‹ La cathédrale d'AnagniChapitre 27 sur 51 · VI. — CRYPTE DE LA CATHÉDRALE · texte numérisé non relu

VI. — CRYPTE DE LA CATHÉDRALE

Un double escalier de vingt marches débouche sur les latéraux et conduit à la crypte de saint Magne, privilégiée, comme l'église supérieure, du titre de t basilique sacrosainte ». Si l'on descend par le côté droit, on rencontre, au dernier palier, dans une espèce de renfoncement, une porte , un autel et

1. Le travertin est une pierre noirâtre et poreuse, formée de concrétions.

une fresqtlc. La porte mène à l'oratoire de Saint-Thomas de Cantorbéry, et l'autel moderne a été. motivé par la grande dévotion des habitants d'Anagni à une madone du xnr* siècle, peinte sur le mur. Une lampe, à mon avis, était le «oui hommage possible en cet endroit ; car, dans ce passage obscur et constamment fréquenté, un autel, désorienté surtout, est d'une réelle inconvenance. La fresque se développe sur la paroi septentrionale et appartient égali-rtlént au xiii* siècle. Au centre, le Christ assis bénit à la manière latine et présente le livre de vie fermé, car lui seul est digne de l'ouvrir. A sa droite, sajnt Maguc, en chasuble rouge et pallium 1 , continuant en apôtre la mission évangélique, enseigne et bénit. Sainte Néomisic tient à la main une lampe marquée au monogramme de Px et de la croix. A sa gauche, saint Pierre présente le livre de ses Epitres; il porté au bras ses deux clefs pendues. Saint Jean-Baptiste, vêtu d'un manteau rouge par-dessus sa tunique de poil, montre le Sauveur et dit qu'il n'est que la voix de celui qui crie dans le désert : ego vox.

L'oratoire de Saint-Thomas a pris sa dénomination de l'illustre archevêque de Cantorbéry qui vcnnit .y prier et célébrer à son autel 1 . Cet autel existe encore : c'est un massif de maçonnerie couvert d'un enduit peint a la détrempe ; il est au fond de la chapelle et peut-être même adossé au mur qui se dirige vers l'orient. La forme de cette chapelle, * saccllum », est un parallélogramme, d'une longueur de 60 pas et d'une largeur de 25. Sur les murs, pas le plus léger ressaut, mais une surface unie dont toute l'ornementation avait été abandonnée par l'architecte au peintre. Les fresques, qui revêtent les parois et la voûte en berceau, représentent en détail l'histoire de la création s et les principaux traits figuratifs de l'Ancien Testament. Le Christ, assis dans une auréole elliptique soutenue par des anges, domine Pautcl vers lequel s'achemine proeessionncllemcnt une longue file de saints, avec toute la variété des différents ordres notés dans les litanies. Chacun se reconnaît à son attribut spécial et à son nom. Je ne me souviens que de saint Grégoire, s. cregorivs. Ces saints

1 . La chasuble ruugo lui est constamment attribuée dans les fresques d'Anagni, i cause de son martyre. Le pallium serait l'insigne de la dignité archicpisco(»ale que lui donnent quelque* hagio- -raplies, entre autres le P. Roch Volju.

. t. ■ In eju» autem extrême parle adest alUire, sed directum, in quo orasse et sacrum célébrasse feront S Thoroamtonluariensemarchiepiscopum et ntarlyrem, et proimlecl oraloriura S. Thonue ilaniuariensis appellatus.... Euleni samlo in.nlyri dicatuin fuisse hoc oratorium putandum est leinpore Alexandri papa* III. a quo, dum Signiœ mororetur. in sanclorum album rclalus fuit, d n no 4 17a\ biennio posl e]us marlyrium. » — « Aria », p. 436.

3. L Espril-Saint, dans une auréole rirculaire, plane sur les eaux que u-mit un large masque •['< K eau et où K> jouent loulut sortes de poissons.

