PARIS HENRI LAURENS, ÉDITEUR
6, rue de Tournon, o
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La cathédrale de Reims a toujours été considérée comme l'une des plus splendides créations de l'art gothique. Elle n'a pas cessé, à travers les âges, d'inspirer une vive et très légitime admiration. En 1484, des lettres de Charles YIII la proclament « noble entre toutes les églises du royaume ». Sous le règne de Louis XIll, un artiste rémois, Nicolas de Son, en dessine avec une rare fidélité le « somptueux frontispice », et il accompagne sa gravure d'une légende enthousiaste dont l'auteur, un poète local, place l'église Notre-Dame au-dessus
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des sept merveilles du monde, fait un juste éloge de a son plan ferme en sa siminétrie », et déclare enfin que « tout y est admirable » et que « Tait a surpassé son pouvoir ».
Au xviii' siècle, la cathédrale est encore en faveur, lorsque l'art du moyen âge est tombé dans un si fâcheux discrédit. Tous les écrivains du pays sont unanimes dans leurs louanges; on l'aime « quoique gothique » ; on la respecte aussi, bien que sa décoration intérieure n'ait pas trouvé grâce devant le mauvais goût du temps. Ce sentiment persistait à l'époque de la Révolution et a été pour elle une cause de salut. Il semble que l'attachement du public pour ce monument, dont, en dépit de tous les bouleversements, il était resté si fier, a dû imposer certains ménagements aux destructeurs. Leur violence n'a pas osé sans doute affronter une réprobation (jui eût été à peu près générale. En ces jours troublés, notre cathédrale n'a pas eu trop à souffrir des méfaits du vandalisme, et ses belles sculptures n'ont point subi ces mutilations absurdes et barbares qui ont laissé ailleurs de si lamentables traces.
Vers le début du siècle suivant, le moyen âge a été remis en honneur, et ses chefs-d'œuvre ont été appréciés comme ils le méritent. Le goût, d'abord peu éclairé et trop soumis aux influences du romantisme, s'est épuré ensuite, grâce à des méthodes plus scientifiques, à des études mieux
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comprises de l'art du passé, et à une pénétration plus profonde de l'esprit et des procédés de ne.-. anciens maîtres. Notre-Dame de Reims a profité cl-ces progrès. Des travaux considérables ont ér<entrepris de nos jours pour son entrelien et si restauration, et tandis que les architectes s'efFoiçaient d'y réparer les dommages causés par l'action des siècles, les archéologues interrogeaient son histoire, et rendaient un hommage bien dû n l'artiste de génie qui a conçu un tel chef-d'œuvre. Entre toutes nos églises gothiques, je n'oserais dire que celle de Reims doit occuper le premier rang. Il serait assez puéril de vouloir ouvrir ainsi une sorte de concours, et de cherchera résoudre une question où chacun peut avoir ses préférences et ses goûts personnels. Mais il n'en est pas moins vrai qu'en certains détails, la supériorité de la cathédrale de Reims peut s'afTirmer d'une manièie presque incontestable. Ses façades latérales, en particulier, sont d'une incomparable beauté. Nulle part ailleurs on n'a su tirer, pour la décoration, ua j)arti aussi heureux des arcs-boutants et des contreforts. Ils produisent un effet vraiment imposati^ avec les pinacles qui les surmontent et leurs niches abritant des slatues d'anges aux ailes déployées. Ce ne sont plus de simples étais, mais des éléments nécessaires qui contribuent à l'harmonie de l'ensemble et donnent une impression de force el de vigueur, sans exclure la grâce et la légèreté. Un
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(les grands mérites aussi de cette cathédrale est sa remarquable unité et sa symétrie parfaite, qui était déjà, comme nous l'avons vu, au xvii^ siècle, un sujet d'admiration. Bien qu'on y ait travaillé pendant longtemps et que les assises supérieures de l'une de ses tours n'aient été élevées qu'en l'année 1428, elle ne présente point le décousu et le caractère incohérent de certains édifices qui ont été bâtis en plusieurs campagnes successives, et où les apports de chaque époque, isolés et sans liaison entre eux, sont l'œuvre d'artistes peu sou- <;ieux de tenir compte des intentions de leurs devanciers et préoccupés surtout de faire prévaloir leurs idées propres, en modifiant à la fois le plan et le style. A Reims, il y a eu un plan fixé dès l'origine et toujours exactement suivi, au moins dans ses grandes lignes. Dans le cours des âges, les maîtres de l'œuvre ont eu le bon esprit de ne point s'écarter des vues de l'architecte primitif, et de se montrer, autant qu'ils le pouvaient, ses continuateurs et ses fidèles disciples. Ce respect des traditions a produit les meilleurs résultats ; la cathédrale est aussi harmonieuse, aussi bien proportionnée que si elle avait été construite d'un seul jet et sous une direction unique. Son portail principal, loin d'avoir, comme il arrive parfois, l'aspect d'une constructioi. rapportée et mal raccordée au reste, se relie aux faces latérales par ses couronnements de contreforts dans lesquels sont
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placées des ttatues colossales, et par ses larges baies du premier étage qui correspondent aux fenêtres hautes de la nef. Les mêmes motifs d'ornements se prolongent et se continuent dans tout l'édifice ; c'est comme une merveilleuse symphonie qui n'offre aucune note discordante et charme en même temps par sa simplicité et sa grandeur.
« La cathédrale de Reims, a écrit un savant archéologue étranger, est peut-être la seule cathédrale gothique où l'extérieur soit complètement en rapport avec l'intérieur... Le système des contreforts, avec ses doubles arcs-boutants et ses piliers d une riche ordonnance, est le plus beau qu'on ait jamais réalisé. On voit se manifester nettement dans la construction un effort pour surpasser tout ce qu'on avait fait jusqu'alors. En beaucoup de points, ce but a été atteint. Plus qu'en toute autre église gothique, on a opéré avec des moyens simples et puissants... Quand le regard s'arrête sur les piliers de la nef, l'effet est considérable, et l'on pense à une rangée de colonnes antiques... Le déambulatoire du chœur, avec ses chapelles, est d'une beauté hors ligne; l'architecte, en cherchant à donner à son œuvre un caractère grandiose, a ici pleinement réussi*. »
Ce sont bien là, en effet, les qualités éminentes
I. G. V. Bezold. Die Entstehun^ und Ausbildung der golhischen liaiikunst in Frankreich. p. 14.
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qui distinguent notre catiiédrale ; elle réunit, suivant la juste expression de Viollet-le-Duc, « les véritables conditions de la beauté dans les arts, la puissauce et la grâce ».
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