureux à Cher

bourg, ce n'était qu'après avoir consulté la service maritime, et minutieusement suivi lés prescriptions indiquées par Giffard lorsqu'il recommandait l'expérience.

Ils ne virent qu'une chose! Ils avaient parcouru près de la moitié de la route, et le chemin qu'ils avaient encore à faire n'était pas beaucoup plus long que la traversée de Cherbourg en Angleterre.

Ils hésitèrent ira instant, il regardèrent Archdeacon, ils regardèrent la direction des nuages, puis il se regardèrent et ils échangèrent un sourire. Leur sort était scellé; c'était dans le fond des gouffres inconnus de l'Atlantique que leur dernière étape devait se terminer.

Comme on le fait chaque fois qu'on débarque un voyageur, les deux amis remplirent avec de la terre un certain nombre de sacs de lest, pour emporter le poids équivalent à celui du passager qu'ils laissaient à terre, et, joyeux, ils bondirent dans l'espace.

Les paysans saluèrent de leurs acclamations ces hardis voyageurs. M. Archdeacon se joignit à cette manifestation et sa voix émue fut peut-être la dernière voix humaine que Lhoste et Mangot durent jamais entendre!

On vit encore les voyageurs passer au nord de Tancarville et de Barfleur, les habitants de Saint-Jouin crurent qu'ils allaient descendre sur leur rivage hospitalier. En effet, on vit YArago baisser rapidement au moment où il passait au-dessus de la vigie du cap d'Antifer.

C'étaient les satellites dont on faisait l'expérience, et auxquels on enlevait encore une fois une partie de leur

Il était midi cinq lorsque VArago commença la partie maritime de sa trajectoire. Le veilleur se mit à sa lunette et suivit l'aérostat pendant près de 10 kilomètres, suivant sans broncher la ligne nord-nord-ouest quoique son altitude augmentât progressivement. Le mouvement de la

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colonne d'air était régulier, uniforme sur une épaisseur considérable et la direction était bonne.

A peu près au moment où la vigie du cap d'Àntifer cessait d'apercevoir YArago, il était vu par le capitaine de la George tte, steamer du port de Dieppe, qui naviguait à l'ouest du cap d'Ailly, à *8 milles par son travers.

Cette observation, recueillie par le Petit Journal, aurait dû rassurer, elle jeta l'alarme, parce que ce marin déclara qu'il n'avait point aperçu de nacelle. Certaines personnes s'empressèrent d'en conclure que les aéronautes de YArago avaient abandonné leur navire aérien en pleine atmosphère.

Il ne fut pas difficile de démontrer que le capitaine avait été victime d'une erreur très commune lorsque l'on voit à une grande distance les ballons flottant dans l'atmosphère. En effet, les dimensions de la nacelle sont tellement petites qu elles disparaissent devant celles de l'aérostat lui-même. La nacelle de YArago était d'autant plus difft> cile à voir, qu'elle était à jour, disposition qui n'est peutêtre pas défavorable lors des traînages maritimes, parce que la résistance opérée au mouvement des vagues est moindre, qu'avec une nacelle tressée pleine à la manière ordinaire.

Celle de YArago devait se trouver masquée par les satellites, dont l'usage offre un inconvénient dont Lhoste et Mangot n'ont pu s'apercevoir que lorsqu'ils ont plané audessus de la mer. Tant que la force ascensionnelle du ballonnet est suffisante, la petite soupape joue avec une grande facilité. Mais il n'en est pas de même dès qu'elle diminue notablement, alors le satellite obéit à la main que tire la corde de soupape, et il devient impossible que la corde agisse sur les clapets, qui demeurent clos appuyés sur leur siège; il faut donc retourner les ballonnets et les vider par l'appendice, mais comme ces globes ont 4 à 5 mètres

de diamètre, cette manœuvre nécessaire n'est point sans ^offrir quelques dangers. Il peut très bien arriver que te ballonnet échappe des mains des aéronautes et tombe à la mer. C'est ainsi que nous expliquons la. dernière observation à laquelle VArago a donné lieu, et dont nous wallons nous occuper tout à l'heure.

Nous serons d'autant plus disposés à adopter cette théorie, que dans une enquête faite par le maire de Saint- .Gouin, à la requête des familles, il a été établi qu'un peu après leur passage au zénith de cette station, on a pu voir que les aéronautes étaient montés sur le bord de leur nacelle et se préoccupaient d'arrimer leurs ballonnets qui, allourdis par la fausse descente, flottaient moins franchement qu'au départ et avaient probablement déjà commencé à {surcharger l'aérostat, tout en contenant encore une certaine quantité de gaz.