Digitizi

sont peints au soubassement de la chapelle. Symbolisme, histoire des costumes, peinture intelligente et parfois savante, épigrnphie; voilà, bien sommairement, hélas! ce que je n'ai pu qu'entrevoir dans ce précieux mais méphitique souterrain. J'y étais à peine depuis quelques minutes, que je dus au plus vite rebrousser chemin. J'étais devenu blême et je sentais que mes forces défaillaient. Qu'était-il donc arrivé? J'aimerais à le taire ; mais la science, à laquelle je n'ai pu donner satisfaction, me fait un devoir de parler. Puissent mes trop justes réclamations trouver un écho sympathique dans les successeurs de ces chanoines qui, sur la fin du siècle dernier, violaient et profanaient le sanctuaire d'un martyr*. Vers 1740, les chanoines d'Anagni, las d'être enterrés avec le commun des fidèles, voulurent avoir un caveau à part. En construire un nouveau était la chose du monde la plus naturelle <et la plus logique. Mais leur avarice étant à l'avenant de leur vanité, ils renoncèrent à ce projet et trouvèrent plus commode d'installer leurs cadavres dans le spacieux oratoire de Saint-Thomas, inutile d'ailleurs au service de la cathédrale. On fit donc de cette gracieuse chapelle, je ne dirai pas un cimetière, c'eût été trop sensé, mais un charnier infect où l'œil peut scruter les horreurs de la mort. Les premiers qui l'occupèrent et en prirent possession furent inhumés, mais à fleur de terre; puis les bières s'empilèrent successivement, comme on entasse des caisses dans un magasin ou des futailles dans un cellier. Aujourd'hui, elles envahissent les murs; elles ne laissent visibles, par ci par là, que quelques figures isolées; elles rétrécissent le passage, montent jusqu'à la retombée de la voûte et enjambent sur l'autel, fracturé et abandonné. Affaissées sous le poids qui les fatigue, les bières inférieures sont béantes et vomissent, dansc<'tte atmosphère qui ne se renouvelle pas, les miasmes les plus délétères. Qu'on ne me dise pas que ces bières sont scellées au moment de leur déposition : quelques millimètres d'un enduit sans consistance sont un bien faible obstacle aux exhalaisons de la tombe; sous une pression incessante, cet enduit éclate , et le bois qui pourrit l'entraîne dans sa chute.

C'est à regret que je quitte inachevée cette partie de mon travail et que je laisse à de moins susceptibles la description de ces fresques du xiii* siècle, qui, dans vingt ans, n'existeront peut-être plus. Allons donc consoler notre regard affligé par la contemplation et l'étude des suaves et délicieuses peintures qui embellissent le souterrain. ', '

La crypte de Suinl-Mngnc dessine en plan sept nefs de trois travées chacune,

4. « Hoc subiorran<*um aacellum, nonnullis abhinr annis, ad ibidem recondenda varii» in loculis deposita ranonicorum radavera, deputalum est ». — • Acla », p. 1 36 — Ost alors que l'on supprima le* ffiiëln^ qui éclairaient la chapelle soolrrraine

Sous œuvre, elle mesure soixante -seize pas de largeur et quarante -trois de longueur. Ses trois absides correspondent aux absides de la cathédrale, et môme, extérieurement, elles n'en sont que la continuation. L'architecture remonte à l'épiscopat de saint Pierre, aux premières années du xn* siècle; l'autel et le pavage portent la date de 1231. Les peintures appartiennent aux trente premières années du xm* siècle ; si elles n'y sont pas antérieures de trèspeu, elles doivent être contemporaines des restaurations de l'évéque Albert.

Le pavé -mosaïque, intact jusque dans ses plus minimes détails, est du même style que celui de la basilique supérieure ; comme lui, il est signé du nom de maître Cosme, qui y travailla avec ses deux fils, Luc et Jacques.

Les sept nefs à travées de cette basilique souterraine sont séparées par des colonnes isolées et monolithes. Les voûtes à arêtes posent sur des arcs cintrés 1 qui mettent en communication les différentes travées. Aux parois, la retombée se fait sur des pilastres. Un soubassement de pierre tourne autour de la basilique. Dans ce pays où, comme à Rome et même comme au moyen âge, l'usage dis chaises est inconnu, celte précaution de sièges ûxes n'est pas inutile.

