PLAN
Les deux travées qui suivent (la seconde du chœur et la première du rond-point) offrent de doubles bas-côtés qui prolongent de part et d'autre les deux travées des croisillons. Les bas-côtés contigus au chœur servent à la circulation; les autres forment des chapelles.
Les tours sont au nombre de six, comme à la cathédrale de Laon. Les deux plus importantes s'élèvent sur la façade principale, au-dessus de la première travée des bas-côtés de la nef; les quatre autres sont aux extrémités du transept, au-dessus des dernières travées des bas-côtés des croisillons. Ces dernières tours sont toujours restées inachevées et n'ont jamais eu qu'un seul étage.
Quatre portes monumentales donnent accès dans l'intérieur; trois s'ouvrent dans la façade occidentale, une dans la façade septentrionale du transept. Près de celle-ci, dans l'arcade de gauche, est une porte depuis longtemps bouchée ; à droite, la petite porte, ouverte sous un tympan roman, n'est pas livrée au public. Dans la façade méridionale, du côté opposé, deux portes de moyenne dimension conduisent aux sacristies. Huit portes secondaires sont percées dans les murs des bas-côtés de la nef. Elles appartiennent à la construction primitive ; celle qui existe dans la sixième travée, à droite, est mentionnée, ainsi que nous l'avons déjà vu, en un texte de la fin du xiii* siècle.
Sept escaliers à vis montent aux étages supérieurs. Les deux plus importants sont établis dans les tours du grand portail; les autres sont pratiqués
dans les murs du transept et dans celui de la chapelle du fond du chevet'.
Intérieur. — L'architecture intérieure est à la fois simple et harmonieuse ; elle offre une complète unité et une régularité parfaite. L'édiiice entier est voùlé sur croisées dogives. L'élévation du vaisseau comprend trois étages : un étage inférieur composé de grandes arcades, retombant sur des piliers robustes, et s'ouvrant sur les bas-côtés ; un triforium régnant dans tout l'édifice ; enfin des fenêtres hautes.
Le triforium qui donne sur un passage étroit, est formé de quatre arcades dans la plupart des travées de la nef, du transept et du chœur; la dernière travée de la nef, avant le carré du transept, et la première travée du chœur, étant un peu plus longues, offrent cinq arcades ; la première travée de la nef, sous les tours, et les travées de l'extrémité des croisillons ont encore plus de développement, et les arcades y sont au nombre de six
Le triforium n'a que deux arcades dans chaque travée du rond-point.
Les fenêtres sont divisées par un meneau en
* Voici les dimensions delà cathédrale, telles que les donne M.l'abbp Cerf, dans son Histoire de Notre-Dame de Reims :
Longueur totale de l'édifice, hors œuvre : 149"», 17; intérieuiTmenl ;
Longiu'ur du transept, hors œuvre : 61 ",25 ; intérieurement : 49'°, 4.1.
Largeur de la nef, d'axe en axe des piliers : 14™, 65.
Largeur des bas-côtés, de l'axe des piliers au mur latéral : 7", 74.
Hauteur de la nef, sotis clef: 37"',9r).
Hauteur des bas-côtés et des chapelles absidales : iG"',4o.
Hauteur des tours du grand portail : Si^.ïo.
ijuperficie totale : environ 6.6do inèlres canes.
deux baies jumelles, surmontées d'une rose à six lobes. Elles sont toutes semblables, les fenêtres hautes aussi bien que celles des bas-côtés et des chapelles. A la base des fenêtres des bas-côtés de la nef et du transept, ainsi que de celles des chapelles, est un passage, une étroite galerie de circulation, (|ui traverse les piles ; elle constitue l'un des traits caractéristiques de l'architecture champenoise.