Lorsque le capitaine de la Georgette perdit de vue le ballon, il montait toujours, ce fut un nuage qui le cacha. Le vent avait tourné d'une façon notable, car, vers deux heures, le ballon ne filait plus que dans le nord-ouest. H avait donc une tendance à prendre la direction de l'ouest, et par conséquent à filer au large en passant au sud du cap Finistère d'Angleterre.

C'était probablement dans l'intention de lutter contre cette tendance fatale que MM. Lboste et Mangot montaient toujours ; ils cherchaient bravement leur couche d'air et nous verrons qu'ils la trouvèrent dans la haute atmosphère.

Au coucher du soleil, le steamer Prince-Léopoldîtâs&vA route pour Newcastle, petit port du nord de l'Irlande, était arrivé au large de l'île de Wight, aperçut ce qu'il nomme un grand ballon qui tombait à la mer, arrêta sa marche et mit le cap sur l'épave; mais ne parvint à découvrir ni marin, ni nacelle, quoi qu'il s'en fut approché jusqu'à une vingtaine de mètres. Comme la nuit arrivait

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à grand pas, et que ces parages sont semés de récifs, il s'éloigna dans la direction de l'ouest. Arrivé à Newcastle, en Ulster, il prit un chargement pour Lisbonne et toucha à Troon, petit port du sud de l'Ecosse, sans doute pour faire du charbon. Là, le capitaine Mac Donald lut un avis du Lloyd de Londres, demandant aux navigateurs des nouvelles du ballon YArago, et communiqua ce qu'il avait vu au correspondant de cette agence. La nouvelle fut immédiatement télégraphiée dans tous les journaux de Londres, et de là dans tous les journaux du monde.

Cette observation du Prince-Léopold donna lieu à une nouvelle alarme qui sembla cette fois bien fondée... mais il ne fut pas difficile de la dissiper.

En effet, même si la déchirure faite pendant le gonflement s'était ouverte dans la haute atmosphère, le capitaine du Prince-Léopold aurait vu passer une nacelle; n'aurait-il pas distingué les aéronautes, puisqu'il s'est approché d'assez près de l'épave pour apercevoir une casquette ?

Le ballon tombé à la mer n'est donc grand que pour un marin étranger aux choses de l'air. Ce qu'il a vu précipiter d'une hauteur inconnue, n'est qu'un des deux satellites.

La casquette semble prouver que Lhoste et Mangot n'ont pas cherché à s'en débarrasser pour délester leur navire aérien, car pour réussir, ils n'avaient qu'à trancher un cordage tendu. Ils devaient être occupés à une manœuvre plus difficile ; au retournement pour compléter la vidange du gaz par l'appendice : tombant malgré eux, le satellite a entraîné une casquette.

. Au moment où l'équipage de YArago manœuvrait pour se rapprocher du niveau de la mer, et préparait sa descente, il faisait déjà sombre. Les ténèbres de la nuit, les brouillards du soir troublaient la transparence de l'air. Un bond inattendu survenant, les aéronautes ont perdu tout à coup leurs repères. Ils ont traversé la Péninsule

de Cornouailles sans s'en douter, et passé de la Manche dans le canal de Bristol sans s'en apercevoir.

Tout porte à croire que c'est par suite de ce fatal ob- ■ stade, en un moment psychologique, qu'ils se sont ainsi égarés dans l'espace.

En effet, la trajectoire probable conduit précisément VArago dans la partie étroite qui sépare la Manche du canal de Bristol, sorte de péninsule très allongée dont le col n'a pas plus de 100 kilomètres, distance aisée à franchir en moins d'une heure. De plus, comme il faisait grand frais à la surface de la mer, le vent supérieur devait filer avec les allures de la franche tempête.

Et tout cas, soient qu'ils aient été dérivés le long de la côte anglaise, soit qu'ils aient bondi impétueusement audessus de la Cornouaille, nos amis ont terminé leur ascension dans la partie de l'Océan Atlantique qui s'étend au sud de l'archipel britannique et au nord de l'archipel des Açores.

Ce dernier groupe d'îles se prolonge sur une longueur { de 6 à 700 kilomètres dans une direction perpendiculaire ,

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à ctelle du vent qui régnait alors. Outre les sept îles principales qui appartiennent au Portugal depuis que l'infant don Henrique en a fait faire la découverte, et qui sont un véritable paradis terrestre, il comprend une multitude de rochers où des épaves peuvent s'accrocher.

Cette circonstance et les raisonnements publiés dans le Times avaient fait courir le bruit que l'on y avait retrouvé le ballon. Comme l'archipel n'est pas relié télégraphiquement avec l'Europe, on pouvait expliquer ainsi le retard mis à la réception des nouvelles.

Aussitôt la famille Mangot envoya un télégramme à M. Ladevèze, consul de France à Las Palmas, capitale des Canaries, bien à même de faire une enquête sur cet événement. Deux ou trois jours après, ce fonctionnaire répondit par la même voie que ce bruit était dépourvu de fondement. La nouvelle qui avait ramené l'espérance dans bien des cœurs, n'était, hélas ! qu'une vaine rumeur.

