‹ La cathédrale de ChartresChapitre 13 sur 30 · LA CATHÉDRALE DU XIÎI® SIÈCLE · texte numérisé non relu

LA CATHÉDRALE DU XIÎI® SIÈCLE

de l’église, dont elle était séparée partoute l’épaisseur des clochers*.

L'incendie de la cathédrale de Chartres fut un événement qui eut un retentissement considérable, car le pèlerinage à la Vierge des cryptes était assurément l’un des plus populaires qu’il y eût en France. Aussi le vœu d’une partie importante de la nation fut-il que l’on élevât sans retard en l’honneur de Notre Dame de Chartres un nouveau monument, que Ton espérait désormais pouvoir faire indestructible. Le clergé local, les fidèles du diocèse, la famille royale, les plus grands seigneurs comme les plus humbles artisans, ceux des régions voisines comme ceux des provinces éloignées, coopérèrent, dans un admirable mouvement de foi, à la reconstruction de l’insigne basilique. On eut alors la bonne fortune de ne pas trouver seulement les ressources nécessaires à la prompte exécution de l’entreprise, mais de rencontrer un architecte, un maître de Vœuvre, dont le talent fut à la hauteur de la tâche à accomplir.

Si le nom de ce maître de l’œuvre n’est pas parvenu jusqu’à nous, on peut dire, du moins, que l’empreinte de sa personnalité est en quelque sorte demeurée gravée sur la pierre. 11 apparaît, en effet, aux yeux de tous que les marques distinctives de

* La façade principale de l’église construite par Fulbert au commen* cernent du xi® siècle demeura debout jusqu’en 1194; elle s’écroula sans doute pendant l’incendie. Ses fondations, rasées au niveau du dallage de la nef actuelle, existent encore, comme l’ont démontré les fouilles faites en 1901, par M. E. Lefèvre-Pontalis.

la cathédrale actuelle sont Tunité et la force, et qu’une seule et même pensée directrice a présidé à la conduite des travaux depuis le commencement jusqu’à la fin.

L’édifice, presque tout entier, fui construit entre les années 1 194 et 1220. A cette dernière date, les voûtes étaient déjà faites; il n’y avait plus qu’à terminer les deux façades du transept et à compléter la décoration intérieure et extérieure.

Lorsque l’on considère les proportions grandioses du monument, on demeure frappé d’étonnement en songeant qu’il fut bâti en si peu de temps, et l’on ne sait ce qu’il faut le plus admirer, l’intelligence et l’énergie de l’architecte ^ ou bien le zèle et l’activité des ouvriers. Direction méthodique, d’une part, labeur opiniâtre, de l’autre, telles sont évidemment les causes auxquelles il faut attribuer l’harmonie et l’homogénéité de toute la construction.

Premiers travaux de construction. — Il y eut, dès le principe, de grandes difficullés à surmonter pour établir les fondations de la cathédrale. On avait résolu de conserver la crypte de Fulbert à cause de la vénération dont elle était l’objet de la part des pèlerins; l’architecte dut donc accomplir ce projet hardi qui consistait à édifier une église

* Quand je parle d’un seul architecte, je pense au maître de l’oeuvre qui conçut le plan de l’édifice, mais je n’ignore pas que, de 1194 à laao, il y eut un ou plusieurs autres architectes qui collaborèrent à l’œuvre du maître.

PREMIERS TRAVAUX DE CONSTRUCTION 3g

voûtée d’ogives sur les substructions d’une basilique du XI® siècle. La longueur et la largeur de la nef, des collatéraux et du déambulatoire, le nombre et les dimensions des travées et des chapelles absidales furent autant de données auxquelles il eut l’obligation de se conformer. A la vérité, du côté du transept, le champ était libre et rien ne faisait obstacle au tracé des fondations; en ce qui concernait la nef et les collatéraux, il suffît de consolider et de renforcer les murailles de la crypte. Mais il n’en fut pas de même pour les travées du chœur et pour celles du déambulatoire.

Les parties inférieures du chevet du xi® siècle ne pouvaient que très difficilement être utilisées comme soubassement du nouveau rond-point. Les murs des chapelles rayonnantes, autrefois bâtis par Fulbert, ne convergeaient pas au même centre ; ils ne divisaient pas en parties égales la courbure de l’abside. Il fallut trouver sur cette base irrégulière les points d’appui des piliers et des contreforts destinés à supporter les voûtes d’ogives et à résister à leurs poussées ; c’était un problème malaisé qui fut savamment résolu par le maître de l’œuvre. Si l’on veut savoir à quels calculs il dut se livrer pour fixer la place exacte de tous les supports du sanctuaire et du rondpoint, il convient de poser sur le plan de la crypte celui de l’église haute; on aura ainsi l’explication des anomalies que l’on observe en cette partie du monument : inégalité des chapelles absi-

dales, différence de largeur des entre-colonnements, disposition asymétrique des voûtes du déambulatoire. Toutes ces irrégularités apparentes ont leur raison d’être ; loin de prouver la négligence de l’architecte, elles constituent l’un des plus éclatants témoignages de sa sagacité et de la sûreté de son jugement.

Plan de l édifice. — Tel qu’il fut déterminé pâr son auteur, le plan de la cathédrale représente une croix latine dont le pied et la traverse seraient sensiblement trop courts. La nef, abstraction faite du carré du transept et de l’espace qui est entre les clochers, renferme six travées, et est accompagnée au nord et au sud d’un bas côté, qui se poursuit le long des deux bras du transept. Celui-ci, à son tour, comprend sept travées absolument semblables à celles de la nef, de sorte qu’il forme comme une seconde église transversale. On compte dans le chœur quatre travées, sans parler de l’hémicycle qui a environ huit mètres de rayon. Le bas côté, qui enveloppe le chœur et le sanctuaire est double, ce qui fait que les sept chapelles absidales ont peu de profondeur.

Il n’y aurait pas lieu de parler ici du dallage de l’église, si l’on ne voyait dans la nef, à la troisième et à la quatrième travée, un labyrinthe en pierre noire, dont les circonvolutions ont un développement de près de trois cents mètres. Sur la pierre, qui est au centre, était autrefois scellée une plaque de métal, laquelle a disparu, sans nous

PLAN DE l’Édifice

avoir révélé, comme celles de Reims et d'Amiens,

Photo Ne'U'dein.

Vue intérieure do transept (xiii® siècle)

les noms des plus anciens maîtres de l’œuvre

.ÎLu 'ît.

Elévation d’une tuavée INTÉRIEURE DE LA NEF

Dispositions architectoniques des travées. — Presque toutes les travées de la cathédrale étant de même structure*, il suiïit d’étudier une seule d’entre elles pour avoir une idée de l’ordpnnance de l’édifice. En élévation chaque travée peut se diviser en trois parties : i® le bas côté ; 2® le triforium; 3® l’étage supérieur.

I® Les voûtes d’ogives du bas côté sont établies sur plan carré ; leurs nervures à boudin aminci, leurs doubleaux accompagnés de deux tores et leurs formerets s'appuient, du côté du mur de fond, contre des pilastres engagés. Ceux-ci présentent sur leur face antérieure une colonne, flanquée à droite et à gauche de deux colonnettes :

la colonne reçoit l’arc doubleau et les colonnettes supportent l’arc ogive et le form.eret. Les doubleaux, comme les grandes arcades, sont en

* Exception faite, bien entendu, de l’abside et du déambulatoire.

Page 1