Les piliers se composent d'une grosse colonne cylindrique, cantonnée de quatre colonnes engagées plus petites. Celle de ces colonnes qui regarde la nef est surmontée d'une colonne d'un diamètre un peu moindre qui s'élance jusqu'à la voûte et supporte les arcs doubleaux, flanquée elle-même, de part et d'autre, de deux colonnettes soutenant les formerets et les branches d'ogives. Sur les deux colonnes latérales retombent les grandes arcades de la nef, et sur la quatrième les arcs doubleaux des bas-côtés. Les piliers qui suivent la première travée de la nef, et qui portent l'un des angles des tours, sont plus forts et plus massifs que les autres ; il en est de même des quatre piliers du carré du transept. Ces piliers sont aussi flanqués de quatre colonnes, mais dont les intervalles sont occupés par des grouj)es de trois et quatre colonnettes qui supportent les nervures des voûtes. Les arcs doubleaux, les formerets et les ogives des bas-côtés reposent, du côté des murs, sur des faisceaux formés d'une colonne engagée, d'assez: grande dimension, posée entre six colonnettes. Les piliers du rond-point sont cylindriques, munis par devant
d'une simple colonnette adossée ; la saillie du tailloir, correspondant à cette colonnette, reçoit les supports des ogives et des formerets qui encadrent les fenêtres.
Dans les piliers de la nef et dans ceux qui offrent une disposition analogue, les quatre colonnes engagées sont assises sur des plinthes carrées formant saillie sur la plinthe de la colonne principale. Le tout est établi sur une base commune de forme octogonale.
Au pied des murs des bas-côtés, une triple assise de pierres forme trois degrés, destinés à servir de bancs aux fidèles.
Les chapiteaux des piliers et des colonnes ont une gracieuse décoration de feuillages, sculptés avec un goût exquis et une extrême délicatesse. Ceux des quatre colonnes qui flanquent la plupart des piliers sont divisés en deux assises par une astragale placée à mi-hauteur. (Cette disposition ne s'observe pas dans les piliers les plus récents.) Certains chapiteaux ont conservé la tradition d'un style plus ancien, et nous montrent des crochets, des feuilles d'acanthe et autres ornements conventionnels. Mais presque partout domine le feuillage naturel, copié assez fidèlement sur des plantes empruntées à la flore du pays : vigne, chêne, figuier, rosier, chardon, lierre, mauve, renoncule, etc. Le caprice des sculpteurs a parfois mêlé à ces feuillages des figures humaines, des animaux et des monstres imaginaires, sujets de pure fantaisie, où l'on a voulu à tort chercher un sens
INTERIEUR ipi
symbolique. On y voit même un petit tableau Je
Photo Neurdein.
Vue de la nef
genre, cette jolie scène de vendanges, si connue
et si souvent reproduite, qui se trouve sur le chapiteau du sixième pilier de la nef, du côté droit.
Les six piliers des premières travées de la nef, moins anciens que les autres, ont des chapiteaux revêtus d'un feuillage touffu et très fouillé, annonçant déjà le style qui a prévalu au xiv* siècle.
Les deux chapelles qui s'ouvrent sur le transept, — à droite la chapelle de Saint-Jean, actuellement du Rosaire, et à gauche celle de la Sainte- Vierge, — ont un plan rectangulaire et comprennent deux travées. Dans l'une et l'autre, la fenêtre de la première travée est à moitié bouchée par un contrefort extérieur.
Les chapelles rayonnantes offrent sept pans élevés sur un rez-de-chaussée circulaire. Les huit branches d'ogives de leurs voûtes retombent sur des colonnettes adossées, très sveltes et très élégantes. En chacune de ces chapelles, les trois pans du fond sont percés de fenêtres toutes semblables à celles du reste de l'édifice. Les pans latéraux qui sont aveugles ont des fenêtres simulées dont les remplages sont pareils à ceux des vraies fenêtres : arcs jumeaux surmontés d'une rose à six lobes. Le rez-de-chaussée est orné d'une arcature appliquée à la muraille et portée sur des colonnettes munies de chapiteaux à crochets. 11 y a deux urcs dans chaque travée*.
' Une semblable décoration est indiquée pour les bas-côtés de la nef dans un croquis de Villard de Honnecourt (Lassns, Album de Villard de Honnecourt. pi. LXI, p. au), mais elle n'a jamais été exécutée, el n'est peut èlie qu'une fantaisie du dessinateur.