Dans la première moitié du xm* siècle, cette crypte, à surfaces lisses, fut livrée aux • peintres imagiers ». Ils enduisirent les murs et les colonnes d'une couche épaisse destinée à recevoir la fresque ; empâtèrent les chapiteaux , qui sont d'un style trop grossier, et dont on peut voir, entre les crevasses de l'enduit, les larges feuilles épanelées; puis ils enroulèrent dus spirales et des chevrons brisés autour des colonnes, relevèrent les chapiteaux de feuillages découpés et, sur un fond d'outre-mer, liistorièrent les murs et les voûtes des faits de l'Apocalypse et de l'Ancien Testament, de la légende de saint Magne et de celle des autres saints et saintes d'Anagni. Comme étude de costumes civils, ecclésiastiques et militaires, au point de vue du sentiment chrétien qui fait briller toutes ces physionomies d'une joie céleste, peu de peintures ont à la fois cette valeur historique et artistique.

Humide et mal éclairé, ce souterrain nurait besoin, pour sa conservation ultérieure, d'air et de lumière qui l'éclairassent et l'assainissent. Il y fait froid, et il faut s'y tenir bien couvert; il y fait sombre, et c'est avec un cierge è la main ou fiche au bout d'un roseau, que j'ai minutieusement parcouru les plus petits détails de la peinture et recueilli toutes les lettres des inscriptions qui élucident les faits.

Il est une autre source de détérioration contre laquelle je n'ai cessé de préi . Une =*ule trevée, celle du centre de celle crypte, a ses formerez en ogive.

munir MM. les chanoines. J'aime trop Anagni pour lui cacher ses défauts. La fumée, souvent même la flamme des cierges, a déjà noirci plusieurs travées. Lustres, chandeliers et cierges sont en disproportion avec le local. Le jour de la fête de saint Magne, le souterrain a été illuminé. J'étais sur les épines à la vue du dégât qu'une seule fête occasionne. Brûlez tant de cire qu'il vous plaira pour honorer votre saint patron; mais, de grâce, épargnez et ne brûlez pas les belles peintures de sa translation et de ses miracles.

L'abside centrale rappelle l'ancien • presbyterium ». Le siège épiscopal y est flanqué, à droite et à gauche, comme à SS.-Nérée-et-Achillée et à Saint- Alexis, de bancs de marbre qui s'adossent à l'hémicycle. Élevé de deux gradins sculptés d'entrelacs, il a pour pieds deux supports en S; pour accoudoirs, deux plaques carrées de marbre posées à angle droit; pour dossier, le mur même de l'abside rehaussé du monogramme du Christ, peint dans un nimbe ou médaillon bleu.

Du us l'ébra sèment de la longue fenêtre qui surmonte le siège, deux personnages debout, si défigurés qu'il est impossible de les nommer, peut-être saint Pierre et saint Magne, appellent la bénédiction et la récompense sur ce siège que l'un protège et que l'autre illustre; car, à la voûte, la main de Dieu, dans un ciel bleu qui s'arrondit en nimbe, bénit à la manière latine et montre une couronne de laurier accompagnée de deux paons, emblème de repos et d'immortalité.

Les fresques s'échelonnent en trois zones. La première, susceptible de dégradation par le va-et-vient continuel, monte à hauteur d'appui. Ses motifs sont assez simples: rinceaux courants, comme aux arcs-doubleaux, imitations d'étolîes , combinaisons géométriques, etc. La deuxième zone intermédiaire termine la partie supérieure de la muraille. Entre ciel et terre , se lisent en peinture les actes de ces saints qui ont mis Anagni au rang des cités les plus célèbres. Enfin, a la voûte, la Jérusalem céleste étale avec complaisance ses figures allégoriques du passé , et ses visions inspirées de l'avenir. Au dos des bancs canoniaux, de riches draperies ; plus haut , le martyre et les diverses translations de saint Magne.

Si l'on s'en rapporte à la légende, c'est dans sa cellule que saint Magne se retira pour prier, tandis que , suivant les peintures de la crypte , ce serait dans son oratoire. Au reste, oratoire et cellule n'étaient-ils peut-être qu'un seul et même appartement. Les soldats entrent précipitamment dans l'oratoire et trouvent, agenouillé devant un autel, le saint mitré et vêtu d'une chasuble rouge. Au-dessus de cet autel décoré d'une seule croix, couvert d'un parement xouge et d'une nappe blanche tombante, pend une lampe allumée.

