‹ La cathédrale de ReimsChapitre 2 sur 19 · HISTOIRE · texte numérisé non relu

HISTOIRE

Les cathédrales antérieures au XIIP siècle. —

Le plus ancien édifice, construit sur l'emplacement de la cathédrale actuelle, l'a été vers l'an 400 par révê(iue saint Nicaise, qui l'avait déjà placé sous le vocable de la Sainte Vierge. La tradition nous a conservé le souvenir précis de l'endroit où s'élevait sa façade. Le pieux évêque, d'après son biographe, copié depuis par Flodoard, lut massacré par les Vandales, ad ostium basilicae sanclae Dei geiiiiricis Maiiae. Or le lieu de ce martyre est resté à travers les siècles l'objet de la vénération des fidèles ; il était indi(|ué autrefois par un édicule de forme circulaire (jui était connu sous le nom de rouelle de saint Nicaise, rotella sancti Nichasii. Cet édicule est aujourd'hui remplacé par une inscription commémorative que l'on voit dans la nef de l'église, un peu avant l'entrée *^u chœur, dans la sixième travée à partir du gran*^

portail. Rien n'autorise à contester l'exactitude de ce témoignage, et il en résulte que la basilique primitive était de dimensions assez restreintes, et n'occupait pas la moitié de la superficie de notre cathédrale du xiii' siècle.

Elle était encore debout au ix' siècle, et Louis le Pieux y fut sacré par le pape Etienne IV, mais elle tombait alors de vétusté et était menacée d'une ruine prochaine. L'archevêque Ebbon entreprit de la reconstruire vers 820, avec l'appui de l'empereur Louis, qui lui donna l'autorisation d'emprunter des matériaux aux anciennes murailles de la ville, et mit à sa disposition un de ses serfs nommé Rumaud, habile dans l'art de l'architecture. Lorsqu'il dut quitter le siège de Reims en 841, il n'avait pu terminer son œuvre, et ce fut Hincmar, son successeur, quiymitla dernière main. Celui-ci couvrit l'église d'une toiture en plomb, la fit paver en marbre, garnit ses fenêtres de vitraux et orna ses voûtes de peintures. Puis quand tout fut achevé, en l'année 862, il célébra solennellement la dédicace de la nouvelle cathédrale, en présence du roi Charles le Chauve et des évêques de la province.

Un siècle plus tard, en 976, l'archevêque Adalbéron effectua en cet édifice des remaniements importants, auxquels font allusion deux chroniqueurs contemporains, Richer et le continuateur des Annales de Flodoard^ en des termes malheureusement un peu obscurs. Il parait bien qu'à l'entrée de la basilique s'élevait une sorte d'avant-

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nef, munie d'une tribune reposant sur des voûtes, et occupant le quart environ de la surface totale'. Adalbéron fit détruire ces voûtes ; il semble avoir en même temps allongé Téglise de trois travées, opération dont un vague souvenir s'était conservé encore au xii' siècle, suivant une note écrite à cette époque par un chanoine anonyme de Reims. Richer nous apprend aussi qu'il avait orné les fenêtres de vitraux historiés, diversas continentibus historias> premiers essais d'un art qui devait prendre dans la suite un si magnifique développement.

Sous le règne de Louis VII, — détail curieux et presque ignoré jusqu'ici, — la cathédrale carolingienne avait été partiellement reconstruite. En l'année ii52, d'après la note que nous venons de citer, l'archevêque Samson ajouta deux nouvelles travées, démolit une vieille tour que Ton suppose avoir été édifiée par Adalbéron, et commença un portail neuf, flanqué d'une tour sur chaque côté : in unoquoque latere turrim unam œdificare inchoavit. Nous savons aussi par un ancien nécrologe du chapitre de Reims qu'il avait entièrement renouvelé la muraille de droite. Ainsi l'œuvre des architectes du IX* et du x* siècle ne subsistait plus dans son intégrité et avait déjà subi à l'époque romane de profondes transformations.

La cathédrale du XIIP siècle. - L'essai de

I. I^ote sur la cathédrale de Reims à l'époque carlovingienne, par le comte de Lasteyi-ie. Comptes rendus des séances de V Académie dei Inscriptions et Belles-Lettres ,1909, p. aSj.