INTÉRIEUR n3
La chapelle du milieu, placée aujourd'hui sous
i'Iiuto 'les iM.juuinenls liisturii|ues
Façade occidentale, intériklk
le vocable du Saint Sacrement, a un peu plus de développement que les autres. Elle est précédée
y4 L-^ CATHÉDRALE DE REIMS
d'une travée supplémentaire, voûtée d'une croisée d'ogive, ce qui lui donne en tout neuf pans.
Les murs de refend qui séparent les chapelles aboutissent sur le déambulatoire à des piliers faits sur le modèle de la plupart des piliers de la cathédrale. Ils se composent d'une grosse colonne flanquée de trois colonnes de moindre dimension ; celle de devant soutient les arcs doubieaux du déambulatoire ; les deux colonnes latérales servent de supports aux arcs de l'ouverture des chapelles. Un tore qui règne à la naissance du premier étage de ces chapelles se continue sur les piliers et forme des bagues à peu près à mi-hauteur.
Dans toutes les chapelles, y compris celles qui donnent sur le transept, on remarque à la base des fenêtres l'étroit passage que nous avons déjà signalé, et qui permet de circuler dans tout le pourtour de l'édifice.
La façade occidentale de la nef est, à l'intérieur, d'une merveilleuse beauté. Vue de l'entrée du chœur, lorsque le soleil couchant illumine ses splendides vitraux, elle offre un spectacle vraiment admirable. Sa décoration sculpturale est unique, et aucune église n'a rien qui puisse lui être comparé. La porte du milieu, aussi haute que les grands arcs des travées de la nef, a, sous l'arc brisé qui la surmonte, un vaste tympan ajouré dans lequel est inscrite une rose à seize rayons, cantonnée de trois petites rosaces tréflées. Sur le trumeau de la porte s'élève une statue de saint Nicaise décapité, tenant sa tête entre ses mains. Dans l'embra-
sure sont deux figures d'anges et deux hommes d'armes, représentant les barbares qui ont massacré le saint évèque. Les sculptures du linteau nous montrent différents épisodes d'une légende qui n'a pu être expliquée jusqu'ici.
Autour de la porte, la muraille est entièrement occupée, jusqu'à la hauteur du triforium, par sept rangées de niches superposées, dont chacune abrite une statue, sous une arcade trilobée. Les soubassements sont garnis d'une draperie figurée, que l'on rencontre aussi à l'extérieur du portail. Au-dessous des niches sont des panneaux ornés de feuillages naturels d'une grande délicatesse. Des feuillages semblables se voient dans les écoinçons des trilobés.
Les sujets se suivent en remontant de bas en haut. A la droite du spectateur est la vie de saint Jean-Baptiste, précurseur du Messie. A la gauche est la réalisation de la prophétie et l'enfance du Christ.
On voit d'abord à droite : i* Un prêtre donnant la communion à un chevalier revêtu d'une armure du xiu® siècle. Derrière celui-ci est un autre chevalier portant une targe ronde. 2° La prédication de saint Jean-Baptiste; la cognée mise à la racine de l'arbre : « securis ad radicem arboris posita est » (S. Mathieu, III, 10). 3° Saint Jean adressant des reproches à Hérode et à Hérodiade. 4° Saint Jean portant l'agneau, entre deux de ses disciples. 5* L'ange annonçant à Zacharie la naissance du Précurseur. 6' Le baptême du Sauveur dans le
Jourdain. 7° La prédication de Jésus-Christ, auquel des disciples de Jean demandent s'il est le Messie allendu.
A gauche : 1" Trois prophètes qui ont annoncé Jésus-Christ : Isaïe, Malachie, David. 2" Un ange apparaissante Anne et à Joachim. 3" La rencontre d'Anne et de Joachim à la Porte dorée. 4° Trois personnages, dont celui du milieu tient dans ses mains une crèche avec le bœuf et l'âne. 5° et 6° Le massacre des Innocents. 7" La fuite en Egypte, Moïse et le buisson ardent, Gèdéon à genoux.
