LU LE BAS CÔTÉ NORD
par-dessus la toiture du bas côté, des arcsboutants d’une grande puissance. Ces arcs viennent s’appliquer contre le mur de la nef depuis le point de départ des doubleaux et des ogives jusqu’à la bailleur des clefs de voûte; à l’extrémité opposée, ils s’appuient sur de robustes contreforts qui servent en même temps à maintenir les voûtes du bas côté.
Il y a trois rangs d’arcs-boutants ; l’arc supérieur a été ajouté au XIV* siècle, les deux autres sontreliés entre eux et rendus solidaires au moyen d’arcades à colonnes trapues rayonnant vers un centre commun. Autour de l’abside et du chœur, les arcs-boutants sont à double volée; aussi
Pholo Aubert.
Abside
Vue prise de la terrasse de l'Evêché.
leur épaisseur est-elle moindre, et les arcades à rayons intermédiaires sont-elles plus minces et plus élancées. Vus de l’extérieur, tous ces contreforts et arcs-boutants ne produisent pas un effet écrasant, mais donnent l’impression d’un système combiné avec vigueur et logique, d'une œuvre véritablement forte et majestueuse. Us sont accompagnés, aux quatre angles du transept et sur les deux flancs du chœur, par six tours carrées, de quarante mètres environ de hauteur, destinées à augmenter encore par leur masse la stabilité de l’édifice. « En ceci, comme en tant d’autres points, « il faut reconnaître, dit Paul Durand, combien, à « cette époque reculée, la science de l’art de bâtir « était perfectionnée en France, et combien la dis- « position savante de ces différents membres d’un « monument avait pour résultat d’obtenir une soli- « dité durable et un aspect satisfaisant pour la vue. »
Décoration intérieure. — Vers l’année 1220, le gros œuvre de la cathédrale étant sur le point d’être achevé, les travaux d’ornementation furent activement poursuivis. A l’intérieur même de l’église, la décoration sculpturale est d’une grande simplicité; elle ne se montre guère que sur les chapiteaux et sur les clefs de voûte, couverts les uns et les autres de feuillages appliqués à plat ou recourbés en crochets. Mais ce qui fait la parure incomparable des nefs et des bas côtés,- c’est la vitrerie peinte garnissant les fenêtres, les roses et les rosaces.
LES VITRAUX 49
Les Vitraux. — Celte multitude de verres colorés, qui, à chaque heure du jour, brillent ou s’obscurcissent comme des pierres précieuses au travers desquelles se joue la lumière, répandent sur toutes choses une teinte mystérieuse qui donne au vaisseau de la basilique, aux piliers et aux voûtes une apparence de profondeur et de hauteur singulières. Malgré quelques mutilations regrettabîesb nulle part ailleurs on ne saurait trouver un pareil ensemble ; le tableau et le cadre sont ici faits Tun pour l'autre, et quiconque désire bien connaître ce qu’était, au début du xtti® siècle, en sa forme première, une cathédrale française de style gothique, doit venir «à Chartres en voir le modèle presque parfait.
Les sujets représentés dans les verrières sont, suivant la place qu’ils occupent, diversement traités. A l’étage supérieur, les figures de Prophètes, d’Apôtres, de Martyrs et de Confesseurs, destinées à être regardées de loin, sont de taille gigantesque. Les yeux démesurément ouverts, les contours fortement accentués leur prêtent une expression d’étrange rudesse et de sauvage grandeur. Dans les bas côtés on a procédé d’une autre façon : les vitraux ont été divisés, au moyen d’élégantes armatures de fer, en un certain nombre de médaillons,
* Vers la fin du xviii* siècle, à l’époque où les chanoines delà cathé drale fi.rent recouvrir de stuc les piliers et les entrecolonnements du sanctuaire, on remplaça, dans le choeur, par du verre blanc huit verrières du XIII* siècle; quatre autres anciens vitraux ont été défoncés en 1791 dans les bas côtés du transept.