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reconstruction tenté par Sainson n'eut que des résultats très éphémères. Un accident foituit qui anéantit la vieille cathédrale vint bientôt donner l'essor à de nouveaux projets. Le 6 mai 1210 elle devint pendant la nuit la proie des flammes, dans un immense incendie, qui fut allumé, dit-on, par suite d'une négligence, et qui dévora une grande partie de la ville. Les Rémois, sans se laisser décourager, firent de rapides efTorts pour réparer le désastre. Un an après, les pians étaient déjà arrêtés ; le jour anniversaire de la catastrophe, l'archevêque Aubri de Humbert posa la première pierre du nouvel édifice dont les fondations, larges et profondes, offraient un développement considérable. Nous savons aussi, par un chroniqueur contemporain, Aubri de Trois-Fontaines, que les premiers travaux se sont poursuivis pen- (]ant vingt ans, sans relâche et avec la plus grande activité.

Pour mener à bonne fin une pareille entreprise, il fallait des sommes importantes, et l'on dut recourir aux aumônes des fidèles. En 1221, le pape llonorius III accorde une indulgence à tous ceux qui contribueront à la construction de la cathédrale, commencée sur un plan grandiose, structura egregia et adeo dispendiosa. On se demande souvent comment on pouvait subvenir à toutes les dépenses nécessaires à l'exécution d'une œuvre aussi colossale. Ce sont les libéralités du clergé et du peuple qui en faisaient presque tous les frais ; les principales ressource^ étaient procurées par

LA GAI IIKDItALfc; DU XIU SIECLE t ,')

(les (iiièles qui s'oryanisaienl dans les pays clirétiens, el stirtoiil dans la province ecclésiasticitie do Reims. Une bulle du pape Innocent IV, donnce à Lvon le 17 niai-s 1246, nous ens(M^ao la lacon doni l'on pi-océdait à ces (|uêtes. Lorsque les envoyés de 1 église de Reims se présentaient dans une; ville, on célébrait une l'été solennelle, et Ton susj)cndait tout travail. Les (|uêteurs exposaient le but de leur mission aux fidèles réunis, sollicitaient leurs ollrandes, et les invitaient à tbriuer des confréries dont chaque membre versait une somme annuelle an profit de la cathédrale ; les bicntaiteurs, en retour, avaient droite une indulgc u ;e.

Grâce aux secours obtenus de l'inépuisable générosité des populations chrétiennes, le chœur de Notre-Dame de Reims fut coni[)lètement terminé en 124 I- Suivant la chronique de Saint-Nicaise, le chapitre en. prit possession cette année, le 7 septembre, veille de la fête de la Nativité. Ce renseignement, fourni par un annaliste du temps, est d'une très grande portée ; il nous mar(|ue une des eta|ies principales de la construction, et nous permet de dater avec précision l'une des parties les plus importantes de l'édilice.

Ces travaux n'ont pu s'accomplir qu'en imposant à l'église de Reims de lourdes charges, et les fonds qu'elle ne cessait de recueillir, si nombreux (ju'ils fussent, étaient bien vite épuisés. Innocent IV, dans deux nouvelles bulles données en 1231, constate que cette église était alors accablée de dettes, iinporlahili oiicre dcbiloi uni Ces dettes;

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s'élevaient à sept mille livres, somme considérable pour l'époque. Le pape s'adressa aux évêques, abbés, prieurs, doyens, archidiacres et autres prélats de la province de Reims, et les engagea à venir en aide à la métropole. Cet appel a été sans doute entendu, et a permis au chapitre de réunir Targent nécessaire pour sortir d'embarras et rétablir l'équilibre de ses finances.

L'année 1299 paraît avoir été marquée par une reprise très active des travaux de la cathédrale. Le siège archiépiscopal de Reims venait d'être occupé par Robert de Gourtenay. A peine était-il installé que les chanoines, empressés de profiler des bonnes dispositions d'un nouvel arrivant, s'efforcèrent d'obtenir de lui toutes les facilités nécessaires pour l'établissement de leurs chantiers. Dans une charte datée du vendredi 25 septembre 1299, ils reconnaissent que le prélat leur a prêté, a titre gracieux, un emplacement large de onze à douze pieds, à prendre dans la cour de son palais depuis le coin du pilier de la tour antérieure de l'église, jusqu au coin du pilier de la porte qui regarde la rouelle de saint Nicaise, usque ad coiium pilerii ostii qiiod respicit roteilam sancti Nichasii, pour l'aire en cet espace tous les ouvrages indispensables à la construction. Nous avons déjà parlé de cette rouelle de saint Nicaise ; la porte située en vis-à-vis existe encore, mais elle est murée depuis quelques années; elle s'ouvrait dans le mur du bas-côté sud, au-dessous de la fenêtre de la cinquième travée à partir de la tour du grand portail.

