‹ La cathédrale d'AnagniChapitre 40 sur 51 · V. - ÊTOLE ET MANIPULE · texte numérisé non relu

V. - ÊTOLE ET MANIPULE

L'étole et le manipule de la cathédrale d'Anagni, larges de trois doigts, se composent d'un morceau d'orfroi broché, or et soie, à losanges. Comme sur les tombeaux et les vitraux du moyen Age, ils sont droits et ne s'élargissent pas aux extrémités. Peut-être parce que la partie inférieure n'existe plus, car, dés la fin du xiii" siècle, je constate sur les broderies de la « dalmatique de saint Micolas » l'étole pattée, à peu près semblable à celle usitée encore à Rome. Toutefois, la croix, au lieu d'être appliquée vers la partie étroite, ce qui produit un effet disgracieux, l'est sur le développement même de la partie terminale de l'étole. Ce n'est ni la première ni la dernière fois que le Mit' siècle donne des leçons de bon goût au xix*.

Quant aux étoles pastorales, dont les curés français savent si bien relever leur dignité et dont ils sont si fiers, je ne veux pas troubler leur pacifique agonie par une critique importune : la liturgie romaine est en train de les anéantir, et bientôt il n'en sera plus question qu'à l'article du - vandalisme • passé.

Vf. — DL PAREMENT.

L'autel, où s'accomplit l'acte le plus solennel de la liturgie, a été assimilé, par les écrivains du moyen âge, à celte Jérusalem nouvelle qui descend du ciel , parée comme l'épouse qui s'orne pour plaire h son époux Sur ce trône, l'Agneau divin se tient chaque jour debout, quoique avec l'apparence d'une victime, et il écoute les cris des martyrs qui, par leur sang, ont rendu témoignage à sa parole ! .

L'autel «altare», dans sa signification première et étymologique, indique une « hauteur ». Pour le liturgiste, c'est la hauteur même descicux qui s'abaisse. La terre y est représentée pur ses saints, dont les ossements reposent dans le - sépulcre » ; le ciel, par l'offrande ; l'union de la terre et du ciel , par les pierres fortement cimentées de la « cité », qui forment à la fois un trône et un tombeau.

I. « Et ego Johanne* vidi sanrlam civitatem Jérusalem novam deseondenlem de raelo a Dw, paratam sicut sponaam ornalam viro suo ... — * Apocalyjwe », Ch. xxi. i. « Apocalypse », ch. v. v. 6 ; chap. vi, v. 9-10.

LE TRÉSOR. 77

J'ai parlé ailleurs 1 de la nécessité et de la multiplicité, à Rome, des parements d'autel. En dehors de la question purement symbolique, de ce ■ paratam » qui oblige autant que le texte du • Cérémonial des évêques», il y a une question de goût et de convenance que la France réformatrice du siècle dernier a méconnue. Nos fêtes occasionnent un grand étalage de bouquets artificiels, d'expositions en fleurs et de nappes en coton brodé, superfétatious extérieures qui ne parent pas l'autel même. L'autel, aussi bien que l'église, reste dans sa nudité accoutumée. Les puristes s'en applaudissent : le marbre est si beau, disent-ils, la dorure si éclatante ! J'aime bien mieux l'usage traditionnel de l'Italie : l'église est tendue de damas rouge et l'autel paré de son vêtement de soie. On sent, dès en entrant, que In féte est générale, que l'autel n'est pas plus excepté que l'église, et que partout se manifeste la joie de la solennité.

Saint-Louis des Français ne pare pas. Si vous demandez pourquoi, l'on vous répondra : Est-ce l'usage des Français de parer?

En France l'on • pare », quand il s'agit de fêter un mort, mais on répugne a accorder cet honneur .à Dieu et aux vivants. Qu'ont-ils donc fait pour être si mal traités?

Anastase le Bibliothécaire nomme « vêlement » * ce que les Italiens traduisent avec synonymie par «palliotlo»; le terme français «parement», mieux choisi et plus exact, est aussi plus significatif.

L*« Inventaire de Bonifacc VIII » cite en ces termes les deux parements de Sainte-Marie qui m'ont frappé d'étonnement par la beauté des types, l'harmonie des couleurs, la disposition des personnages, la profondeur du symbolisme, et la perfection de la broderie. •

« Item vnum dossale pro altari laboratum cum acu ad aurum battulum cum ymaginibus Crucifixi, et bcatc Virginis et plurium aliorum scorum; et in circuitu cum rôtis ad grifos, et pappn gallos » 3 . — Item vnum dossale ad aurum cum arbore vite cum mantilj de opère theotonico ».

I. Parement des saints. — Les saints y sont disposés sur deux rangs, neuf

1 . Voyez « Notice sur l'état de l'église nationale do Sainl-Louis des Français, à Rome, an xvii* siècle », papes :>9-6'J. ,

î. o Noenoti in ivdesia béate Doi genilricis Marie, Domine nostm, que. |>onitur inlra civilatem que vocatur Anagnia, obtulil (Léo IV, vostem de fundalo cura gamniadiis auro textis unam, ol vola do fundalo quatuor ».