OÙ sont peintes de petites scènes légendaires, empruntées à la Bible et surtout à la Vie des Saints. On y voit l’histoire de saint Lubin, évêque de Chartres, à côté de celle de Noé ; de saint Eustache à côté de celle de Joseph : le vitrail de l’Enfant prodigue, celui du bon Samaritain sont auprès de verrières consacrées à saint Nicolas et à sainte Madeleine. — Les images se succèdent, dans chaque fenêtre, de bas en haut et de gauche à droite.
Il est parfois dilTicile de savoir ce que signifient ces différentes compositions qui furent inspirées aux artistes du moyen âge par les pieux récits alors en vogue. Pour en déterminer le sens, on est obligé d’avoir recours aux vieilles compilations du XIII® siècle, telles que la Légende dorée ou bien le Miroir historial de Vincent de Beauvais; les rares inscriptions, mises à côté des personnages, lorsqu’elles sont lisibles, peuvent être aussi d’un grand secours. Mais, dans bien des cas, on en est réduit à faire des hypothèses plus ou moins plausibles, et il y a encore à Chartres quelques vitraux qui n’ont pas été interprétés av^ec certitude.
Il en est de même en ce qui concerne les donateurs. Ceux-ci, habituellement figurés dans les médaillons qui sont au bas des verrières ou bien dans les rosaces des fenêtres hautes, appartiennent à toutes les classes de la société : rois, seigneurs, membres du clergé et représentants des corporations ouvrières. On les distingue assez aisément les uns des autres, soit par les armoiries de famille, soit par les attributs de profession *
L’enfant prodigue La légende de Charlemagne
Vitrail du XHP siècle dans le Vitrail du XIIP siècle dans le croisillon nord. déambulatoire , coté nord.
cependant, à défaut d’inscription indiquant le nom même du donateur, les identifications sont le plus souvent problématiques. En règle générale, les personnes nobles et les riches ecclésiastiques ont fait présent des verrières qui ornent les fenêtres du chœur et du transept; les vitraux de la nef et des bas côtés sont dus presque tous à la libéralité des corps de métiers de la ville de Chartres, drapiers, orfèvres, cordonniers, tanneurs, bouchers, boulangers, charpentiers, maçons, tailleurs, de pierre, etc. Parmi les grands seigneurs, recônnaissables à leurs blasons, il y a lieu de citer lés rois de France et de Castille, le duc de Brelagne, les comtes de Champagne, de Boulogne, de Chartres et de Beaumont, les chefs ou cadets des familles de Montfort, de Courtenay et de Montmorency.
Quoique les dates, auxquelles furent faites ces donations, ne nous soient connues qu’en petit nombre, elles permettent néanmoins d’affirmer, tant est évidente Tunité de style de toute la décoration, que l’œuvre dans son ensemble a été exécutée entre les années i2i5 et 1240 environ. C’est ainsi que le second vitrail du chœur, à gauche, a été peint aux frais de Robert de Bérou, qui décéda chancelier de l’église de Chartres entre 1214 et 1217. — Deux des verrières qui sont dans le bas côté, à droite du chœur, et dont l’une représente^ les signes du zodiaque et les travaux des mois, ont été offertes par Thibaut VI, comte de Chartres, à la prière de son ami, Thomas, comte du Perche,
LES VITRAUX
tué à la bataille de Lincoln, le 20 mai 1217. — Toutes les vitres de la façade du croisillon méridional ont été données entre 1217 et 1221, par Pierre Mauclerc de Dreux, duc de Bretagne, sa femme Alix et ses deux enfants Jean et Yolande. — La grande rose du croisillon nord est un présent de la famille royale : la date de cette belle composition, blasonnée aux armes de France et de Castille, se place entre 1223 et 1286, période pendant laquelle Blanche de Castille fut reine, puis régente de France. — Dans le même croisillon, trois verrières ont été faites entre 1224 ®t 1233 sur l’ordre de Philippe Hurepel, fils de Philippe Auguste et comte de Boulogne. — Je signalerai enfin, dans la chapelle de Notre-Dame du Pilier le vitrail légué par Geoffroi Chardonel, archidiacre de Dunois, mort le 21 octobre i236, et, dans la chapelle de Saint-Joseph, celui qui fut donné entre 1220 et 1227, par Guérin de Friaize, sa femme Marguerite et leur beau-frère Hugues de Meslay.