Au-dessus de la porte, l'étage est formé par une f-alerie étroite, qui se rattache au triforium de la uef. Cette galerie, composée de neuf arcs ornés sur leur extrados d'arceaux festonnés, est complètement ajourée et éclairée par des vitraux.
Toute la partie supérieure, comprise sous le formeret de la voûte, est remplie par une immense fenêtre qui encadre la grande rose, chef-d'œuvre du maître Bernard de Soissons.
Celte rose de dimensions colossales, aussi large que la nef, a la forme d'une vaste fleur à douze pétales qui sont eux-mêmes subdivisés par des quatrefeuilles et des arceaux trèfles. Le dessin en est d'une rare élégance; elle est l'une des plus heureuses conceptions qu'ait produites l'art gothique. Sa construction est aussi très solide et ses meneaux sont fort robustes, et malgré leur apparente légèreté, d'une étonnante épaisseur*. Il s'est pro-
' Le g-fiintl c«rcle a 2", 18 d'épaisseur el le réseau o'",8a (ViolleHc-
INTKIUEL'R
(luit pourtant, il y a quelques années, un affaissement très sensible^ qui a nécessité d'importantes réparations, achevées tout récemment au mois do mars iQoq.
Photo Neurdein.
Communion du chevalier (Façade occidentale, intérieur.)
Au bas de la rose, règne un balcon à arcades trilobées, supporté par la galerie du triforium.
Les portes de la l'açade occidentale donnant accès dans les bas côtés sont qussi d'une giando iiauteur. Leurs tympans, largement ajourés, ont pour remplage une rosace à quatre feuilles, sur-
Duc, Dictionnaire raisonné de l'architecture française, t. YIIl, p. 58, rt. tiose ).
n8 LA CATHÉDRALE DE REIMS
montée d'une antre plus petite et tréflée. Les surfaces de la muraille confinant à leurs pieds-droits, sont garnies jusqu'aux impostes par quatre rangs superposés de deux niches, ornées comme celles de la nef et contenant chacune une statue. D'autres niches analogues, mais dont les statues sont sculptées en demi-relief, forment deux cordons qui suivent les contours des arcs encadrant les sommets des portes. Les soubassements sont décorés de draperies.
Les sujets figurés se rapportent à ceux qui sont traités dans les sculptures des mêmes portes, à l'extérieur. La porte du côté nord offre sur son linteau et sur ses embrasures des épisodes de la vie de saint Etienne : ou voit ce saint distribuant des aumônes aux pauvres, puis traduit devant un juge et conduit en prison. Dans les niches des piedsdroits sont seize prophètes ; dans celles qui accompagnent Tare, on remarque, en commençant au bas, à gauche, et en redescendant ensuite : Isaac conduit au sacrifice par Abraham ; le serpent d'airain ; l'agneau pascal et les portes marquées de son sang; Elie et la veuve de Sarepta ; Jésus et la Samaritaine ; la guérison de la belle-mère de saint Pierre ; la vocation de saint Mathieu.
Sur le linteau et les parois de la porte du côté sud, se continue l'histoire de saint Etienne; on assiste à sa lapidation et à sa mise au tombeau. Comme dans la porte correspondante et au même endroit, sont seize statues de prophètes. Les niches environnant l'arc présentent des sujets em-
pruntés à l'Apocalypse: saint Jean écrivant son livre ; anges sonnant de la trompette; adoration de la Bête, etc.
La façade méridionale du vaisseau du transept est percée à l'étage inférieur d'une porte sans ornements, donnant accès dans les sacristies, et audessus de cette porte, de trois hautes baies à lancettes, juxtaposées, qui occupent en largeur toute la surface de la muraille, etdontles embrasures sont surmontées de voussures en berceau brisé. Les archivoltes qui épousent la courbe de ces voussures retombent aux deux extrémités sur des colonnettes adossées, et au milieu, entre les baies, sur des colonnettes détachées des piles. Au niveau de l'appui de ces baies est un passage qui continue la galerie de circulation régnant à la base des fenêtres des bas-côtés.
