‹ La cathédrale d'AnagniChapitre 28 sur 51 · HIC COIPVS MAGNI HBOVIBSCIT PSESVL» A LUI · texte numérisé non relu

HIC COIPVS MAGNI HBOVIBSCIT PSESVL» A LUI

Le xvii* siècle, craignant qu'on ne sût pas lire cette inscription, dont au reste il ne comprenait pas lui-même la grâce, enleva la croix de mosaïque et grava , à la place, sur la face tournée vers le peuple, à l'orient, cette plate et prosaïque épitaphe, qui n'a pas même le mérite d'être bien orthographiée:

niC BEQVIESCIT CORPVS SA.NCTI MAGJM EPISCOPI ET MAATIRTS (ttc ).

L'abside est élevée d'une marche sur la nef : l'autel n'a également qu'une

marche, incrustée de mosaïques, comme l'abside, et signée encore, au côté gauche , du nom de maître Cosme et de ses deux fils Luc et Jacques.

Dans cette basilique mal tournée , l'autel est orienté , car c'est de l'orient que jaillissent ces flots de lumière qui illuminent le monde. Entrant dans la pensée de l'architecte, le peintre représenta, à l'orient, vis-à-vis le prêtre qui célèbre, le Christ (ic xc), seule vraie lumière. Assis sur un trône, il ouvre son évangile à cette page : ego svm lvx mvndj qvi sqtvb... Pour encourager a marcher à sa suite, il bénit, à la manière grecque 1 , en son nom propre, car il a dit : c Je suis la lumière du monde, celui qui me suit ne marche pas dans les ténèbres».

Saint Pierre et saint Thomas l'assistent à droite ; saint Paul et saint Jean à gauche. Saint Pierre , £ pb , tient les menottes qui lièrent ses mains à Jérusalem ou dans la prison Mamertine, et dont est fière, à bon droit, la basilique de San-Pietro-in-Vincoli. Saint Thomas, apôtre, montre la ceinture que lui jeta du ciel la Vierge à son assomption , pour vaincre une seconde fois son incrédulité. Saint Paul a la tête rasée en partie , car quelques écrivains ecclésiastiques font remonter jusqu'à lui l'origine de la tonsure. Saint Jean , jeune et imberbe, iho, raconte la généalogie du Verbe... principi vbrbv. Apôtres, ils ont, outre le nimbe, les pieds nus, avec cette particularité toutefois trèscommune , on peut même dire ordinaire à Rome , d'une sandale fort mince qui ne protège que la plante des pieds.

La Jérusalem céleste, vue par saint Jean dans sa parure d'épouse» , étend ses mystérieuses splendeurs sur la Jérusalem de la terre. Au-dessus de l'autel , n la voûte , l'apôtre bien -aimé que l'âge et l'exil ont blanchi , véné-

< . Malgré le nom grec du Christ, ic se, qvi est fréquent au moyen âge chez les Latins ; malgré surtout la bénédiction grecque, les fresques d'Anagni sont pour moi, indubitablement, l'œuvre d'un peintre latin, comme l'architecture romane appartient à un maître de nos contrées. Si donc l'on veut admettre une influence byzantine, elle sera tout au plus c indirecte ■ ; elle proviendra de l'étude que l'artiste aura faite de certains modèles byzantins, et non du travail même d'un Byzantin. La peinture est essentiellement latine dans ses lypc* ; les deux signes grecs du nom et de la bénédiction, mêlés d'ailleurs à d'autres bénédictions et d'autres noms latins, justifient cette remarque de M. Didron : « Il ne serait pas impossible de rencontrer chez nous, dans nos monuments d'iconographie occidentale, une bénédiction grecque. Il faudrait constater avec le plus grand soin un pareil (ait; car il démontrerait invinciblement une influence byzantine indirecte ou directe Une bénédiction grecque sur une image latine, et réciproquement, offrirait donc un grand

intérêt historique ». — « Histoire de Dieu » et « Manuel d'iconographie ebrélienno •

S Et ego Joannes vidi sanciam civilatem Jérusalem nova m descendentem de cœlo a Deo, paratam sic-ut sponsam ormataaa viro suo ». — Apocal , ui , i. — Voyez, dans l'Apocalypse, tous les autres textes d'après lesquels ont été faites les peintures que nous décrivons ; il est inutile de 1rs transcrire ici.