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Ces détails sont fort précis et nous permettent d'apprécier l'état et le degré d'avancement de la cathédrale à la fin du xiii* siècle ;ils modifient profondément les opinions qui ont eu longtemps cours a ce sujet.

Au moment du sacre de Charles IV, la cour du palais de l'archevêché était encombrée des pierres de l'œuvre, et l'on dut les faire déplacer et mettre à l'écart. La même besogne fut accomplie en i328, au sacre de Philippe VI, sous la direction de Pierre de Rueil, maçon du roi. Pendant la semaine de la Saint-Marc, des manouvriers ont été employés a enlever les pierres et à les mettre en tas entre les deux piliers de la tour, c'est-à-dire les deux contreforts de la tour antérieure, dont il a été question dans la charte de 1299.

Les travaux ont dû être fort ralentis par la guerre de Cent ans, mais ils n'ont jamais été complètement suspendus. Des lettres d'amortissement du mois d'avril i35i, données au chapitre pour une maison léguée à la fabrique par le chanoine Baudouin Larcenel, constatent que l'œuvre se poursuit très laborieusement et à grands frais : cum magiiis laboribus construitur et expeiisis. Pour se procurer de l'argent, on a toujours recours aux {[uêtes ; des legs viennent aussi de temps en temps ajouter un appoint sérieux aux dons offerts par la pieuse charité des foules. L'archevêque Gui de Uoye, dans son testament écrit au château de Courville le i5 mai i4oo, laisse aux chanoines une somme de mille livres tournois pour faire exécu-

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ter autour du chœur une clôture en pierre ornée de sculptures représentant la vie de la sainte Vierge, dans le goût de celles qui entourent le chœur de la cathédrale de Paris. Mais ses inten-

Photo Lajoye.

Galekie des prophètes (Façade méridionale du transept.)

tions n'ont pu être réalisées ; ce projet aurait entraîné à des dépenses trop considérables, et la somme léguée aurait été loin de pouvoir y suffire. A cette époque, la cathédrale était à peu près terminée, mais il lui manquait encore l'étage supérieur des tours du portail. Le chapitre, sans négliger la décoration intérieure, était surtout préoccupé de l'achèvement de ces tours, et se montrait

sans doute peu favorable à toute œuvre qui pouvait le détourner de ce but. En i4o6, afin de pouvoir continuer les «grans et somptueux ouvraiges » qu'il doit faire en son église « à la perfection des tours et d'aultres partieiè d'icelles », il obtient du roi Charles VI l'autorisation de prendre des pierres partout, à quatre lieues à la ronde, même dans les terres labourées et les vignes, et de pratiquer tous les chemins et passages nécessaires pour en efï'ectuer le transport. Mais la tâche était dure, et vingt ans après, on n'en avait pas encore vu la fin. La tour septentrionale du grand portail était restée incomplète. Il fallut pour l'achever le généreux concours du cardinal Guillaume Fillastre, ancien doyen de l'église de Reims, qui offrit dans ce but au chapitre, en mai 1427, une somme de quatre cents écus.

Après deux siècles et demi d'un labeur opiniâtre, les constructeurs de la cathédrale allaient atteindre enfin leur but. Le vaisseau est complet, et il ne reste plus qu'à élever des flèches sur les tours, pour réaliser les plans primitifs. Les amorces de ces flèches sont faites ; les assises sont disposées pour les recevoir ; mais une catastrophe inopinée, le terrible incendie du 24 juillet i48i, qui consume tous les combles de l'édifice, vient ruiner ces projets et en empêcher peut-être pour jamais l'exécution.

On a prétendu qu'avant cet incendie les quatre tours qui environnent le transept étaient déjà surmontées de flèches, que celles-ci avaient été brû-

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lées et les tours rasées et diminuées d'un étage. Tous les documents nous prouvent au contraire que la cathédrale en 1481 était à peu près ce qu'elle est de nos jours. Elle n'avait point les flèches qu'on lui attribue, et pas même de couverture en pierre ou en <:harpenle sur les tours du portail. Elle possédait seulement un clocher au-dessus du chœur, à i;i croisée du transept. Les écrits du temps, en nous exposant les dégâts causés par les flammes, ne font allusion qu'à la perte de ce clocher et de la toiture : tectum et campanile. Il faut bien nous en rapporter sur ce point aux témoins oculaires.

Photo Rothier.

FiGL'Kl'; SCULPIÉK

(l'orle de droite du grand portail.)

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