CATHÉDRALE D'ANAGM.

Les soldats frappent à la tôtc du cadavre inanimé et ne privent pas du martyre celui qui avait déjà tant combattu pour la foi : « martyrem fociunt, ne martyrii honore privaretur».

In ange, à pieds chaussés, sonne de l'oliphant et annonce que l'urne du généreux pontife est montée au ciel sur cette voie constellée qui part d'un globe bleu où resplendissent le soleil et la lune; traduction matérielle ot littérale de ce vers qui explique le sujet :

P06TQVAM MIGBAVIT IVGVLATV» AD A 4TB A [VOLAVIT* )

Consommant leur œuvre d'iniquité , les soldats pillent l'oratoire et jettent dans un brasier ardent livre, croix , calice, nappe d'autel. Le livre est ouvert au titre liber mus [sic). Probablement ce • livre de la loi » est un évangéliairc*. Nous n'avons plus qu'une partie de l'inscription: viiia mokstrantvr. . . Huit hommes viennent de passer la porte de la ville de Fondi (pv\ni). Tête nue, jaquette courte, souliers à la poulainc*, ils portent sur un brancard 1» châsse découverte où saint Magne , magnvs , dort en pontife. Ils arrivent à une rivière où l'Iaton les attend. Les insignes du tribun chrétien de la compagnie, tribvJ nvs, sont la couronne, le manteau et la croix processionnelle. Du doigt, il montre Véroli, b[ervla] où se presse une foule considérable de peuple que précèdent le clergé , l'évôque en chasuble , mitre et crosse , cl un clerc tenant à la main le bénitier :.. plato dédit nv.\c bkrulams... Déposé dans la crypte de Saint-André, saint Magne esté découvert dans sa châsse. Au grand nrc de la voûte pendent deux lampes et une couronne. Quand la troupe insolente de Mu eu eut profané ce sanctuaire , tous les chevaux qui y avaient été renfermés furent frappés de mort. Un des soldats, à peine au seuil de la porte, paraît moins stupéfait qu'irrité du prodige.

OVID IVâ 8AJICTORVM VAI.EAT MOMS DICTAT TOVORV».

La ville, (ci) vi (t) as, s'étend derrière la cathédrale; c'est un curieux assemblage de fortifications, de maisons et de toits aigus.

Muca, mvca, vend aux habitants d'Anagni le corps de suint Magne. Assis sur un pliant, la couronne fermée en tête, le bouclier au bras, un manteau de vair sur les épaules, il est gardé par quelques soldats casqués, debout, la

». « Templum. ubi virsanclu* erat, ingressi ( satellites), qua-cumque ad *arra imsieria pertînebant încenderunl ». — « Acta ».

î. Ij-s laïques porU'nt seuls dans ce* peintures les souliers A ta poulaine qui furent introduits, au témoignage d'Ordcric Vital, par Foulques d'Anjou, el prohibes aux clercs par les statuts diocésains et les conciles provinciaux. Le concile d'Angers, tenu «n 4 365, dit au chapitre xm : « Pn> hibemut ne r 1er ici in nostra provincia utantur brevibus vesiibus vel solularibus de polena ».

lance à la main. Agenouillés au pied du trône, les nobles de la ville offrent au roi barbare un coffret plein d'or et les vases sacrés dont ils ont dépouillé leurs églises pour payer le tribut exigé : ces vases sont quatre encensoirs rond» , sans chaînes, deux bassins d'aiguières, et un chandelier à trois pieds et deux nœuds.

[••lnK^TIVHl KXgVIMT 9EI» A*AGNU (LIMW]lïVS K»IT.

Porté par douze hommes, saint Magne, s. magkvs, est reçu à l'entrée de la ville d'Anagni, asagnia , par le peuple empressé, le clergé et l'évêque en habits pontificaux. Devant l'évêque marchent , entre deux chandeliers 1 , deux croix pattées et ornées de cabochons 3 , et deux clercs, vêtus de dalmatiques, dont l'un tient l'encensoir et l'autre le bénitier et son aspersoir : ... anagma.