3. Au moyen âge, « papegaux >, en italien, « papagalli ». — Un prelal disait, à l'occasion du conclave qui suivit la mort de Pie VIII, au cardinal Gallo : « Savez-vous ce que pensera le peuple, si vous êtes élu pape? — Non. — Eli bien! il dira : Nous avons un papa gallo coiffé de la tiare, ce qui ne s'était jamais vu ».

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on haut et sept en bas. Une série d'arcades tréflées les abrite; les retombées sont supportées par des colonnettes dont les chapiteaux ont des crochets. Ces saints sont tous nimbés et ils ont les pieds chaussés de sandales, règle iconographique qui, en Italie, répond h la nudité des pieds.

Le Christ préside sur sa croix à la partie inférieure. Ses pieds, qui ne sont pas percés de clous, reposent sur un « suppedancum ». Un large jupon entoure ses reins. Jean et Marie assistent à celte douloureuse agonie qui fait pleurer les anges au ciel. A droite, saint Paul est décapité; on le lapide, cl saint Pierre le quitte; il est baptisé par infusion; à côté, baptême par immersion, formas sous lesquelles le sacrement a été administré dès l'origine de l'Église et pendant toute la durée du moyen Age *. A gauche, en parlant toujours du rentre pour rejoindre l'extrémité, saint Pierre, dépouillé de ses vêtements et n'ayant qu'un jupon pour voiler sa nudité, esl crucifié la tèle en bas ; Nolrc- Seigneur le rencontre fugitif sur la voie Appienue et lui reproche d'abandonner sa prédication s ; saint Pierre et saint Jean montent au temple. A la partie supérieure, Marie, « reine des anges et de tous les saints », assise sur un trône, reçoit la bénédiction de son enfant qu'elle tient avec affection sur ses genoux. Tous les deux acceptent les parfums que leur présentent des anges dans des cassolettes ou encensoirs-boules sans chaînes; la fumée de l'encens s'échappe par trois hautes cheminées cylindriques». Ces anges sont chaussés. A leur droite, saint Paul, avec son glaive et son livre; saint Jean imberbe; saint Barthélémy, avec le couteau qui l'écorcha et un rouleau. Ils font pendant à saint Pierre, tonsuré et le livre à la main ; à saint Jacques Majeur, qui marche appuyé sur son bourdon de pèlerin et à un autre apôtre qui, pour tout insigne, tient un rouleau. Sur les côtés, s'étalent deux bandes ou orfrois brodés de griffons, d'aigles et do perroquets inscrits dans des cercles que tous les invenaires du moyen age appellent des « roues ». La . mantille », qui retombe a la partie supérieure, est garnie de figures de saints.

IL L'arbre de vie. — Je ne puis commencer la description de cette page, une des plus belles et des plus sublimes du livre de l'iconographie chrétienne, >ans avouer mon impuissance à en faire goûter le charme complet. I.e «parement de l'arbre de vie », longtemps négligé par l'incurie des chanoines, tombe

I. Le " Rituel du diocèse do Poitiers », |iut>lié en t7lï. fait cette recommandation, a l'article du Baptême. : « Dans le» lieux où l'on baptise par l'immersion soit de tout le corps, soit de la tete seulement, le cathecumene se dépouillera *

î. V. » Ami. liturgique », p. 7H.

i « 1399. Un encensoir d'or, à quatre cheminées et quatre lucarne,* « Inventaire de

l'.harle* VI. Voir « Notice des émaux, bijoux et objets divers du Musée du Louvre », par M. de Ltbjrde, p. ÎI3I.

LE TRÉSOR

en lambeaux ; les fils d'or et de soie sont éraillés, les inscriptions mutilées et les noms souvent insaisissables. Pour plus d'embarras, cloué au fond d'une /irmoire, dans la salle obscure du trésor, il ne peut être étudié minutieusement. Ce qu'il m'n é(é possible de recueillir, je le livre avec empressement aux archéologues, leur souhaitant plus de facilité dans leurs recherches. Le premier parement est italien; le dessin en est moelleux et correct. Celui-ci est «allemand*; de là, son défaut dominant : dureté et sévérité. Dans l'un, la srôce de l'expression ; dans l'autre, la vigueur de la pensée.

L' « arbre de vie » , c'est la croix, parce qu'il importait dans les desseins de Dieu que le bois, source de mort, devînt source de \ie, et que le démon fût vaincu par l'instrument même de sa victoire Cet arbre qui avait produit des fruits, longtemps frappé de stérilité 2 , revit quand le sang de Jésus-Christ, séve féconde et abondante, coule sur lui et le fait briller de l'éclat de la pourpre 3 .

I.e Sauveur est attaché par trois clous à un tronc d'arbre ébranché, mais vert; on sent que la vie y circule : iifx est ahbok vite. Jésus est couronné d'épines; un linge est noué à son côté, ses pieds sont disposés en croix, et h litre le proclame « Nazaréen et roi des Juifs •. — : i : n : a : i : — Dans le feuillage épais de cet arbre choisi \ niche le pélican qui épanche , de sa poitrine entr'ouverte, des flots de sang pour rendre à sa «piété » un souille de vie. Un poète du xiii* siècle, saint Thomas d'Aquin, explique ce rapprochement dans une strophe de son hymne . Adoro te supplev ». La voici telle que le missel romain l'a conservée :

Pie pellirane, Ji-mi Domine,

Mi* iuirnumlum inumla tuo «anguille,

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