Bientôt nous devions trouver dans la Graphie la confir mation absolue du passage au-dessus de la péninsule de Cornouailles. Car un excellent article dû à M. Le Fevre, président de la Société des ballons de Londres, se termine en apprenant que YArago a été aperçu voguant en plein Atlantique, par les habitants de Bideport, ville du Nord- Devoii, fameuse dans les annales maritimes de la Grande- Bretagne. Car, c'est-là qu'un intrépide capitaine d'Elisabeth, résista victorieusement à toute une flotte espagnole!

Comment se fait-il que les regards des descendants de ces vaillants défenseurs de la liberté, aient pu suivre nos intrépides une heure après l'instant où ils avaient confondu l'Angleterre avec les mers orageuses qui l'environnent ?

Hélas, l'œil des terriens plongés dans la nuit, aperçoit longtemps les objets éclairés dans la haute atmosphère pal* \w dernier reflet du jour moiit-ant ! Mais, depuis long-

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temps, l'œil du voyageur aérien encore imprégné de lumière, ne discerne rien dans les obscurités de la terre !

Que de poésie amère, mais grandiose, dans cette observation dernière faite au seuil de la nuit lugubre ! Quelle scène digne comme l'engloutissement de Schelly, de trouver un Byron ou un Turner pour faire couler de nobles larmes! ! Quelle fin et quelle tombe grandiose! ! Mais la» mort, n'est pas la mort, c'est une autre vie qui commence et qui doit être glorieuse pour les émules d'Icare ! !

La vérité suprême ne* se connaît point encore, mais, quoiqu'il reste ouverte à l'espérance une porte que nous devons nous garder de clore, le résultat, trop probable, le voici : Après avoir lutté plus ou moins longtemps avec vaillance comme de véritables aéronautes français doivent le faire dans toutes les circonstances ; affaiblis peut-être par le froid, la faim et la soif, mais soutenus jusqu'au dernier moment par l'espoir que la fortune, qui leur avait souri trop de fois ne les abandonnerait pas, Lhoste et Mangot ont trouvé dans l'océan la tombe de Lacaze, de Prince, d'Eloï, de Powel et de Gower!

Comme les héros dont parle un de nos chants nationaux, on peut dire de ces deux jeunes hommes : « Ils sont morts mais ils ont vaincu » . Oui, ils ont vaincu, puisqu'ils ont traversé l'Angleterre. Ils auraient pu descendre, et goûter la satisfaction d'un nouveau triomphe « s'ils n'avaient été trahis par la lumière » .

Gardons-nous de les blâmer, et surtout de les plaindre ! Ceux qui meurent pour une idée, ceux qui succombent sur les champs de bataille sont à glorifier. Réservons notre pitié pour les êtres chéris qu'ils laissent toujours sur la terre lorsqu'ils se sont envolés dans l'espace ! Ayons aussi des regrets pour la patrie, qui a perdu deux cœurs ardents, deux braves. Certes, ceux-là n'auraient point hésité à courir d'autres périls, s'il s'était agTde faire ser-

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vir les ballons à frapper les ennemis de la République française I

Heureusement la race des grands imprudents n'est pas près de s'éteindre, et le trépas prématuré de l'équipage AeYArago, n'empêchera pas d'autres ardents, amis delà navigation aérienne de braver l'océan courroucé, de faire flotter notre drapeau national au plus haut des airs, de faire retentir nos refrains patriotiques au-dessus des abîmes océaniques.

Le 5 juin i883 nous nous trouvions chez Lemardelay, assis à une table somptueuse. Nous célébrions par un banquet, que présidait Tissandier, le centième anniversaire du premier acte de la conquête de l'air. M. Sadi-Carnot qui était assis à la gauche de Faéronaute du Zénith, et dans lequel, malgré son mérite, personne alors ne devinait le futur président de la République, venait de rappeler les glorieux souvenirs des vieux aérostats de Meudon, lorsqu'on nous apporta un télégramme arrivant de Boulogne. L'éclair nous apprenait que deux des nôtres, MM. Eloy et Lhoste, s'étaient associés pour célébrer la naissance de la navigation aérienne, en franchissant la Manche comme Pilatre avait tenté de le faire. Nous applaudîmes, espérant qu'ils réussiraient. De ces deux amis, un a été englouti, pour ne pas avoir atteint le but de ses efforts, et l'aatre sans doute, pour l'avoir atteint trop de fois! Qu'ajouterais-je à de pareils souvenirs!!

Imprimerie du Spectateur militaire.

Patte. — Typ. H. Noirot, rue de l'Abbaye, 22.

LE

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