Après la translation suitla déposition ; saint Magne est placé dans la cathédrale d'Anagni. L'évêque, avec ses clercs qui tiennent la croix, le bénitier et l'encensoir, le bénit et lui chante: reqviescat i> pacb.

( 8 A».Co]pilAi;0 TUVDVNT *TV|.||> SvXrTYllO («ttPOSVKTÎ]

Un ange, armé de la croix, déroule un phylactère écrit sans doute a la louange d'Anagni. Ces deux seuls mots sont lisibles: kbqvb anagnie... — L'abside, trop étroite, était insuffisante à contenir toute l'histoire de saint Magne ; le peintre en reporta la continuation au mur oriental.

Saint Magne, portant la crosse et paré en évêque, prend Cita par la main, la fait lever du lit où elle est couchée , lui rend la santé et lui dit d'aller annoncer à saint Pierre que son corps est réellement dans la cathédrale. Saint Pierre fait venir un estropié, que l'on porte à dos, pou.- veiller près de l'endroit que l'on suppose être le tombeau du saint martyr, et acquérir par sa guérison la certitude qui lui manque.

Saint Magne, retrouvé, est déposé par saint Pierre dans un sarcophnge, le même qui contenait ses restes vénérés , et placé définitivement sous l'autel construit dans l'abside de l'occident. Il s'y opère de nombreux miracles: les infirmes accourent en grand nombre ; parmi eux , André, le portier du cloître , marche péniblement appuyé sur ses béquilles :

ajouras clavs (Clatxivt).

En 1200, un habitant d'Anagni , Paterniano di Leone, tomba dans un puits profond et rempli d'eau. Il n'en fut retiré que longtemps après et déjà mort.

< . Ces chandeliers ont trois nœuds à la lige.

?. Ces deux croix ne seraient-elles pas l'origine ou plutôt la forme première do la croix i doubla traverse qui distingue l'église d'Anagni?

Confiants dans l'intercession de saint Magne, ses parents le portèrent au tombeau du saint martyr. Un prêtre' récita des prières sur le cadavre, qui ne tarda pas à reprendre vie.

La même année, un jeune enfant d'Anagni cueillait des raisins a une vigne enlacée aux branches d'un grand arbre. La branche qui le portait cède et il tombe dans un puits ouvert au-dessous de l'arbre. Aussitôt, invoquant saint Magne, il ressent le puissant effet de sa protection, car le saint lui-même, en habits pontificaux, le prend par la main et le relire sain et sauf de ce puits.

Lorsqifen 1073, la première année du pontificat de Grégoire VH, l'invention du corps de saint Magne eut lieu , le corps était renfermé dans un sarcophage que saint Pierre respecta et ne voulut ni changer ni modifier: « sarcofagum cinctum zonis ferreis... greco epigrammate denotalum... — Corpus Magni sanctissimi suo altare eodem sarcofago... recondidit vencranter. »Sous l'évêque Albert, en 1231, l'autel élevé par saint Pierre fut déplacé, et l'on y retrouva le même sarcophage que l'on eut soin de conserver et de remettre sous l'autel nouveau. Ainsi s'exprime l'inscription citée plus haut: « Fvit amotvm al tare... infra qvod fvit inventvm in qvodam pilo marmoreo rvdi pretiosvm corpvs ipsivs martyris... in eodem pilo svb alla ri... profvndilvs est rcconditvm cvm honore ». Nous avons donc la certitude que le sarcophage actuel, caché sous la masse de l'autel, n'est autre que celui de l'an 914, époque à laquelle Anagni transporta dans sa cathédrale le corps acheté au roi Muca.

L'autel dépasse la courbure de l'abside et avance dans la nef du milieu, dont il occupe la première travée. La table, épaisse et chargée de moulures au rebord, est sans croix de consécration. Elle pose sur quatre massifs carrés, flanqués aux angles de pilastres cannelés. L'autel fut consacré en 1255 par Alexandre IV, qui dédia les deux autels latéraux de sainte Secondine et de saint Sébastien. Maître Cosme écrivit sur sa face postérieure, du côté du célébrant :

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