CATHÉDRALE D'ANAfiNI.

rable vieillard, debout au milieu dé son Ile de Pathmos, attend pour écrire que le ravissement de sa vision soit passé. Il regarde d'où part la voix qui rappelle, et il aperçoit entre sept chandeliers, à cierges allumés, quatre à droite et trois à gauche, le Fils de l'homme assis sur l'arc- en -ciel dans une auréole bordée d'étoiles. Sa tunique à manches serrées et sa ceinture sont ornées de pierre* précieuses. Il lient dans ses mains étendues sept étoiles d'une part et doux clefs de V autre. De sa bouche sort un glaive tranchant et ses .pieds nus posent sur un arc- en -ciel. Il se nomme a n : le premier et le dernier, le commencement et la fin. Lui - même explique a son serviteur Jean le symbolisme des sept étoiles et des sept chandeliers d'or. Les sept chandeliers sont les sept églises, grandes basiliques surmontées de leurs clochers; et les sept étoiles, les sept anges qui veillent en protecteurs sur les sept églises. Ces anges sortent à mi -corps des nuages et tendent vers le Christ leurs mains , prêts à obéir au premier commandement.

Les ames de ceux qui ont été tués pour une croyance et qui jusqu'à la mort ont rendu témoignage de leur foi , nues» et suppliantes devant le trône <J<> l'Agneau, crient vengeance :

VISDICA DOMINE SAKGVI.1B K09TRVH — XPB DBVS MESTO VIXDKX TV NOSTKR AKfSTO

Debout sur son trône, qui est un autel , l'Agneau divin a le nimbe crucifère. Derrière lui, le Christ, lûs xps, étend en cercle au-dessus de sa tête une écharpe blanche : il a levé le voile de l'allégorie et montré que l'agneau c'était lui-même. Un ange, pieds chaussés 1 , se tient h sa gauche.

Les quatre cavaliers, nimbés et monté* sur de vigoureux coursiers, s'élancent pour punir et châtier; ils figurent les fléaux dont la colère divine afflige le monde coupable:

IUS KENICTVMS - BIS BINAS OISC.K niiVBA.S

Une série de modillons simulés indique la naissance de la voûte absidale. Us sont unis entre eux par une arcature courante sous laquelle pend une couronne» où alternent une colombe et un vase plein de fruits.

I. Les âme*, suivant la iradilitra iconographique qui se continue de nos jours à Rome, sont nues et sans sexe.

î. A Anagni, comme à Subiaco, les anges ont lw pieds chaussés. Cest la seule infraction aux règles ordinaire* de l'iconographie, que j'aie notée. Partout ailleurs, elles sont très-fidèlement observées, soit pour le nimbe, soit pour la nudité des jweds.

3. Ces couronnes sont circulaires, divisées en caissons et ornées de perles pendantes qui en maintiennent l'équilibre. Peut-être les crochets fixés aux extrémités éUienWls destinés a recevoir des cierges. Ce seraient alors des « couronnes ardentes ». Je lis dans la « Vie de Boniface VIII », écrite par le bénédicUn Rossi ( Rome, 1651 ), que ce pape Gt don à la basilique Vaticane d'une cou-

Au centre, dans une auréole circulaire qui emprunte ses vives couleurs à l'arc-en-ciel , l'Agneau, à nimbe jaune uni, à sept cornes et sept yeux, détourne la tête, comme pour inviter à le suivre ; il appuie son pied de devant sur le livre qu'il est seul digne d'ouvrir et où est écrit :

ECCB VICIT LEO DB TRI

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