A l'étage intermédiaire est une galerie correspondant au triforium ; elle est ajourée par trois rosaces à six lobes encadrées par des voussures en plein cintre, qui retombent sur des architraves supportées par des colonnettes, entre lesquelles le passage est établi.
Plus haut, sous le formeret de la voûte, est inscrite une grande rose à douze rayons. L'écoinçon compris entre cette rose et la pointe de l'arc formeret est à jour, mais le mur au bas de la rose est resté plein, à la différence de ce que l'on voit sur la façade occidentale. On remarque aussi en cet endroit un passage étroit qui se relie à un chemin de ronde extérieur.
Dans l'axe de chacun des bas-côtés du transept s'ouvre une fenêlre semblable à toutes celles des bas-côtés du transept et de la nef. Sous la fenêtre, dans le bas-côté oriental, est pratiquée une petite porte qui conduit à une salle basse de rarchevèché. Son tympan ofTre une sculpture moderne, représentant la Sainte Vierge assise entre deux anges agenouillés, dont l'un lui présente Teffigie de la cathédrale.
La laçade septentrionale du transept, masquée en grande partie par le buU'et de l'orgue, présente à peu près les mêmes dispositions que la façade opposée. Mais son rez-de-chaussée a été profondément modifié par l'établissement d'un portail ajouté après coup à une époque ancienne, — vers i24o, suivant nos conjectures, — et qui ne paraît pas avoir été prévu dans le plan primitif. Il en est résulté la suppression partielle des trois grandes fenêtres à lancettes, dont les sommets ont seuls pu être conservés, ensubissantqueiques transformationspourleur adaptation nouvelle. Quant à la galerie du triforium, elle est tout à fait semblable à celle du midi, et percée de trois rosaces identiques. Même observation pour la belle rose à douze rayons, encadrée dans le formeret de la voiàte, et surmontée d'un écoinçon ajouré.
Le revers du portail central n'est point orné de sculptures ; son trumeau seul supporte une statue, aujourd'hui invisible et complètement cachée par la partie supérieure du tambour qui abrite les portes. Cette statue représente un ange tenant une cou-
ronne, et dont les ailes ont disparu. Le taxiihour es* un assez bel ouvrage de menuiserie exécuté dans le second quart du xviii* siècle.
La porte latérale qui devait donner accès dans le bas côté oriental du transept est depuis longtemps murée. Son embrasure a été convertie en un réduit qui renfermait le trésor de l'église jusqu'à la Révolution, et qui a été fermé de 1742 à 174^ par une élégante boiserie. Cette armoire est maintenant un tabernacle pour la réserve du Saint Sacrement. Au-dessus de la porte est une baie aveugle, munie d'un remplage pareil à celui des fenêtres.
Le bas-côté occidental communiquait autrefois avec les bâtiments du cloître par une petite porte fort curieuse dont nous parlerons plus loin. Elle est actuellement supprimée et dissimulée à l'intérieur par une boiserie du même temps que celle de l'ancien trésor, et dont les portes à deux battants s'ouvraient jadis pour livrer passage en cet endroit.
Plus haut apparaît une large baie en arc brisé, fermée par une remarquable grille en fer forgé du xui® siècle. Derrière cette grille était une salle affectée au chartrier du chapitre de la cathédrale. On y voyait encore, il y a peu d'années, les restes d'une très intéressante peinture à fresque qui nous donnait les portraits de trois membres du chapitre vers la fin du xiii* siècle : Gui de Villemer, plus tard écolâtre, Guillaume de Bray, grand archidiacre de de l'église de Reims, cardinal en 1 262, et Raoul, trésorier. Cette fresque a été malheureusement dé-
truite tors de réparations récentes ; la salle, mal^^rô son antiquité, a été sacrifiée, ou tout au moins fort réduite. Le mur du fond a été rapproché et percé pour la symétrie d'une fenêtre faite sur le modèle adopté dans tout l'édifice, mais qui vraisemblablement n'avait jamais existé à cette place.