Je ne crois pas qu’il y ait dans la cathédrale de verrière du xiii® siècle, qui, n’ayant pas subi de remaniement, soit postérieure à 1240 ; toutes celles qui peuvent être datées avec une précision suffisante sont antérieures à celle époque, et je pense que, lorsqu’on aura sérieusement étudié ce problème qui n’est pas encore résolu, c’est à cette conclusion qu’aboutiront définitivement les recherches.
Pour l’histoire de l’art, pour la connaissance
Notre-Dame de la Belle-Verrière Partie supérieure du vitrail {XIP-XIIP siècles) dans le bas côté méridional du chœur.
(Extrait de la monographie de Lassus.)
LES VITRAUX
des usages et des mœurs, pour celle du mobilier et du costume, pour certaines questions iconographiques, les vitraux de Chartres contiennent une foule de renseignements précieux ; mais ce qui fait leur réelle beauté, c’est le spectacle féerique qu’ils offrent à tout instant et en toute saison à ceux qui visitent la cathédrale. Leurs feux étincelants se modifient sans cesse : on dirait que les morceaux de verre, par l’effet de la lumière qui vient du dehors, se transforment tour à tour en autant de rubis, de saphirs et de topazes, au milieu desquels se détachent les grandes figures des fenêtres hautes et les médaillons du vitrage des bas côtés. La variété infinie des tons et des couleurs produit une décoration monumentale, qui est toute à la gloire de nos artistes du xiii® siècle ei qui, par l’éclat, sinon par la facture, l’emporte sur les fresques et même sur les mosaïques des basiliques latines et des églises d’Orient.
Décoration extérieure. — Tandis que les peintres verriers s’appliquaient à embellir l’intérieur de la cathédrale, les imagiers et tailleurs de pierre faisaient à l’extérieur d’importants travaux de sculpture. Ges travaux, destinés surtout à orner les façades du transept, ne furent pas simultanément exécutés au nord et au midi. Nous avons vu en effet, — et les détails architectoniques le confirment, — que les vitres de la façade du croisillon méridional ont été posées entre 1217 et 1221, et H'ie celles qui sont à la façade opposée, du côté
du nord, n’ont été mises en place qu’une dizaine d’années plus tard, vers î23o. Une même diflerence de style et de date se remarque entre les deux porches, qui, de part et d’autre, précèdent les portes du transept.
Du côté du midi, on avait d’abord établi, en avant de la façade, un vestibule sous lequel les marchands merciers tenaient boutique et vendaient des objets de piété. En rannée 1224, on supprima ce vestibule et l’on entreprit la construction du porche méridional actuel, qui dut être achevé vers i25o. Quant au porche septentrional, qui est le plus jeune et, à mon avis, le plus beau des deux, il fut probablement commencé vers 1280, et il n’a jamais été complètement fini.
Les Porches — Ces deux porches, qui n’avaient pas été prévus dans le plan primitif de la cathédrale, furent posés avec tant d’adresse contre les entrées du transept qu’ils semblent être devenus parties intégrantes du reste de l’édifice. Par leur architecture comme par leur ornementation, ce sont de véritables merveilles. Us se composent tous deux de trois travées, dont les voûtes en berceau brisé encadrent les portes des croisillons et retombent à droite et à gauche sur des linteaux de pierre : ceux-ci sont engagés, d’un bout, dans le mur de l’église, et ils s’appuient à leur autre extrémité sur des piliers enrichis de sculptures, de telle sorte que l’on peut circuler à couvert de travée en travée. Lorsqu’on édifia ces porches, on eut l’inr