Une porte étroite, précédée d'un perron, ferme le bas de l'escalier qui conduit à l'ancien chartrier, et par là aux orgues.
Extérieur. — Portail. — « La façade occidentale de la cathédrale de Reims, a écrit VioUet-le-Duc, est une des plus splendides conceptions du xiii' siècle. » Elle a toujours commandé l'admiration, même à l'époque où, parmi les esprits cultivés régnaient les plus étranges préjugés contre l'art du moyen âge. L'honneur de cette conception revient très probablement au premier architecte de la cathédrale ; le plan du portail a été tracé sans nul doute dès l'origine de la construction, mais l'exécution en a été assez tardive, et ceux qui l'ont élevé, tout en respectant fidèlement les données primitives, ont introduit quelques modifications dans les détails. Nous pensons qu'il a été commencé vers laSo; Bernard de Soissons a monté la façade de la nef jusqu'à la galerie des Rois, et ces travaux ont dû être achevés vers laSS ; au xiv* siècle, on a travaillé aux parties latérales formant le premier étage des tours ; puis à la galerie aes Rois, au pignon et à l'étage supérieur dos tours, achevées seu)«nnent après 1427.
lie rez-de-chaussée comprend trois portes monumentales, llanquées de deux arcades pleines, plus étroites, adossées aux contreforts d'angles. Ces dernières arcades se relient elles-mêmes à d'autres arcades également pleines, placées en retour des contreforts. Les trois portes et les arcades latérales sont amorties par des gables très élancés, ornés de statues. Entre ces gables se dressent de gracieux pinacles portés sur quatre colonnettes posées en angle'. Aux points de retombée des gables, devant la base de ces pinacles, sont des statues de musiciens assis qui offrent une grande analogie avec celles de la célèbre maison des musiciens de la rue de Tambour. Malheureusement elle sont en partie détruites et ont été défigurées par de grossières restaurations du xviii* siècle. L'une d'elles, •entre le fronton central et celui de gauche, a été remplacée par une lourde et difforme figure d'un roi jouant de la harpe. Les socles de ces statues sont placés en retraite, au-dessus de gargouilles supportées par des cariatides trapues, debout sur les tailloirs de chapiteaux feuillages. Plus bas sont des personnages épanchant des urnes, qui semblent représenter les quatre fleuves du paradis.
Les ébrasements des portes sont garnis de grandes statues adossées à des colonnes de moyenne dimension. D'autres colonnes plus petites séparent ces statues entre elles. Les cha[)iteaux de ces colonnes se rattachent à une fris.?
Ces pinacles ont été remis à neuf vers 1737.
ininterrompue, décorée de feuillages d'une remarquable élégance, et abritée par une série continue de dais rangés à la file. Les soubassements sont ornés d'une draperie sculptée que nous avons déjà signalée à l'intérieur du portail. Les tympans des portes sont ajourés par des verrières. Les voussures sont remplies par cinq rangées de statuettes, séparées par des cordons de fleurs et do feuillages.
La porte centrale est divisée par un trumeau contre lequel est adossée une statue de la Sainte Vierge, patronne de la cathédrale, portant l'Enfant Jésus sur son bras gauche. Cette statue a subi une restauration dans la première moitié du xix^ siècle; la tête de l'Enfant Jésus, d'un très mauvais style,^ a été refaite à cette époque. Le piédestal offre des figures très mutilées, représentant la chute d'Adam et d'Eve. Les jambages intérieurs des portes sont décorés de statuettes d'anges fort gracieuses, mais dont les têtes ont été malheureusement brisées. Sur les jambages extérieurs on voit les occupations et les travaux des douze mois de l'année, figurés suivant les traditions de l'iconographie du moyen âge ; les six premiers mois sont à gauche, et se suivent en remontant de bas en haut ; les six autres en redescendant, à droite. Ils sont en quelque sorte encadrés entre quatre statuettes, deux à la base et deux au sommet, qui sont aujourd'hui fort dégradées, et où l'on peut reconnaître les quatre éléments. Le linteau était jadis occupé par des scènes de la vie de la Sainte Vierge ; on y